vendredi 31 août 2012

Raymond Bussières : "J'emmerde les gendarmes !"

Raymond Bussières, éternel et sympathique second rôle du cinéma français, qui fut aussi un militant très engagé à l'extrême gauche, trouve un emploi parfait dans L'assassin habite au 21 (1942) où il déclame devant un gendarme éberlué une petite ritournelle assez osée. Un moment très drôle du film que je vous propose de revoir ici en vidéo :

video

"LES BAS-FONDS" (de Jean Renoir, 1936)

En quelques mots : Pépel (J. Gabin), voleur à la petite semaine, rencontre une nuit un Baron ruiné (L. Jouvet), dont il cambriole l'appartement. Les deux hommes sympathisent et l’aristocrate fauché suit son nouvel ami dans la petite pension où il loge, entre deux femmes amoureuses de lui et un propriétaire sans scrupules.

Ce qu'il y a d'appréciable avec les films de Jean Renoir, et son prestige actuel qui fait se classer La Règle du jeu parmi les plus grands films de tous les temps dans divers classements, vient peut-être de là, c'est leur modernité dans le récit et la mise en scène. Les bas-fonds de 1936 n'ont pas vieillis ; sur la forme au moins. Quand certains films des années 60 ou 70 font poussiéreux et datés, les films de Renoir rayonnent encore chez les amoureux du cinéma français. Du reste, le metteur en scène jouit d'une aura immense, basée sur les critiques de la Nouvelle Vague, qui le rend presque intouchable ; au risque de passer pour un ignare ou un inculte en cinéma.

Pourtant, Les Bas-fonds, comme d'autres, est marqué par l'engagement du réalisateur dans les idées à venir du Front Populaire et on peut pouvoir se fatiguer ici de cette ritournelle sans remettre en question la qualité de l'écriture, et surtout de l'interprétation magistrale de Jean Gabin, et d'un Louis Jouvet étonnamment sobre en aristocrate fauché (leur scène dans l'herbe au bord du canal est superbe). Reste que cette histoire d'amour difficile n'est pas toujours passionnante et qu'il manque parfois un petit quelque chose pour réellement capter l'attention du spectateur.

Peut-être la fidélité de l'adaptation est-elle un problème, en ce qu'elle replace les personnages dans un contexte français mais avec des particularités ... russes (la monnaie, les noms des personnages).

Sous une apparente légèreté, l'histoire se révèle beaucoup plus sombre, dans les descriptions des personnages secondaires notamment (formidable Vladimir Sokoloff), et dans quelques séquences inoubliables (la mort de "pensionnaires" dans la banalité complète, le passage à tabac de Natacha).








jeudi 30 août 2012

"LE BOSSU" (de André Hunebelle, 1960)


En quelques mots : Philippe de Gonzague, jaloux de son cousin le Duc de Nevers, décide de l'assassiner et de convoiter sa jolie femme et ses biens. C'est sans compter sur l'acharnement et le dévouement du chevalier de Lagardère, décidé à venger le Duc assassiné et à protéger sa fille.

En écrivant mon article sur les sorties des films de Jean Marais en Blu-ray, j'ai voulu revoir Le Bossu, un des films de ma jeunesse que je connaissais par cœur fut un temps. On peut encore lui reprocher beaucoup de choses, concernant le personnage de Jean Marais notamment, trop plein de panache et de grandes envolées lyriques assez improbables :

"Sache que je suis innocent du crime dont on m'accuse, et souviens toi que mon seul chemin est celui de l'honneur !" (Jean Marais)

