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dimanche 2 février 2014

"LE SAINT PREND L'AFFÛT" (de Christian-Jaque, 1966)



En quelques mots : Oscar Chartier décide de prendre sa retraite d'escroc international avec un dernier coup : vendre une information secrète aux allemands et aux américains. Celle-ci se révèle fausse et Chartier traqué par les deux camps. Il confie alors sa fille à son ami Simon Templar, dit le Saint, le célèbre aventurier britannique.

Une luxueuse voiture déchire le silence de la nuit, s'arrête devant le mur d'une propriété privée ; quatre hommes descendent, armés, et une voix-off nous informe qu'ils veulent tuer le Saint, lequel discute paisiblement avec un ami à l'intérieur de son grand salon écossais. On pourrait en sourire si le ton n'était pas aussi sérieux ! Les premières minutes du Saint prend l'affût sont incroyablement désuètes et il faut de l'admiration envers l'homme pour ne pas rire de l'acteur Jean Marais, portant kilt et buvant whisky, qui s'égare dans un dialogue de mauvaise parodie avec Henri Virlogeux. La première scène d'action, d'où sort Jean Yanne avec ses petites lunettes et son accent allemand de pacotille, sonne presque le glas du film : c'est un nanar ! Et soudain ... alors que tout ce petit monde s'envole vers l'Italie pour une improbable chasse au trésor, tout devient plus limpide. Le film de Christian-Jaque est bien une parodie de films d'espionnage, les situations s’enchaînent au rythme des cases d'une bande-dessinée et les personnages perdent tout complexe quant au ridicule. Il faut voir Jean Marais grimacer un code secret, Dario Moreno flirter avec des mafiosos venus prendre leur retraite au pays, Jean Yanne singer un accent allemand dans un costume étriqué, coiffé d'un petit chapeau tyrolien. L'aventure n'est plus qu'un prétexte à des effets comiques burlesques assez amusants, servis par une bande d'acteur qui, visiblement, s'amuse autant que le spectateur.



Dans le genre, Le saint prend l'affût est même une vraie réussite, surfant en 1966 sur le succès de la série des Stanislas (déjà avec Jean Marais) ou même des Barbouzes (Lautner, 1965) - la scène des micros y ressemble beaucoup -, préfigurant des succès récents telle la série des OSS 117 avec Jean Dujardin. Dialogué par Henri Jeanson (!), le film ne recule devant aucune extravagance dans le scénario ... ni dans la mise en scène de Christian-Jaque, pourtant conventionnelle à l'habitude, qui s'offre là des cadres improbables, des accélérés qui font tâche et un rythme effréné qui profitent à l'aventure.

On retrouve, autour d'un Jean Marais élégant mais qui a du mal à se décontracter, une belle bande d'acteurs survoltés : Jess Hahn en brute domestique ; Henri Virlogeux en escroc peureux ; Roger Carel en savant fou, affublé, comme toujours, d'un accent au couteau ; Jean Yanne en allemand grotesque ; Dario Moreno en bandit mafieux ; et la magnifique Danièle Evenou, encore jeune, en fillette aventureuse, espiègle ingénue, jalouse quand on drague son protecteur mais qui n'hésite pas à se battre contre des espions internationaux, en petite culotte, sur un camion lancé à toute allure. Cette dernière séquence fut d'ailleurs marquée par un drame célèbre dans le cinéma français puisque c'est lors d'un dérapage en voiture sur une récente autoroute de la couronne parisienne que se tua le célèbre cascadeur Gil Delamare. La scène est simple, pas impressionnante à l'écran, mais fut reprise plusieurs fois. La dernière fut fatale à celui qui avait toujours refusé de faire une cascade avec une décapotable jusqu'alors. Le Saint prend l'affût est-il maudit depuis ? Petit succès en salle mais détesté de Leslie Charteris, l'auteur des romans originaux ; rare à la télévision, édité récemment en DVD - dans une copie non restaurée -, le film est en général oublié avec les autres pantalonnades de l'époque malgré sa jolie distribution. Une redécouverte par les amateurs du genre lui offrirait sans doute un second souffle.

mercredi 11 décembre 2013

Cent ans avec Jean Marais (1913-2013) !



D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être Jean Marais. Quand d'autres se rêvaient pompiers, joueurs de football, rappeurs et se languissaient à découvrir les nouvelles aventures de Bruce Willis et Kevin Costner sur les écrans, je ne rêvais qu'à devenir un énigmatique bossu dans le Paris de la Régence, un aventurier de haut vol à la poursuite d'un bandit au masque vert, un noble chevalier au service des dames et du Roi de France, une Bête au lourd secret dans un château maléfique. Le sourire en coin, le regard comme atout majeur, la carrure d'un athlète, bondissant de créneaux en chevaux, une épée à la main. Assis à une table de collégien, je ne voyais derrière le tableau noir que les ombres gigantesques de Jean Marais, mon héros, ferraillant contre dix, le cœur vaillant.

