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samedi 30 novembre 2013

"SALONIQUE, NID D'ESPIONS" (de Georg Wilhelm Pabst, 1937)

En quelques mots : A la fin de la Première Guerre Mondiale, sur le front d'Orient. Mademoiselle Docteur, insaisissable espionne au service de l'Allemagne, est envoyée à Salonique, en Grèce, pour aider l'empire germanique à lancer une contre attaque sur les forces des Alliés. Mais un traître menace de la démasquer.

Salonique, nid d'espions est une très belle surprise. Réalisée en 1937 par Georg Wilhelm Pabst, réalisateur allemand exilé en France depuis l'arrivée au pouvoir des nazis dans son pays, cette aventure d'espionnage mériterait d'être redécouverte. Servie par un imposant casting franco-allemand, elle a l'originalité de proposer une histoire traitant des services d'espionnage pendant la Première Guerre Mondiale, qui plus est sur le front d'Orient entre la Grèce et la Bulgarie - une partie de l'Europe en guerre souvent méconnue du grand public, à l'image du Capitaine Conan de Vercel (adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1996). En outre, l'espion de grand talent et recherché activement par les Alliés est une femme, autour de qui tout s'organise. Cette seconde originalité ne doit, toutefois, pas faire illusion, Salonique est un film d'hommes, où LA femme est un homme comme les autres. L'argument posé, le film offre tous les éléments classiques d'un grand film d'aventures, fait de jolies femmes mystérieuses, d'agents doubles, de traîtres, d'hommes d'honneurs, d'exotisme et d'un petit brin de fantaisie.



Le seul problème du film vient, hélas, de la copie abîmée, très médiocre et aujourd'hui introuvable dans une meilleure version DVD - d'où parfois un souffle ou des plans coupés qui rendent inintelligibles quelques scènes, ce qui dérange dans un film d'espionnage où chaque élément a son importance. Qu'importe puisque le résultat est plus qu'agréable à visionner. On y retrouve pêle-mêle Pierre Blanchar en agent à double tranchant, argument comique du film avec son improbable fez vissé sur la tête ; Louis Jouvet en sombre espion allemand, très sobre même lors d'une jolie séquence comique avec Jean-Louis Barrault, manifestement fou ; Charles Dullin dans un trop court rôle d'officier ; Pierre Fresnay dans un ersatz sans épaisseur du capitaine de Boëldieu de La Grande Illusion (Renoir), tournée la même année ! ; Viviane Romance sous employée à jouer les charmantes danseuses de cabaret, même si son rôle est important ; Dita Parlo enfin, en espionne sensuelle et courageuse.


Salonique souffre de quelques longueurs, dues à une baisse de rythme que l'on retrouve dans beaucoup de films de cette époque, qui n'utilisent pas assez la musique. Pourtant, force est de reconnaître l'évident plaisir qui se dégage de ces scènes entre Pierre Blanchar, Pierre Fresnay et Dita Parlo ; Louis Jouvet et Jean-Louis Barrault. Le réalisateur sert un grand spectacle sur un fond historique oublié, avec suspens et action (une jolie course poursuite en voitures à la fin). Une sortie restaurée en DVD serait vraiment une grande idée et permettrait au plus grand nombre de redécouvrir ce charmant film d'espionnage.

dimanche 24 novembre 2013

"LADY PANAME" (de Henri Jeanson, 1950)



En quelques mots : Caprice est une jeune et jolie chanteuse de cabaret mais sans emploi. Par miracle, elle trouve un remplacement à faire à l'Olympia et un tour de chant, où se trouve une chanson prétendument maudite ... qui va lui porter chance. Aidée par une amie et par un vieux photographe anarchiste, Caprice devient bientôt une star sous le nom de Lady Paname.