En d'autres circonstances, on pourrait rire de ces belles paroles, mais Marais était tellement taillé pour ce genre de personnages que tout devenait naturel. Ses détracteurs lui reprocheront sa tendance à déclamer ses répliques sur un ton solennel qui manque de réalisme, mais c'est ce qui fait encore la force de ses films. Je ne me lasserai jamais de cette vision idéalisée des gentilshommes du XVIIIe siècle, se faisant des politesses après avoir tués une douzaine d'hommes.
"Monseigneur, à vos ordres !" / "S'il vous plaît Monsieur !" (Jean Marais/Hubert Noël)
Bourvil, comme dans Le Capitan, n'est qu'un comparse comique, faire valoir de Jean Marais, et son rôle n'est guère intéressant - sinon pour la longue séquence du marché où l'on prend sa tête pour une pastèque. Mais on rigole encore de ses mimiques et de son rire si sympathique. On regrette également François Chaumette quand on regarde la version (honnête) de Philippe de Broca, où Gonzague est interprété par Fabrice Luchini, beaucoup moins aristocratique que son prédécesseur. Jean Le Poulain, grande figure du théâtre populaire, complète le casting.

Extrait audio : "Mon seul chemin est celui de l'honneur !"
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Force est de reconnaître qu'on ne s'ennuie pas une seconde en revoyant ce Bossu, plein de panache et d'aventures, agrémenté d'une superbe partition de Jean Marion ! Même si la mise en scène de André Hunebelle est sage (notamment sur les scènes à cheval ou les duels à l'épée), le film ne manque pas de rythme et on se régale de voir Jean Marais bondir sur son cheval, prêt à secourir la veuve et l'orpheline, et à mourir pour le Roi. Un héros comme on en fait plus ; mais peut-il en être autrement aujourd'hui, hélas ?


Extrait audio : "Si tu ne viens pas à Lagardère ..."
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Jean Lefebvre dans "C'est pas parce qu'on a rien à dire ..." (1975)

Après Michel Serrault dans C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule (1975), voici le trombinoscope de Jean Lefebvre qui compose avec humour plusieurs personnages hauts en couleurs ! Ma préférence va pour le sous-marinier, parfaitement improbable avec sa pipe.

mercredi 29 août 2012

Bons baisers de Bruges ?

Mon retour de quelques jours passés en Belgique est l'occasion de m'interroger sur ce pays comme lieu de tournage de films français. Si on a récemment vu plusieurs films tournés chez les Belges (Le Couperet, Palais Royal ! ...), qu'en était-il dans les années 1930 ou 1950 ?


Quelques films ont été tournés partiellement en Belgique, parmi lesquels :
  • Le diable et les dix commandements (de Julien Duvivier, 1962) : à Bruges, dans le sketch du début avec Michel Simon et les religieuses.
  • La bande à Bonnot (de Philippe Fourastié, 1968) : quelques scènes à Bruxelles.
  • Armaguedon (de Alain Jessua, 1977) : quelques scènes de l'affrontement entre Alain Delon et Jean Yanne se déroulent à Ostende.
  • Du rififi chez les femmes (de Alex Joffé, 1959) : scènes tournées à Bruxelles pour ce film qui s'annonce comme un joli nanar.
  • La Salamandre d'or (de Maurice Régamey, 1962) : à Bruges.
  • La kermesse héroïque (de Jacques Feyder, 1935) ? : je n'ai pas réussi à savoir si certains extérieurs étaient authentiques et tournés à Bruges.

Jean Marais en Blu-ray !


Acteur culte de ma jeunesse, adoré des uns pour son panache et ses grandes tirades, détesté des autres pour les mêmes raisons, Jean Marais reste l'un des acteurs les plus populaires du cinéma français. Normal que ses films soient enfin disponibles en Blu-ray ! Outre les Fantômas, on trouve depuis quelques temps Les Mystères de Paris et Le Capitan en haute définition. Cet été 2012 est faste puisque ressortent également Le Bossu, Elena et les hommes et Le Masque de fer chez Gaumont ! Essentiellement les films de cape et d'épée donc, ceux qui firent la gloire de Jean Marais, après ses collaborations avec Jean Cocteau.

Jacques Dufilho : le cap des 7 ans !

