Affichage des articles dont le libellé est Georges Lautner. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Georges Lautner. Afficher tous les articles

samedi 23 novembre 2013

"LE SEPTIÈME JURÉ" (de Georges Lautner, 1962)



En quelques mots : Un dimanche où tous les notables de Pontarlier se retrouvent au bord d'un lac, le paisible pharmacien Grégoire Duval, pris d'une pulsion, assassine une jeune fille qui prenait un bain de soleil. Son amant, que tout accuse, est aussitôt soupçonné de meurtre et jugé. Monsieur Duval se retrouve le 7ème juré du procès du jeune homme et doit décider de la peine à lui infliger.

Pour saluer à nouveau la mémoire de Georges Lautner, j'ai découvert hier soir, après l'annonce de son décès, ce film qui m'intriguait depuis longtemps. Sixième long métrage du réalisateur, et un de ses favoris, Le 7ème juré est une terrifiante plongée au cœur de la petite bourgeoisie citadine de province ; par l'intermédiaire et la voix-off de Grégoire Duval/Bernard Blier, nous sommes associés au conformisme des bonnes apparences, à l'injustice des petits cercles. Un pharmacien assassin que personne ne peut soupçonner, même quand il fait tout pour - même quand il se dénonce ! - face à un jeune homme que tout accuse. Et ce brave notable qui devient, ironie du sort, juré du procès dont il est responsable. Tout est tragique dans cette histoire, admirablement filmée par Georges Lautner et dialoguée par Pierre Laroche. Rarement Bernard Blier n'a été aussi profond qu'en bon père de famille, marié à une jolie femme - sublime Danièle Delorme - portant sur lui le poids de la bonne société, d'un vieux chagrin d'amour gâché par la lâcheté et d'un meurtre.

Réalisé au début des années 1960, Le 7ème juré a toutes les apparences d'un film de la Nouvelle Vague : un jeune metteur en scène filmant frontalement les méandres de la bonne bourgeoisie, l'utilisation de la voix off, un rapport à la ville comme personnage à part entière et un héros en passe de devenir un marginal de sa petite société. Tout le talent du dialogue, et de la mise en scène, est d'inscrire cette base cinématographique récente dans une continuité plus classique, notamment par sa sévère dramaturgie et l'utilisation de seconds-rôles comme premiers (formidables Albert Rémy, Robert Dalban, Henri Crémieux, Yves Barsacq, Jacques Monod, Maurice Biraud). A l'image de certains films de Raymond Bernard ou Julien Duvivier, les stars du films (Blanche, Delorme, Blier) sont parfois éclipsées.



Les films sur la petite bourgeoisie de province ont souvent donné de grandes œuvres de cinéma ; filmer leur opportunisme, leur conscience de classe ou leur volonté hors du commun à sauver les apparences brosse en creux les difficultés d'une société sclérosée où tout le monde pense vivre dans le meilleur des mondes. Bernard Blier, prisonnier de son cadre de vie, trouve peut-être dans l'assassinat un moyen de fuir. Hélas, la très belle fin du film lui prouve que c'est perdu d'avance. Condamné à une folie de bon aloi qui arrange tout le monde, Grégoire Duval, honnête pharmacien respecté de tous, pense payer les frais de sa lâcheté d'autrefois envers une femme qu'il aimait. Le 7ème juré est un film lié à son époque historique - l'éclatement progressif d'une société traditionnelle, qui pourtant existe toujours différemment aujourd'hui - et cinématographique, où la vieille aristocratie paye le prix de ce qui fait tout le miel des jeunes loups du cinéma, la jeunesse aventureuse, insouciante, éprise de liberté.

Décès de Georges Lautner (1926-2013)

Il y a des jours cruels pour le cinéma français et le titre de cette rubrique - série noire - n'a jamais aussi bien porté son nom, puisqu'il s'agit du troisième article que je consacre en forme d'hommage à un artiste décédé en deux jours. J'apprends donc à l'instant la disparition d'un artisan incontournable à la production cinématographique française, Georges Lautner. Et je dois avouer que c'est encore un peu de ma jeunesse qui s'en va avec ce réalisateur fécond, dont les classiques s'accumulent.



