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samedi 10 novembre 2012
"LA TABLE-AUX-CREVÉS" (de Henri Verneuil, 1951)
En quelques mots : Urbain Coindet (Fernandel), modeste paysan du petit village provençal de Cantagrel, retrouve sa femme pendue lorsqu'il revient d'une foire. Sa belle-famille fait vite courir le bruit qu'il serait l'assassin de leur fille et celui qui a donné Frédéric Gari aux gendarmes, pour contrebande de tabac. Trois mois plus tard, lorsque celui-ci sort de prison, décidé à se venger, il apprend avec stupeur que Coindet convoite sa sœur !
Henri Verneuil avait déjà rencontré Fernandel en 1947 pour un court-métrage provençal intitulé Escale au soleil, mais La Table-aux-crevés est son premier long-métrage et le début d'une longue collaboration avec l'acteur marseillais. Adaptée de Marcel Aymé, cette histoire très sombre sur les mœurs archaïques d'un petit village du Midi nous offre une sublime première partie, où chaque scène mériterait d'être redécouverte pour son humour noir et ses dialogues emprunts d'un réalisme que l'on a bien du mal à concevoir aujourd'hui. Ainsi de Fernandel qui rentre dans sa maison avec son cheval, découvre sa femme pendue et s'exclame : "Mais il boite ce cheval !" puis, alors que son ami le maire (incarné par l'excellent Fernand Sardou) tente de le réconforter, laisse échapper "Je n'aurais jamais cru que la suspension de faïence serait aussi solide." Les états d'âme sont bien rares dans cette œuvre où les personnages du village, bien que se connaissant tous, se déchirent pour des réputations (superbe séquence avec les femmes du village et le curé) et sont encore marqués par les années sombres de la guerre, qui ont entérinées les divisions politiques et les rancœurs de ceux qui s'y sont plus ou moins bien adapté (un homme, surnommé "le cocu" est devenu père alors qu'il était au front, et doit vivre avec cette honte en permanence).
Le film montre aussi le mépris des habitants de "la ville" pour les paysans qui passaient leurs vies dans le même village et est l'occasion d'une très belle scène où Fernandel s'énerve seul contre la pluie qui l'empêche de sortir et l'oblige à contempler des immeubles avec des dizaines de fenêtres et de barreaux. Si le film peut être une ode à la nature, il rappelle qu'elle n'en est pas moins dangereuse à vivre au quotidien. La Table-aux-crevés évoque aussi à plusieurs reprises la religion, attaquée d'abord puis présentée avec lucidité dans un très joli discours de René Génin. Plus qu'une comédie grinçante, la première partie montre avant tout un reflet de la société rurale des années 1950.
Hélas, la seconde partie souffre de se perdre un peu dans une aventure sentimentale plus classique, entre deux êtres qui s'aiment (Fernandel et la touchante Maria Mauban) mais qui ne peuvent se marier puisque les familles ne s'entendent pas. Pourtant, on y voit les prémices de l'évolution d'une société qui se libéralise, la perte de certaines valeurs que l'on se confesse pourtant de vouloir observer. Ainsi Fernandel et sa fiancée couchent ensemble avant d'être mariés, Maria Mauban se révolte un peu contre l'autorité paternelle.
Si la fin se veut rassurante et plus légère, avec l'intervention toujours efficace de Édouard Delmont, elle ne va pas de soi. Cette société normée et sclérosée est étouffante pour ceux qui y vivent et on regrette presque qu'un coup de fusil ne vienne pas chambouler tout ce village d'individus peu appréciables, pétris de valeurs traditionnelles qui n'évoluent pas. Reste un très bon film réalisé avec soin par le jeune Henri Verneuil, souvent très drôle, parfois touchant, qui offre à Fernandel une excellente composition, authentique et éloignée des cabotinages qui firent sa gloire.
dimanche 19 août 2012
Réalisé par ... HENRl VERNEUIL (1920-2002)
Un documentaire intitulé Henri Verneuil, profession conteur est sorti il y a quelques temps en DVD, l'occasion pour moi de revenir sur la carrière de ce grand nom du cinéma français, qui a laissé derrière lui quelques classiques interprétés par les plus grands.