Le toujours sympathique Jacques Dufilho nous a quitté il y a tout juste 7 ans, le 28 août 2005. Le voici en personnage comique grimaçant, muet, dans Taxi, roulotte et corrida (1958), client du taxi d'un Louis de Funès fou du volant.


dimanche 19 août 2012

De quel âge d'or parle-t-on ?

Dès qu'il s'agit de délimiter une époque, une période, c'est à qui aura le meilleur argument, le fait précis qui bouscule tout. J'ai appelé ce blog L'âge d'or du cinéma français, je l'ai déjà dit ici, par commodité, en toute subjectivité, pour désigner le cinéma français des années 20 jusqu'à la fin des années 70, à savoir un demi-siècle de talents variés.

Pour certains, l'âge d'or - s'il en fut - se limiterait aux années 1930 et 1940, avec comme fers de lance des metteurs en scène comme Marcel Carné, Julien Duvivier ou Jean Renoir. Tel l'âge d'or de Hollywood qui s'inscrit dans ces mêmes années, mais qui pour beaucoup se prolonge jusqu'au début des années 1960 (avec la mort de grands héros comme Gable, Flynn ou Cooper).

Ainsi, mon âge d'or du cinéma français est large : s'il prend sa source dans le cinéma cité plus avant, il se poursuit dans les années 1950 et 1960, et s'arrête vers la fin des années 1970, avec la disparition des grandes vedettes et l'arrivée d'une nouvelle génération d'artistes (tout aussi talentueuse). Il englobe aussi bien les chefs d’œuvres du cinéma français (Hôtel du Nord, ci-contre) que les pires nanars, des grandes stars aux seconds rôles un peu oubliés.

Bon anniversaire à ... Guy Grosso (1933-2001)

Visage familier du cinéma populaire, Guy Grosso forma un duo comique avec Michel Modo (Grosso Modo) et interpréta une trentaine de seconds-rôles sur grand écran, souvent aux côtés de Louis de Funès (voir l'article Les acteurs de la série du Gendarme de Saint-Tropez). Il est mort au début de l'année 2001, sans grande médiatisation.

 Né le 19 août 1933, Guy Grosso aurait fêté aujourd'hui ses 79 ans.

Réalisé par ... HENRl VERNEUIL (1920-2002)


Un documentaire intitulé Henri Verneuil, profession conteur est sorti il y a quelques temps en DVD, l'occasion pour moi de revenir sur la carrière de ce grand nom du cinéma français, qui a laissé derrière lui quelques classiques interprétés par les plus grands.

Et le premier fut Fernandel, vedette populaire, qui accepta de tourner avec ce jeune homme d'origine arménienne, alors inconnu. Au début des années 1950, il enchaina le très bon film La Table-aux-crevés, Le fruit défendu ou Le boulanger de Valorgue, gentille comédie qui n'aurait d'autre intérêt sans la présence du comique marseillais et quelques acteurs, tout comme Le mouton à cinq pattes (1954) où Fernandel réalise la performance d'incarner - avec talent - six personnages, accompagné de quelques seconds rôles appréciables, tels Noël Roquevert ou Louis de Funès (qui campe un génial croque-mort). Ce film est un grand souvenir de jeunesse que je prends toujours plaisir à revoir, tout comme La vache et le prisonnier, son dernier film avec Fernandel, qui vaut largement sa réputation.

C'est auréolé de cette récente gloire qu'Henri Verneuil aborda les années 1960. Le Président, avec Jean Gabin et Bernard Blier, reste à mon avis son meilleur film, formellement parfait et aux dialogues (signés Michel Audiard) qui apparaissent aujourd'hui comme visionnaires. Un singe en hiver l'année suivante est probablement son film le plus célèbre, idolâtré pour son duo légendaire et ses brillantes tirades grandiloquentes ; rançon de la gloire, à l'instar de Georges Lautner et des Tontons flingueurs, le nom du réalisateur disparaît souvent derrière le mythe.

