En quelques mots : A Honfleur, une épouvantable sensation de mystère entoure les membres d'une même famille : un riche banquier et son cousin éclusier reçoivent des petits cercueils au courrier et se pensent persécutés par un certain Edgar. Lorsque le premier est assassiné dans son bureau, chacun se demande qui sera le prochain.
Les violents est un des derniers films réalisés pour le cinéma par Henri Calef, l'excellent metteur en scène de Jericho (1946), des Chouans (1947), de La maison sous la mer (1947) et des Eaux troubles (1949). Fidèle à ses envies, il place l'action de son film en Normandie, dans le petit port de Honfleur. Réputé pour sa beauté, il est ici constamment filmé de nuit, noyé dans le brouillard et dans une atmosphère pesante. Comme dans la plupart de ses films, Henri Calef soigne particulièrement l'ouverture, digne des meilleurs films noirs du cinéma français : la nuit, un éclusier au travail qui aperçoit une ombre derrière lui, quelques bruits. Des silences. Des regards angoissés et une superbe partition de Marcel Landowski nous font penser qu'il sera difficile de décrocher avant la dernière minute ; un caractère inéluctable qui était, du reste, l'argument commercial du film à sa sortie. Hélas, si la première demi-heure est réellement intéressante et intrigante, l'arrivée de Paul Meurisse - originellement une ombre mystérieuse - et la succession inexpliquée d'événements, rendent le scénario incompréhensible pendant l'heure suivante. Le dénouement lève une grande part du mystère, certes, mais se calibre dans une décevant banalité et ne parvient pas à faire oublier les invraisemblances.
Pourtant, il y a quelque chose de fascinant dans Les violents. L'interprétation est de haute volée, comme toujours chez Henri Calef, avec Fernand Ledoux, l'un des plus grands acteurs du cinéma français (qui termina d'ailleurs sa vie à côté de Honfleur), et Paul Meurisse en tête d'affiche, une très jolie Françoise Fabian et les impeccables Jean Brochard et René Havard. Junie Astor, quant à elle, n'est qu'une comparse sans relief, hélas. Filmée dans le dyaliscope de la fin des années 1950, cette enquête policière est à découvrir pour l'incroyable sensation de malaise qui se dégage des plans larges, mélange de moiteur et d'épouvante, où on ne sait jamais ce qu'il peut arriver.
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jeudi 12 décembre 2013
dimanche 24 novembre 2013
"LADY PANAME" (de Henri Jeanson, 1950)
En quelques mots : Caprice est une jeune et jolie chanteuse de cabaret mais sans emploi. Par miracle, elle trouve un remplacement à faire à l'Olympia et un tour de chant, où se trouve une chanson prétendument maudite ... qui va lui porter chance. Aidée par une amie et par un vieux photographe anarchiste, Caprice devient bientôt une star sous le nom de Lady Paname.
Lady Paname est l'unique film réalisé par le scénariste et dialoguiste Henri Jeanson et Gaumont nous permet depuis quelques temps déjà de le redécouvrir en DVD dans la fameuse collection rouge. Sans être tout à fait original, brillant ou carrément mauvais, il a l'intérêt d'exister et d'offrir au spectateur un beau divertissement servi par les artistes qu'on aime : Suzy Delair, Louis Jouvet, Raymond Souplex, Henri Crémieux, Jane Marken ... A titre de comparaison, ce film m'a fait penser au plus récent Faubourg 36 (Barratier, 2008) dans son évocation nostalgique mais inoffensive de l'entre-deux-guerres. On retrouve dans l'oeuvre de Jeanson des morceaux musicaux très agréables - dont Moi j'ai du t'ça, interprété par Suzy Delair, jolie résonance à son Tralala de 1947 - et des personnages convenus : la jolie chanteuse qui est vite repérée accompagnée de sa fidèle amie dénuée de tout talent, le beau parolier qui fait chavirer les cœurs, le vieux chanteur sur le déclin, la mère possessive et le marginal protecteur (excellent Louis Jouvet, comme toujours un rien cabotin).
Le scénario est convenu et manque curieusement de répliques cinglantes, propres à son auteur. Jeanson s'accorde toutefois quelques jolies séquences de cinéma, telle la démonstration de Louis Jouvet que l'amour n'atteint pas aux frontières du temps ou la longue séquence musicale de la première à l'Olympia, pimentée par les tenues très légères de Suzy Delair et les délires sur la vertu d'un illuminé. Lady Paname reste un film propre à faire sourire les inconditionnels de toute cette bande d'excellents acteurs ; les autres n'y verront qu'un moindre intérêt.
dimanche 27 octobre 2013
"LE NAÏF AUX 40 ENFANTS" (de Philippe Agostini, 1957)
En quelques mots : Jean-François Roubignac est un jeune professeur de français, comblé d'effectuer sa première rentrée, qui plus est comme professeur d'une classe de troisième dans un beau lycée. Plein de vie et d'idées, il doit pourtant faire face à une administration poussiéreuse et des parents d'élèves parfois trop présents. Dans le même temps, il tombe sous le charme de la mère d'un garçon à qui il donne des cours particuliers.
Heureux de trouver un film qui coïncidait un peu avec ma situation professionnelle, j'ai commencé à regarder ce film le jour de la rentrée scolaire, début septembre, mais, fatigué, j'ai dû remettre le visionnage de la fin du film au lendemain. Si je publie cet article aujourd'hui, presque début novembre, c'est parce que je viens juste d'achever ce Naïf aux 40 enfants, ce qui vous donne, je pense, une bonne idée de l'impatience que j'avais à le terminer. En effet, difficile, passées les premières vingt minutes (et encore), de s'intéresser de près ou de loin à cette histoire d'amour désuète au possible, caricaturale et ennuyeuse, à tel point que j'ai repoussé, encore et encore, la lecture du DVD pour connaître la fin du film, sans intérêt. Rien n'est à sauver dans cette comédie légitimement oubliée, si ce n'est le beau sourire de Sylva Koscina et les regards sincères de Michel Serrault devant sa première classe de troisième. Le duo Poiret/Serrault est inexistant, se résume à quelques scènes prévisibles ; Darry Cowl vient cachetonner en roue libre dans une séquence interminable. Il vous faudra bien du courage pour aller au devant de cette comédie romantique. On n'est pas loin du nanar !
mercredi 20 mars 2013
"MA POMME" (de Marc-Gilbert Sauvageon, 1950)
En quelques mots : Maurice Vallier, un clochard surnommé "Ma Pomme" vivote avec son ami Fricotard, chantant pour quelques pièces. Quand on lui apprend qu'il est l'héritier d'un lointain corsaire et propriétaire d'un trésor de plusieurs milliards, il ne s'emballe pas et demande à voir si les deux autres bénéficiaires méritent l'argent. D'attraction pour les bourgeois, le clochard devient l'objet de toutes les attentions.
Après Bal Cupidon (1949), Ma Pomme ... rassurez-vous, je ne commence pas une improbable intégrale de la courte carrière du réalisateur Marc-Gilbert Sauvageon, scénariste prolifique dans la quantité, passé metteur en scène le temps de cinq films entre 1949 et 1951. Il s'agit de hasard, comme souvent. Toutefois, ma volonté de retrouver Maurice Chevalier, que j'aime tant, au cinéma, était bien volontaire. J'avais eu en main le DVD de Ma Pomme il y a quelques mois et, découragé par des critiques massivement négatives, j'avais moi même oublié de le regarder. C'est à présent chose faite et je ne saurais dire si je regrette. Ceux qui ne considèrent Maurice de Paris que pour Gigi (Minnelli, 1958) ou Ariane (Wilder, 1957) seront cruellement déçus ; les autres, nostalgiques du petit gars de Ménilmuche, y trouveront leur "conte", pas jobard mais plaisant à condition de supporter de terribles longueurs et une mise en scène datée. C'est aussi une bonne occasion de retrouver d'excellents comédiens : la jolie Sophie Desmarets et son regard espiègle, sous exploitée hélas, tout comme Jane Marken, réduite à quelques scènes d'agonie. Raymond Bussières s'impose difficilement comme accordéoniste face à Maurice Chevalier ; le jeune Jacques Dynam interprète l'amoureux déçu de Claire / Véra Norman.
