Affichage des articles dont le libellé est Aventures. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Aventures. Afficher tous les articles

samedi 30 novembre 2013

"SALONIQUE, NID D'ESPIONS" (de Georg Wilhelm Pabst, 1937)

En quelques mots : A la fin de la Première Guerre Mondiale, sur le front d'Orient. Mademoiselle Docteur, insaisissable espionne au service de l'Allemagne, est envoyée à Salonique, en Grèce, pour aider l'empire germanique à lancer une contre attaque sur les forces des Alliés. Mais un traître menace de la démasquer.

Salonique, nid d'espions est une très belle surprise. Réalisée en 1937 par Georg Wilhelm Pabst, réalisateur allemand exilé en France depuis l'arrivée au pouvoir des nazis dans son pays, cette aventure d'espionnage mériterait d'être redécouverte. Servie par un imposant casting franco-allemand, elle a l'originalité de proposer une histoire traitant des services d'espionnage pendant la Première Guerre Mondiale, qui plus est sur le front d'Orient entre la Grèce et la Bulgarie - une partie de l'Europe en guerre souvent méconnue du grand public, à l'image du Capitaine Conan de Vercel (adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1996). En outre, l'espion de grand talent et recherché activement par les Alliés est une femme, autour de qui tout s'organise. Cette seconde originalité ne doit, toutefois, pas faire illusion, Salonique est un film d'hommes, où LA femme est un homme comme les autres. L'argument posé, le film offre tous les éléments classiques d'un grand film d'aventures, fait de jolies femmes mystérieuses, d'agents doubles, de traîtres, d'hommes d'honneurs, d'exotisme et d'un petit brin de fantaisie.



Le seul problème du film vient, hélas, de la copie abîmée, très médiocre et aujourd'hui introuvable dans une meilleure version DVD - d'où parfois un souffle ou des plans coupés qui rendent inintelligibles quelques scènes, ce qui dérange dans un film d'espionnage où chaque élément a son importance. Qu'importe puisque le résultat est plus qu'agréable à visionner. On y retrouve pêle-mêle Pierre Blanchar en agent à double tranchant, argument comique du film avec son improbable fez vissé sur la tête ; Louis Jouvet en sombre espion allemand, très sobre même lors d'une jolie séquence comique avec Jean-Louis Barrault, manifestement fou ; Charles Dullin dans un trop court rôle d'officier ; Pierre Fresnay dans un ersatz sans épaisseur du capitaine de Boëldieu de La Grande Illusion (Renoir), tournée la même année ! ; Viviane Romance sous employée à jouer les charmantes danseuses de cabaret, même si son rôle est important ; Dita Parlo enfin, en espionne sensuelle et courageuse.


Salonique souffre de quelques longueurs, dues à une baisse de rythme que l'on retrouve dans beaucoup de films de cette époque, qui n'utilisent pas assez la musique. Pourtant, force est de reconnaître l'évident plaisir qui se dégage de ces scènes entre Pierre Blanchar, Pierre Fresnay et Dita Parlo ; Louis Jouvet et Jean-Louis Barrault. Le réalisateur sert un grand spectacle sur un fond historique oublié, avec suspens et action (une jolie course poursuite en voitures à la fin). Une sortie restaurée en DVD serait vraiment une grande idée et permettrait au plus grand nombre de redécouvrir ce charmant film d'espionnage.

mardi 5 mars 2013

"BANCO À BANGKOK POUR OSS 117" (de André Hunebelle, 1964)



En quelques mots : En Asie du Sud, un savant fou menace le monde de propager un nouveau virus de la peste ; plusieurs pays sont déjà touchés. Les services secrets américains envoient sur place Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, pour régler cette affaire. Il fait la connaissance d'un mystérieux docteur, de sa charmante soeur dont il tombe amoureux et d'une jolie secrétaire un peu farouche.

