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vendredi 8 mars 2013

Et la journée de la femme au cinéma ?

Je n'aime pas ce genre de journée dédiée à une catégorie d'individus - sinon, je vous le demande, à quand la journée du blogueur spécialisé dans le cinéma français ? Mais comme une partie de moi n'est pas trop réactionnaire, L'âge d'or du Cinéma Français se propose de se rappeler au bon souvenir de quelques femmes de caractère qui n'ont pas attendu Najat Vallaud-Belkacem pour s'affirmer face aux hommes.

Claire Maurier
Maman d'un jeune garçon turbulent dans Les 400 coups, la belle actrice s'impose comme une maîtresse femme face à Fernandel et Bourvil dans La cuisine au beurre (Grangier, 1963), menant à la baguette les deux hommes, d'abord ennemis. Loin de la gentille caissière du grand café que chante l'acteur marseillais !



Suzy Prim
Même si ce n'est pas son rôle habituel, Suzy Prim compose dans Les pépées font la loi (André, 1955) un personnage de femme gangster plutôt rare. Face à un jeune truand parisien un peu prétentieux, elle parvient à ses fins en pratiquant la torture au tisonnier !

"Il paraît que c'est bon pour la santé les pointes de feu ..."

Patricia Karim
Inoubliable femme du sergent-chef Chaudard, Patricia Karim est Suzanne dans La 7ème compagnie au clair de lune (Lamoureux, 1977). Pas très commode, peut-être même un peu autoritaire !



Dominique Davray
Quelle actrice merveilleuse ! Elle joua les femmes qui ne s'en laissaient pas compter et certaines compositions sont toujours cultes, de la prostituée des Tontons flingueurs jusqu'à ses prestations face à Louis de Funès, comme épouse dans Le Tatoué (La Patellière, 1968) ou comme religieuse dans Le gendarme en balade (Girault, 1970).

"Elle est forte celle-là !" / "Qu'est-ce que vous avez dit ?!"


Micha Bayard
Figure moins populaire que les autres, elle fut pourtant un de ces incarnations de la femme qui porte la culotte. Femme chez qui il pleut dans Le Cerveau (Oury, 1968), boutiquière dans La fiancée du pirate (Kaplan, 1969), elle campe une extraordinaire maîtresse femme dans Les compagnons de la marguerite (Mocky, 1966) face à Michel Serrault, dont l'abattage comique s'y brûle.



Claude Gensac
Épouse dévouée ? Certes. Épouse servile ? Nenni ! Face à son gendarme de mari, Claude Gensac fut autoritaire, persuasive, seule civile capable de donner des ordres à Cruchot ; dans Hibernatus (Molinaro, 1969), c'est même Madame qui possède la société et qui signe les chèques !

"Alors ?! Ça continue la fièvre du samedi soir ?"



Françoise Rosay
Autre femme à qui on ne la faisait pas, Françoise Rosay imposait dès son apparition une certaine autorité. Un des rôles les plus célèbres reste la tenancière de la terrifiante Auberge Rouge (Autant-Lara, 1951) qui n'hésite pas à tuer ses clients et à les enterrer dans le jardin !



Georgette Anys
Son plus grand rôle est légendaire : tenancière autoritaire, castratrice, d'un petit bistrot parisien, elle a la malchance de rencontrer Jean Gabin et Bourvil qui font la Traversée de Paris (Autant-Lara, 1956). Elle ne résiste toutefois pas à la puissance destructrice de Grandgil.



lundi 24 septembre 2012

"L'AUBERGE ROUGE" (de Claude Autant-Lara, 1951)



En quelques mots : Au XIXe siècle, en Ardèche. Un couple d'aubergistes et leur domestique assassinent depuis 20 ans tous les clients qui viennent trouver chez eux le pain et le coucher. Une froide nuit d'hiver, arrivent simultanément les passagers d'une diligence abîmée, et un moine accompagné d'un disciple. Résignée à ne pas assassiner un homme d’Église, l'aubergiste se confie à celui qui ne doit pas trahir le secret de la confession.