Ma Pomme est un film nostalgique : de la chanson éponyme, créée en 1936 et que Maurice Chevalier chantait déjà dans L'homme du jour (Duvivier, 1936) - que l'on entend à peine dans le film de Sauvageon, rageant ! De l'amour ensuite, qui nous offre cette fin très mélancolique, assez réussie même si elle est pompière ; le personnage de "Ma Pomme" lorgne un peu sur le rire aux larmes de Charlot, sans y parvenir.
Enfin, le film permet de s'interroger sur l'image du vagabond dans le cinéma français de l'après-guerre. "Ma Pomme" est antimilitariste, rejette la société de consommation, se moque de la politique et passe son temps à la belle étoile, à chanter. Vision idéaliste, idéalisée, d'une précarité qui, peut-être, faisait moins peur et d'une liberté que l'on sait parfaitement illusoire. Ce genre de films, et de personnages, ne pourrait plus exister aujourd'hui, et c'est probablement pourquoi il vieillit mal - c'est aussi ce qui fait son charme. Maurice Chevalier, difficilement crédible, apparaît pourtant l'interprète idéal pour cet emploi (comme Gabin dans Archimède le clochard, Grangier, 1959) qui n'est que déformation de l'image quasi mythique du titi parisien qui drague les souris aussi bien qu'il manie l'argot des faubourgs. Sur un trottoir, ce clochard aux yeux doux ... ça sent si bon la France !
samedi 9 mars 2013
"UN GRAND PATRON" (de Yves Ciampi, 1951)
En quelques mots : Le professeur Louis Delage règne en maître, et en icône, sur le service chirurgical de l'hôpital Bichat à Paris. Admiré des uns pour ses réussites dans la greffe de reins, méprisé des autres pour les mêmes raisons, il est sur le point d'entrer à l'Académie de Médecine. Quand une de ses patientes décède suite à une opération, il héberge quelques jours son jeune petit-fils Albert ; dans le même temps, il est confronté à la crise de vocation de son filleul qu'il tente de former.
Je ne sais pas de quelle réputation jouit ce film à l'heure actuelle et quelle fut sa réception à sa sortie ; on peut lire sur internet qu'il fut un grand succès dans les salles, en 1951. Il faut avouer d'emblée que l'intrigue ne présage pas un film à caractère passionnel, les plus directs ne se dérangeraient pas pour dire que ça à l'air chiant ! Un visionnage ne leur donne pas raison mais je me demande bien qui pourrait trouver plaisir à s'en faire un film culte, sinon un jeune médecin en herbe, un rien sûr de lui, aussi antipathique et arriviste que le poulain du Patron qu'incarne Pierre Fresnay. Les autres étudiants en médecine, plus honnêtes dans leur choix disciplinaire, verraient peut-être même dans ce film une insulte à ce que doit représenter un médecin - homme de science avant tout, opérant pour servir, pour sauver, plus que pour briller en société. Un grand patron évoque assez justement cette embourgeoisement négatif d'une partie des grands médecins parisiens, qui portent aussi bien le rouge sur leurs bistouris qu'à leur boutonnière, et qui se parent autant de leurs interventions que d'articles publiés dans des revues scientifiques. Peut-être cette critique acerbe de la bourgeoisie des années 1950 - offrant une scène de bacchanale assez déconcertante sur le sens qu'elle veut lui donner - est-elle un peu erronée aujourd'hui ; et de fait offre un film poussiéreux.
Toutefois, les scènes sont percutantes - à l'image de cette chasse aux voix dans un cimetière, sur les cendres encore chaudes d'un Académicien, de ce jeune médecin fougueux qui ne pense qu'à devenir patron à la place du patron, de cette femme délaissée constamment en représentation mais qui ne peut aller au théâtre. Le jeune filleul, appelé à devenir un grand médecin, remet en cause sa vocation : il se verrait mieux peintre, un peu bohème. On sourit jaune de constater qu'aujourd'hui cette volonté de sortir des rangs fait presque figure de sacerdoce pour la bonne conscience d'une grande partie de la bourgeoisie française.
On regrette presque le personnage de Pierre Fresnay, parvenu mais désireux d'adopter des illusions plus nobiliaires que bourgeoises, dynastiques et ancrées dans des valeurs de classe - peut-être méprisables, mais honnêtes ; rôle à première vue étonnant d'un chirurgien brillant mais cynique pour l'acteur habitué à des compositions unilatérales. Pourtant, à bien y regarder, ce grand patron est honnête dans le rôle que lui impose la société et ses quelques instants désabusés sont peut-être des tentatives avortées de rébellion. Le scénario de Pierre Véry et Yves Ciampi (ce dernier se charge également de la mise en scène, très plate) est donc passionnant, quoique manquant un peu de dynamisme, mais fait figure d'arrêt sur image. Les films trop ancrés dans une époque vieillissent, à mon sens, souvent très mal : c'est le cas de La Marseillaise (Renoir, 1938) ou d'Un monde sans pitié (Rochant, 1989) plus récemment. C'est presque un documentaire, à l'instar de ces gros plans médicaux inutiles lors d'une opération du rein. Les sociologues seront convaincus, les historiens feront la fine bouche et les cinéphiles passeront sans se détourner. Hélas ...
A noter un petit rôle charmant pour la jeune Judith Magre qui débutait sa carrière au cinéma.
mercredi 6 mars 2013
"GAROU-GAROU LE PASSE MURAILLE" (de Jean Boyer, 1951)
En quelques mots : Léon Dutilleul, célibataire et modeste fonctionnaire, se découvre un soir d'ivresse la faculté de traverser les murs. D'abord embarrassé, puis curieux de s'aventurer en quelques secondes dans des endroits interdits, il fait la rencontre d'une belle jeune femme qui vole dans un hôtel de luxe. Pour la remettre dans le droit chemin, il devient lui aussi voleur et se fait connaître sous le nom de Garou-Garou.
On pourrait attendre beaucoup de cette adaptation de la courte nouvelle de Marcel Aymé, amusante, fantastique et tragique. Le parti d'en tirer un film allongé est intéressant, d'autant que l'adaptation est signée Michel Audiard et que Bourvil semble convenir parfaitement au rôle. Hélas, il est parfois des rencontres qui avortent et des regrets qui en naissent ; on aurait préféré la patte plus légère de Jean Cocteau pour traiter avec poésie cette fable sur l'incroyable destin d'un homme banal ; on aurait aimé que Bourvil soit mieux servi. Car après un début assez convaincant, des personnages secondaires bien plantés (le couple Marcelle Arnold/Jacques Erwin, formidable), cette histoire d'homme qui a le don de traverser les murs s'enlise dans des démêlés romantiques très pénibles que ne sauvent pas les prestations de Gérard Oury (qui se prend des baffes de Bourvil dans une scène amusante) et Joan Greenwood, jeune starlette des studios Ealing qui tourna la même année un autre film avec un homme très recherché, l'excellent Alec Guinness dans L'homme au complet blanc (A. Mackendrick, 1951).