Né de la plume de Jean Bruce à la fin des années 1940, Hubert Bonisseur de La Bath, dit OSS 117, est un des grands espions de la littérature de la Guerre Froide, et connut le succès avant son confrère britannique James Bond, dit 007. Passionné par les récits d'espionnage réalistes, type John Le Carré, j'avais commencé à lire les aventures de OSS 117 il y a quelques années ; mais, comme je peux aller au bout d'un film qui ne m'intéresse pas, je ne peux me résoudre à finir un livre dans pareil cas - mon expérience littéraire avec l'espion n'est donc pas concluante et j'aurais du mal à évoquer l'adaptation cinématographique présente. Il faut toutefois remarquer que celle-ci s'inscrit dans un genre assez peu prolifique, la comédie d'espionnage, entre le pastiche caricatural (très réussi dernièrement par Michel Hazanavicius) et le gros film d'action avec explosions et cascades spectaculaires. Constamment sur le fil, Banco à Bangkok pour OSS 117 - quel titre ! - enchaîne ces deux aspects avec plus ou moins de réussite. Si les dialogues sont assez amusants pour nous décrocher quelques sourires, la mise en scène paresseuse de André Hunebelle alliée à des effets spéciaux désolants gâchent un peu cette aventure asiatique pourtant parée de Pier Angeli dans ses dernières années de gloire et de beauté, Robert Hossein en méchant savant fou (grotesque avec son turban pour sa première apparition) et Dominique Wilms en secrétaire revêche.



Tous ces quelques bons points n'empêchent pas le film d'avancer sur un autre fil parallèle, moins glorieux, où chaque réplique, voix française et cascade menacent notre impétueux OSS 117 de se galvauder dans le pur nanar à la française. Selon les goûts, l'allure nonchalante du méconnu Kerwin Mathews et ses dialogues feront sourire ou désoler. La longueur excessive du film ne joue pas en sa faveur (presque deux heures, avec des séquences inutiles), ni même son ridicule dénouement de carnaval - même si un peu de kitsch fait parfois du bien à beaucoup d'entre nous.

dimanche 30 décembre 2012

"MACAO, L'ENFER DU JEU" (de Jean Delannoy, 1939)



En quelques mots : Werner von Krall, aventurier en Chine, est chargé d'acheter une importante cargaison d'armes qui doit servir à mener la guerre sino-japonaise. Dans un village dévasté, il rencontre une actrice française, Mireille, et l'emmène avec lui à Macao où il compte régler ses affaires avec le puissant Ying-Tchaï, marchand d'armes et propriétaire d'un casino.

Les films d'aventures en Asie sont souvent prétextes à mettre en scène des marchands d'armes - on se souvient de l'excellent Gary Cooper en trafiquant au grand coeur dans Le général est mort à l'aube (L. Milestone, 1936). Dans ce Macao de Jean Delannoy, les roulettes du casino servent de métaphore au jeu cruel et risqué auquel se livrent Erich von Stroheim en trafiquant d'armes, Mireille Balin en actrice faire-valoir et Sessue Hayakawa en maître de la ville. Une première histoire mêle ses trois personnages qui, chacun, veulent s'utiliser pour les propres intérêts - on connaît l'issue de ce petit jeu, et la fin du film est étonnamment dramatique, ce qui ajoute à sa force. Une romance parallèle vient se greffer au scénario, avec un jeune journaliste bondissant (Roland Toutain) qui tombe amoureux de la fille de celui qui a tenté de l’assassiner parce qu'il gagnait trop aux jeux (Louise Carletti), sans grande utilité sinon d'être la pierre angulaire du suspens final et le prétexte à quelques séquences cocasses avec un petit indicateur local prêt à tout pour gagner 50$.

L'ouverture a tout pour captiver et offre le souvenir d'une très jolie scène où la magnifique Mireille Balin reprise ses bas cependant que la ville est bombardée et Erich von Stroheim tente de négocier quelques dollars pour acheter des armes. Si on peut reprocher le traitement extrêmement classique de Delannoy et des scénaristes pour cette histoire (avec une mise en scène fluide toutefois), elle se laisse regarder sans déplaisir jusqu'à la fin, notamment grâce à ses acteurs.


Je ne me lasse pas de découvrir des films avec la superbe Mireille Balin qui impose son jeu naturel (sa façon de décocher des "Sans blagues !" est savoureuse) et sa beauté à un Erich von Stroheim plus contrasté que d'ordinaire, qui se retrouve à plusieurs reprises dans des situations qui lui échappent et, ce n'est pas courant, s'amourache d'une femme au point de devenir jaloux - il inflige une paire de gifles mémorable à Mireille Balin avant de se confondre en excuses.