Lady Paname est l'unique film réalisé par le scénariste et dialoguiste Henri Jeanson et Gaumont nous permet depuis quelques temps déjà de le redécouvrir en DVD dans la fameuse collection rouge. Sans être tout à fait original, brillant ou carrément mauvais, il a l'intérêt d'exister et d'offrir au spectateur un beau divertissement servi par les artistes qu'on aime : Suzy Delair, Louis Jouvet, Raymond Souplex, Henri Crémieux, Jane Marken ... A titre de comparaison, ce film m'a fait penser au plus récent Faubourg 36 (Barratier, 2008) dans son évocation nostalgique mais inoffensive de l'entre-deux-guerres. On retrouve dans l'oeuvre de Jeanson des morceaux musicaux très agréables - dont Moi j'ai du t'ça, interprété par Suzy Delair, jolie résonance à son Tralala de 1947 - et des personnages convenus : la jolie chanteuse qui est vite repérée accompagnée de sa fidèle amie dénuée de tout talent, le beau parolier qui fait chavirer les cœurs, le vieux chanteur sur le déclin, la mère possessive et le marginal protecteur (excellent Louis Jouvet, comme toujours un rien cabotin).


Le scénario est convenu et manque curieusement de répliques cinglantes, propres à son auteur. Jeanson s'accorde toutefois quelques jolies séquences de cinéma, telle la démonstration de Louis Jouvet que l'amour n'atteint pas aux frontières du temps ou la longue séquence musicale de la première à l'Olympia, pimentée par les tenues très légères de Suzy Delair et les délires sur la vertu d'un illuminé. Lady Paname reste un film propre à faire sourire les inconditionnels de toute cette bande d'excellents acteurs ; les autres n'y verront qu'un moindre intérêt.

lundi 24 décembre 2012

Bon anniversaire à ... Louis Jouvet (1887-1951)



Louis Jouvet est né un 24 décembre ! Moi j'ai dit bizarre ? Il faut bien que ça arrive à certains d'entre nous et c'est une formidable occasion de s'en souvenir. Evidemment, Louis Jouvet est l'une des idoles du blog - et des internautes je pense. On peut lui reprocher son drôle de jeu, on peut s'agacer de son intonation, reste une légende et des films incontournables, lui qui n'aimait pas vraiment le cinéma. Je vous propose de retrouver tous les extraits audio de l'ami Jouvet présents sur ce blog :

     / "J'ai dit bizarre ? Comme c'est bizarre !" (Drôle de drame, 1937)
     / "Si c'est pas fini, ça va commencer" (Hôtel du Nord, 1938)
     / "Vous m'avez l'air d'un drôle de cheval vous !" (Entre onze heures et minuit, 1949)



Louis Jouvet est né le 24 décembre 1887, il aurait fêté aujourd'hui ses 125 ans !

dimanche 2 décembre 2012

"L'ALIBI" (de Pierre Chenal, 1938)

En quelques mots : Dans le cabaret où il a un numéro quotidien, le célèbre professeur Winckler retrouve un ancien ennemi américain qu'il assassine froidement dans la nuit. Prévoyant, il s'achète un alibi en la personne de la jolie Hélène, entraineuse dans son club. Hélas pour lui, le commissaire a très vite compris son manège et cherche à prouver par tous les moyens qu'il est bien l'assassin.

Sur un schéma très classique, L'alibi de Pierre Chenal offre de très beaux moments de cinéma grâce à son casting impressionnant et impeccable : Louis Jouvet en commissaire malin et manipulateur, Albert Préjean en gentleman de ces dames pas si alcoolique que ça, Jany Holt en entraineuse scrupuleuse et le génial Erich Von Stroheim en télépathe assassin, qui s'offrait là un de ses premiers rôles dans le cinéma français. Face à d'autres acteurs prestigieux et charismatiques, il écrase de toute sa stature le reste de la distribution, bien que sa voix soit toujours aussi douce - elle devait être un cauchemar pour les opérateurs du son.

Pierre Chenal est un très bon metteur en scène et je découvre ses films avec un grand bonheur jour après jour. S'il n'atteint pas la qualité de L'homme de nulle part (1937) qu'il avait tourné un an auparavant, ce gentil film policier teinté d'humour réjouira les amateurs du genre car il ne présente presque pas de défauts, sinon ceux de l'époque (transparences pénibles), pas même une longueur excessive.

A noter qu'il s'agit, sauf erreur de ma part, du premier film où Louis Jouvet incarne un policier, un rôle qu'il interpréta toujours de la même façon, avec élégance et cynisme pour masquer son caractère manipulateur. Comparse dans L'alibi, il n'en est pas moins parfait à chacune de ses apparitions.

jeudi 22 novembre 2012

De quoi vous passer l'envie de chatouiller Louis Jouvet !