Si l'histoire d'amour est très pénible à suivre - Joan Greenwood minaude à n'en plus finir dans une affreuse voix française -, elle réserve toutefois quelques moments appréciables, et la courte durée du film ne laisse pas un trop mauvais goût. On regrette évidemment que la fin ne soit pas plus fidèle à la nouvelle, bien plus pessimiste ; on se console avec les seconds rôles de qualité : Souplex, Oury, Crémieux, Lannes et les autres.
On pourrait attendre beaucoup de cette adaptation de la courte nouvelle de Marcel Aymé, amusante, fantastique et tragique. Le parti d'en tirer un film allongé est intéressant, d'autant que l'adaptation est signée Michel Audiard et que Bourvil semble convenir parfaitement au rôle. Hélas, il est parfois des rencontres qui avortent et des regrets qui en naissent ; on aurait préféré la patte plus légère de Jean Cocteau pour traiter avec poésie cette fable sur l'incroyable destin d'un homme banal ; on aurait aimé que Bourvil soit mieux servi. Car après un début assez convaincant, des personnages secondaires bien plantés (le couple Marcelle Arnold/Jacques Erwin, formidable), cette histoire d'homme qui a le don de traverser les murs s'enlise dans des démêlés romantiques très pénibles que ne sauvent pas les prestations de Gérard Oury (qui se prend des baffes de Bourvil dans une scène amusante) et Joan Greenwood, jeune starlette des studios Ealing qui tourna la même année un autre film avec un homme très recherché, l'excellent Alec Guinness dans L'homme au complet blanc (A. Mackendrick, 1951).
Si l'histoire d'amour est très pénible à suivre - Joan Greenwood minaude à n'en plus finir dans une affreuse voix française -, elle réserve toutefois quelques moments appréciables, et la courte durée du film ne laisse pas un trop mauvais goût. On regrette évidemment que la fin ne soit pas plus fidèle à la nouvelle, bien plus pessimiste ; on se console avec les seconds rôles de qualité : Souplex, Oury, Crémieux, Lannes et les autres.
dimanche 3 février 2013
"LE FIL A LA PATTE" (de Guy Lefranc, 1954)
En quelques mots : Le comte du Bois d'Enghien est sur le point se marier. Pour se donner bonne conscience et par amour sincère envers sa future femme, il décide de rompre avec sa maîtresse, l’exubérante chanteuse Lucette Gauthier. Tout se complique puisqu'elle celle-ci est toujours folle amoureuse et qu'elle est invitée à chanter aux fiançailles de son amant ...
Les adaptations cinématographiques ou télévisées de l'oeuvre de George Feydeau sont légion et pas toujours dignes de leur inspirateur, en témoignent les deux dernières créations autour d'Un fil à la patte (1894) : au cinéma par Michel Deville avec Charles Berling et Emmanuelle Béart (2005), à la télévision dans une mise en scène de Francis Perrin, la même année, avec des animateurs de France Télévisions. En 1954, Noël-Noël s'était collé à cette dure tâche de transposition à l'écran d'un vaudeville comique à succès - avec une certaine réussite. Bien que confiée à Guy Lefranc, avant que celui-ci ne sombre pour de bon dans une série de nanars avec Fernand Reynaud ou Eddie Constantine, la mise en scène n'est pas lourdingue et évite au possible un théâtre filmé rébarbatif. Il y a quelques années déjà que j'ai lu cette pièce de Feydeau et je ne saurai dire avec précisions si l'adaptation est fidèle dans les dialogues, toutefois il est assez plaisant de retrouver Noël-Noël en amant d'une Suzy Delair plus fantasque que jamais (Oh ce peigne ! Ce peigne, me dépeigne !), perturbés par Jacques Eyser en général sud-américain, Gabrielle Dorziat en belle-mère aimante, Claude Bertrand en bon copain et Bourvil en notaire le jour, chansonnier grivois la nuit. Il faut l'entendre se délecter de ses stupides paroles !
S'il n'est pas leçon de mise en scène ou d'adaptation, force est de reconnaître que ce Fil à la patte tient bien le coup, grâce à son casting savoureux et ses bons moments de comédie. Noël-Noël, qui signe le scénario et les dialogues, semble inspirer son personnage du zig chaplinesque, y compris physiquement (il ressemble à Monsieur Verdoux) et s'offre une scène musicale très réussie dans sa pure lignée.
jeudi 10 janvier 2013
"L'HOMME A L’IMPERMÉABLE" (de Julien Duvivier, 1957)
En quelques mots : Puisque sa femme est partie quelques jours auprès d'un parent malade, le brave Albert Constantin, musicien au Théâtre du Châtelet, s'abandonne à visiter une jolie jeune fille à Montmartre. Mais il n'a pas le temps de s'en aller qu'elle est mystérieusement assassinée dans sa salle de bain. Le lendemain, le voisin de la défunte retrouve Albert et lui demande de l'argent en échange de son silence.
François Truffaut écrivit à la sortie du film que Fernandel ne le faisait plus rire, contrairement à un public moins exigeant, mais plus nombreux, qui continuait de se gondoler devant les pitreries de l'acteur marseillais. Étrange critique, car il serait d'autant plus faux d'affirmer ici qu'il s'agit d'une énième fernandelânerie sans mise en scène et sans histoire. Après une adaptation de Zola (Pot-Bouille, 1957), Julien Duvivier signa avec René Barjavel l'adaptation de ce roman policier de James Hadley Chase, sur un ton comique. Pas tout à fait comédie policière ni sombre polar, L'homme à l'imperméable mélange les genres. Fernandel, étonnant de retenue, y interprète un musicien du Théâtre du Châtelet qui fait la difficile expérience de l'infidélité, ou de l'intention - l'équipe tourna d'ailleurs plusieurs scènes dans les lieux qui étaient occupés par les membres de l'opérette Méditerranée, Fernandel se maquillant le jour dans la loge qu'occupait son ami Tino Rossi le soir. Après une excellente première partie où s'imposent un Fernandel sérieux et aimant, pris de remords lorsqu'il se retrouve dans la chambre d'une autre femme (la sublime Judith Magre), et un Bernard Blier excellent en maître-chanteur tranquille, le film retombe un peu dans les travers d'une intrigue parallèle pas très palpitante et d'une situation qui s'étire trop longtemps. Quelques rares moments de plaisir ponctuent cette comédie noire qui ne sait pas sur quel pied danser (la scène de nuit sous le pont est révélatrice de ce problème) et la fin, convenue, n'arrange rien. Le film jouit aujourd'hui d'une jolie popularité et j'avoue qu'elle me semble un poil surestimée. Si la mise en scène de Julien Duvivier est impeccable (avec une jolie photographie de la nuit) et l'interprétation sans fautes, il manque un petit quelque chose pour accrocher définitivement.
vendredi 21 décembre 2012
"SI PARIS NOUS ÉTAIT CONTÉ" (de Sacha Guitry, 1956)
En quelques mots : Las des vieux livres d'Histoire fait de suppositions, des étudiants demandant à un vieux professeur de leur raconter l'Histoire de Paris avec ses souvenirs et ses yeux contemporains. Comme ils reviennent, il leur conte les aventures de la capitale française, des Rois médiévaux à la Libération de Paris en 1944.
