Affichage des articles dont le libellé est Jean-Louis Barrault. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Louis Barrault. Afficher tous les articles

vendredi 3 janvier 2014

"LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR" (de Jean-Pierre Mocky, 1964)



En quelques mots : Les inspecteurs Triquet et Virgus arrêtent à Paris un redoutable faux-monnayeur, lequel échappe de justesse à la guillotine en s'échappant. Les deux policiers se lancent à sa poursuite, chacun de leur côté. C'est ainsi que Triquet débarque dans la petite cité de Barges où règne un épouvantable malaise dans la population locale, harcelée par une bête mystérieuse.

Si je voulais être pompeux, et audacieux, je dirais que La Cité de l'indicible peur (titré La grande frousse à sa sortie en 1964, pour des raisons commerciales) est un mélange réussi des Contrebandiers de Moonfleet (Lang, 1955) et de L'assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941). Adapté du roman de Jean Rey, le sixième long métrage de Jean-Pierre Mocky s'inscrit dans la jolie tradition du cinéma fantastique français, où les personnages, plus que des monstres ou créatures de cauchemars, créent l'ambiance mystérieuse qui entoure l'intrigue. Mais fidèle à l'univers unique qu'il va mettre en place tout au long de cinq décennies de cinéma, Jean-Pierre Mocky ajoute à cette histoire, servie par un casting impressionnant, des touches d'absurdité comique, parfois même de burlesque, qui font du film un objet à part. On se perd volontairement à chercher où se situe l'intérêt : est-ce que la traque ? le destin des citoyens ? l'aventure de Triquet ? les découvertes à venir ? Une même séquence peut exploser de toutes ses fantaisies pour le plus grand plaisir du spectateur : des étonnements béats de Bourvil à la froideur rigide de Jean-Louis Barrault entouré d'une cohorte d'huissiers silencieux dans une mairie musée où le maire, souriant à outrance, ponctue ses phrases avec des "Quoi ?". Du pur Mocky !



Du reste, La cité de l'indicible peur est une autre dénonciation du conformisme petit-bourgeois provincial français. Le septième juré (Lautner, 1962) l'évoquait dramatiquement peu avant mais Jean-Pierre Mocky s'attache à n'épargner personne. Si les coupables principaux sont bien les petites élites locales (le maire, le secrétaire de mairie, le pharmacien etc.), les petites gens, d'ordinaire bien traitées, sont ici les mesquins et lâches colporteurs de ragots et autres légendes populaires, quitte à se grimer eux-mêmes en terrifiantes bêtes. Le seul épargné semble être le policier incarné par Bourvil, candide et bon enfant, qui ne veut arrêter personne et s'excuse de découvrir des morts. Pourtant, Mocky s'amuse à faire mentir cette image dans les derniers plans du film, quand un petit garçon se vante qu'il ne sera ni policier, ni voleur mais un honnête homme. Quand on a vu le comportement des honnêtes hommes tout au long du film, on se dit que le pessimisme du réalisateur insoumis n'a pas attendu les années 1970 pour éclore.



Le film, comme souvent chez Jean-Pierre Mocky, fut un échec cinglant à sa sortie - mais trouva une nouvelle carrière quelques années plus tard lors des ressorties. Il y a de quoi aujourd'hui s'extasier devant un tel casting, digne des ambitions du réalisateur à s'entourer des grandes vedettes de l'époque, accompagnées des meilleurs seconds rôles du cinéma français : autour d'un excellent Bourvil transfiguré, on retrouve Jean Poiret en policier en proie à des tics buccaux ; Jean-Louis Barrault, froid et énigmatique admirateur des légendes locales ; l'excellent Raymond Rouleau et ses "Quoi ?" à chaque phrase ; Marcel Pérès en flic parisien (dans un grand rôle, pour une fois !) ; Jacques Dufilho en hôte peureux et causant ; Francis Blanche en épieur cardiaque ; Victor Francen en médecin alcoolique obsédé par la calvitie ; Roger Legris en pharmacien peureux ; Dominique Zardi en agent ou Pasquali en chef de la police. On retrouve aussi la jolie Véronique Nordey, habituée des premiers films de Jean-Pierre Mocky.

samedi 30 novembre 2013

"SALONIQUE, NID D'ESPIONS" (de Georg Wilhelm Pabst, 1937)

En quelques mots : A la fin de la Première Guerre Mondiale, sur le front d'Orient. Mademoiselle Docteur, insaisissable espionne au service de l'Allemagne, est envoyée à Salonique, en Grèce, pour aider l'empire germanique à lancer une contre attaque sur les forces des Alliés. Mais un traître menace de la démasquer.

