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dimanche 2 février 2014

"LE SAINT PREND L'AFFÛT" (de Christian-Jaque, 1966)



En quelques mots : Oscar Chartier décide de prendre sa retraite d'escroc international avec un dernier coup : vendre une information secrète aux allemands et aux américains. Celle-ci se révèle fausse et Chartier traqué par les deux camps. Il confie alors sa fille à son ami Simon Templar, dit le Saint, le célèbre aventurier britannique.

Une luxueuse voiture déchire le silence de la nuit, s'arrête devant le mur d'une propriété privée ; quatre hommes descendent, armés, et une voix-off nous informe qu'ils veulent tuer le Saint, lequel discute paisiblement avec un ami à l'intérieur de son grand salon écossais. On pourrait en sourire si le ton n'était pas aussi sérieux ! Les premières minutes du Saint prend l'affût sont incroyablement désuètes et il faut de l'admiration envers l'homme pour ne pas rire de l'acteur Jean Marais, portant kilt et buvant whisky, qui s'égare dans un dialogue de mauvaise parodie avec Henri Virlogeux. La première scène d'action, d'où sort Jean Yanne avec ses petites lunettes et son accent allemand de pacotille, sonne presque le glas du film : c'est un nanar ! Et soudain ... alors que tout ce petit monde s'envole vers l'Italie pour une improbable chasse au trésor, tout devient plus limpide. Le film de Christian-Jaque est bien une parodie de films d'espionnage, les situations s’enchaînent au rythme des cases d'une bande-dessinée et les personnages perdent tout complexe quant au ridicule. Il faut voir Jean Marais grimacer un code secret, Dario Moreno flirter avec des mafiosos venus prendre leur retraite au pays, Jean Yanne singer un accent allemand dans un costume étriqué, coiffé d'un petit chapeau tyrolien. L'aventure n'est plus qu'un prétexte à des effets comiques burlesques assez amusants, servis par une bande d'acteur qui, visiblement, s'amuse autant que le spectateur.



Dans le genre, Le saint prend l'affût est même une vraie réussite, surfant en 1966 sur le succès de la série des Stanislas (déjà avec Jean Marais) ou même des Barbouzes (Lautner, 1965) - la scène des micros y ressemble beaucoup -, préfigurant des succès récents telle la série des OSS 117 avec Jean Dujardin. Dialogué par Henri Jeanson (!), le film ne recule devant aucune extravagance dans le scénario ... ni dans la mise en scène de Christian-Jaque, pourtant conventionnelle à l'habitude, qui s'offre là des cadres improbables, des accélérés qui font tâche et un rythme effréné qui profitent à l'aventure.

On retrouve, autour d'un Jean Marais élégant mais qui a du mal à se décontracter, une belle bande d'acteurs survoltés : Jess Hahn en brute domestique ; Henri Virlogeux en escroc peureux ; Roger Carel en savant fou, affublé, comme toujours, d'un accent au couteau ; Jean Yanne en allemand grotesque ; Dario Moreno en bandit mafieux ; et la magnifique Danièle Evenou, encore jeune, en fillette aventureuse, espiègle ingénue, jalouse quand on drague son protecteur mais qui n'hésite pas à se battre contre des espions internationaux, en petite culotte, sur un camion lancé à toute allure. Cette dernière séquence fut d'ailleurs marquée par un drame célèbre dans le cinéma français puisque c'est lors d'un dérapage en voiture sur une récente autoroute de la couronne parisienne que se tua le célèbre cascadeur Gil Delamare. La scène est simple, pas impressionnante à l'écran, mais fut reprise plusieurs fois. La dernière fut fatale à celui qui avait toujours refusé de faire une cascade avec une décapotable jusqu'alors. Le Saint prend l'affût est-il maudit depuis ? Petit succès en salle mais détesté de Leslie Charteris, l'auteur des romans originaux ; rare à la télévision, édité récemment en DVD - dans une copie non restaurée -, le film est en général oublié avec les autres pantalonnades de l'époque malgré sa jolie distribution. Une redécouverte par les amateurs du genre lui offrirait sans doute un second souffle.

samedi 30 novembre 2013

"SALONIQUE, NID D'ESPIONS" (de Georg Wilhelm Pabst, 1937)

En quelques mots : A la fin de la Première Guerre Mondiale, sur le front d'Orient. Mademoiselle Docteur, insaisissable espionne au service de l'Allemagne, est envoyée à Salonique, en Grèce, pour aider l'empire germanique à lancer une contre attaque sur les forces des Alliés. Mais un traître menace de la démasquer.