Puisque le génial acteur d'origine austro-hongroise était censuré par l'Allemagne nazie, le film le fut aussi et Delannoy, pour assurer la survie de ses négatifs, retourna toutes les séquences de von Krall avec un acteur français "admis", Pierre Renoir (photo ci-contre). Le film fut distribué et se trouva un fervent défenseur en la personne de Jean Cocteau qui, selon les dires du réalisateur, le visionna une dizaine de fois, souvent en séances privées. De là serait née leur collaboration (L'éternel retour, 1943). Au sortir de la guerre, les séquences originales avec von Stroheim furent réintégrées et c'est cette version que l'on peut découvrir avec plaisir aujourd'hui.

A noter également le très beau travail du chef décorateur Serge Pimenoff qui reconstitua Macao ...à Nice, où le film fut tourné presque intégralement.

vendredi 23 novembre 2012

"LE BOSSU" (de Jean Delannoy, 1944)



En quelques mots : Philippe de Gonzague, qui convoite la femme et la fortune de son cousin le Duc de Nevers, échafaude un plan pour l'assassiner, lui et sa fille. Hélas, sa machination échoue quand un jeune fougueux du nom de Lagardère s'interpose et disparaît avec l'enfant, jurant de venger l'honneur de Nevers. Quelques années plus tard, il revient à Paris et dissimule son identité sous les traits d'un bossu.

Moins connue que la célèbre adaptation du roman de Paul Féval par André Hunebelle, avec Jean Marais dans le rôle du Bossu, ce film tourné en 1944 ne manque pas de panache et d'intérêt pour égaler son successeur. Avec l'arrivée tonitruante de Pierre Blanchar en chevalier de Lagardère, voulant ferrailler pour l'honneur contre le Duc de Nevers, on se délecte de découvrir une version beaucoup plus difficile à trouver sur nos écrans ! Sous la houlette du réalisateur Jean Delannoy en forme (de l'idée dans la mise en scène et un magnifique plan séquence dans les rues de Paris) revivent des personnages que nous connaissons tous : Nevers et sa botte criant sa devise "J'y suis !" à qui veut l'entendre avant de mourir d'un coup porté entre les yeux, sa fille adorée objet de tous les enjeux entre un Gonzague fripouille et une veuve inconsolable, le tout sous les yeux du Régent Philippe d'Orléans et du banquier John Law pour qui on organise une somptueuse fête à la mode américaine ! Lagardère ferait même presque figure de comparse au milieu de cette ébullition de personnages - très amusants Cocardasse et Passepoil - si on ne le retrouvait pas sous les traits d'un vieux bossu à l'accent de la campagne.

Tout l'intérêt du film se porte donc sur Pierre Blanchar toujours prêt à mettre la main à l'épée dès que son honneur est en jeu, quitte à cabotiner un peu dans un rôle qui lui sied pourtant bien, et sur Paul Bernard en prince de Gonzague fourbe à souhait, Louvigny et Caccia assurant les faire-valoir comiques de l'histoire. On pourra toujours trouver à redire sur plusieurs séquences un peu longuettes ou sur des décors peints un peu trop voyants - époque oblige - sans qu'ils ne rappellent pour autant en permanence que ce film est réalisé sous l'Occupation avec des moyens probablement rudimentaires !

Extrait audio : "Si tu ne viens pas à Lagardère ..."


Pierre Blanchar excelle en gentilhomme prêt à faire montre de panache à quiconque le défierait et je ne peux que conseiller aux amateurs du roman-feuilleton, ou même des films, de jeter un œil à cette version tout aussi réjouissante ! J'ai réussi à trouver ce film grâce à une collection des Éditions Atlas (Les plus grands films de cape et d'épée), facilement trouvable sur internet. A vos épées, mes seigneurs !

dimanche 11 novembre 2012

"LES AVENTURIERS DU MÉKONG" (de Jean Bastia, 1958)



En quelques mots : Deux Français coincés à Saïgon où ils pensaient faire fortune trainent leur nostalgie du pays avec un troisième larron et regardent jour après jour les bateaux qui partent vers Marseille, sans eux. Une belle aventurière mystérieuse leur propose pourtant de leur donner tout l'argent nécessaire au voyage en échange de leurs services dans une dangereuse mission. Ils acceptent même s'ils ne savent pas encore qu'ils vont devoir voler de l'essence, remonter le Mékong et affronter des pirates !