Salonique, nid d'espions est une très belle surprise. Réalisée en 1937 par Georg Wilhelm Pabst, réalisateur allemand exilé en France depuis l'arrivée au pouvoir des nazis dans son pays, cette aventure d'espionnage mériterait d'être redécouverte. Servie par un imposant casting franco-allemand, elle a l'originalité de proposer une histoire traitant des services d'espionnage pendant la Première Guerre Mondiale, qui plus est sur le front d'Orient entre la Grèce et la Bulgarie - une partie de l'Europe en guerre souvent méconnue du grand public, à l'image du Capitaine Conan de Vercel (adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1996). En outre, l'espion de grand talent et recherché activement par les Alliés est une femme, autour de qui tout s'organise. Cette seconde originalité ne doit, toutefois, pas faire illusion, Salonique est un film d'hommes, où LA femme est un homme comme les autres. L'argument posé, le film offre tous les éléments classiques d'un grand film d'aventures, fait de jolies femmes mystérieuses, d'agents doubles, de traîtres, d'hommes d'honneurs, d'exotisme et d'un petit brin de fantaisie.



Le seul problème du film vient, hélas, de la copie abîmée, très médiocre et aujourd'hui introuvable dans une meilleure version DVD - d'où parfois un souffle ou des plans coupés qui rendent inintelligibles quelques scènes, ce qui dérange dans un film d'espionnage où chaque élément a son importance. Qu'importe puisque le résultat est plus qu'agréable à visionner. On y retrouve pêle-mêle Pierre Blanchar en agent à double tranchant, argument comique du film avec son improbable fez vissé sur la tête ; Louis Jouvet en sombre espion allemand, très sobre même lors d'une jolie séquence comique avec Jean-Louis Barrault, manifestement fou ; Charles Dullin dans un trop court rôle d'officier ; Pierre Fresnay dans un ersatz sans épaisseur du capitaine de Boëldieu de La Grande Illusion (Renoir), tournée la même année ! ; Viviane Romance sous employée à jouer les charmantes danseuses de cabaret, même si son rôle est important ; Dita Parlo enfin, en espionne sensuelle et courageuse.


Salonique souffre de quelques longueurs, dues à une baisse de rythme que l'on retrouve dans beaucoup de films de cette époque, qui n'utilisent pas assez la musique. Pourtant, force est de reconnaître l'évident plaisir qui se dégage de ces scènes entre Pierre Blanchar, Pierre Fresnay et Dita Parlo ; Louis Jouvet et Jean-Louis Barrault. Le réalisateur sert un grand spectacle sur un fond historique oublié, avec suspens et action (une jolie course poursuite en voitures à la fin). Une sortie restaurée en DVD serait vraiment une grande idée et permettrait au plus grand nombre de redécouvrir ce charmant film d'espionnage.

vendredi 23 novembre 2012

"LA SYMPHONIE FANTASTIQUE" (de Christian-Jaque, 1942)



En quelques mots : Paris, à la fin des années 1820. Hector Berlioz ne vit que pour la musique mais se heurte à l'incompréhension générale de la modernité et survit grâce à ses amis et son métier de critique. Amoureux d'une actrice à succès et rejeté par sa mère, il compose "La symphonie fantastique" et devra attendre bien des années pour connaître la gloire, toujours entachée des malheurs de sa vie.

Je m'étais toujours refusé à regarder ce film, tellement admirateur de l’œuvre de Hector Berlioz que la peur d'être déçu était plus forte que tout. Suite à quelques avis positifs, je me suis lancé avec une appréhension marquée d'emblée par le fait qu'au générique de début, Jean-Louis Barrault (Berlioz, personnage principal) n'apparaît qu'en troisième position ! Curieuse façon de concevoir un film biographique ... mais les premiers instants sont agréables et la personnification du génie de la musique classique est très crédible - cette ressemblance, confinant presque au mimétisme, s'accentue avec l'âge du compositeur. On retrouve avec grand plaisir une interprétation libre d'une anecdote savoureuse des Mémoires de Berlioz où, plein de fougue et d'admiration pour ses maîtres, le jeune musicien interrompt une représentation de Gluck à l'opéra parce que les cymbales ne sont pas parties à temps ! Hélas, le film pèche bien vite par son utilisation trop approximative de la géniale musique et par un excès de sentimentalisme qui occulte toute la création artistique de celui qui fut l'un des meilleurs représentants de la musique classique française.