Salonique, nid d'espions est une très belle surprise. Réalisée en 1937 par Georg Wilhelm Pabst, réalisateur allemand exilé en France depuis l'arrivée au pouvoir des nazis dans son pays, cette aventure d'espionnage mériterait d'être redécouverte. Servie par un imposant casting franco-allemand, elle a l'originalité de proposer une histoire traitant des services d'espionnage pendant la Première Guerre Mondiale, qui plus est sur le front d'Orient entre la Grèce et la Bulgarie - une partie de l'Europe en guerre souvent méconnue du grand public, à l'image du Capitaine Conan de Vercel (adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1996). En outre, l'espion de grand talent et recherché activement par les Alliés est une femme, autour de qui tout s'organise. Cette seconde originalité ne doit, toutefois, pas faire illusion, Salonique est un film d'hommes, où LA femme est un homme comme les autres. L'argument posé, le film offre tous les éléments classiques d'un grand film d'aventures, fait de jolies femmes mystérieuses, d'agents doubles, de traîtres, d'hommes d'honneurs, d'exotisme et d'un petit brin de fantaisie.



Le seul problème du film vient, hélas, de la copie abîmée, très médiocre et aujourd'hui introuvable dans une meilleure version DVD - d'où parfois un souffle ou des plans coupés qui rendent inintelligibles quelques scènes, ce qui dérange dans un film d'espionnage où chaque élément a son importance. Qu'importe puisque le résultat est plus qu'agréable à visionner. On y retrouve pêle-mêle Pierre Blanchar en agent à double tranchant, argument comique du film avec son improbable fez vissé sur la tête ; Louis Jouvet en sombre espion allemand, très sobre même lors d'une jolie séquence comique avec Jean-Louis Barrault, manifestement fou ; Charles Dullin dans un trop court rôle d'officier ; Pierre Fresnay dans un ersatz sans épaisseur du capitaine de Boëldieu de La Grande Illusion (Renoir), tournée la même année ! ; Viviane Romance sous employée à jouer les charmantes danseuses de cabaret, même si son rôle est important ; Dita Parlo enfin, en espionne sensuelle et courageuse.


Salonique souffre de quelques longueurs, dues à une baisse de rythme que l'on retrouve dans beaucoup de films de cette époque, qui n'utilisent pas assez la musique. Pourtant, force est de reconnaître l'évident plaisir qui se dégage de ces scènes entre Pierre Blanchar, Pierre Fresnay et Dita Parlo ; Louis Jouvet et Jean-Louis Barrault. Le réalisateur sert un grand spectacle sur un fond historique oublié, avec suspens et action (une jolie course poursuite en voitures à la fin). Une sortie restaurée en DVD serait vraiment une grande idée et permettrait au plus grand nombre de redécouvrir ce charmant film d'espionnage.

samedi 9 mars 2013

"LE MONOCLE NOIR" (de Georges Lautner, 1961)



En quelques mots : Dans un vieux château breton se tient une réunion secrète. Des partisans de l'ordre, nostalgiques du IIIe Reich, se retrouvent discrètement en l'honneur d'un compagnon de route de Hitler qui doit prendre la tête de leur réseau. Le vieux marquis, propriétaire de la demeure, accueille alors un allemand, un italien et un mystérieux aveugle au monocle noir. Mais il semblerait que des espions rôdent autour du château.