Dans La Charrette fantôme (1939, Julien Duvivier), Louis Jouvet n'a qu'un rôle secondaire, celui d'un ami clochard de Pierre Fresnay qui se fait bien vite rattraper par la mort. Pourtant, il gagne en intensité ce qu'il perd en temps de présence à l'écran et impose son regard dans une scène que l'on ne peut pas oublier, magnifiée par la mise en scène de Duvivier !

Alors qu'il tente de récupérer calmement son ami Fresnay, ivre, dans un bar bondé où l'alcool coule à flots, voilà que l'imprudent Marcel Pérès lui fait un croque-en-jambe ! Jouvet, décidé à donner une leçon à ce plaisantin, se retourne sans un mot, laisse tomber son mégot de cigarette dans un verre de vin et le donne à boire à l'ouvrier qui, impressionné, obéit sans broncher. Toujours en silence, il tourne les talons et s'en va. Une belle démonstration de force ... tranquille !


mercredi 31 octobre 2012

Le cinéma français à l'heure de Halloween !


La coutume du 31 octobre de nos amis britanniques s'exporte parfois un peu en France, et c'est pourquoi je me propose de vous montrer quelques visages terrifiants du cinéma français ! Il n'est pas difficile de commencer avec La Belle et la Bête de Jean Cocteau, immortalisée par Jean Marais en 1946. Terrifiant !

Louis Jouvet incarne en 1939 dans La charrette fantôme de Julien Duvivier une certaine représentation de la mort. Si vous entendez ses roues grinçantes, ne tentez pas de fuir, votre fin est proche. Apeurant !

Il n'a pas l'air sympathique Julien Carette. Et pour cause, son Auberge rouge sera peut-être le dernier endroit que vous verrez. Prenez garde de ne pas finir dans un bonhomme de neige ! Glacial !


Évidemment, Michel Simon ne fait pas très avenant à sa fenêtre. Voyeur ? Assassin ? Les deux à la fois ? Toujours est-il qu'il provoque une belle Panique chez Julien Duvivier en 1946 ! Mystérieux !


Celui-ci n'est pas un tendre, j'ose vous prévenir. Comme vous le voyez, il vient de repérer une fillette sans défense, seule dans la rue. Quand Jean-Louis Barrault s'attaque au Testament du docteur Cordelier, ne laissez pas vos enfants seuls pour Halloween ! Angoissant !



Un cadavre n'est pas toujours aussi froid que l'on pense ! La preuve, tremblez devant le revenant Paul Meurisse, qui sort de sa baignoire après avoir échappé aux Diaboliques. Humide !


Hallowenn est terminée ? Il faut retirer le masque de vos enfants. Un bon conseil, ne laissez pas cette opération délicate dans les mains de Pierre Brasseur où vous yeux se retrouveront ... sans visage ! Angoissant !

dimanche 28 octobre 2012

Louis Jouvet : "Vous m'avez l'air d'un drôle de cheval !"

J'en parlais dans l'article précédent consacré au film Entre onze heures et minuit, je ne me lasserai jamais d'entendre Louis Jouvet déclamer des répliques cinglantes, souvent signées par Henri Jeanson. Dans le début de ce très bon film policier, on l'entend questionner sans ménagement une jeune secrétaire d'avocat. Je vous propose de redécouvrir ce petit extrait audio très amusant.


Extrait audio : "Vous m'avez l'air d'un drôle de cheval vous !"

samedi 27 octobre 2012

"ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT" (de Henri Decoin, 1949)


En quelques mots : Il s'en passe des choses entre onze heures et minuit ! Le cadavre d'un avocat est à peine découvert par l'inspecteur Carrel que celui-ci apprend qu'un homme a été tué dans un tunnel et qu'il lui ressemble à s'y méprendre. La nouvelle n'est pas diffusée et le mort réapparaît sous les traits du policier qui va intégrer la pègre et mener son enquête de l'intérieur.