Fernandel n'aimait pas ce film : croyant, il détesta les aspects anticléricaux du scénario mais ne s'en rendit compte qu'au milieu du tournage ; en outre, la mise en scène et la direction du film lui échappèrent, lui qui était habitué à voir les films se construire uniquement autour de son action. De fait, au premier abord, son personnage de curé comique, gesticulant et grimaçant à l'extrême dans une tradition burlesque, peut perturber le spectacle d'un conte cynique, à l'humour grinçant, bien plus fin qu'une simple pochade. C'est même à se demander si Fernandel était bien l'interprète idéal pour ce rôle - il faut aussi se souvenir que Jean Aurenche, scénariste et dialoguiste du film avait déjà écrit pour le comique marseillais pendant la guerre (Adrien, en 1943) uniquement pour faire travailler son ami René Wheeler, sans enthousiasme particulier pour les gags de la star. Retrouver ce casting à l'affiche d'un même film au sortir de la guerre a presque de quoi faire sourire.

Et pourtant ... quiconque découvre ou redécouvre ce film aujourd'hui ne peut être qu'admiratif de la qualité de l'ensemble, du quasi sans-faute de toute l'équipe pour faire de L'auberge rouge un chef d’œuvre de comédie et d'humour noir ... et l'un des plus grands rôles de Fernandel !

L'acteur semble aussi perdu que le personnage qu'il interprète au milieu de tous ces gens parfaitement étrangers : d'un côté la froideur cruelle de Julien Carette et Françoise Rosay en aubergistes assassins, de l'autre les passagers de la diligence (dont Jean-Roger Caussimon, très drôle qui parvient à faire jouer le moine aux cartes, pour de l'argent !). Fernandel seul se démène à les sauver tous, dans beaucoup de situations amusantes, et s'il est bien la star du film, les autres comédiens ont une forte importance et, plus rare, de l'épaisseur - y compris pour le jeune moinillon qui, en l'espace de quelques scènes, renonce à sa vocation et découvre l'amour d'une jeune fille.


Ainsi la star Fernandel n'est plus la star - il n'arrive véritablement dans le film qu'au bout d'un quart d'heure d'ailleurs. Et s'il impose son charisme dans les premières séquences très amusantes où il se présente, montre son reliquaire et improvise une quête, tout bascule dans l'une des scènes les plus célèbres du film. Françoise Rosay, qui ne veut pas assassiner un religieux, décide de tout lui confier pour le faire fuir - sécurisée par le caractère impénétrable de la confession. En quelques minutes drôles à souhait, le film aurait pu sombrer dans le drame. C'est là que le caractère naturellement comique de Fernandel devient l'élément central du film, qui oscille constamment entre farce et horreur, dans une atmosphère teintée d'humour noir.

Son personnage - et c'est peut-être ce qui lui a déplu - est le plus grotesque de l'histoire (on ne croit même pas à son tonsure) : il manque d'oublier la prière du repas car il a faim, fait la quête pour pouvoir manger en prétextant un don pour un Saint, rechigne à confesser une pécheresse car sa soupe est chaude. Les passagers de la diligence semblent avoir un peu plus la maîtrise d'eux-mêmes. Et pourtant, c'est bien lui, avec son humour en parfait décalage avec la situation (probablement involontaire de sa part, qui plus est) qui assure toute sa force au film. Il est la pointe d'ail qui fait d'un simple gigot un plat exquis, et de L'auberge rouge un chef d’œuvre d'humour noir. Constamment perdu, exubérant, à la limite du cabotinage supportable (toute la séquence du mariage), Fernandel compose un personnage comique qui ne fonctionne - et c'est rare dans sa carrière - qu'en opposition aux autres, en réaction à leur flegme.

Une autre forme de comique aurait rendu le film dramatique ou grand-guignolesque. Fernandel, avec le plus grand naturel, fait prendre toute leurs forces aux autres protagonistes du film et aux séquences habilement montées par Claude Autant-Lara. Il faut rendre hommage au travail des techniciens sur ce film, entièrement réalisé en studio, à commencer par le metteur en scène cité, mais aussi aux décorateurs (l'endroit est superbe, tout comme le petit pont de bois et les chemins de neige) et au chef-opérateur qui a créé une sublime lumière (André Bac).

On pourrait évoquer L'auberge rouge sur des pages et des pages - je me suis juste borné ici à évoquer le jeu crucial de Fernandel. Je vous propose aussi de réécouter sur ce blog la très jolie complainte du générique de début, écrite par René Cloërec et interprétée par un Yves Montand habité.

Extrait audio : La complainte de l'auberge (par Yves Montand)
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