Le monocle noir est un des premiers films de Georges Lautner - son cinquième - et le premier volet de sa trilogie du Monocle, suivi de L'oeil du monocle (1962) et du Monocle rit jaune (1964), toujours avec Paul Meurisse. Ce premier opus s'ouvre par un avant-propos de Bernard Blier, qui demande au spectateur de ne pas prendre trop au sérieux cette histoire d'espionnage - la marque Lautner diront certains, le réalisateur ayant toujours mélangé avec bonheur la comédie et le drame. Dans ses mémoires (On aura tout vu, 2005), Georges Lautner raconte que le roman était inadaptable à l'écran (avec une scène d'avortement où le marquis breton faisait brûler le fœtus de sa fille dans la cheminée), ce dont était bien conscient l'auteur, le Colonel Rémy, célèbre résistant et écrivain à succès. Du livre d'origine, il ne reste que le titre, le château en Bretagne et le Monocle écrit-il avant d'ajouter Je me suis amusé à faire des scènes très influencées par Orson Welles. De fait, la mise en scène de Georges Lautner est travaillée, très fluide et propose un grand nombre de cadrages intéressants, notamment pour les séquences de poursuite dans les sous-terrains du château.



Mais ce qui fait vraiment toute la force de cette histoire d'espionnage, c'est l'épatant casting réuni par Georges Lautner : les femmes d'abord, de la magnifique Elga Andersen, qui n'est pas sans rappeler un autre charme venu de l'est (Maria Schell) à Catherine Sola en passant par la jeune Marie Dubois, dans un petit rôle sans intérêt, hélas ; Le monocle noir s'inscrit ensuite dans la tradition de ces films de casting, où les petits rôles volent la vedette aux têtes d'affiches : Jacques Marin et Albert Rémy sont formidablement utilisés, presque à contre emploi, le premier en espion, le second en jeune romantique (!) et, accompagnés de Jacques Dufilho en guide à l'accent rustique et Bernard Blier en commissaire, font jeu égal avec les stars que sont Paul Meurisse, impeccable de snobisme flegmatique, et Pierre Blanchar, dont c'est le dernier rôle à l'écran. On s'amuse beaucoup de penser que celui qui tourna des films en Allemagne dans les années 1930, s'exila pendant la guerre, résista, revint à Paris à la tête d'un comité d'épuration termine sa carrière en citant du Hitler, concluant sur un Ah ! Cher Adolf ! nostalgique.

Le monocle noir, rare en DVD (il a été édité chez Pathé) est une excellente petite comédie d'espionnage, moins caricaturale que Les Barbouzes (1964), peut-être moins drôle aussi, malgré quelques bons dialogues, et qui ne doit pas rester méconnue. Gros succès à sa sortie, Georges Lautner avoue que c'est le film qui lança définitivement sa carrière.

mardi 5 mars 2013

"BANCO À BANGKOK POUR OSS 117" (de André Hunebelle, 1964)



En quelques mots : En Asie du Sud, un savant fou menace le monde de propager un nouveau virus de la peste ; plusieurs pays sont déjà touchés. Les services secrets américains envoient sur place Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, pour régler cette affaire. Il fait la connaissance d'un mystérieux docteur, de sa charmante soeur dont il tombe amoureux et d'une jolie secrétaire un peu farouche.

Né de la plume de Jean Bruce à la fin des années 1940, Hubert Bonisseur de La Bath, dit OSS 117, est un des grands espions de la littérature de la Guerre Froide, et connut le succès avant son confrère britannique James Bond, dit 007. Passionné par les récits d'espionnage réalistes, type John Le Carré, j'avais commencé à lire les aventures de OSS 117 il y a quelques années ; mais, comme je peux aller au bout d'un film qui ne m'intéresse pas, je ne peux me résoudre à finir un livre dans pareil cas - mon expérience littéraire avec l'espion n'est donc pas concluante et j'aurais du mal à évoquer l'adaptation cinématographique présente. Il faut toutefois remarquer que celle-ci s'inscrit dans un genre assez peu prolifique, la comédie d'espionnage, entre le pastiche caricatural (très réussi dernièrement par Michel Hazanavicius) et le gros film d'action avec explosions et cascades spectaculaires. Constamment sur le fil, Banco à Bangkok pour OSS 117 - quel titre ! - enchaîne ces deux aspects avec plus ou moins de réussite. Si les dialogues sont assez amusants pour nous décrocher quelques sourires, la mise en scène paresseuse de André Hunebelle alliée à des effets spéciaux désolants gâchent un peu cette aventure asiatique pourtant parée de Pier Angeli dans ses dernières années de gloire et de beauté, Robert Hossein en méchant savant fou (grotesque avec son turban pour sa première apparition) et Dominique Wilms en secrétaire revêche.