Si j'admirais par dessus tout Fernandel, Bourvil et Louis de Funès, les idoles logiques des rires de nos jeunesses cinéphiles, c'est à Jean Marais que je voulais ressembler, quitte à m'obstiner dans la fabrication d'épées en bois, dans une volonté à monter des chevaux ou à vivre dans un passé glorieux, où tout se réglait avec un peu de panache - je dois ainsi probablement une partie de mes études historiques à Jean Marais. Dès lors, je n'ai eu de cesse de voir les tous les films que je pouvais trouver, de me rendre sur les lieux qui pourraient me rendre quelques bribes souriantes de mon enfance héroïque, d'acheter les livres pour continuer le rêve. Aujourd'hui, j'ai une vision idéale d'un Jean Marais qui, à l'image de Bourvil, apparaît dans une postérité sans tares, emprunte de pureté, sans défauts. Personne n'a jamais critiqué l'homme ; à peine l'acteur. Jean Marais fut un être bon, chaleureux, souriant, dévoreur d'une vie qu'il voyait chaque jour comme un cadeau, protecteur bienveillant de l'oeuvre de Jean Cocteau, à qui il devait presque tout. Charmeur, cavaleur, cascadeur, il fut, si l'on en croit les nombreux témoins de sa vie, un être parfait, beau et bon, le sourire permanent pour se rappeler que la vie est belle et qu'on peut la vivre en tant que telle. Il eut le courage de ses idées, de ses amours. Dans une préface à un livre de Henry-Jean Servat, Mylène Demongeot, sa partenaire des Fantômas (Hunebelle) se souvenait d'une anecdote : assis tous deux dans une voiture travelling au milieu de Paris, Jean Marais fut pris à parti par un homme visiblement agacé contre lui, qui lui cracha au visage en le traitant de sale pédé. Loin de chercher l'affrontement, Marais se retourna vers sa partenaire, en s'essuyant le visage, avant de terminer par un "Tu vois ... ce n'est pas toujours facile."

Jean Marais savait se montrer joyeux, emporté. Ainsi, quand j'ai demandé à la comédienne Dominique Blanchar si elle avait un souvenir lié à son ami Jean Marais, avec qui elle tourna Le secret de Mayerling (Delannoy) en 1949, elle déclara que c'était un homme extraordinaire avant d'ajouter : "J'étais jeune, il m'invita à dîner après le film que nous venions de tourner et me déclara qu'il aurait voulu m'épouser, qu'il m'aurait emmené à Venise ... mais qu'il aurait surement regardé le gondolier !"



Farceur ou dramatique, Jean Marais disait se foutre de la postérité, que seule comptait celle de Jean Cocteau. Aujourd'hui, il y a exactement cent ans, Jean Villain-Marais venait au monde, dans une Europe qui s'apprêtait à connaître un premier conflit mondial des plus meurtriers. Avec les bonnes étoiles de sa naissance, un 11/12/13, son culot et son grand talent, il fut l'un des acteurs les plus emblématiques du cinéma français, l'un de ceux les plus appréciés du public. Que l'on se plaise à préférer sa période poétique, sous l'égide de son Pygmalion, ou ses aventures de capes et d'épées, on ne reste pas insensible à Jean Marais. Des années après sa mort, je suis certain que des centaines de petits garçons rêvent encore, comme moi, à ce héros si populaire, cet homme que l'on peut avoir comme modèle.

Alors qu'il jouait Le Cid au théâtre, à Paris, une alerte à la bombe obligea l'ensemble des occupants du théâtre à évacuer. Jean Marais resta seul, dans sa loge, à lire. Francis Huster se hâta à ses côtés pour le faire sortir au plus vite mais le vieil acteur, toujours malicieux, lui répondit "Que veux tu qu'il m'arrive ?". Rien ne pouvait atteindre Jean Marais. A présent mort, il est immortel.

mardi 10 décembre 2013

Sur les traces de Jean Marais à Vallauris (06)

Vallauris reste pour beaucoup la ville des potiers même si, en témoignent des habitants, elle a beaucoup changé ses dernières années, laissant apparaître ça et là d'affreuses constructions bétonnées qui dévisagent le centre ville. Au milieu de ce fracas, les visiteurs peuvent toutefois se rappeler à l'heureux souvenir de Jean Marais, qui termina sa vie enchantée sous le soleil de la Côte d'Azur.



L'atelier de Jean Marais est aujourd'hui un espace dédié, à l'accès libre, gratuit pour tous. Les visiteurs peuvent y apprécier des sculptures, poteries et peintures de l'acteur-artiste, ainsi qu'une petite salle rappelant sa formidable épopée cinématographique. Au milieu d'affiches d'époque et de photographies sort, majestueux, le costume grandeur nature de la Bête. Les photos, hélas, sont interdites.



Tout ce petit quartier lui semble dédié : une sculpture orne un parterre au milieu du carrefour, les têtes de lion si reconnaissables surgissent le long de l'atelier-musée et les plus obsessionnels prendront même un dernier plaisir à se garer sur ... le Parking Jean Marais (pas très cher, du reste).



Jean Marais repose depuis 1998 dans le petit cimetière qui surplombe Vallauris. Sa tombe n'en est pas moins reconnaissable entres toutes, comme sortie de la poésie fantastique d'un film de Jean Cocteau.



Une créature fantastique et trois têtes de lions protègent Jean Marais dans son éternité. La tombe dénote au milieu de ce cimetière sans atours particuliers. Impressionnante et magique, elle permet de poursuivre encore le rêve à jamais lié au destin de celui qui fut un si bel Orphée.





dimanche 20 octobre 2013

Jean Marais en DVD et Blu-Ray !