Mélodie en sous-sol, qui met en scène Gabin et Delon, ne m'a curieusement jamais emballé ; manque de rythme à mon goût ou trop jeune pour l'apprécier - il faudrait que je le revois une nouvelle fois. Je lui préfère nettement son film suivant, Cent mille dollars au soleil, film d'aventures viriles aux accents westerniens et à l'interprétation idéale (personne n'a oublié certaines répliques ... "Quand les hommes de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent", "T'es notre petit Angèle", "Un grand, amerloque, genre championne de basket". La mise en scène de Verneuil, épurée, assure la qualité de ce film mal aimé. Week-end à Zuydcoote (1964) est également une de ses plus belles réussites. En suivant le destin de quelques soldats français (Belmondo, Mondy, Marielle...) coincés sur une plage par l'avancée des Allemands, il navigue entre comédie et drame, à son habitude, filmant pour la première fois de grandes scènes d'action avec beaucoup de figurants, utilisant à merveille le plan-séquence.


Je connais mal ses incursions à l'étranger puisque je n'ai vu que La bataille de San Sebastian, avec Anthony Quinn, honnête petit western pas franchement original, un peu brouillon, loin des références du genre. Le Clan des Siciliens (1969) est un de ses films les plus célèbres, dont à peu près tout le monde connaît le titre et la partition de Ennio Morricone. Basé sur un affrontement impressionnant - Gabin / Delon / Ventura - Verneuil assure un honnête policier qui vaut surtout pour les acteurs.

Le réalisateur, fidèle à ses acteurs, poursuit sa relation avec Jean-Paul Belmondo, pour Le Casse, Peur sur la ville et Le Corps de mon ennemi, des films honnêtes où le personnage de Belmondo commence toutefois à s'épuiser, à force d'auto-parodie. Les Morfalous (1984) ne fait pas plus dans la dentelle, malgré une joyeuse équipe et un dialogue amusant signé Audiard.

Ses derniers films marquent une volonté de changer d'acteurs, Verneuil travaillant avec les nouvelles têtes du cinéma français (Dewaere, Berry, Villeret...). Mille milliards de dollars reste un très bon film, classique, ponctué de jolies séquences. Ses deux derniers films, Mayrig et 588, rue Paradis sont autobiographiques.

samedi 18 août 2012

Do you, do you Saint-Tropez ?

Tout le monde connaît la fameuse série populaire du Gendarme de Saint-Tropez. Tout le monde sait le nom de ce gendarme, Cruchot, et son interprète, Louis de Funès. A peu près tout le monde sait le nom de son adjudant, Gerber, et son interprète, Michel Galabru. Mais qui se souvient des noms, et surtout des acteurs, qui composèrent à l'écran la brigade de Saint-Tropez ? Pas toujours évident, d'autant qu'ils ont changés au fil des films.


Pour les 4 premiers épisodes, soit Le gendarme de Saint-Tropez, Le gendarme à New-York, Le gendarme se marie et Le gendarme en balade, l'équipe, assez efficace, reste la même : Michel Galabru en adjudant Jérôme Gerber, Louis de Funès en maréchal des logis Ludovic Cruchot sont entourés par Jean Lefebvre (1) dans le rôle de Fougasse, Christian Marin (2) dans le rôle de Merlot, Michel Modo (3) en Berlicot et Guy Grosso (4) en Tricard.


On sait qu'après le troisième épisode, les relations entre Louis de Funès et Jean Lefebvre, qui commençait à devenir célèbre, furent houleuses (il s'en explique dans son autobiographie), et celui-ci fut contraint de quitter l'équipe, remplacé par Maurice Risch (5) en gendarme Beaupied, habitué des tournages avec Louis de Funès. Quant à Christian Marin, lassé de la série qui tournait en rond, il fut remplacé par deux fois : pour Le Gendarme et les extraterrestres, c'est Jean-Pierre Rembal qui arriva dans la brigade, sans parvenir à marquer de son emprunte son personnage de Taupin, probable raison pour laquelle il fut lui aussi remplacé dans Le gendarme et les gendarmettes par Patrick Préjean (6), dans le rôle de Perlin.