Jean-Louis Barrault est pourtant un impeccable Hector Berlioz, tourmenté et débordant de créativité, confronté à l'archaïsme des représentants d'une musique dont il s'inspirait pourtant, en la renouvelant. Jules Berry est le premier de ceux-là, éditeur qui reconnait le talent mais ne veut pas risquer de l'aider, suivi de près par Louis Seigner en chef d'orchestre à l'ancienne. Bernard Blier, excellent, est quant à lui l'ami intime qui sacrifie son amour pour le bonheur et la réussite de son camarade compositeur. Les personnages féminins sont tout aussi attachants, entre Lise Delamare (Harriet Smithson) et la jolie Renée Saint-Cyr (Marie), mais beaucoup trop romancés, à l'image de cette œuvre réalisée en pleine Occupation par la Continental.



Ce qui frappe toujours dans les films produits par cette firme, c'est l'importance des moyens développés - ici de superbes scènes d'opéra ou le Requiem aux Invalides - et le message que l'on peut toujours lire entre les lignes d'une fresque à grand spectacle (l'exaltation de la France par ses artistes ou ses grands hommes contre l'obscurantisme, la domination des vieilles idées), qui pousse peut-être à trop romancer une vie qui était déjà assez agitée et se garder de l'ancrer dans la réalité politique changeante du XIXe siècle, ce qui est bien regrettable.

Une Symphonie Fantastique en demi-teinte qui n'est pas aidée par la mise en scène balourde de Christian-Jaque (incapable de filmer une séquence musicale) et des choix un peu simplistes dans les œuvres de Berlioz (on entend les plus célèbres extraits de la Symphonie fantastique, de La Damnation de Faust et du Requiem et c'est à peu près tout). Restent des jolies séquences et une évocation lyrique, très cinématographique finalement, d'un compositeur majeur.

A noter une apparition effacée de Gilbert Gil et un rôle comique pour Noël Roquevert en gendarme !

mercredi 31 octobre 2012

Le cinéma français à l'heure de Halloween !


La coutume du 31 octobre de nos amis britanniques s'exporte parfois un peu en France, et c'est pourquoi je me propose de vous montrer quelques visages terrifiants du cinéma français ! Il n'est pas difficile de commencer avec La Belle et la Bête de Jean Cocteau, immortalisée par Jean Marais en 1946. Terrifiant !

Louis Jouvet incarne en 1939 dans La charrette fantôme de Julien Duvivier une certaine représentation de la mort. Si vous entendez ses roues grinçantes, ne tentez pas de fuir, votre fin est proche. Apeurant !

Il n'a pas l'air sympathique Julien Carette. Et pour cause, son Auberge rouge sera peut-être le dernier endroit que vous verrez. Prenez garde de ne pas finir dans un bonhomme de neige ! Glacial !


Évidemment, Michel Simon ne fait pas très avenant à sa fenêtre. Voyeur ? Assassin ? Les deux à la fois ? Toujours est-il qu'il provoque une belle Panique chez Julien Duvivier en 1946 ! Mystérieux !


Celui-ci n'est pas un tendre, j'ose vous prévenir. Comme vous le voyez, il vient de repérer une fillette sans défense, seule dans la rue. Quand Jean-Louis Barrault s'attaque au Testament du docteur Cordelier, ne laissez pas vos enfants seuls pour Halloween ! Angoissant !



Un cadavre n'est pas toujours aussi froid que l'on pense ! La preuve, tremblez devant le revenant Paul Meurisse, qui sort de sa baignoire après avoir échappé aux Diaboliques. Humide !


Hallowenn est terminée ? Il faut retirer le masque de vos enfants. Un bon conseil, ne laissez pas cette opération délicate dans les mains de Pierre Brasseur où vous yeux se retrouveront ... sans visage ! Angoissant !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...