2013 est le centenaire de Fantômas - plus précisément de La fin de Fantômas, dernier opus d'une série de 23 titres, gigantesque oeuvre écrite à deux mains en quelques années par Pierre Souvestre et Marcel Allain, que Cendrars considérait comme "l'Enéide des temps modernes". Aujourd'hui, force est de reconnaître que le nom du Génie du crime reste connu grâce aux films avec Louis de Funès ... et Jean Marais, qui fête lui aussi ses 100 ans ! L'occasion de revenir sur la carrière d'un des grands noms du cinéma français et de s'intéresser à la filmographie qu'il est possible de s'offrir dans le commerce. Petit coup d'oeil, le plus exhaustif possible.


1. Cocteau-Marais

Difficile d'y échapper, d'autant qu'il y a souvent deux clans chez les aficionados de Jean Marais : les "aventuriers", admirateurs de l'époque cape et épée ; et les "poétiques", plutôt penchés sur sa relation artistique avec Jean Cocteau. La renommée de celui que Carole Weisweiller appelle le poète est toujours très vive, il est donc normal que sa carrière au cinéma soit parfaitement éditée en DVD/Blu-Ray. La belle et la bête (Cocteau, 1946), chef d'oeuvre intemporel reste le plus célèbre : une ressortie en salles et une nouvelle magnifique édition Blu-Ray et DVD éditée.

On trouve aussi sans problème L'aigle à deux têtes (Cocteau, 1948) en DVD, ainsi que Les parents terribles (Cocteau, 1948), parfois en coffret. Orphée (Cocteau, 1950) est également édité chez SNC ; Le testament d'Orphée (Cocteau, 1960) chez Studio Canal. L'éternel retour (Delannoy, 1943) est trouvable dans la jolie collection SNC, souvent agrémentée d'un bonus avec un historien. Ruy Blas (Billon, 1948), également scénarisé par Jean Cocteau, est disponible pour un prix avoisinant généralement la dizaine d'euros chez le même éditeur. Enfin, La princesse de Clèves (Delannoy, 1961), scénarisé et dialogué par le poète, est trouvable dans la collection rouge de Studio Canal (Classics) et Thomas l'imposteur (Franju, 1965) chez René Chateau. L'intégralité de la relation cinématographique Cocteau-Marais est donc disponible en DVD. Centenaire oblige, une grande partie de ces films sera présente dans un joli coffret SNC à paraître en novembre pour 80 euros environ.

2. Sans peur et sans reproche

L'image lui colle à la peau autant que ses costumes moulants. Jean Marais, pour beaucoup, reste ce héros d'une époque révolue, romantique un peu, idéaliste sûrement ; ici à chevaucher pour sauver une belle dame en détresse, là à ferrailler pour venger son honneur. Les titres sont nombreux et bien présents également dans les boutiques de DVD.


Comme pour SNC, il faut rendre hommage à Gaumont qui a eu la bonne idée de ressortir un certain nombre de films de Jean Marais (et pas que !) : Le Bossu (Hunebelle, 1960) en tête, dans une superbe édition Blu-Ray ou DVD, restauré et documenté. De même pour Le masque de fer (Decoin, 1962) et Les mystères de Paris (Hunebelle, 1962), disponibles dans de très belles copies en haute définition. Le Capitan (Hunebelle, 1960), autre classique du cape et d'épée à la française est désormais trouvable chez Pathé en Blu-Ray.

Je n'ai pas eu l'occasion de tester ou d'entendre parler de la qualité de la restauration, je ne connais, quant à moi, que l'édition René Chateau (épuisée ?). Chez l'éditeur historique de la mémoire du cinéma français, on trouve deux films d'aventures : Le Capitaine Fracasse (Gaspard-Huit, 1961) et La Tour, prends garde ! (Lampin, 1957). Les Chouans (1947), bon film d'Henri Calef existe dans la collection SNC, dans une très bonne copie, de même que Nez-de-Cuir, gentilhomme d'amour (Allégret, 1951). Le Miracle des loups (Hunebelle, 1961) n'a, semble-t-il, pas été édité en DVD alors qu'il existait en VHS chez René Chateau. On peut toutefois se le procurer neuf grâce à une collection Cape et épée des Editions Atlas, sur des sites de ventes aux enchères notamment. Peut-être peut-on considérer Peau d'âne (Demy, 1970), comme un film historique ? Toujours est-il qu'il existe encore en DVD, image restaurée, mais à des prix assez improbables (édition épuisée probablement).

Côté seconds-rôles historiques, il est possible sans problèmes de trouver Austerlitz (Gance, 1960) chez Studio Canal Classics. Pour les fresques de Sacha Guitry, Si Versailles m'était conté (1954), Napoléon (1955) et Si Paris nous était conté (1956), il faut se rendre chez René Chateau, pour d'honnêtes copies. Les misérables (Lelouch, 1994) est disponible, souvent pour quelques euros, chez TF1 Vidéos.

3. L'aventurier

Le sourire ravageur, le costume bien taillé et parfois même le chapeau melon ? Jean Marais était un gentleman, à la ville comme à l'écran ; c'est tout naturellement qu'il a endossé plusieurs fois ce rôle de bel homme viril, jamais en retard pour une bagarre, un baiser volé ou une scène d'action.


