En quelques mots : L'hiver, dans une petite station balnéaire déserte de la baie de Somme, balayée continuellement par la pluie. Un jeune homme arrive par le car, silencieux, et s'installe dans le seul hôtel ouvert. Un autre parisien arrive le même soir. Sans se croiser, les deux hommes parlent aux mêmes personnes, notamment un jeune employé issu de l'assistance publique. Dans le journal, on lit qu'une célèbre chanteuse a été assassinée et qu'on lui a volé ses bijoux.
Une si jolie petite plage peut presque être considéré comme un premier film. S'ils n'en étaient pas à leur première collaboration - le réalisateur Yves Allégret et le scénariste Jacques Sigurd avaient déjà travaillé ensemble sur Dédée d'Anvers, d'après un roman -, cette nouvelle rencontre est née d'une histoire originale, émaillée de souvenirs d'enfance du scénariste et taillée sur mesure pour Gérard Philippe, jeune premier promis une à brillante carrière. C'est d'ailleurs lui qui suggéra à Jacques Sigurd, avec qui il partageait un appartement, de transformer la nouvelle qu'il écrivait en scénario de cinéma. A partir d'éléments de son enfance malheureuse, de plages désertes et de rues détrempées par la pluie, il écrivit une première scène, celle d'un homme seul dans un autocar qui arrive un soir dans une petite station balnéaire déserte. Yves Allégret et Simone Signoret se chargèrent de concrétiser le scénario en production cinématographique.
Désireux de ne rien expliquer au spectateur, le scénariste insuffle un certain mystère pendant la première partie du film, bien vite transformé en menace d'ennui profond puisque l'on comprend ce dont il retourne mais que les choses n'évoluent pas. Il faut tout le talent des acteurs pour donner vie à cette sombre histoire de retour aux sources : Jean Servais, véritable révélation pour moi, est le premier d'entre eux, dans un rôle d'imprésario drogué et nonchalant. Jane Marken (la patronne), André Valmy (le brave garagiste) et Julien Carette (l'atout comique du film, excellent et émouvant en VRP qui ne pense qu'à sa famille) s'évertuent à faire parler Gérard Philipe, impeccable de retenue mais si sombre qu'il est difficile de trouver quelconque empathie pour son personnage (un avertissement au début du film s'en excuse presque d'une manière assez originale). Quant à Madeleine Robinson, le réalisateur et le scénariste ont beau se concurrencer d'éloges à son sujet, je n'ai pas su, dans ce film, déceler la petite étincelle qui fait d'un si joli petit visage une grande actrice.
Reste un beau moment de cinéma, très ancré dans son contexte de production - la fin des années 1940, les premières années d'après-guerre, entre volonté de renouveau et désillusions sur des utopies. D'où surement une noirceur renforcée par le cadre géographique (la Baie de Somme), météorologique (il pleut tout au long du film, sans interruption ou presque) et social ; il est bien rare de mettre en scène des enfants de l'assistance, surtout quand ils ne sont pas des héros, au contraire. Tourné comme un huit-clos, Une si jolie petite plage est avant tout l'histoire de personnages qui ne s'écoutent pas, ne se regardent pas (en témoigne une magnifique scène chorale où chacun parle de ses préoccupations). C'est intéressant mais il est heureux que ça ne soit pas trop long.
Affichage des articles dont le libellé est Gérard Philipe. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gérard Philipe. Afficher tous les articles
mercredi 9 janvier 2013
vendredi 21 décembre 2012
"SI PARIS NOUS ÉTAIT CONTÉ" (de Sacha Guitry, 1956)
En quelques mots : Las des vieux livres d'Histoire fait de suppositions, des étudiants demandant à un vieux professeur de leur raconter l'Histoire de Paris avec ses souvenirs et ses yeux contemporains. Comme ils reviennent, il leur conte les aventures de la capitale française, des Rois médiévaux à la Libération de Paris en 1944.
De retour de quelques jours passés à visiter le Paris des Rois de France, je n'ai pu que constater l'omniprésence dans les boutiques de souvenirs des derniers films historiques de Sacha Guitry sur Versailles, Napoléon et Paris. Référence s'il en est, Si Paris nous était conté impressionne toujours par son formidable casting de stars et son ambition de retracer en deux petites heures plusieurs siècles d'histoire d'une des capitales les plus importantes du monde. Pari insurmontable me direz vous et vous n'auriez que trop raison ! Bien que l'ouverture soit très amusante avec un vieux Sacha Guitry qui se joue des historiens et de leur Histoire - riant même dès lors qu'on évoque la francisque ... - et se propose de raconter à des étudiants Paris telle qu'il la voit à travers des souvenirs et des anecdotes. L'Histoire anecdotique est dangereuse car réductrice mais elle est toujours matière à assurer un très bon divertissement de cinéma. Hélas, comme avec son Si Versailles m'était conté trois ans plus tôt, Sacha Guitry se prend les pieds dans le tapis de l'académisme ronronnant et de l'Histoire à deux balles pour ne laisser place rapidement qu'à un véritable ennui - où les deux petites heures du film deviennent subitement très longues !