De retour de quelques jours passés à visiter le Paris des Rois de France, je n'ai pu que constater l'omniprésence dans les boutiques de souvenirs des derniers films historiques de Sacha Guitry sur Versailles, Napoléon et Paris. Référence s'il en est, Si Paris nous était conté impressionne toujours par son formidable casting de stars et son ambition de retracer en deux petites heures plusieurs siècles d'histoire d'une des capitales les plus importantes du monde. Pari insurmontable me direz vous et vous n'auriez que trop raison ! Bien que l'ouverture soit très amusante avec un vieux Sacha Guitry qui se joue des historiens et de leur Histoire - riant même dès lors qu'on évoque la francisque ... - et se propose de raconter à des étudiants Paris telle qu'il la voit à travers des souvenirs et des anecdotes. L'Histoire anecdotique est dangereuse car réductrice mais elle est toujours matière à assurer un très bon divertissement de cinéma. Hélas, comme avec son Si Versailles m'était conté trois ans plus tôt, Sacha Guitry se prend les pieds dans le tapis de l'académisme ronronnant et de l'Histoire à deux balles pour ne laisser place rapidement qu'à un véritable ennui - où les deux petites heures du film deviennent subitement très longues !
Au milieu de longues séquences de dialogues inventés, parfois inspirés, on peut s'amuser à retrouver Jean Marais en François Ier qui ne pense qu'à faire l'amour (comme son Louis XV à Versailles en 1954 !), Robert Lamoureux en Latude, célèbre prisonnier de la Bastille qui s'évada plusieurs fois (dont on peut encore admirer l'échelle de corde au Musée Carnavalet à Paris), Michèle Morgan en Gabrielle d'Estrées (maîtresse de Henri IV) dans un très beau dialogue avec Jean Martinelli et bien sûr Sacha Guitry en Louis XI qui s'offre le très beau rôle d'un Roi important mais méconnu. Les plus tolérants y ajouteront Gérard Philipe en troubadour qui revient à toutes les époques pour nous conter fleurette plus que Paris. Il faut reconnaître d'ailleurs que la ville n'est qu'un prétexte à évoquer quelques pages de l'Histoire de France qui n'ont parfois pas grand rapport (le procès de Marie-Antoinette, le bal de Napoléon III et Eugénie). Restent quelques idées de mise en scène, comme les différentes entrées militaires en plan séquence, ou de scénario, à l'image un peu trop voyante d'une taverne pendant la guerre de cent ans où rôde déjà le marché noir ...
Un Si Paris nous était conté tout aussi décevant que son précédent versaillais pour ma part, que je n'ai pas pris grand plaisir à découvrir. Il peut servir, à la rigueur, de grand Qui est-ce ? du cinéma français des années 1950.
De retour de quelques jours passés à visiter le Paris des Rois de France, je n'ai pu que constater l'omniprésence dans les boutiques de souvenirs des derniers films historiques de Sacha Guitry sur Versailles, Napoléon et Paris. Référence s'il en est, Si Paris nous était conté impressionne toujours par son formidable casting de stars et son ambition de retracer en deux petites heures plusieurs siècles d'histoire d'une des capitales les plus importantes du monde. Pari insurmontable me direz vous et vous n'auriez que trop raison ! Bien que l'ouverture soit très amusante avec un vieux Sacha Guitry qui se joue des historiens et de leur Histoire - riant même dès lors qu'on évoque la francisque ... - et se propose de raconter à des étudiants Paris telle qu'il la voit à travers des souvenirs et des anecdotes. L'Histoire anecdotique est dangereuse car réductrice mais elle est toujours matière à assurer un très bon divertissement de cinéma. Hélas, comme avec son Si Versailles m'était conté trois ans plus tôt, Sacha Guitry se prend les pieds dans le tapis de l'académisme ronronnant et de l'Histoire à deux balles pour ne laisser place rapidement qu'à un véritable ennui - où les deux petites heures du film deviennent subitement très longues !
Au milieu de longues séquences de dialogues inventés, parfois inspirés, on peut s'amuser à retrouver Jean Marais en François Ier qui ne pense qu'à faire l'amour (comme son Louis XV à Versailles en 1954 !), Robert Lamoureux en Latude, célèbre prisonnier de la Bastille qui s'évada plusieurs fois (dont on peut encore admirer l'échelle de corde au Musée Carnavalet à Paris), Michèle Morgan en Gabrielle d'Estrées (maîtresse de Henri IV) dans un très beau dialogue avec Jean Martinelli et bien sûr Sacha Guitry en Louis XI qui s'offre le très beau rôle d'un Roi important mais méconnu. Les plus tolérants y ajouteront Gérard Philipe en troubadour qui revient à toutes les époques pour nous conter fleurette plus que Paris. Il faut reconnaître d'ailleurs que la ville n'est qu'un prétexte à évoquer quelques pages de l'Histoire de France qui n'ont parfois pas grand rapport (le procès de Marie-Antoinette, le bal de Napoléon III et Eugénie). Restent quelques idées de mise en scène, comme les différentes entrées militaires en plan séquence, ou de scénario, à l'image un peu trop voyante d'une taverne pendant la guerre de cent ans où rôde déjà le marché noir ...
Un Si Paris nous était conté tout aussi décevant que son précédent versaillais pour ma part, que je n'ai pas pris grand plaisir à découvrir. Il peut servir, à la rigueur, de grand Qui est-ce ? du cinéma français des années 1950.
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vendredi 7 décembre 2012
"L'HOMME AUX CLÉS D'OR" (de Léo Joannon, 1956)
En quelques mots : Antoine Fournier est professeur d'anglais dans un collège de Lille. Quand il surprend des élèves en train de voler de l'argent dans son bureau, il décide de leur donner une chance. Ingrats, les trois garçons montent un piège contre l'enseignant et, avec la complicité de Gisèle, le font accuser de viol et renvoyer sans ménagement. Quelques années plus tard, devenu portier d'un palace à Monte-Carlo, il n'a rien oublié et prépare sa vengeance.
Sur une trame extrêmement classique, Léo Joannon propose un film honnête qui raconte la triste histoire d'un brave enseignant, dévoué pour les plus misérables, qui se retrouve compromis dans une machination, sans pouvoir jamais s'en défaire, les faits étant trop graves (accusation de viol sur une mineure avec témoins). On a de la peine pour ce pauvre Pierre Fresnay de voir s'accumuler sur lui autant d'injustices mais son personnage est tellement lisse, tellement bon et sans défauts qu'on peut prendre le parti d'y voir une leçon pour qu'il se révolte. En cela la fin est terriblement conformiste et bien pensante, et vient presque gâcher ce joli film d'acteurs. Car je pense qu'il faut le revoir pour eux, sans quoi cette histoire de plat qui se mange froid n'aurait pas franchement d'intérêt. Annie Girardot est celle qui tire le mieux son épingle du jeu en incarnant une jeune femme manipulatrice (il faut voir avec quel perversité elle simule son agression) à l'extrême, rattrapée par un amour imparfait qui va finalement la pousser encore plus loin. Son amant Gil Vidal est plus fade mais suscite bien l'antipathie de son personnage. Pierre Fresnay semble dépassé et son incarnation rigide des bonnes valeurs pèse un peu sur l'ensemble, hélas, même si l'on croit parfois à des sursauts d’ambiguïté.
L'homme aux clés d'or reste cependant un agréable divertissement et maintient jusqu'à la seconde finale le suspens de savoir comment le pauvre professeur va se venger, avec fausses pistes et rebondissements. Il faut quand même oublier la mise en scène plate de Léo Joannon qui n'arrange rien.