Fils de l'excellente actrice Renée Saint-Cyr, qu'il contribua à sortir de sa difficile période d'après-guerre, Georges Lautner débuta sa carrière avec des films que l'on peut aujourd'hui découvrir en DVD, La môme aux boutons (1958), Marche ou crève (1959) ou Arrêtez les tambours (1960). Dès lors, tous ses films sont presque susceptibles d'êtres revus, à commencer par la série d'espionnage mettant en scène Paul Meurisse en espion flegmatique, le Monocle noir (1961), L’œil du monocle (1962) ou Le monocle rit jaune (1964). Le septième juré (1961), au sujet très fort, avec Bernard Blier, était un de ses films préférés. Quelques films moins notables, tels que Les pissenlits par la racine (1963) ou Les bons vivants (1965), nous permettent quand même de revoir Louis de Funès, Andréa Parisy, Dany Saval ou Mireille Darc dans leur jeunesse. La vie dissolue de Gérard Floque (1986) est un témoignage de la fin d'une époque.


 Je ne sais plus par où j'ai découvert Georges Lautner, mais quand je pense à lui, c'est immédiatement les films de Jean-Paul Belmondo qui me viennent à l'esprit, curieusement. La musique de Flic ou voyou (1979) m'obsède depuis quelques minutes ; depuis que j'ai appris le décès de Lautner. Pourtant, si le film se regarde encore avec délice grâce aux dialogues de Michel Audiard et à la présence charismatique de Belmondo, la mise en scène est passée. Un des traits caractéristiques de Georges Lautner, réalisateur, est à mon sens sa capacité d'adaptation à son époque, avec plus ou moins de bonheur. Un académisme de bon ton mêlé à la mode du moment : ainsi des ralentis ou des trois vues différentes d'un même plan de Flic ou voyou, terriblement datés - ou des gros plans du Professionnel (1981), toujours efficaces trente ans plus tard. Je ne me lasse pas de revoir Le Guignolo (1980) malgré les évidentes lacunes du film, tout comme Joyeuses Pâques (1984), adaptation rythmée de la pièce de Jean Poiret. Je n'ai toujours pas vu L'inconnu dans la maison (1992), son dernier film, terrible échec en son temps.

Georges Lautner était aussi l'un des metteurs en images les plus proches de Michel Audiard et c'est sans doute avec une bonne intention que les médias, en hommage, nous repasserons en boucle la scène de la cuisine des Les tontons flingueurs (1963), probablement son film le plus célèbre, à juste titre un chef d'oeuvre de la comédie française, presque tout autant que Les barbouzes (1964). Ne nous fâchons pas (1966), La grande sauterelle (1967) et Laisse aller c'est une valse (1970) complètent cette période bénie, qui s'achève avec l'arrivée des grandes stars, à l'américaine. Alain Delon d'abord, avec ses exigences absurdes (Georges Lautner se souvient d'avoir été obligé de démonter un travelling complexe pour que le chauffeur de Delon puisse garer la voiture de la star) ; Belmondo ensuite. En passant par Gabin (Le pacha, 1968), Pierre Richard (On aura tout vu, 1976), Michel Serrault (La cage aux folles 3, 1985) et même Robert Mitchum (Présumé dangereux, 1989), on pourrait dire que Georges Lautner doit sa carrière aux noms du haut de l'affiche. Cela serait, à mon sens, un peu rapide et j'aurais tendance à penser comme beaucoup que le réalisateur peut faire les vedettes tout aussi bien que l'inverse.

Georges Lautner fut un grand artisan du cinéma français - en témoignent des scènes légendaires des Tontons flingueurs, des Barbouzes, des Belmondo, des Delon et des autres ... un de mes films favoris n'est-il pas Quelques messieurs trop tranquilles (1972) ? Celui qui fut l'un des réalisateurs les plus prolifiques et les plus rentables du cinéma français avait laissé un livre de mémoires, sous forme d'abécédaire (On aura tout vu, Flammarion) dont j'avais déjà parlé sur ce blog. Avec lui s'éteignent quelques fragments de notre jeunesse, quelques souvenirs cinéphiles et beaucoup de plaisirs en forme d'éclats de rires. De là à citer les Tontons, il n'y aurait qu'une facilité ... mais si juste pour résumer cet hommage. Toute une époque ...


Georges Lautner et Mireille Darc (bonus du DVD des Barbouzes)

samedi 9 mars 2013

"LE MONOCLE NOIR" (de Georges Lautner, 1961)



En quelques mots : Dans un vieux château breton se tient une réunion secrète. Des partisans de l'ordre, nostalgiques du IIIe Reich, se retrouvent discrètement en l'honneur d'un compagnon de route de Hitler qui doit prendre la tête de leur réseau. Le vieux marquis, propriétaire de la demeure, accueille alors un allemand, un italien et un mystérieux aveugle au monocle noir. Mais il semblerait que des espions rôdent autour du château.