Au milieu de longues séquences de dialogues inventés, parfois inspirés, on peut s'amuser à retrouver Jean Marais en François Ier qui ne pense qu'à faire l'amour (comme son Louis XV à Versailles en 1954 !), Robert Lamoureux en Latude, célèbre prisonnier de la Bastille qui s'évada plusieurs fois (dont on peut encore admirer l'échelle de corde au Musée Carnavalet à Paris), Michèle Morgan en Gabrielle d'Estrées (maîtresse de Henri IV) dans un très beau dialogue avec Jean Martinelli et bien sûr Sacha Guitry en Louis XI qui s'offre le très beau rôle d'un Roi important mais méconnu. Les plus tolérants y ajouteront Gérard Philipe en troubadour qui revient à toutes les époques pour nous conter fleurette plus que Paris. Il faut reconnaître d'ailleurs que la ville n'est qu'un prétexte à évoquer quelques pages de l'Histoire de France qui n'ont parfois pas grand rapport (le procès de Marie-Antoinette, le bal de Napoléon III et Eugénie). Restent quelques idées de mise en scène, comme les différentes entrées militaires en plan séquence, ou de scénario, à l'image un peu trop voyante d'une taverne pendant la guerre de cent ans où rôde déjà le marché noir ...
Un Si Paris nous était conté tout aussi décevant que son précédent versaillais pour ma part, que je n'ai pas pris grand plaisir à découvrir. Il peut servir, à la rigueur, de grand Qui est-ce ? du cinéma français des années 1950.
De retour de quelques jours passés à visiter le Paris des Rois de France, je n'ai pu que constater l'omniprésence dans les boutiques de souvenirs des derniers films historiques de Sacha Guitry sur Versailles, Napoléon et Paris. Référence s'il en est, Si Paris nous était conté impressionne toujours par son formidable casting de stars et son ambition de retracer en deux petites heures plusieurs siècles d'histoire d'une des capitales les plus importantes du monde. Pari insurmontable me direz vous et vous n'auriez que trop raison ! Bien que l'ouverture soit très amusante avec un vieux Sacha Guitry qui se joue des historiens et de leur Histoire - riant même dès lors qu'on évoque la francisque ... - et se propose de raconter à des étudiants Paris telle qu'il la voit à travers des souvenirs et des anecdotes. L'Histoire anecdotique est dangereuse car réductrice mais elle est toujours matière à assurer un très bon divertissement de cinéma. Hélas, comme avec son Si Versailles m'était conté trois ans plus tôt, Sacha Guitry se prend les pieds dans le tapis de l'académisme ronronnant et de l'Histoire à deux balles pour ne laisser place rapidement qu'à un véritable ennui - où les deux petites heures du film deviennent subitement très longues !
Au milieu de longues séquences de dialogues inventés, parfois inspirés, on peut s'amuser à retrouver Jean Marais en François Ier qui ne pense qu'à faire l'amour (comme son Louis XV à Versailles en 1954 !), Robert Lamoureux en Latude, célèbre prisonnier de la Bastille qui s'évada plusieurs fois (dont on peut encore admirer l'échelle de corde au Musée Carnavalet à Paris), Michèle Morgan en Gabrielle d'Estrées (maîtresse de Henri IV) dans un très beau dialogue avec Jean Martinelli et bien sûr Sacha Guitry en Louis XI qui s'offre le très beau rôle d'un Roi important mais méconnu. Les plus tolérants y ajouteront Gérard Philipe en troubadour qui revient à toutes les époques pour nous conter fleurette plus que Paris. Il faut reconnaître d'ailleurs que la ville n'est qu'un prétexte à évoquer quelques pages de l'Histoire de France qui n'ont parfois pas grand rapport (le procès de Marie-Antoinette, le bal de Napoléon III et Eugénie). Restent quelques idées de mise en scène, comme les différentes entrées militaires en plan séquence, ou de scénario, à l'image un peu trop voyante d'une taverne pendant la guerre de cent ans où rôde déjà le marché noir ...