Sur une trame extrêmement classique, Léo Joannon propose un film honnête qui raconte la triste histoire d'un brave enseignant, dévoué pour les plus misérables, qui se retrouve compromis dans une machination, sans pouvoir jamais s'en défaire, les faits étant trop graves (accusation de viol sur une mineure avec témoins). On a de la peine pour ce pauvre Pierre Fresnay de voir s'accumuler sur lui autant d'injustices mais son personnage est tellement lisse, tellement bon et sans défauts qu'on peut prendre le parti d'y voir une leçon pour qu'il se révolte. En cela la fin est terriblement conformiste et bien pensante, et vient presque gâcher ce joli film d'acteurs. Car je pense qu'il faut le revoir pour eux, sans quoi cette histoire de plat qui se mange froid n'aurait pas franchement d'intérêt. Annie Girardot est celle qui tire le mieux son épingle du jeu en incarnant une jeune femme manipulatrice (il faut voir avec quel perversité elle simule son agression) à l'extrême, rattrapée par un amour imparfait qui va finalement la pousser encore plus loin. Son amant Gil Vidal est plus fade mais suscite bien l'antipathie de son personnage. Pierre Fresnay semble dépassé et son incarnation rigide des bonnes valeurs pèse un peu sur l'ensemble, hélas, même si l'on croit parfois à des sursauts d’ambiguïté.
L'homme aux clés d'or reste cependant un agréable divertissement et maintient jusqu'à la seconde finale le suspens de savoir comment le pauvre professeur va se venger, avec fausses pistes et rebondissements. Il faut quand même oublier la mise en scène plate de Léo Joannon qui n'arrange rien.
samedi 24 novembre 2012
"SIGNÉ ARSÈNE LUPIN" (de Yves Robert, 1959)
En quelques mots : Alors que la Première Guerre Mondiale est terminée et qu'il récupère de ses blessures dans un hôpital militaire, Arsène Lupin est approché par un homme qui lui propose de rependre du service, en l'occurrence de cambrioler une riche maison à Enghien. Doublé sur cette affaire, Lupin assiste impuissant à un deuxième méfait où le voleur usurpe son identité !
Qui n'a jamais rêvé d'être Arsène Lupin ? Comme beaucoup de petits garçons probablement, je lisais les aventures du célèbre héros de Maurice Leblanc en rêvant de me glisser la nuit venue dans une quelconque maison bourgeoise pour y dérober une toile de maître en laissant un bouquet de fleurs sur le piano de la propriétaire. A défaut d'exaucer les rêves de mes dix ans, je me contentais de regarder les énièmes rediffusions télévisées des aventures d'Arsène Lupin sous les traits de Georges Descrières en imaginant ma chambre comme le repère secret du cambrioleur magnifique.
Les années passent mais les idoles restent ! Et quelle joie de découvrir cette version cinéma avec un Robert Lamoureux absolument parfait pour ce rôle, mêlant grâce, élégance, humour et efficacité à l'action dans une charmante histoire de chasse au trésor. Qu'importent les incohérences et les séquences improbables si la légèreté l'emporte et le plaisir avec. A la poursuite du trésor des ducs de Bourgogne, Arsène Lupin n'admet autre chose sur son visage qu'un sourire et ne désarme jamais de ruse pour arriver à ses fins, quitte à rouler un jeune journaliste (Roger Dumas) et se venger d'un ancien associé (Yves Robert). Aidé par Jacques Dufilho et surveillé par Robert Dalban, Robert Lamoureux virevolte avec autant d'aise que son avion et nous régale d'une heure et demi d'aventures à travers la France et l'Italie. Après Les aventures d'Arsène Lupin (1957) sous la direction de Jacques Becker, c'est la dernière fois qu'il endosse ce rôle à l'écran. Il nous est largement permis de le regretter !
En témoigne l'inscription qu'il laisse en prison avant de s'évader, Arsène Lupin, bon prince, ne s'envole pas avec tout le trésor de la Toison d'Or mais en laisse une partie au gouvernement français. A l'heure de la "règle d'or", voici peut-être une nouvelle solution pour notre République qui décidément n'a vraiment plus rien à craindre d'Arsène Lupin aujourd'hui !
samedi 17 novembre 2012
"MAIGRET TEND UN PIEGE" (de Jean Delannoy, 1958)
En quelques mots : Un énigmatique tueur de femme sévit dans Paris sans que la police ne possède la moindre piste. Le commissaire Maigret, pris à partie directement par l'assassin, le soupçonne d'être un orgueilleux et se décide à le provoquer en faisant arrêter un faux coupable pour que le vrai agisse à nouveau lors d'une reconstitution. Si il parvient à s'enfuir, un inspecteur observe l'étrange comportement d'une jeune femme...
Première adaptation d'un roman de Georges Simenon avec Jean Gabin dans le rôle du célèbre commissaire, ce film signé du sérieux réalisateur Jean Delannoy connut un très grand succès à sa sortie, à tel point que l'équipe fut presque obligée de rempiler pour un second épisode que j'ai déjà chroniqué sur ce blog, Maigret et l'affaire Saint-Fiacre. J'ai d'ailleurs, curieusement, préféré cette "suite" à ce piège tendu par un Maigret qui ne semble pas très concerné par son affaire. Il faut dire qu'elle n'est pas bien originale et qu'on découvre très vite de quoi il retourne. Les dernières séquences sont toutefois réussies, en cela qu'elles démontrent qu'un responsable n'est pas toujours le coupable, et inversement. Hélas, ce thème est aujourd'hui bien trop éculé pour être original et la mise en scène sage de Delannoy n'impose rien d'autre qu'un académisme parfois redoutable. Restent, heureusement, les savoureux dialogues de Michel Audiard, inspiré.
Pour autant, Maigret tend un piège n'est pas un mauvais film, je dirais même qu'il se suit très agréablement grâce aux comédiens, Gabin en tête. Annie Girardot est toujours très à l'aise, bien plus que Jean Desailly peu crédible en salaud au rire sadique (grotesque). Les seconds rôles, comme souvent, sont les meilleurs : Paulette Dubost en femme d'un boucher incarné par Alfred Adam, Lino Ventura en policier qui se fait mettre à terre en public par une femme (!), Jean Tissier que j'adore ou encore Jean Debucourt, dans son dernier rôle.
Tout ça plaira aux aficionados du commissaire de Simenon et aux amoureux des acteurs du cinéma français. Le DVD est disponible chez René Chateau, dans une bonne copie.
Première adaptation d'un roman de Georges Simenon avec Jean Gabin dans le rôle du célèbre commissaire, ce film signé du sérieux réalisateur Jean Delannoy connut un très grand succès à sa sortie, à tel point que l'équipe fut presque obligée de rempiler pour un second épisode que j'ai déjà chroniqué sur ce blog, Maigret et l'affaire Saint-Fiacre. J'ai d'ailleurs, curieusement, préféré cette "suite" à ce piège tendu par un Maigret qui ne semble pas très concerné par son affaire. Il faut dire qu'elle n'est pas bien originale et qu'on découvre très vite de quoi il retourne. Les dernières séquences sont toutefois réussies, en cela qu'elles démontrent qu'un responsable n'est pas toujours le coupable, et inversement. Hélas, ce thème est aujourd'hui bien trop éculé pour être original et la mise en scène sage de Delannoy n'impose rien d'autre qu'un académisme parfois redoutable. Restent, heureusement, les savoureux dialogues de Michel Audiard, inspiré.
Pour autant, Maigret tend un piège n'est pas un mauvais film, je dirais même qu'il se suit très agréablement grâce aux comédiens, Gabin en tête. Annie Girardot est toujours très à l'aise, bien plus que Jean Desailly peu crédible en salaud au rire sadique (grotesque). Les seconds rôles, comme souvent, sont les meilleurs : Paulette Dubost en femme d'un boucher incarné par Alfred Adam, Lino Ventura en policier qui se fait mettre à terre en public par une femme (!), Jean Tissier que j'adore ou encore Jean Debucourt, dans son dernier rôle.