Seuls Grosso et Modo, amis et partenaires réguliers des films de Louis de Funès, gardèrent leurs rôles dans les six épisodes. Une grande partie de leur renommée vient de là.

Blu-ray : Michel Audiard, la vie en bleu !

Bonne nouvelle pour les amateurs - nombreux - des films dialogués par Michel Audiard. Les tontons flingueurs (1963), Les Barbouzes (1964) et Ne nous fâchons pas (1966) existent déjà depuis quelques temps en Blu-ray, dans des versions remastérisées, et Gaumont s'apprête à sortir en haute définition le 22 août trois autres films : Un Taxi pour Tobrouk (1961), Le Pacha (1968) et Cent Mille dollars au soleil (1963) ! Trois films de qualité, qui valent beaucoup à leurs interprètes (surtout pour le premier) et aux dialogues.



On ne va bouder notre plaisir de voir des classiques du cinéma français sortir en Blu-ray, toutefois - histoire de jouer un peu les rabat-joies - il serait bon de penser à dépoussiérer quelques autres grands films un peu moins "cultes" que les Audiard, du genre Hôtel du Nord, Pépé le Moko ou Fanfan la Tulipe, et de redorer (de bleu !) le blason de Henri Jeanson. On peut même imaginer René Château se mettre au Blu-ray ... on peut toujours rêver !

Ils arrivent en DVD ! (juillet-août 2012)

Parmi les nombreuses sorties ou ressorties DVD de cet été 2012, signalons quelques films français de notre âge d'or, avec des stars telles que Louis Jouvet, Fernandel ou Danielle Darrieux.


Collection "Gaumont à la demande" : C'est d'abord La maison du Maltais de Pierre Chenal (1938) avec Viviane Romance, Louis Jouvet, Pierre Renoir et la chanteuse Fréhel, sans oublier l'incomparable plaisir de retrouver Marcel Dalio. Premier rendez-vous, de Henri Decoin (1941) permet de retrouver Danielle Darrieux, entourée notamment de Jean Tissier, Fernand Ledoux et Louis Jourdan à ses débuts. La Cavalcade des heures (1943), avec Fernandel, est restée célèbre puisqu'on y entend Charles Trenet chanter Que reste-t-il de nos amours ? et Débit de l'eau, débit de lait avec Francis Blanche. Enfin, la sympathique comédie de Yves Robert Les Copains (1965) est éditée, avec son impressionnant casting (Noiret, Lonsdale, Rich, Mondy, Bedos, Balutin, Piéplu, Lefebvre ...).

LCJ Productions : Curiosité, dont j'ignorais même l'existence, Le coup de grâce (1965), histoire de vengeance quelques années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, avec Danielle Darrieux et Michel Piccoli.

Pathé Classiques : Autre curiosité, Fortune Carrée (1955), réalisé par Bernard Borderie (le réalisateur des Angélique) avec en rôle principal l'acteur mexicain Pedro Armendariz (que j'aime toujours revoir chez John Ford, notamment dans Le fils du désert) et les français Paul Meurisse et Fernand Ledoux en ... juge musulman. Un film d'aventures qui promet beaucoup de dépaysement et d'action !

"LA RIVIERE DES 3 JONQUES" (de André Pergament, 1957)

En quelques mots : A Saïgon, les chefs du réseau français de contre espionnage chargent une de leurs collaboratrices, Monique, de devenir secrétaire d'un couple de dangereux trafiquants. Surveillée et protégée par le capitaine Brisset, dont elle tombe amoureuse, elle découvre rapidement une piste. Démasquée, elle manque d'être torturée ...