Un Si Paris nous était conté tout aussi décevant que son précédent versaillais pour ma part, que je n'ai pas pris grand plaisir à découvrir. Il peut servir, à la rigueur, de grand Qui est-ce ? du cinéma français des années 1950.
Libellés :
1950's,
Françoise Arnoul,
Gérard Philipe,
Historique,
Jean Debucourt,
Jean Marais,
Jean Tissier,
Julien Carette,
Michèle Morgan,
Pauline Carton,
Pierre Larquey,
Renée Saint-Cyr,
Robert Lamoureux,
Sacha Guitry
mardi 4 décembre 2012
Bon anniversaire à ... Gérard Philipe (1922-1959)
Il reste pour beaucoup un symbole de la jeunesse foudroyée, à l'instar d'un James Dean aux États-Unis. Gérard Philipe a marqué de son emprunte, de sa beauté, de son talent un grand nombre de films : Le Diable au corps (1947), La beauté du diable (1950), Juliette ou la clef des songes (1950), Fanfan la tulipe (1951), Le rouge et le noir (1954) ou Pot-Bouille (1957).
Né le 4 décembre 1922 à Cannes, Gérard Philipe aurait fêté aujourd'hui ses 90 ans !
mardi 18 septembre 2012
"LA BEAUTE DU DIABLE" (de René Clair, 1950)
En quelques mots : Au seuil de sa vie, l'illustre professeur Faust se morfond de sa mort prochaine et de son œuvre incomplète. Réticent, il signe pourtant un pacte avec le Diable pour que celui-ci lui redonne la jeunesse, la gloire, l'amour et le génie ... en échange de son âme.
Est-ce que je ne serais pas moi-même en train de vendre mon âme au diable en classant ce film parmi les chefs d’œuvre du cinéma français ? Il n'est pas rare, en effet, d'entendre ça et là quelques critiques négatives sur ce film fantastique, sur la performance de Michel Simon notamment. Écrasant largement son partenaire qu'il détestait ("Gérard Philipe ? Un acteur ? Laissez moi rire !"), il livre une composition diabolique survoltée, drôle, terrifiante et omnipotente. On ne voit plus que lui, on n'entend plus que lui, et les amateurs du beau jeune premier, qui doit une partie de sa gloire à Fanfan la Tulipe, seront cruellement amers, tant son rôle est diminué par l'ogre Simon. On pourra dire aussi que celui-ci tend à amener son rôle dramatique vers la comédie, à travers quelques passages précis, ce qui pourrait déséquilibrer le film.
Je ne suis pas de cette catégorie perplexe, et je considère La beauté du diable comme un véritable chef d’œuvre.
Inspiré de la légende de Faust, le film montre un vieux professeur (M. Simon) qui retrouve la jeunesse dans le corps d'un jeune homme (G. Philipe), suivit en permanence par Méphistophélès, serviteur du diable, qui a prit l'apparence du vieux professeur. Le scénario est, de fait, habilement construit et offre de très belles séquences lyriques, pleines d'une poésie désespérée, telles le miroir qui montre l'avenir, le rêve éveillé de gloire de Gérard Philipe ou les appels de Faust à Lucifer.
On l'a dit, Michel Simon vampirise littéralement le film, avec génie, et je vous propose de revoir un extrait du film en vidéo, ci-dessous (qui faillit être coupé au montage, car René Clair n'aimait pas l'accent suisse que prenait Michel Simon en invoquant le Diable). Gérard Philipe est à l'aise dans son rôle de jeune premier, surtout dans la première partie. Les autres acteurs ont beaucoup de mal à exister, si ce n'est dans une moindre mesure la belle Simone Valère.
Tourné dans l'immédiate après-guerre, le film argue que pactiser avec le Diable ne peut provoquer rien de bon (on pourrait s'en douter) : ainsi Gérard Philipe découvre-t-il le destin tragique de ses découvertes : la guerre, la soumission des peuples, les destructions apocalyptiques. Métaphore possible de l'Occupation allemande, le film offre toutefois une issue optimiste, puisque le peuple se soulève contre l'envoyé du diable et la paix revient dans la ville. Ces dernières séquences, parfaitement filmées, sont très prenantes. La belle photographie mystérieuse de Michel Kelber s'allie avec merveille à la mise en scène soignée de René Clair, et apporte une ambiance semblable à La main du diable, de Maurice Touneur.
Inscription à :
Articles (Atom)