Tout ça plaira aux aficionados du commissaire de Simenon et aux amoureux des acteurs du cinéma français. Le DVD est disponible chez René Chateau, dans une bonne copie.
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mercredi 14 novembre 2012
"GERVAISE" (de René Clément, 1956)
En quelques mots : A Paris, sous le Second Empire, la belle Gervaise est abandonnée par son amant Lantier et humiliée devant les femmes du quartier. Restée seule avec ses enfants, elle se marie avec un ouvrier-couvreur, Coupeau, qui est victime peu après d'un grave accident de travail. Alors que celui-ci sombre dans la jalousie et l'alcoolisme, Gervaise ouvre sa propre blanchisserie, retrouve son ancien amant et Virginie, qui la détestait jadis.
Gervaise est le prénom de l'héroïne de L'assommoir, roman de Émile Zola publié 80 ans avant que René Clément réalise ce film, au moins la cinquième adaptation au cinéma de ce classique de la série des Rougon-Macquart. Elle met en scène la triste vie d'une blanchisseuse tiraillée entre un ancien amant oisif, un mari alcoolique et une rivale jalouse. Je ne suis pas plus un idolâtre de Zola que des grands films dramatiques où les situations misérables se succèdent à l'écran dans un tourbillon infernal qui ne peut conduire qu'à une fin encore plus terrible. Heureusement pour nous, Gervaise possède un certain nombre de qualités qui en font une adaptation cinématographique très réussie : la mise en scène relevée de René Clément, qui semble se surpasser dans les travellings intérieurs et les mouvements de grue à l'extérieur, associée à une très belle photographie de Robert Juillard (avec qui il avait déjà travaillé sur Jeux interdits) et des acteurs très inspirés. Le film repose principalement sur un quatuor : deux hommes, Armand Mestral et François Périer, très à l'aise dans leurs rôles et dotés d'une petite ressemblance physique amusante et intéressante pour l'histoire ; deux femmes, Maria Schell qui trouve un rôle magnifique et Suzy Delair, parfaite méchante de cinéma, qui incarne la fourberie avec élégance.
Soyons quand même honnêtes, qui n'est pas inconditionnel de l’œuvre de Zola trouvera dans cette histoire quelques longueurs et quelques scènes inutiles. L'enchainement des misères, quand on sait qu'elles ne sont pas éphémères, fatigue un peu à force, mais Gervaise peut compter sur plusieurs très grandes séquences qui touchent au sublime. Il faut voir avec quelle force, quelle violence Maria Schell et Suzy Delair se battent dans un lavoir sous les yeux de toutes les femmes du quartier, d'abord avec de l'eau puis avec les mains, la première infligeant une fessée déculottée d'anthologie à la seconde !
Je vous propose de visionner sur ce blog la deuxième grande séquence du film, quasi en intégralité (d'où une vidéo un peu plus longue que d'ordinaire, vous me le pardonnerez j'espère) : ce repas de fête est le point d'orgue du film et reprend, avec tout le talent des scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost, tout ce qui fait la force et l'intérêt de cette histoire : les rivalités, la misère, la faim, la mélancolie, l'amour, la famille, la folie. Il faut voir avec quel passion Maria Schell mange son morceau de poulet, avec la puissance d'une femme qui ne connaît pas la profusion et la beauté d'une maitresse de maison fière de sa soirée. Rarement un regard féminin n'aura été aussi bouleversant d'humanité au cinéma ! L'étirement de la fête, qui manque à plusieurs moments de virer au drame (le nombre de convives, la politique, l'ancien amant qui revient), est bien cet assommoir terrible que décrit Zola, un destin contre lequel on ne peut rien, un trop plein de vie qui écrase tout sur son passage, jusqu'à la voix tremblante d'une jolie blanchisseuse pourtant si belle quand elle chante.
Gervaise est le prénom de l'héroïne de L'assommoir, roman de Émile Zola publié 80 ans avant que René Clément réalise ce film, au moins la cinquième adaptation au cinéma de ce classique de la série des Rougon-Macquart. Elle met en scène la triste vie d'une blanchisseuse tiraillée entre un ancien amant oisif, un mari alcoolique et une rivale jalouse. Je ne suis pas plus un idolâtre de Zola que des grands films dramatiques où les situations misérables se succèdent à l'écran dans un tourbillon infernal qui ne peut conduire qu'à une fin encore plus terrible. Heureusement pour nous, Gervaise possède un certain nombre de qualités qui en font une adaptation cinématographique très réussie : la mise en scène relevée de René Clément, qui semble se surpasser dans les travellings intérieurs et les mouvements de grue à l'extérieur, associée à une très belle photographie de Robert Juillard (avec qui il avait déjà travaillé sur Jeux interdits) et des acteurs très inspirés. Le film repose principalement sur un quatuor : deux hommes, Armand Mestral et François Périer, très à l'aise dans leurs rôles et dotés d'une petite ressemblance physique amusante et intéressante pour l'histoire ; deux femmes, Maria Schell qui trouve un rôle magnifique et Suzy Delair, parfaite méchante de cinéma, qui incarne la fourberie avec élégance.
Soyons quand même honnêtes, qui n'est pas inconditionnel de l’œuvre de Zola trouvera dans cette histoire quelques longueurs et quelques scènes inutiles. L'enchainement des misères, quand on sait qu'elles ne sont pas éphémères, fatigue un peu à force, mais Gervaise peut compter sur plusieurs très grandes séquences qui touchent au sublime. Il faut voir avec quelle force, quelle violence Maria Schell et Suzy Delair se battent dans un lavoir sous les yeux de toutes les femmes du quartier, d'abord avec de l'eau puis avec les mains, la première infligeant une fessée déculottée d'anthologie à la seconde !
Je vous propose de visionner sur ce blog la deuxième grande séquence du film, quasi en intégralité (d'où une vidéo un peu plus longue que d'ordinaire, vous me le pardonnerez j'espère) : ce repas de fête est le point d'orgue du film et reprend, avec tout le talent des scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost, tout ce qui fait la force et l'intérêt de cette histoire : les rivalités, la misère, la faim, la mélancolie, l'amour, la famille, la folie. Il faut voir avec quel passion Maria Schell mange son morceau de poulet, avec la puissance d'une femme qui ne connaît pas la profusion et la beauté d'une maitresse de maison fière de sa soirée. Rarement un regard féminin n'aura été aussi bouleversant d'humanité au cinéma ! L'étirement de la fête, qui manque à plusieurs moments de virer au drame (le nombre de convives, la politique, l'ancien amant qui revient), est bien cet assommoir terrible que décrit Zola, un destin contre lequel on ne peut rien, un trop plein de vie qui écrase tout sur son passage, jusqu'à la voix tremblante d'une jolie blanchisseuse pourtant si belle quand elle chante.
dimanche 11 novembre 2012
"LES AVENTURIERS DU MÉKONG" (de Jean Bastia, 1958)
En quelques mots : Deux Français coincés à Saïgon où ils pensaient faire fortune trainent leur nostalgie du pays avec un troisième larron et regardent jour après jour les bateaux qui partent vers Marseille, sans eux. Une belle aventurière mystérieuse leur propose pourtant de leur donner tout l'argent nécessaire au voyage en échange de leurs services dans une dangereuse mission. Ils acceptent même s'ils ne savent pas encore qu'ils vont devoir voler de l'essence, remonter le Mékong et affronter des pirates !
