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jeudi 10 janvier 2013

"L'HOMME A L’IMPERMÉABLE" (de Julien Duvivier, 1957)



En quelques mots : Puisque sa femme est partie quelques jours auprès d'un parent malade, le brave Albert Constantin, musicien au Théâtre du Châtelet, s'abandonne à visiter une jolie jeune fille à Montmartre. Mais il n'a pas le temps de s'en aller qu'elle est mystérieusement assassinée dans sa salle de bain. Le lendemain, le voisin de la défunte retrouve Albert et lui demande de l'argent en échange de son silence.

François Truffaut écrivit à la sortie du film que Fernandel ne le faisait plus rire, contrairement à un public moins exigeant, mais plus nombreux, qui continuait de se gondoler devant les pitreries de l'acteur marseillais. Étrange critique, car il serait d'autant plus faux d'affirmer ici qu'il s'agit d'une énième fernandelânerie sans mise en scène et sans histoire. Après une adaptation de Zola (Pot-Bouille, 1957), Julien Duvivier signa avec René Barjavel l'adaptation de ce roman policier de James Hadley Chase, sur un ton comique. Pas tout à fait comédie policière ni sombre polar, L'homme à l'imperméable mélange les genres. Fernandel, étonnant de retenue, y interprète un musicien du Théâtre du Châtelet qui fait la difficile expérience de l'infidélité, ou de l'intention - l'équipe tourna d'ailleurs plusieurs scènes dans les lieux qui étaient occupés par les membres de l'opérette Méditerranée, Fernandel se maquillant le jour dans la loge qu'occupait son ami Tino Rossi le soir. Après une excellente première partie où s'imposent un Fernandel sérieux et aimant, pris de remords lorsqu'il se retrouve dans la chambre d'une autre femme (la sublime Judith Magre), et un Bernard Blier excellent en maître-chanteur tranquille, le film retombe un peu dans les travers d'une intrigue parallèle pas très palpitante et d'une situation qui s'étire trop longtemps. Quelques rares moments de plaisir ponctuent cette comédie noire qui ne sait pas sur quel pied danser (la scène de nuit sous le pont est révélatrice de ce problème) et la fin, convenue, n'arrange rien. Le film jouit aujourd'hui d'une jolie popularité et j'avoue qu'elle me semble un poil surestimée. Si la mise en scène de Julien Duvivier est impeccable (avec une jolie photographie de la nuit) et l'interprétation sans fautes, il manque un petit quelque chose pour accrocher définitivement.



"120, RUE DE LA GARE" (de Jacques Daniel-Norman, 1946)

En quelques mots : Un petit cambrioleur découvre, lors d'un méfait, un homme mourant qu'il aide à aller jusqu'à l'hôpital. Par coïncidence, il est soutenu par le fameux détective Nestor Burma à qui le défunt lègue son testament, une mystérieuse adresse : 120, rue de la Gare. Aidé par deux amis journalistes et une nouvelle secrétaire intrépide, Burma mène l'enquête et découvre rapidement qu'il n'est pas le seul.

Un de mes meilleurs souvenirs de lycée reste encore la découverte de la réjouissante adaptation en bande-dessinée de 120, rue de la gare, de Léo Malet, par le dessinateur Tardi. L'univers sombre de ce dernier avait quelque chose de jubilatoire mêlé aux aventures du détective de choc, dans un style graphique proche de l'excellent Ici Même (1979), que j'adorais autant. C'est donc avec plaisir que j'ai regardé l'adaptation au cinéma de ce roman publié en 1943, et qui aurait dû être tourné avant la fin de la guerre. Claude Beylie et Philippe d'Hugues, qui défendent ce film et son réalisateur oublié, rappellent même que la censure de Vichy présenta ses exigences : que l'assassin ne soit pas un avocat, que l'amnésique ne soit pas un prisonnier de guerre, que les cadavres ne soient pas montrés avec insistance ... (1) Pour des raisons de calendrier, le film ne fut réalisé qu'après la Libération, en 1945, et distribué l'année suivante. Étonnamment, le succès critique et public ne furent pas au rendez-vous.

Il faudrait pourtant redécouvrir ce polar tout à fait passionnant - chose possible grâce à une édition DVD chez René Chateau. Malgré un début un peu laborieux et une intrigue qui semble incohérente, l'entrée en scène de tous les personnages organise une vaste enquête menée tambour battant, avec un Nestor Burma inscrit dans la lignée des héros bondissants du cinéma français, qui s'écrit Dynamite ! avant de balancer des coups de poings, gifle les dames et joue avec son chapeau selon son humeur. René Dary, star de l'Occupation mais un peu oubliée aujourd'hui, l'incarne avec grand bonheur. Face à la délicieuse Sophie Desmarets et les excellents Albert Dinan et Jean Parédès, le détective est plus d'inspiration américaine que française (on est loin de la bonhomie de Maigret). Les dialogues sont très bien écrits, souvent drôles, et ne sacrifient pas à une intrigue qui garde son suspens jusqu'au bout. La mise en scène pénible au début (un problème de cadrage, peut-être dû au transfert vidéo) s'améliore dès lors que Nestor Burma court entre Lyon et Paris pour trouver la solution de l'énigme 120, rue de la gare. Le scénario ellipse tout contexte d'Occupation, ce qui est peut-être regrettable, mais ne gâche pas le plaisir de savourer les aventures du détective à la dynamite !



(1) : Beylie, C. et d'Hugues, P., Les oubliés du cinéma français, Paris, Editions du Cerf, 1999, p. 297-300.
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