Probablement tournée dans la foulée de la difficile Rivière des 3 jonques (1957), cette nouvelle aventure réunissant la belle Dominique Wilms et Jean Gaven est bien plus réussie que la précédente. Les premières minutes nous entrainent dans le sillon de quelques français qui vivent par défaut à Saïgon, trop pauvres pour espérer se payer le voyage de retour vers la France, vision que l'on voit assez peu au cinéma, le colonisateur ayant souvent un ascendant financier et moral sur le colonisé. Puisque leur peau ne vaut plus rien, ils acceptent l'étrange mission de Dominique Wilms qui leur offre tout à coup l'opportunité de gagner beaucoup d'argent. Cette première partie du film est plutôt bien menée, tout comme les préparatifs au départ et le vol des bidons d'essence, avec l'aide d'un ancien officier allemand. Leurs aventures les conduisent dans la jungle vietnamienne, infestée de pirates qui ne font pas vraiment peur. Le propos est plus psychologique et on pense vite au Jardin du Diable de Henry Hathaway (1954), construit sur une trame presque identique. Hélas pour tout le monde, c'est Jean Bastia qui se charge ici, très mollement, de la mise en scène. Contraint d'exploiter au maximum le cinémascope et l'eastmancolor, il multiplie les très grands angles et peine à susciter l'intensité dramatique pourtant bien réelle entre les acteurs. Autour de Dominique Wilms, on retrouve l'efficace Jean Gaven, Jean-Pierre Kérien en docteur manipulateur et Gib Grossac en personnage à l'accent exotique.

Étonnamment, le film tient bien la route, malgré quelques longueurs et une réalisation mollassonne. Les personnages sont intéressants et les acteurs parviennent à leur insuffler un passé. Construite sur un modèle classique, type Le trésor de la Sierra Madre (John Huston, 1948), cette aventure intégralement filmée au Sud Vietnam en 1957 offre quelques bons moments, notamment auprès d'une cascade ou lorsqu'il s'agit de se partager l'or découvert dans un trou perdu au milieu de la forêt. La fin est plus laborieuse et n'en fini pas de nous montrer nos deux héros en quête d'un retour vers la Civilisation. Les dernières scènes, sans fioritures, sont assez jolies.

Le film est disponible chez René Chateau et mérite, à mon sens, d'être redécouvert pour ses acteurs, son ambiance dramatique et ses très beaux décors naturels. Pour autant, les plus exigeants d'entre vous en terme de film d'aventure n'y trouveront sûrement pas leur compte.


lundi 1 octobre 2012

"NEZ DE CUIR, Gentilhomme d'amour" (de Yves Allégret, 1952)

En quelques mots : Le jeune Roger de Tainchebraye (J. Marais) est gravement blessé lors de la Campagne de France de 1814. Défiguré, il doit porter un masque et, dès lors, il devient un frénétique coureur de jupons, cynique et mécréant. Pour se prouver à lui-même qu'une femme peut encore l'aimer, il laisse la belle Judith tomber amoureuse de lui.

Il y a quelque chose de pathétiquement beau dans l'histoire de cet homme défiguré, incapable d'aimer puisqu'il se sait devenu monstre, caché sous un masque, et qui termine sa vie seul dans son château, après avoir joué avec l'amour des autres. Le roman original, signé Jean de La Varende, était l'un des préférés de René Barjavel, qui le tenait au rand de chef d’œuvre. Quand Yves Allégret décida de l'adapter avec son scénariste Jacques Sigurd, Jean Marais devenait familier des rôles en costumes (il venait de tourner Ruy Blas et Les chouans notamment), et il fut choisit naturellement. Le rôle lui convient d'ailleurs assez bien, et le jeune acteur adopte sa démarche particulièrement reconnaissable à plusieurs reprises, marchant droit, les bras près du corps, la tête haute et le sourire en coin.


Hélas, cela ne suffit pas à sauver cette pénible adaptation littéraire, privée de toute ambition de mise en scène ou de photographie. Passées les premières séquences où Jean Marais tente de se familiariser avec son nouveau visage (et la présence de Missimo Girotti en médecin, le personnage le plus intéressant du film), il faut beaucoup de courage et/ou d'admiration pour l'acteur vedette (et c'est mon cas) pour aller au bout de cette bluette sans saveur. Jean Debucourt, peu exploité, n'y change rien, et préfère se laisser mourir !