Probablement tournée dans la foulée de la difficile Rivière des 3 jonques (1957), cette nouvelle aventure réunissant la belle Dominique Wilms et Jean Gaven est bien plus réussie que la précédente. Les premières minutes nous entrainent dans le sillon de quelques français qui vivent par défaut à Saïgon, trop pauvres pour espérer se payer le voyage de retour vers la France, vision que l'on voit assez peu au cinéma, le colonisateur ayant souvent un ascendant financier et moral sur le colonisé. Puisque leur peau ne vaut plus rien, ils acceptent l'étrange mission de Dominique Wilms qui leur offre tout à coup l'opportunité de gagner beaucoup d'argent. Cette première partie du film est plutôt bien menée, tout comme les préparatifs au départ et le vol des bidons d'essence, avec l'aide d'un ancien officier allemand. Leurs aventures les conduisent dans la jungle vietnamienne, infestée de pirates qui ne font pas vraiment peur. Le propos est plus psychologique et on pense vite au Jardin du Diable de Henry Hathaway (1954), construit sur une trame presque identique. Hélas pour tout le monde, c'est Jean Bastia qui se charge ici, très mollement, de la mise en scène. Contraint d'exploiter au maximum le cinémascope et l'eastmancolor, il multiplie les très grands angles et peine à susciter l'intensité dramatique pourtant bien réelle entre les acteurs. Autour de Dominique Wilms, on retrouve l'efficace Jean Gaven, Jean-Pierre Kérien en docteur manipulateur et Gib Grossac en personnage à l'accent exotique.
Étonnamment, le film tient bien la route, malgré quelques longueurs et une réalisation mollassonne. Les personnages sont intéressants et les acteurs parviennent à leur insuffler un passé. Construite sur un modèle classique, type Le trésor de la Sierra Madre (John Huston, 1948), cette aventure intégralement filmée au Sud Vietnam en 1957 offre quelques bons moments, notamment auprès d'une cascade ou lorsqu'il s'agit de se partager l'or découvert dans un trou perdu au milieu de la forêt. La fin est plus laborieuse et n'en fini pas de nous montrer nos deux héros en quête d'un retour vers la Civilisation. Les dernières scènes, sans fioritures, sont assez jolies.
Le film est disponible chez René Chateau et mérite, à mon sens, d'être redécouvert pour ses acteurs, son ambiance dramatique et ses très beaux décors naturels. Pour autant, les plus exigeants d'entre vous en terme de film d'aventure n'y trouveront sûrement pas leur compte.
samedi 10 novembre 2012
"LA TABLE-AUX-CREVÉS" (de Henri Verneuil, 1951)
En quelques mots : Urbain Coindet (Fernandel), modeste paysan du petit village provençal de Cantagrel, retrouve sa femme pendue lorsqu'il revient d'une foire. Sa belle-famille fait vite courir le bruit qu'il serait l'assassin de leur fille et celui qui a donné Frédéric Gari aux gendarmes, pour contrebande de tabac. Trois mois plus tard, lorsque celui-ci sort de prison, décidé à se venger, il apprend avec stupeur que Coindet convoite sa sœur !
Henri Verneuil avait déjà rencontré Fernandel en 1947 pour un court-métrage provençal intitulé Escale au soleil, mais La Table-aux-crevés est son premier long-métrage et le début d'une longue collaboration avec l'acteur marseillais. Adaptée de Marcel Aymé, cette histoire très sombre sur les mœurs archaïques d'un petit village du Midi nous offre une sublime première partie, où chaque scène mériterait d'être redécouverte pour son humour noir et ses dialogues emprunts d'un réalisme que l'on a bien du mal à concevoir aujourd'hui. Ainsi de Fernandel qui rentre dans sa maison avec son cheval, découvre sa femme pendue et s'exclame : "Mais il boite ce cheval !" puis, alors que son ami le maire (incarné par l'excellent Fernand Sardou) tente de le réconforter, laisse échapper "Je n'aurais jamais cru que la suspension de faïence serait aussi solide." Les états d'âme sont bien rares dans cette œuvre où les personnages du village, bien que se connaissant tous, se déchirent pour des réputations (superbe séquence avec les femmes du village et le curé) et sont encore marqués par les années sombres de la guerre, qui ont entérinées les divisions politiques et les rancœurs de ceux qui s'y sont plus ou moins bien adapté (un homme, surnommé "le cocu" est devenu père alors qu'il était au front, et doit vivre avec cette honte en permanence).
Le film montre aussi le mépris des habitants de "la ville" pour les paysans qui passaient leurs vies dans le même village et est l'occasion d'une très belle scène où Fernandel s'énerve seul contre la pluie qui l'empêche de sortir et l'oblige à contempler des immeubles avec des dizaines de fenêtres et de barreaux. Si le film peut être une ode à la nature, il rappelle qu'elle n'en est pas moins dangereuse à vivre au quotidien. La Table-aux-crevés évoque aussi à plusieurs reprises la religion, attaquée d'abord puis présentée avec lucidité dans un très joli discours de René Génin. Plus qu'une comédie grinçante, la première partie montre avant tout un reflet de la société rurale des années 1950.
Hélas, la seconde partie souffre de se perdre un peu dans une aventure sentimentale plus classique, entre deux êtres qui s'aiment (Fernandel et la touchante Maria Mauban) mais qui ne peuvent se marier puisque les familles ne s'entendent pas. Pourtant, on y voit les prémices de l'évolution d'une société qui se libéralise, la perte de certaines valeurs que l'on se confesse pourtant de vouloir observer. Ainsi Fernandel et sa fiancée couchent ensemble avant d'être mariés, Maria Mauban se révolte un peu contre l'autorité paternelle.
Si la fin se veut rassurante et plus légère, avec l'intervention toujours efficace de Édouard Delmont, elle ne va pas de soi. Cette société normée et sclérosée est étouffante pour ceux qui y vivent et on regrette presque qu'un coup de fusil ne vienne pas chambouler tout ce village d'individus peu appréciables, pétris de valeurs traditionnelles qui n'évoluent pas. Reste un très bon film réalisé avec soin par le jeune Henri Verneuil, souvent très drôle, parfois touchant, qui offre à Fernandel une excellente composition, authentique et éloignée des cabotinages qui firent sa gloire.
mardi 30 octobre 2012
"VIOLETTES IMPÉRIALES" (de Richard Pottier, 1952)
En quelques mots : En Espagne, lors d'une halte à Grenade, la belle Eugénie se faire dire la bonne aventure par une gitane du nom de Violetta. Celle-ci lui prédit un destin royal. De fait, lors d'un voyage en France, Eugénie devient l'épouse de l'empereur Napoléon III. Son cousin Juan, coureur souriant et beau parleur, tombe amoureux de Violetta lorsque celle-ci arrive en France.
Alors, je vous entends d'ici, vous allez me dire "Qu'est-ce que c'est que ça ? Il nous parle de Louis Jouvet, Jean Gabin, vénère Pierre Fresnay et voilà qu'on se retrouve avec une bluette musicale de Luis Mariano !" Certes, vous n'auriez pas tort. Mais que ne ferait-on pas pour la belle Micheline Francey ? C'est bien elle, en effet, dans un petit rôle, qui a guidé ce visionnage (et même cet achat ...). Hélas pour l'inconditionnel que je suis, elle n'apparaît pas très longtemps à l'écran, juste le temps de servir d'esclave à Luis Mariano et de se faire promettre un éphémère rendez-vous galant qui n'aura probablement jamais lieu. Quel goujaterie !