Tous ces quelques bons points n'empêchent pas le film d'avancer sur un autre fil parallèle, moins glorieux, où chaque réplique, voix française et cascade menacent notre impétueux OSS 117 de se galvauder dans le pur nanar à la française. Selon les goûts, l'allure nonchalante du méconnu Kerwin Mathews et ses dialogues feront sourire ou désoler. La longueur excessive du film ne joue pas en sa faveur (presque deux heures, avec des séquences inutiles), ni même son ridicule dénouement de carnaval - même si un peu de kitsch fait parfois du bien à beaucoup d'entre nous.

samedi 18 août 2012

"LA RIVIERE DES 3 JONQUES" (de André Pergament, 1957)

En quelques mots : A Saïgon, les chefs du réseau français de contre espionnage chargent une de leurs collaboratrices, Monique, de devenir secrétaire d'un couple de dangereux trafiquants. Surveillée et protégée par le capitaine Brisset, dont elle tombe amoureuse, elle découvre rapidement une piste. Démasquée, elle manque d'être torturée ...

C'est avec cette Rivière des 3 jonques que j'entends ouvrir les catégories "Aventures", "Espionnage" et ... "Nanar". Tout un programme, très exotique et pas franchement heureux, comme on peut s'en douter ! J'avais acheté ce film chez René Chateau parce que le titre me plaisait, qu'il sentait bon l'expérience unique d'un film d'aventures français, tourné dans les années 50 par un metteur en scène inconnu, sans véritable tête d'affiche et dans une ancienne colonie. Pour les besoins de cette critique, j'ai revu des extraits (difficile de revoir le film en entier) et mon avis n'a changé en rien : il s'agit d'un pur nanar, aux dialogues ridicules, à l'intrigue brouillonne et à la mise en scène épouvantable.


Le parti pris de départ est déjà un summum : l'agent secrète s'appelle Monique, elle est chargée de mettre à jour un trafic de bombes bactériologiques à Saïgon, et le chef du contre-espionnage est incarné par Robert Dalban (toujours aussi sympathique). Face à la jolie Dominique Wilms, on retrouve Howard Vernon (inoubliable Allemand du Silence de la mer, de Melville) et les moins réputés Lise Bourdin et Jean Gaven, ce dernier étant le héros viril du film, jeune premier baroudeur et désinvolte prêt à tout pour protéger sa belle.

Extrait audio : "Est-ce que vous savez faire un branchement ?"



Mille fois hélas pour eux, le réalisateur André Pergament ne semble pas maîtriser le zoom (ou alors, ils furent oubliés à Paris) et se contente tout au long du film de faire des plans très larges, sans champs/contre-champs, et de ne bouger sa caméra le moins possible, ce qui imprime une terrible lourdeur à un scénario pas très digeste. Les situations et les dialogues improbables ("Toutes les épidémies commencent en Asie !" / - "Est-ce que vous savez faire un branchement ? - A la maison, c'est toujours moi qui réparait les plombs") achèvent de cataloguer ce navet, que l'on peut prendre plaisir à regarder en rigolant.

Extrait audio : "Toutes les épidémies commencent en Asie"



Il faut avoir vu Howard Vernon dans un improbable slip de bain mauve moulant, au bord de la piscine, à se servir du champagne ("Quand vous la regardez, on dirait que vous lui faites l'amour") ; l'enlèvement de la vraie secrétaire au début du film, uniquement en plan large, sans musique et sans la moindre dose d'action ; Jean Gaven face à l'incendie de la jonque sourire comme Clark Gable quand Howard Vernon le menace de son arme ...

Pour le reste, achetez le DVD chez René Chateau, qui propose une assez bonne copie. C'est déjà ça ! --- A noter qu'il existe un film similaire, tourné en même temps et qui annonce de savoureuses réjouissances, Les aventuriers du Mékong. Prochainement sur ce blog, je l'espère !
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