C'est avec cette Rivière des 3 jonques que j'entends ouvrir les catégories "Aventures", "Espionnage" et ... "Nanar". Tout un programme, très exotique et pas franchement heureux, comme on peut s'en douter ! J'avais acheté ce film chez René Chateau parce que le titre me plaisait, qu'il sentait bon l'expérience unique d'un film d'aventures français, tourné dans les années 50 par un metteur en scène inconnu, sans véritable tête d'affiche et dans une ancienne colonie. Pour les besoins de cette critique, j'ai revu des extraits (difficile de revoir le film en entier) et mon avis n'a changé en rien : il s'agit d'un pur nanar, aux dialogues ridicules, à l'intrigue brouillonne et à la mise en scène épouvantable.


Le parti pris de départ est déjà un summum : l'agent secrète s'appelle Monique, elle est chargée de mettre à jour un trafic de bombes bactériologiques à Saïgon, et le chef du contre-espionnage est incarné par Robert Dalban (toujours aussi sympathique). Face à la jolie Dominique Wilms, on retrouve Howard Vernon (inoubliable Allemand du Silence de la mer, de Melville) et les moins réputés Lise Bourdin et Jean Gaven, ce dernier étant le héros viril du film, jeune premier baroudeur et désinvolte prêt à tout pour protéger sa belle.

Extrait audio : "Est-ce que vous savez faire un branchement ?"



Mille fois hélas pour eux, le réalisateur André Pergament ne semble pas maîtriser le zoom (ou alors, ils furent oubliés à Paris) et se contente tout au long du film de faire des plans très larges, sans champs/contre-champs, et de ne bouger sa caméra le moins possible, ce qui imprime une terrible lourdeur à un scénario pas très digeste. Les situations et les dialogues improbables ("Toutes les épidémies commencent en Asie !" / - "Est-ce que vous savez faire un branchement ? - A la maison, c'est toujours moi qui réparait les plombs") achèvent de cataloguer ce navet, que l'on peut prendre plaisir à regarder en rigolant.

Extrait audio : "Toutes les épidémies commencent en Asie"



Il faut avoir vu Howard Vernon dans un improbable slip de bain mauve moulant, au bord de la piscine, à se servir du champagne ("Quand vous la regardez, on dirait que vous lui faites l'amour") ; l'enlèvement de la vraie secrétaire au début du film, uniquement en plan large, sans musique et sans la moindre dose d'action ; Jean Gaven face à l'incendie de la jonque sourire comme Clark Gable quand Howard Vernon le menace de son arme ...

Pour le reste, achetez le DVD chez René Chateau, qui propose une assez bonne copie. C'est déjà ça ! --- A noter qu'il existe un film similaire, tourné en même temps et qui annonce de savoureuses réjouissances, Les aventuriers du Mékong. Prochainement sur ce blog, je l'espère !

Et comme disait Paul Préboist ...

... VIVE LA FRANCE !

Quelques messieurs trop tranquilles (Georges Lautner, 1973)

"UN FLIC" (de Jean-Pierre Melville, 1972)


En quelques mots : Dans une station balnéaire déserte balayée par la pluie, quatre individus masqués dévalisent une banque. L'un d'eux est blessé mais ils parviennent à s'enfuir avec une grosse somme d'argent qui doit servir à financer un trafic plus important. Le commissaire Coleman (A. Delon) est chargé de l'enquête mais ignore encore que plusieurs de ses relations sont impliquées.

Alain Delon et les rôles de flics ... on pourrait y consacrer un mémoire de recherche et s'interroger sur ses apports au personnage dans le cinéma français. Dans ce polar assez classique, il campe un commissaire froid, silencieux et implacable, énième variation sur le même thème de son rôle du Samouraï (l'affiche y ressemble un peu). Seulement, à force de silences et de regards noirs, certaines répliques font presque involontairement sourire :
"S'ils ne comprennent pas le français dans 10 secondes, je vais leur parler une autre langue !" (Alain Delon)
Ce personnage annonce les caricatures grotesques des années 80, où Delon (comme Belmondo, dans un autre genre) se baladait avec des manteaux sombres et des flingues dans le pantalon en déclarant avec aplomb : "Faut pas réveillez un flic qui dort !"