Françoise Christophe minaude pendant des heures pour nous faire comprendre qu'elle aime le beau Jean Marais mais que c'est bien difficile, à peu près autant que Mariella Lotti (présente parce que c'est une co-production franco-italienne). Seule Yvonne de Bray et son personnage de bonne dévouée fait sourire quand elle sort avec ses deux pistolets, prête à faire feu. Restes quelques scènes amusantes, trop rares pour que le film mérite qu'on s'y arrête. Le monologue final de Jean Marais à sa belle est aussi long qu'insupportable, et le soulagement est grand lorsqu'arrive enfin la dernière séquence - assez réussie par ailleurs.

Le DVD édité par Pathé tient mieux la route que le film ; l'image est très bonne, les quelques bonus divertissent plus qu'ils passionnent mais le petit livret est bien écrit et apporte quelques informations intéressantes sur le roman et son adaptation (plus une biographie de Jean Debucourt).

dimanche 23 septembre 2012

"FANTÔMAS" (de Jean Sacha, 1947)

En quelques mots : Alors qu'elle est en train de se marier avec le journaliste Fandor, le terrifiant Fantômas intervient pour capturer sa fille Hélène, en vain. Il lance alors un ultimatum aux autorités françaises et réclame un milliard en or, ou il tuera un million de parisiens. Le commissaire Juve mène son enquête.

Neuvième adaptation du Fantômas de Marcel Allain, ce film signé Jean Sacha respecte finalement assez bien la trame littéraire originale en proposant une série B tout juste convenable, avec des rebondissements improbables et de l'action de pacotille. Il n'y a évidemment aucuns moyens pour ce divertissement populaire, si ce n'est la présence intéressante de Marcel Herrand en prince du crime - inquiétant mais terriblement mal mis en valeur. Alexandre Rignault en commissaire Juve sauve clairement le film par sa présence et son dynamisme, et on peut s'amuser de voir Simone Signoret encore jeunette servir d'atout charme au film. Fandor, terne André Le Gall, ne provoque pas le moindre sentiment d'empathie, ni l'élégante Lucienne Lemarchand en Lady Beltham, rôle malheureusement complètement laissé de côté. A noter dans le casting que l'on retrouve Jacques Dynam, dans un petit rôle, qui deviendra en 1964 l'adjoint du commaire Juve/De Funès dans le Fantômas de André Hunebelle.


Le film existe en DVD chez René Chateau dans une copie un peu abîmée. Je ne suis pas sûr de la nécessité de se procurer ce Fantômas, si ce n'est pour les amoureux de Simone Signoret et les inconditionnels de Alexandre Rignault. Les autres s'ennuieront ferme devant ces aventures sans souffle et sans moyens, et le cabotinage insensé de certains seconds rôles. A noter, pour les amateurs, une petite apparition de Françoise Christophe en ... princesse Daniloff, un de ses premiers rôles (on la retrouvera quelques années plus tard en Lady McRashley dans Fantômas contre Scotland Yard).

jeudi 30 août 2012

"LE BOSSU" (de André Hunebelle, 1960)


En quelques mots : Philippe de Gonzague, jaloux de son cousin le Duc de Nevers, décide de l'assassiner et de convoiter sa jolie femme et ses biens. C'est sans compter sur l'acharnement et le dévouement du chevalier de Lagardère, décidé à venger le Duc assassiné et à protéger sa fille.

En écrivant mon article sur les sorties des films de Jean Marais en Blu-ray, j'ai voulu revoir Le Bossu, un des films de ma jeunesse que je connaissais par cœur fut un temps. On peut encore lui reprocher beaucoup de choses, concernant le personnage de Jean Marais notamment, trop plein de panache et de grandes envolées lyriques assez improbables :

"Sache que je suis innocent du crime dont on m'accuse, et souviens toi que mon seul chemin est celui de l'honneur !" (Jean Marais)

En d'autres circonstances, on pourrait rire de ces belles paroles, mais Marais était tellement taillé pour ce genre de personnages que tout devenait naturel. Ses détracteurs lui reprocheront sa tendance à déclamer ses répliques sur un ton solennel qui manque de réalisme, mais c'est ce qui fait encore la force de ses films. Je ne me lasserai jamais de cette vision idéalisée des gentilshommes du XVIIIe siècle, se faisant des politesses après avoir tués une douzaine d'hommes.
"Monseigneur, à vos ordres !" / "S'il vous plaît Monsieur !" (Jean Marais/Hubert Noël)
Bourvil, comme dans Le Capitan, n'est qu'un comparse comique, faire valoir de Jean Marais, et son rôle n'est guère intéressant - sinon pour la longue séquence du marché où l'on prend sa tête pour une pastèque. Mais on rigole encore de ses mimiques et de son rire si sympathique. On regrette également François Chaumette quand on regarde la version (honnête) de Philippe de Broca, où Gonzague est interprété par Fabrice Luchini, beaucoup moins aristocratique que son prédécesseur. Jean Le Poulain, grande figure du théâtre populaire, complète le casting.