Et le premier fut Fernandel, vedette populaire, qui accepta de tourner avec ce jeune homme d'origine arménienne, alors inconnu. Au début des années 1950, il enchaina le très bon film La Table-aux-crevés, Le fruit défendu ou Le boulanger de Valorgue, gentille comédie qui n'aurait d'autre intérêt sans la présence du comique marseillais et quelques acteurs, tout comme Le mouton à cinq pattes (1954) où Fernandel réalise la performance d'incarner - avec talent - six personnages, accompagné de quelques seconds rôles appréciables, tels Noël Roquevert ou Louis de Funès (qui campe un génial croque-mort). Ce film est un grand souvenir de jeunesse que je prends toujours plaisir à revoir, tout comme La vache et le prisonnier, son dernier film avec Fernandel, qui vaut largement sa réputation.
C'est auréolé de cette récente gloire qu'Henri Verneuil aborda les années 1960. Le Président, avec Jean Gabin et Bernard Blier, reste à mon avis son meilleur film, formellement parfait et aux dialogues (signés Michel Audiard) qui apparaissent aujourd'hui comme visionnaires. Un singe en hiver l'année suivante est probablement son film le plus célèbre, idolâtré pour son duo légendaire et ses brillantes tirades grandiloquentes ; rançon de la gloire, à l'instar de Georges Lautner et des Tontons flingueurs, le nom du réalisateur disparaît souvent derrière le mythe.
Mélodie en sous-sol, qui met en scène Gabin et Delon, ne m'a curieusement jamais emballé ; manque de rythme à mon goût ou trop jeune pour l'apprécier - il faudrait que je le revois une nouvelle fois. Je lui préfère nettement son film suivant, Cent mille dollars au soleil, film d'aventures viriles aux accents westerniens et à l'interprétation idéale (personne n'a oublié certaines répliques ... "Quand les hommes de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent", "T'es notre petit Angèle", "Un grand, amerloque, genre championne de basket". La mise en scène de Verneuil, épurée, assure la qualité de ce film mal aimé. Week-end à Zuydcoote (1964) est également une de ses plus belles réussites. En suivant le destin de quelques soldats français (Belmondo, Mondy, Marielle...) coincés sur une plage par l'avancée des Allemands, il navigue entre comédie et drame, à son habitude, filmant pour la première fois de grandes scènes d'action avec beaucoup de figurants, utilisant à merveille le plan-séquence.
Je connais mal ses incursions à l'étranger puisque je n'ai vu que La bataille de San Sebastian, avec Anthony Quinn, honnête petit western pas franchement original, un peu brouillon, loin des références du genre. Le Clan des Siciliens (1969) est un de ses films les plus célèbres, dont à peu près tout le monde connaît le titre et la partition de Ennio Morricone. Basé sur un affrontement impressionnant - Gabin / Delon / Ventura - Verneuil assure un honnête policier qui vaut surtout pour les acteurs.
Le réalisateur, fidèle à ses acteurs, poursuit sa relation avec Jean-Paul Belmondo, pour Le Casse, Peur sur la ville et Le Corps de mon ennemi, des films honnêtes où le personnage de Belmondo commence toutefois à s'épuiser, à force d'auto-parodie. Les Morfalous (1984) ne fait pas plus dans la dentelle, malgré une joyeuse équipe et un dialogue amusant signé Audiard.
Ses derniers films marquent une volonté de changer d'acteurs, Verneuil travaillant avec les nouvelles têtes du cinéma français (Dewaere, Berry, Villeret...). Mille milliards de dollars reste un très bon film, classique, ponctué de jolies séquences. Ses deux derniers films, Mayrig et 588, rue Paradis sont autobiographiques.
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