L'intérêt, donc, de ce film policier est la mise en scène signée Jean-Pierre Melville, dont c'est le dernier film. Florence Moncorgé-Gabin fut scripte sur le plateau et offre un témoignage intéressant : Melville, dans sa mégalomanie, lui déclara "Avec ce film, je vais montrer à Monsieur Verneuil, qui vient de faire Le Casse, ce qu'est un vrai hold-up". Et de fait, cette séquence d'ouverture est très réussie.

Les rapports entre Delon et le réalisateur furent tendus, la star devant se laisser pousser les cheveux pour un prochain film, ce qui déplaisait à Melville, excédé de devoir attendre qu'il sorte de sa loge. Pour autant, rares sont les metteurs en scène à avoir aussi bien filmés Alain Delon, notamment la puissance de son regard qui, dans plusieurs scènes, est réellement fascinant. Dans le même temps, il semble parfois jouer à l'instinct, sans franche direction (le passage à la morgue où il cite du Vidocq) et apparaît quelque fois absent.

Le film tient ses promesses, malgré une séquence ferroviaire très datée (les maquettes sont risibles aujourd'hui, surtout celle de l'hélicoptère) et un affrontement Delon/Deneuve quasiment inexistant ; leur jeu tout en retenue s'annule au lieu d'être complémentaire. Loin des meilleurs Melville mais dans une lignée de bons films noirs, qui s'intéressent plus à l'humain qu'à l'action proprement dite (qui dans le cas présent n'est qu'un prétexte à filmer des personnages). Ainsi on trouve en toile de fond une jolie galerie de personnages secondaires.


J'avais détesté ce film la première fois, il y a quelques années, et je n'avais même pas été au bout, voyant dans Un flic un policier terne et franchement pénible. Cette deuxième vision améliore mon jugement mais j'ose croire qu'un certains nombre de cinéphiles doivent détester cette œuvre.

Extrait audio : "On fait un pari ?"


jeudi 16 août 2012

Alain Delon : "Il vous en faut du monde contre un homme seul !"


Sur fond de polémiques concernant les évacuations des camps de Roms et les gendarmes tués en service, je repense à une de mes répliques préférées dans la longue carrière d'Alain Delon, dans Le Gitan de José Giovanni (1975) :
"Je ne suis pas un assassin moi ! Allez ouvre la porte, et va retrouver ton petit chef. Il vous en faut du monde contre un homme seul !" (Alain Delon)
 Extrait audio :

mercredi 15 août 2012

"TARTARIN DE TARASCON" (de Francis Blanche, 1962)

En quelques mots : A Tarascon, dans le Sud de la France, les animaux sauvages se méfient des hommes et on préfère chasser à la casquette. Le plus fort en gueule de tous est Tartarin, dont les exploits exotiques font l'admiration des habitants du village. Seulement à force de trop parler, le voilà - lui qui n'a en fait jamais chassé de sa vie - forcé de partir pour l'Afrique, chasser le lion de l'Atlas.

Adapté pour la troisième fois au cinéma (après les versions de George Méliès en 1908, et de Raymond Bernard en 1934 avec Raimu), le célèbre roman de Alphonse Daudet tombe dans les mains du comique Francis Blanche, qui signe les dialogues, la mise en scène et l'interprétation du rôle principal. Avec son impressionnant casting, le film donne clairement envie mais ne parvient jamais à susciter de réel enthousiasme, le scénario n'étant pas à la hauteur de la tâche bien qu'il fut curieusement ambitieux !