Extrait audio : "Mon seul chemin est celui de l'honneur !"
#

Force est de reconnaître qu'on ne s'ennuie pas une seconde en revoyant ce Bossu, plein de panache et d'aventures, agrémenté d'une superbe partition de Jean Marion ! Même si la mise en scène de André Hunebelle est sage (notamment sur les scènes à cheval ou les duels à l'épée), le film ne manque pas de rythme et on se régale de voir Jean Marais bondir sur son cheval, prêt à secourir la veuve et l'orpheline, et à mourir pour le Roi. Un héros comme on en fait plus ; mais peut-il en être autrement aujourd'hui, hélas ?


Extrait audio : "Si tu ne viens pas à Lagardère ..."
#

samedi 18 août 2012

"LA RIVIERE DES 3 JONQUES" (de André Pergament, 1957)

En quelques mots : A Saïgon, les chefs du réseau français de contre espionnage chargent une de leurs collaboratrices, Monique, de devenir secrétaire d'un couple de dangereux trafiquants. Surveillée et protégée par le capitaine Brisset, dont elle tombe amoureuse, elle découvre rapidement une piste. Démasquée, elle manque d'être torturée ...

C'est avec cette Rivière des 3 jonques que j'entends ouvrir les catégories "Aventures", "Espionnage" et ... "Nanar". Tout un programme, très exotique et pas franchement heureux, comme on peut s'en douter ! J'avais acheté ce film chez René Chateau parce que le titre me plaisait, qu'il sentait bon l'expérience unique d'un film d'aventures français, tourné dans les années 50 par un metteur en scène inconnu, sans véritable tête d'affiche et dans une ancienne colonie. Pour les besoins de cette critique, j'ai revu des extraits (difficile de revoir le film en entier) et mon avis n'a changé en rien : il s'agit d'un pur nanar, aux dialogues ridicules, à l'intrigue brouillonne et à la mise en scène épouvantable.


Le parti pris de départ est déjà un summum : l'agent secrète s'appelle Monique, elle est chargée de mettre à jour un trafic de bombes bactériologiques à Saïgon, et le chef du contre-espionnage est incarné par Robert Dalban (toujours aussi sympathique). Face à la jolie Dominique Wilms, on retrouve Howard Vernon (inoubliable Allemand du Silence de la mer, de Melville) et les moins réputés Lise Bourdin et Jean Gaven, ce dernier étant le héros viril du film, jeune premier baroudeur et désinvolte prêt à tout pour protéger sa belle.

Extrait audio : "Est-ce que vous savez faire un branchement ?"



Mille fois hélas pour eux, le réalisateur André Pergament ne semble pas maîtriser le zoom (ou alors, ils furent oubliés à Paris) et se contente tout au long du film de faire des plans très larges, sans champs/contre-champs, et de ne bouger sa caméra le moins possible, ce qui imprime une terrible lourdeur à un scénario pas très digeste. Les situations et les dialogues improbables ("Toutes les épidémies commencent en Asie !" / - "Est-ce que vous savez faire un branchement ? - A la maison, c'est toujours moi qui réparait les plombs") achèvent de cataloguer ce navet, que l'on peut prendre plaisir à regarder en rigolant.

Extrait audio : "Toutes les épidémies commencent en Asie"



Il faut avoir vu Howard Vernon dans un improbable slip de bain mauve moulant, au bord de la piscine, à se servir du champagne ("Quand vous la regardez, on dirait que vous lui faites l'amour") ; l'enlèvement de la vraie secrétaire au début du film, uniquement en plan large, sans musique et sans la moindre dose d'action ; Jean Gaven face à l'incendie de la jonque sourire comme Clark Gable quand Howard Vernon le menace de son arme ...

Pour le reste, achetez le DVD chez René Chateau, qui propose une assez bonne copie. C'est déjà ça ! --- A noter qu'il existe un film similaire, tourné en même temps et qui annonce de savoureuses réjouissances, Les aventuriers du Mékong. Prochainement sur ce blog, je l'espère !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...