SOS Noronha (Rouquier, 1957) existe en DVD chez les excellents Documents cinématographiques, qui n'ont jamais aussi bien portés leur nom - il faut aimer Jean Marais ! Chez René Chateau, on trouve L'honorable Stanislas, agent secret (Dudrumet, 1963) et Pleins feux sur Stanislas (Dudrumet, 1965). Chez Gaumont Classiques, deux raretés, Le gentleman de Cocody (Christian-Jaque, 1965) et Le Paria (Carliez, 1968). Chez LCJ Editions (Les Films du Collectionneur), Le Saint prend l'affût (Christian-Jaque, 1965).

4. Comédies et romances

J'aurais pu commencer par là pour compléter mon modeste hommage à la série littéraire des Fantômas. La trilogie de Hunebelle, Fantômas (1964), Fantômas se déchaîne (1965) et Fantômas contre Scotland Yard (1967) existent dans un joli coffret DVD et, depuis peu, dans un coffret Blu-Ray. Attention toutefois, certaines éditions Blu-Ray (les plus anciennes) proposent une image semblable à celle d'un DVD ... pour un prix plus élevé.


Carmen (Christian-Jaque, 1942) existe depuis peu, à faible tirage, chez Cristaldi Films. En outre, Voyage sans espoir (Christian-Jaque, 1943) est édité par M6 Vidéo, dans la collection SNC et Le secret de Mayerling (Delannoy, 1948) et Les miracles n'ont lieu qu'une fois (Allégret, 1950) sont chez René Chateau. Gaumont propose, en exclusivité FNAC, un beau coffret Jean Marais, avec six films pour 30€ dont Le château de verre (Clément, 1950) et 7 hommes et une garce (Borderie, 1966).

Julietta (Allégret, 1953) existe dans la collection SNC, tout comme Futures vedettes (Allégret, 1955). Depuis plusieurs années également, on trouve chez LCJ Editions les rares Les amants de minuit (Richebé, 1953) et Goubbiah mon amour (Darène, 1955), dans des copies que j'imagine tout à fait honnêtes. Tous les films de Jean Marais édités chez LCJ sont d'ailleurs disponibles dans un coffret (Inoubliable Jean Marais, 2013), idéal pour les fêtes de Noël. Elena et les hommes (Renoir, 1956) a été édité il y a quelques temps chez Gaumont en DVD et Blu-ray dans une très belle copie restaurée. Chez René Chateau encore, on retrouve La vie à deux (Duhour, 1957) et Chaque jour a son secret (Boissol, 1958). Enfin, Parking (Demy, 1985) existe en DVD mais je ne l'ai pas trouvé autre part que dans un imposant coffret consacré à son réalisateur, et Beauté volée (Bertolucci, 1995) se trouve pour quelques euros chez DVDY Films.

5. La dolce vita

Comme quelques acteurs français de sa génération, Jean Marais a été appelé à jouer en Italie. Difficile de trouver de très grands films en règle générale, à quelques exceptions. Nuits blanches (Visconti, 1957) s'achète sur Amazon pour une poignée d'euros, tout comme Ponce Pilate (Callegari, 1962), chez Studio Canal.


6. Wanted !

Osons le dire, car ce n'est pas toujours le cas, les inconditionnels de Jean Marais pourrons, après lecture attentive de cet article, cela va de soi, se procurer 49 films en DVD ou Blu-ray pour se construire une très solide collection. Si on part du principe que l'acteur est à l'affiche de 80 films en tant qu'interprète - courts-métrages et téléfilms exclus, et qu'il apparaît une dizaine de fois en tant que figurant, c'est déjà beaucoup !


Reste donc une trentaine de films absents ; parfois trop rares pour apparaître au souvenir des distributeurs, parfois de manière assez incompréhensible, on peine à mettre la main sur Le comte de Monte-Cristo (Vernay, 1954), disponible en VHS d'occasion chez René Chateau. En VHS d'occasion toujours, on retrouve L'enlèvement des sabines (Pottier, 1961), Napoléon II l'Aiglon (Boissol, 1961), Train d'enfer (Grangier, 1965) ou L'amour madame (Grangier, 1951). Des collectionneurs de VHS doivent posséder sur des enregistrements personnels ces quelques films, ou peut-être même L'appel du destin (Lacombe, 1952), Toute la ville accuse (Boissol, 1955), Amour de poche (Kast, 1957), Le guérisseur (Yves Ciampi), Typhon sur Nagaski (Ciampi, 1957) ou même Cherchez l'idole (Boisrond, 1963). Il en va de même de certains films italiens, totalement introuvables en France. L'année 2013 n'est pas encore terminée. Réservera-t-elle de jolies surprises ?

mardi 12 mars 2013

Les plus belles ouvertures du cinéma français : Jean Marais dans "Les Chouans" (1947)



Les ouvertures des films de Henri Calef sont toujours soignées et offrent de beaux moments de cinéma. S'il n'est pas son meilleur film, Les Chouans (1947) permet, peut-être, toutefois au réalisateur de composer, avec son chef-opérateur Claude Renoir, l'une de ses plus belles séquences introductives. Au crépuscule, une petite barque arrive lentement sur une plage ; un occupant en descend en silence et regarde s'éloigner l'embarcation. En trois plans, on comprend qu'il s'agit de l'infiltration discrète d'un homme important. De fait, Jean Marais / Marquis de Montauran arrive d'Angleterre pour prendre la tête d'un réseau de Chouans. Le parallèle avec l'Occupation - bien plus manifeste par la suite - n'est plus à démontrer.