En effet, réalisé au début des années 1960, ce Tartarin de Tarascon entend s'adapter à son époque et, de fait, à la chute de l'empire colonial français, l'idée étant d'envoyer un provincial aux idées exotiques dans une nouvelle Afrique, libre et émancipée. Si l'idée est bonne, les clichés ne manquent pas : ainsi Tartarin débarque dans une ville industrielle, loge dans un palace, s'étonne de voir des noirs dans un bistrot et rencontre l'inévitable caïd du désert qui parle un français soutenu car il a fait ses études à la métropole. Il y a donc un parfum d'anticolonialisme assez sympathique dans ce film qui ne parvient, hélas, jamais à décoller, faute à une mise en scène lourde et quelques séquences comiques laborieuses (la scène de chant au début).

Extrait audio : "L'homme du midi ne ment pas ..."


Francis Blanche est un bon Tartarin, truculent, drôle et émouvant, mais sa réalisation et son adaptation plombent un peu le film ; la plupart des gags sont démodés, usés ou franchement pas drôles. Restent évidemment de bons seconds rôles : Paul Préboist, Jacqueline Maillan, Darry Cowl (lunaire) et Hubert Deschamps.

Pourtant, malgré une première partie africaine très pénible (l'amourette avec la fille de Pigalle), le film se laisse regarder gentiment, et on s'émeut même du sort de ce pauvre candide de Tartarin, désolé de s'être fait rouler par un faux noble du Monténégro (sympathique Alfred Adam) et de voir que ses rêves d'aventures s'arrêtent à un vieux lion de foire, malade. Le retour à Tarascon est, en outre, tout à fait étonnant.

Suivi par un chameau, aidé par le capitaine Michel Galabru, Francis Blanche se retrouve dans un train, dans une ambiance western, avec un type qui chante (Joe Sentieri) une balade mélancolique. Là où on s'attend logiquement à voir débarquer Gary Cooper fatigué, apparaissent Bourvil, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Raymond Devos et ... Henri Salvador. Un final en fanfare qui égaye un peu cette gentille comédie pas complètement réussie mais divertissante.

Comiques et Religion : de sacrés numéros !


Quelle meilleure occasion que ce 15 août, jour de l'assomption de Marie, pour s'offrir quelques drôles de numéros de grands comiques du cinéma français ... dans une église ! Ainsi de Michel Simon dans Le diable et les dix commandements (de Julien Duvivier, 1962), Fernandel en inoubliable Don Camillo prêt à briser un cierge sur le dos de Peppone, Louis de Funès déguisé en Bonne Sœur chanteuse pour les besoins d'une traque aux extraterrestres, et Bourvil dans Un drôle de paroissien (de Jean-Pierre Mocky, 1963) en aristocrate fauché qui fait fortune grâce à l'argent contenu dans ... les troncs des églises !


Et pour conclure cet article de circonstance, deux extraits audio liés au Bon Dieu : Michel Simon (ci-dessus) jurant devant une Sœur, et Jean-Pierre Marielle qui se souvient de sa première communion (dans Calmos de Bertrand Blier, 1976) :

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mardi 14 août 2012

Pierre Brasseur, 40 ans déjà !


Avec sa voix et son visage imposant, Pierre Brasseur fut un acteur inoubliable du cinéma français, du Quai des brumes (1938) aux Mariés de l'an II (1971) en passant par Les enfants du paradis (1945), Les portes du paradis, Les grandes familles (1958), La vie à deux (1958) ou Les Bonnes causes (1962).

Curieusement, mon premier souvenir avec lui remonte au ... Fou du labo IV, nanar de Jacques Besnard avec Jean Lefebvre, Michel Serrault et Bernard Blier, où Brasseur incarne le père du savant, fort en gueule et amateur de camembert coulant.

Pierre Brasseur est mort le 14 août 1972, il y a 40 ans jour pour jour, sur le tournage du film La plus belle soirée de ma vie.

Extrait audio : La métamorphose des cloportes (1965).
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