Le monocle noir est un des premiers films de Georges Lautner - son cinquième - et le premier volet de sa trilogie du Monocle, suivi de L'oeil du monocle (1962) et du Monocle rit jaune (1964), toujours avec Paul Meurisse. Ce premier opus s'ouvre par un avant-propos de Bernard Blier, qui demande au spectateur de ne pas prendre trop au sérieux cette histoire d'espionnage - la marque Lautner diront certains, le réalisateur ayant toujours mélangé avec bonheur la comédie et le drame. Dans ses mémoires (On aura tout vu, 2005), Georges Lautner raconte que le roman était inadaptable à l'écran (avec une scène d'avortement où le marquis breton faisait brûler le fœtus de sa fille dans la cheminée), ce dont était bien conscient l'auteur, le Colonel Rémy, célèbre résistant et écrivain à succès. Du livre d'origine, il ne reste que le titre, le château en Bretagne et le Monocle écrit-il avant d'ajouter Je me suis amusé à faire des scènes très influencées par Orson Welles. De fait, la mise en scène de Georges Lautner est travaillée, très fluide et propose un grand nombre de cadrages intéressants, notamment pour les séquences de poursuite dans les sous-terrains du château.



Mais ce qui fait vraiment toute la force de cette histoire d'espionnage, c'est l'épatant casting réuni par Georges Lautner : les femmes d'abord, de la magnifique Elga Andersen, qui n'est pas sans rappeler un autre charme venu de l'est (Maria Schell) à Catherine Sola en passant par la jeune Marie Dubois, dans un petit rôle sans intérêt, hélas ; Le monocle noir s'inscrit ensuite dans la tradition de ces films de casting, où les petits rôles volent la vedette aux têtes d'affiches : Jacques Marin et Albert Rémy sont formidablement utilisés, presque à contre emploi, le premier en espion, le second en jeune romantique (!) et, accompagnés de Jacques Dufilho en guide à l'accent rustique et Bernard Blier en commissaire, font jeu égal avec les stars que sont Paul Meurisse, impeccable de snobisme flegmatique, et Pierre Blanchar, dont c'est le dernier rôle à l'écran. On s'amuse beaucoup de penser que celui qui tourna des films en Allemagne dans les années 1930, s'exila pendant la guerre, résista, revint à Paris à la tête d'un comité d'épuration termine sa carrière en citant du Hitler, concluant sur un Ah ! Cher Adolf ! nostalgique.

Le monocle noir, rare en DVD (il a été édité chez Pathé) est une excellente petite comédie d'espionnage, moins caricaturale que Les Barbouzes (1964), peut-être moins drôle aussi, malgré quelques bons dialogues, et qui ne doit pas rester méconnue. Gros succès à sa sortie, Georges Lautner avoue que c'est le film qui lança définitivement sa carrière.

jeudi 24 janvier 2013

Bon anniversaire à ... Georges Lautner (1926)

Georges Lautner fut un pilier de la comédie populaire française dans les années 1960, 1970 et 1980, trois décennies où l'on retrouve des classiques (Les tontons flingueurs, Les barbouzes, Le Pacha, Flic ou voyou, Le guignolo ou Le professionnel) et quelques raretés (Le septième juré, Les bons vivants, Les seins de glace), toujours avec les plus grandes stars de son époque. La plupart du temps très divertissants, les films de Georges Lautner - parfois dialogués par Michel Audiard - ne sont pas toujours à la hauteur dans la mise en scène, notamment dans les années 1970 où l'on retrouve de terribles effets de caméra, comme cette insupportable introduction ralentie de Joyeuses Pâques avec Belmondo. Personnage sympathique, Georges Lautner a écrit un livre de souvenirs, sous forme d'abécédaire, et publiée en 2005 au titre référence à un de ses films, On aura tout vu. Il se livre avec truculence à des anecdotes sur sa carrière, ponctuée de caricatures. L'une d'entre elles, merveilleuse, évoque un tournage avec une Star, Alain Delon, qui sur le tournage des Seins de glace fit démonter un travelling complexe à mettre en place pour que sa voiture puisse passer et le déposer ... quelques mètres derrière.



Georges Lautner fête aujourd'hui ses 87 ans ! Joyeux anniversaire !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...