Toutefois la star du film se présente d'abord de dos, le regard fixé sur l'horizon (où l'on voit le Mont St-Michel, présent également en arrière-plan de La maison sous la mer (1948). D'abord seul, les pieds dans l'eau, éloigné de la caméra, solitaire devant la barque qui repart, Jean Marais dévoile son visage assuré dans une magnifique contre-plongée magnifiant le caractère décidé de celui qui doit être un chef. De trois-quart, le regard sombre et fixé vers l'avenir, comme un portrait princier - cette image construite que le spectateur doit avoir de lui au début du film, que les Chouans qui n'attendent qu'un chef doivent se faire de cet émigré. Lorsqu'il s'enfonce à pieds dans les terres de la Bretagne, on imagine cet homme replonger dans la clandestinité d'une guerre de l'ombre. Un bruit de ralliement. Les chouans l'attendent ...


mercredi 6 mars 2013

Mars 2013 : des nouveautés en pagaille !

Après quelques jours de repos pour le blog - et pour moi principalement (il y en aura peut-être d'autres dans cette longue année universitaire) -, je vous propose de jeter un oeil sur les actualités de l'âge d'or du cinéma français. Comme d'habitude, quelques sorties de la très bonne collection à la demande de Gaumont : L'assassin est dans l'annuaire (Joannon, 1962) ne m'avait pas laissé un grand souvenir, malgré la présence de Fernandel, mais il faudrait le revoir, notamment pour son épatant casting (Roquevert, Dalban, Crémieux, Teynac, Lavalette ...).


En avril, Gaumont édite également le méconnu Les femmes sont marantes (Hunebelle, 1958) avec Micheline Presle, Marthe Mercadier, Sophie Daumier, Yves Robert et Jacques Dynam, d'après une pièce de théâtre à succès. De Sacha Guitry, et réalisé par Pierre Caron, L'accroche-coeur (1938) avec la jolie Jacqueline Delubac, Marguerite Moreno et Julien Carette. Et pour les amateurs du cinéma de Michel Lang - ils doivent bien exister -, ressortie de Tous vedettes ! (1980) avec un casting mené par une Leslie Caron en fin de carrière.

Peu de sorties chez Studio Canal, sinon Diaboliquement vôtre (1967), dernier film de Julien Duvivier, avec Alain Delon, Senta Berger et Claude Piéplu ; début avril. En revanche, René Château continue d'alimenter avec passion la mémoire du cinéma français : succès international oblige, Emmanuelle Riva se retrouve de manière assez improbable en tête des rayons DVD des grandes surfaces, avec notamment Thomas l'imposteur (Franju, 1965) d'après le classique de Jean Cocteau. Les amoureux d'Edith Piaf se régaleront également de découvrir en DVD Montmartre sur Seine (Lacombe, 1941) avec Paul Meurise et Jean-Louis Barrault.


Pour les fans toujours, un gros coffret Daniel Toscan du Plantier est disponible à la vente depuis quelques jours, l'occasion de redécouvrir à travers ce producteur de grands films tels que La nuit de Varennes (Scola, 1982) et Danton (Wajda, 1983), et quelques oeuvres de Maurice Pialat que je me garderai bien d'évoquer ici (le front de l'est serait plus approprié). Chez Bach Films, sortie récente des Pas perdus (Robin, 1964) avec Michèle Morgan et Jean-Louis Trintignant - dont j'ignore à peu près tout. Enfin, signalons, toujours en lien avec l'actualité cinématographique, la ressortie des Misérables de Robert Hossein, avec Lino Ventura dans le rôle principal, un film qui m'avait laissé plutôt un bon souvenir mais qu'il faudrait revoir également pour s'en assurer.


Une nouvelle collection majeure ?
Gaumont à la demande est aujourd'hui incontournable, c'est un fait. Mais les plus tatillons pourront encore reprocher l'absence de restauration, de bonus et le prix un poil élevé du fait de ces manques. Voilà qu'une nouvelle collection débarque : Les pépites StudioCanal. Pour le moment en exclusivité FNAC, on peut retrouver (outre de bons films américains ou britanniques) quelques titres français tels que Monsieur-Personne (Christian-Jaque, 1936) avec Jules Berry, Dernier atout (Becker, 1942) avec Mireille Balin et Mayerling (Litvak, 1936) avec Danielle Darrieux. A suivre de très près, même si je me refuse à acheter des DVD à la FNAC.