Au delà de ça, regarder Violettes impériales un soir, après une dure semaine de travail (ça doit bien arriver à quelques uns d'entre vous) n'est pas désagréable puisqu'on rigole du début à la fin. Il faut quand même voir Luis Mariano chanter une sérénade romantique à cheval, galopant derrière une calèche sur les routes d'Espagne, avec un immense sourire qui masque, tout au long du film, son terrible jeu d'acteur. Prétexte à entendre quelques jolies chansons de l'idole, selon les goûts, cette comédie romantique a des qualités dans les décors, les costumes et la mise en scène honnête de Richard Pottier. Simone Vallère en impératrice n'est pas ridicule, ni moins que Carmen Sevilla en gitane de cinéma. Tout pourrait en faire en nanar mais au final cette désuétude assumée est sympathique.
Regrettons juste que ça ne soit pas à la belle Micheline Francey que Luis Mariano chante (deux fois !) que L'amour est un bouquet de violettes ...
Alors, je vous entends d'ici, vous allez me dire "Qu'est-ce que c'est que ça ? Il nous parle de Louis Jouvet, Jean Gabin, vénère Pierre Fresnay et voilà qu'on se retrouve avec une bluette musicale de Luis Mariano !" Certes, vous n'auriez pas tort. Mais que ne ferait-on pas pour la belle Micheline Francey ? C'est bien elle, en effet, dans un petit rôle, qui a guidé ce visionnage (et même cet achat ...). Hélas pour l'inconditionnel que je suis, elle n'apparaît pas très longtemps à l'écran, juste le temps de servir d'esclave à Luis Mariano et de se faire promettre un éphémère rendez-vous galant qui n'aura probablement jamais lieu. Quel goujaterie !
Au delà de ça, regarder Violettes impériales un soir, après une dure semaine de travail (ça doit bien arriver à quelques uns d'entre vous) n'est pas désagréable puisqu'on rigole du début à la fin. Il faut quand même voir Luis Mariano chanter une sérénade romantique à cheval, galopant derrière une calèche sur les routes d'Espagne, avec un immense sourire qui masque, tout au long du film, son terrible jeu d'acteur. Prétexte à entendre quelques jolies chansons de l'idole, selon les goûts, cette comédie romantique a des qualités dans les décors, les costumes et la mise en scène honnête de Richard Pottier. Simone Vallère en impératrice n'est pas ridicule, ni moins que Carmen Sevilla en gitane de cinéma. Tout pourrait en faire en nanar mais au final cette désuétude assumée est sympathique.
Regrettons juste que ça ne soit pas à la belle Micheline Francey que Luis Mariano chante (deux fois !) que L'amour est un bouquet de violettes ...
jeudi 25 octobre 2012
"LE COUTURIER DE CES DAMES" (de Jean Boyer, 1956)
En quelques mots : Fernand Vignard, couturier, donne sa démission après que son patron a critiqué une fois de trop sa soi-disant promiscuité avec les femmes des clients. Hélas pour lui, son épouse Adrienne, qui dirige d'une main de fer une petite boutique de prêt-à-porter, ne peut l'entendre. Fernand, qui hérite subitement d'une maison de haute couture féminine, décide de ne pas lui révéler la vérité.
J'avais un souvenir très lointain de ce film, que je confondais encore jusqu'à ce soir volontiers avec Le confident de ces dames et Coiffeur pour dames, titre approchant oblige, avec le même Fernandel. Force est de reconnaître que je ne me suis pas ennuyé devant cette gentille petite comédie qui ne vaut que pour son interprétation. Fernandel est impayable, même cabotinant à l'extrême, dans ce rôle d'homme à femmes qui le sied si bien, habillé avec autant d'élégance qu'il manie le verbe (la présentation de sa collection "La Parisienne" est très bien écrite, bien que désuète). Il faut le voir esquisser son fameux sourire devant de belles dames, bourgeoises ou ouvrières, et les mettre dans sa poche en une poignée de répliques. Un autre acteur à sa place et cette histoire de haute couture serait tombée dans les terribles et profondes oubliettes du cinéma français. Heureusement il n'en est rien, puisqu'il nous permet en plus d'admirer Suzy Delair, dans le rôle - une fois n'est pas coutume - d'épouse jalouse mais aimante.
Au début étriquée dans son rôle de petite bourgeoise coincée et colérique, elle se lâche sur la fin, redevenant la jeune femme pétillante que l'on connaît et rappelant au passage à quel point elle est jolie, dans une scène où elle se déshabille devant une salle comblée qui pense à un sketch.
Le film ne peut s'envisager qu'autour et pour ce formidable duo d'artistes (et quelques noms toujours sympathiques à retrouver comme Françoise Fabian, très jolie, ou Georges Chamarat en notaire). Les plus critiques y verront une accumulation de clichés sur la mode et les homosexuels : Pasquali et André Bervil caricaturent des créateurs très efféminés, avec talent d'ailleurs, et ici et là quelques répliques cinglantes ne pourraient plus passer aujourd'hui sans être qualifiées d'homophobes au pire, de ringardes au mieux. Dans un autre contexte, Fernandel s'abandonna d'ailleurs à un titre sans équivoque, On dit qu'il en est, extrêmement drôle.
La mise en scène de Jean Boyer n'est pas à sauver non plus, tant elle est terne et plate - le réalisateur se contente de poser sa caméra pour filmer les acteurs, sans gros plans, sans mouvements. Je vous propose de retrouver dans une vidéo (assez longue, 8 minutes) quelques bons moments entre Fernandel et Suzy Delair.
J'avais un souvenir très lointain de ce film, que je confondais encore jusqu'à ce soir volontiers avec Le confident de ces dames et Coiffeur pour dames, titre approchant oblige, avec le même Fernandel. Force est de reconnaître que je ne me suis pas ennuyé devant cette gentille petite comédie qui ne vaut que pour son interprétation. Fernandel est impayable, même cabotinant à l'extrême, dans ce rôle d'homme à femmes qui le sied si bien, habillé avec autant d'élégance qu'il manie le verbe (la présentation de sa collection "La Parisienne" est très bien écrite, bien que désuète). Il faut le voir esquisser son fameux sourire devant de belles dames, bourgeoises ou ouvrières, et les mettre dans sa poche en une poignée de répliques. Un autre acteur à sa place et cette histoire de haute couture serait tombée dans les terribles et profondes oubliettes du cinéma français. Heureusement il n'en est rien, puisqu'il nous permet en plus d'admirer Suzy Delair, dans le rôle - une fois n'est pas coutume - d'épouse jalouse mais aimante.
Au début étriquée dans son rôle de petite bourgeoise coincée et colérique, elle se lâche sur la fin, redevenant la jeune femme pétillante que l'on connaît et rappelant au passage à quel point elle est jolie, dans une scène où elle se déshabille devant une salle comblée qui pense à un sketch.
Le film ne peut s'envisager qu'autour et pour ce formidable duo d'artistes (et quelques noms toujours sympathiques à retrouver comme Françoise Fabian, très jolie, ou Georges Chamarat en notaire). Les plus critiques y verront une accumulation de clichés sur la mode et les homosexuels : Pasquali et André Bervil caricaturent des créateurs très efféminés, avec talent d'ailleurs, et ici et là quelques répliques cinglantes ne pourraient plus passer aujourd'hui sans être qualifiées d'homophobes au pire, de ringardes au mieux. Dans un autre contexte, Fernandel s'abandonna d'ailleurs à un titre sans équivoque, On dit qu'il en est, extrêmement drôle.
La mise en scène de Jean Boyer n'est pas à sauver non plus, tant elle est terne et plate - le réalisateur se contente de poser sa caméra pour filmer les acteurs, sans gros plans, sans mouvements. Je vous propose de retrouver dans une vidéo (assez longue, 8 minutes) quelques bons moments entre Fernandel et Suzy Delair.
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