Quelques livres
Michel Galabru, que nous aimons tous, publie Tout est comédie, une vision du monde sous forme d'abécédaire où le comédien rappelle la théâtralité du monde, agrémentée de quelques souvenirs personnels, tel Jean Carmet s'écriant "Plus fort s'il vous plaît !" lorsqu'il assista à une répétition du Mime Marceau ! (Christian Bujeau, l'homme qui écrit des biographies plus vite que son ombre, consacre d'ailleurs son prochain ouvrage à Michel Galabru). Clélia Ventura continue de publier sur son célèbre père, toujours avec délicatesse, et nous propose Lino Ventura, carnets de voyages, que je n'ai pas encore eu le loisir de regarder. Et comme si je n'en parlais pas assez, ressortie du livre de Olivier et Patrick de Funès, Ne parlez pas trop de moi, les enfants, intéressant à condition d'aimer le privé et l'anecdotique (voire l'apologie).

Prochainement sortira le livre En toute liberté, signé Roland Giraud, comédien que j'aime infiniment et qui, bien sa carrière sorte largement du cadre de ce blog, m'inspire beaucoup. Dernièrement, il a même rappelé que son acteur modèle n'était autre que ... Pierre Fresnay ! Ce qui n'est pas pour me déplaire, l'acteur devrait probablement raconter sa rencontre chaleureuse avec l'illustre comédien dans cet ouvrage. A suivre ! Robert Hossein publie également ses mémoires, Tout ce que je n'ai pas oublié, et je dois avouer un peu honteusement que ça ne m'intéresse pas du tout. Il faudra qu'un brave internaute fidèle de ce blog nous en fasse une petite synthèse ! Enfin, Paris-Hollywood, le rêve français du cinéma américain propose un titre alléchant ... espérons qu'il ne se bornera pas à évoquer les quelques derniers comédiens en date à avoir quitté la France mais qu'il se fera une bonne alternative à la section Transatlantique de ce blog !

L'année Jean Marais

Nous fêterons en décembre prochain le centième anniversaire de la naissance de Jean Marais ! Pour l'occasion, les distributeurs divers s'échinent à sortir ou ressortir divers produits, pour notre plus grand bonheur. Ainsi du livre majeur de Carole Weisweiller et Patrick Renaudot, Jean Marais, le Bien-Aimé, ressort avec une nouvelle couverture et une nouvelle préface (signée Alain Delon, qui semble trouver plaisir depuis quelques temps à assister à tous les enterrements et préfacer tous les ouvrages de cinéma). Cet ouvrage assez documenté présente toutefois quelques défauts à mon sens, puisqu'il exclu de la carrière de Jean Marais tout ce qui a fait de lui une star populaire, à savoir les films de cape et d'épée ou les comédies (type Fantômas), pour ne retenir que sa relation privée et artistique avec Jean Cocteau. De ce point de vue, Le Bien-Aimé est extrêmement complet et on retrouve en annexe des documents inédits.

Côté DVD, les sorties s'accumulent depuis plusieurs mois. On retrouve chez René Chateau Le secret de Mayerling (Delannoy, 1949) avec Dominique Blanchar et Jean Debucourt, et l'oublié Les miracles n'ont lieu qu'une fois (Allégret, 1951) avec Marcelle Arnold. Gaumont à la demande propose dès avril le DVD de 7 hommes et une garce où Jean Marais donne la réplique à Sydney Chaplin (fils de Charles) et Guy Bedos. Sans compter les Blu-ray édités l'année dernière (Le Bossu, Le Capitan, Le masque de fer, Les mystères de Paris). Les complétistes de Jean Marais sont heureux, la filmographie de leur idole n'aura bientôt plus aucun secret pour eux.

Enfin, pour les chanceux qui habitent sur la Côte d'Azur, la Cinémathèque de Nice propose une rétrospective Jean Marais avec une dizaine de films projetés sur grand écran (dont Les Chouans, Nez de cuir, Le gentleman de Cocody, Train d'enfer ...).

mardi 5 février 2013

"LES CHOUANS" (de Henri Calef, 1946)



En quelques mots : En 1799, après les échecs de la Vendée militaire, le marquis de Montauran revient en Bretagne prendre le commandement des derniers fidèles royalistes prêts à lever les armes contre la République. Alors qu'il attend une importante somme d'argent, il fait la rencontre de Marie de Verneuil, républicaine convaincue, qu'il se propose pourtant d'accompagner à Fougères. Comme il lui offre l'hospitalité, les chouans massacrent son escorte.

Après son second film et premier chef d'oeuvre, Jericho (1945), Henri Calef poursuit sa représentation sur grand écran de la société française de l'après guerre, avec pour cadre historique une autre époque de quasi guerre civile, la fin de la Révolution Française. Les Chouans, adapté du roman de Honoré de Balzac, est plus un film contemporain qu'historique, et montre par la métaphore l'affrontement entre la légitimité et la contestation, à cette différence que la fin du XVIIIe siècle était plus floue : les royalistes peuvent se targuer d'être les représentants de la tradition comme de la contestation, autant que les républicains légitimes dans leur nouveau régime et révolutionnaires dans l'Histoire de France. Comme dans Jericho, Calef s'éloigne des carcans du tout noir ou tout blanc, nuance sa vision, à l'image de cette rencontre entre les chefs de la révolte royaliste et les meneurs des représailles républicaines, qui se disent chacun servir leurs idéaux, quitte à se faire la guerre. En cela, toutes les séquences politiques sont parfaites, comme autant de rappels à l'ambiance nauséabonde de l'épuration des années 1944-1947.

Les attentistes ne sont pas non plus oubliés, symbolisés par ce patron d'auberge qui se déclare ni d'un bord, ni de l'autre. A partir de la trame originelle du roman, le scénariste Charles Spaak brode entre Jean Marais, Madeleine Robinson et Madeleine Lebeau une histoire d'amour un peu pénible, car conventionnelle et teintée des plus nobles sentiments, compromis obligatoire au film d'époque classique. Les atermoiements de Jean Marais plombent le film mais n'empêchent pas le réalisateur, aux commandes avec l'excellent Claude Renoir en directeur de la photographie, de lui offrir une de ses plus belles entrées et une de ses plus belles sorties, dans une ambiance brumeuse qui sied bien au contexte de l'histoire. Henri Calef se garde bien de juger ses personnages et ne prend parti pour aucun camp, y compris pour son héros romantique à qui l'on peut reprocher sa faiblesse ou admirer sa raison.


Si l'histoire minaude un peu, on se raccroche à l'intrigue grâce à l'épatant casting : outre un Jean Marais en pleine possession de ses moyens, ténébreux et passionné, on retrouve Madeleine Robinson en chef exaltée de la révolte royaliste, Madeleine Lebeau en républicaine dont le coeur balance - un personnage bien plat mis en valeur par sa beauté -, et des seconds rôles efficaces : Jean Brochard en chouan acariâtre, Louis Seigner en ecclésiastique guerrier, Paul Amiot en aristocrate, Léo Lapara en paysan, Howard Vernon en capitaine républicain tombé dans une embuscade. Un savoureux duo se distingue dans le camp des bleus : Pierre Dux, fougueux officier républicain aux ordres du mystérieux et sarcastique Marcel Herrand, inquiétant au possible, mais tempéré par une volonté d'épargner le sang des français.

A noter que le film existe dans une très bonne édition DVD, chez SNC, à l'image restaurée, avec un long bonus en compagnie de Claude Carliez, le maître d'arme du cinéma français.

mardi 25 décembre 2012

Jean Marais et les Rois de France ...



Pour beaucoup, Jean Marais est indissociable de l'idée que l'on se fait d'un gentilhomme de l'époque moderne au cinéma. Et comme souvent, de l'épée à la perruque poudrée il n'y a qu'un pas, une récente vision de Si Paris nous était conté (1956) me questionne sur les relations cinématographiques de Jean Marais avec les Rois qui firent la France.

Étonnamment, il n'a joué que deux Rois au cinéma (si l'on excepte le Roi fictif de Peau d'âne). Dans Si Versailles m'était conté, il incarne Louis XV avec beaucoup d'a priori, selon la volonté de Sacha Guitry. Bel homme de son temps, Marais en était l'interprète idéal - même si la ressemblance n'est pas flagrante - et puisque l'on ne parle du successeur de Louis XIV qu'à travers ses frasques amoureuses, l'auteur et réalisateur se fait plaisir d'emblée avec une superbe réplique : Je ne suis pas éloigné de lui préférer Trianon. On doit y faire mieux l'amour ... et dès ce soir j'aimerais que vous fussiez de mon avis ! - comment la belle Micheline Presle/Pompadour pourrait résister à tant d'élégance ? Hormis une jolie scène (parfaitement improbable) où il évoque la France des Lumières entre Voltaire et Fragonard, ce Louis XV est honteusement empli de clichés sur un monarque qui a fait plus qu'on ne veut bien le croire (1). Pourtant, on se plait à l'imaginer sous les traits charismatiques d'un Jean Marais qui porte bien les costumes !

Trois ans plus tard dans Si Paris nous était conté, Jean Marais est de nouveau Roi de France et se plie encore aux excentricités de Sacha Guitry sous les traits d'un François Ier qui ne parle ... que d'art et d'amour ! Après avoir dévoilé La Joconde à une partie de sa Cour, habillé comme sur un tableau de Clouet, il ordonne qu'elle ne quitte plus le Louvre (elle fut en réalité installée à Fontainebleau dans un premier temps), distribue des pensions aux artistes et s'inquiète pour sa famille. Cette séquence délirante est ponctuée comme il se doit par une nouvelle réplique mémorable : Madame, quant à toi, fais moi ta révérence ... et vient faire l'amour avec le Roi de France ! Pauvre Jean Marais, ces deux rôles de Rois ne sont pas des références dans sa carrière et ne peuvent en aucune manière être pris pour une leçon d'Histoire. Au contraire même, ils contribuent à caricaturer la figure de Rois importants dans l'Histoire de France. Restent des séquences comiques.

Dès lors, il nous est permis de préférer Jean Marais au service des Rois de France qui, seconds rôles, deviennent un peu moins grotesques. Dans La Tour, prends garde ! (1957), il se retrouve simple baladin à chanter devant le Roi Louis XV (Jean Lara) - vieille connaissance - interprété avec plus de retenue ! En 1960, dans Le Bossu, il manque encore de le retrouver mais ne fait face qu'à son cousin, le Régent Philippe d'Orléans (Paul Cambo) pour un duel avec Gonzague et des retrouvailles amoureuses. Son face à face le plus intéressant avec un Roi de France reste probablement celui du Capitan (1961) où, envers et contre les Angoulême, il défend la légitimité du jeune Louis XIII, interprété avec beaucoup d'élégance par Christian Fourcade. Le Chevalier de Capestan a toujours été votre plus loyal serviteur et avant que le combat ne commence, il s’efforçait pour la seconde fois de rallier la noblesse à votre cause ! Ainsi Jean Marais est un bien meilleur serviteur de Roi que souverain de cinéma.

Dans La Princesse de Clèves (1961), il fait face rapidement à Henri II (fils de François Ier) et on remonte encore dans le temps, au XVe siècle, la même année, pour Le miracle des loups où il est à nouveau l'humble serviteur du Roi de France, le méconnu Louis XI. Preuve que son obligeance n'est pas oubliée, c'est le Roi en personne (Jean-Louis Barrault) qui lui donne la main de sa fiancée avant l'indispensable et chaste rapprochement des têtes sans baiser (qui rappelle Le Bossu).

Son passage auprès de Louis XIV, sans doute le Roi de France le plus connu, est curieusement anecdotique (dans Le Masque de fer, 1962), il est vrai que l'on imagine mal Jean Marais auprès d'un Roi qui, dans l'imaginaire collectif, n'aurait pas besoin d'un vaillant serviteur pour le défendre. Avec quelques films, il est donc possible de voir l'Histoire "en creux" et de s'intéresser à l'image que l'on donne des Rois dans les scénarii où Marais galope autant qu'il pourfend, toujours pour la justice et l'honneur. De Louis XI à Louis XV, c'est autant de personnalités qui sont décrites en marge de l'évolution de l'Histoire de France sur plusieurs siècles, des derniers tournois entre chevaliers aux fastes de Versailles à la veille de la Révolution. Avec amusement, on constate également l'évolution du personnage historique de Jean Marais : de Roi au milieu des années 50, il devient le protecteur du Roi dans les années 60 et obtient par là-même ses plus grands succès. On ne saurait aujourd'hui l'imaginer autrement qu'en gentilhomme d'honneur - voire en gentilhomme d'amour comme le laissait supposer Nez-de-cuir en 1951 - car ses créations royales font rire à leurs dépends.

(1) : Michel Antoine, Louis XV, Paris, Fayard, 1989.

vendredi 21 décembre 2012

"SI PARIS NOUS ÉTAIT CONTÉ" (de Sacha Guitry, 1956)

En quelques mots : Las des vieux livres d'Histoire fait de suppositions, des étudiants demandant à un vieux professeur de leur raconter l'Histoire de Paris avec ses souvenirs et ses yeux contemporains. Comme ils reviennent, il leur conte les aventures de la capitale française, des Rois médiévaux à la Libération de Paris en 1944.

De retour de quelques jours passés à visiter le Paris des Rois de France, je n'ai pu que constater l'omniprésence dans les boutiques de souvenirs des derniers films historiques de Sacha Guitry sur Versailles, Napoléon et Paris. Référence s'il en est, Si Paris nous était conté impressionne toujours par son formidable casting de stars et son ambition de retracer en deux petites heures plusieurs siècles d'histoire d'une des capitales les plus importantes du monde. Pari insurmontable me direz vous et vous n'auriez que trop raison ! Bien que l'ouverture soit très amusante avec un vieux Sacha Guitry qui se joue des historiens et de leur Histoire - riant même dès lors qu'on évoque la francisque ... - et se propose de raconter à des étudiants Paris telle qu'il la voit à travers des souvenirs et des anecdotes. L'Histoire anecdotique est dangereuse car réductrice mais elle est toujours matière à assurer un très bon divertissement de cinéma. Hélas, comme avec son Si Versailles m'était conté trois ans plus tôt, Sacha Guitry se prend les pieds dans le tapis de l'académisme ronronnant et de l'Histoire à deux balles pour ne laisser place rapidement qu'à un véritable ennui - où les deux petites heures du film deviennent subitement très longues !

Au milieu de longues séquences de dialogues inventés, parfois inspirés, on peut s'amuser à retrouver Jean Marais en François Ier qui ne pense qu'à faire l'amour (comme son Louis XV à Versailles en 1954 !), Robert Lamoureux en Latude, célèbre prisonnier de la Bastille qui s'évada plusieurs fois (dont on peut encore admirer l'échelle de corde au Musée Carnavalet à Paris), Michèle Morgan en Gabrielle d'Estrées (maîtresse de Henri IV) dans un très beau dialogue avec Jean Martinelli et bien sûr Sacha Guitry en Louis XI qui s'offre le très beau rôle d'un Roi important mais méconnu. Les plus tolérants y ajouteront Gérard Philipe en troubadour qui revient à toutes les époques pour nous conter fleurette plus que Paris. Il faut reconnaître d'ailleurs que la ville n'est qu'un prétexte à évoquer quelques pages de l'Histoire de France qui n'ont parfois pas grand rapport (le procès de Marie-Antoinette, le bal de Napoléon III et Eugénie). Restent quelques idées de mise en scène, comme les différentes entrées militaires en plan séquence, ou de scénario, à l'image un peu trop voyante d'une taverne pendant la guerre de cent ans où rôde déjà le marché noir ...



Un Si Paris nous était conté tout aussi décevant que son précédent versaillais pour ma part, que je n'ai pas pris grand plaisir à découvrir. Il peut servir, à la rigueur, de grand Qui est-ce ? du cinéma français des années 1950.
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