Les premières minutes donnent le tournis et annoncent un film incontournable ! L'introduction en voix-off n'est pas sans en rappeler une autre, celle de La dame d'onze heures, par son originalité de ton ; on y voit en effet un couple sortir du cinéma, septique sur l'existence des sosies, et se retrouver face à leurs doubles. Elle cite en outre de véritables films et acteurs : Edward G. Robinson dans Toute la ville en parle (1935) et ... Louis Jouvet dans Copie conforme ! Il fallait oser.

Lequel Jouvet apparaît quelques minutes plus tard, éclairé par un métro qu'on imagine être le cadre de la scène. Erreur puisqu'il s'agit d'une fenêtre ouverte dans un appartement, formidable idée de mise en scène du réalisateur Henri Decoin, très en forme sur ce film. Je ne me lasserai jamais d'entendre les premiers mots de Jouvet au début d'un film et quelques répliques, signées Henri Jeanson, qui lui vont comme un gant : "Vous m'avez l'air d'être un sacré cheval, vous !" lâche-t-il à la gentille secrétaire d'un avocat assassiné.

Après dix minutes aussi réussies, le reste paraît - il fallait s'y attendre - un peu plus banal, bien que la tenue de ce film soit absolument irréprochable. Mieux qu'un simple polar, le spectateur découvre les éléments de l'enquête en même temps que Louis Jouvet, glissé dans la peau d'un gangster grâce à son étonnante ressemblance avec lui, ce qui assure toute l'intérêt de ce film prenant, au dénouement un peu mou.


Admirablement photographié et réalisé, Entre onze heures et minuit offre également, ce qui est rare, un excellent travail sur le son. Il faut écouter avec quel soin la plupart des scènes sont mixées, notamment quand il y a une fenêtre ouverte, et rendre hommage à l'ingénieur du son William-Robert Sivel.

Outre Jouvet, vieillissant mais impérial, on retrouve Madeleine Robinson, efficace sans être irremplaçable, la jolie Gisèle Casadesus au début de sa carrière cinématographique, Robert Vattier dans un rôle de patron truand et Léo Lapara que son ami et maître Jouvet passe son temps à appeler "imbécile" - une vengeance scénaristique de Henri Jeanson paraît-il ...

mardi 23 octobre 2012

"COPIE CONFORME" (de Jean Dréville, 1947)

En quelques mots : Un escroc plein d'audace sévit depuis plusieurs mois un peu partout en France, volant des sommes très importantes grâce à d'habiles déguisements. Monsieur Dupon, solitaire et taciturne petit employé, est chargé par son patron d'aller démarcher un client dans l'hôtel de luxe. Là, il est confondu par des témoins et accusé d'être le célèbre voleur.

Cette gentille petite comédie d'après-guerre impose le thème "classique" des jumeaux, ou sosies, prétexte à une cascade de gags et de situations amusantes. De fait, les premières séquences, où Louis Jouvet se déguise et enchaine les répliques tranchantes, sont très réussies et laissent entrevoir l'hypothèse d'une excellente comédie. La surprise passée, le film reprend un rythme moins entrainant et enchaine les banalités du genre, avec une certaine efficacité. Il faut dire que Jouvet est absolument formidable dans ses cinq personnages et ne laisse pas beaucoup de place aux autres. La pauvre Suzy Delair n'est qu'une comparse potiche, un personnage inintéressant malgré quelques belles répliques ("S'aimer comme des pauvres, ça doit être chic quand on sait qu'on a de l'argent !"), tout comme Annette Poivre, toujours aussi jolie, et Georges Pally, inexistant et sans envergure.

Orchestré sobrement par Jean Dréville, cette comédie romantico-policière laisse libre court aux talents de comédien de Louis Jouvet, omniprésent à l'écran, parfois même en double ! Ces quelques scènes sont d'ailleurs réussies d'un point de vue technique.
Le dialogue est signé Henri Jeanson, ce qui assure en prime quelques bons moments, particulièrement les scènes du début où Jouvet incarne un Duc ("Appelez moi excellence, comme tout le monde") puis un livreur d'armoire. Quelques phrases sont marquantes : "Les femmes ne valent que par les désirs qu'elles nous inspirent" ou "La majuscule est un coup de chapeau calligraphique".

Je vous propose de (re)découvrir un extrait du film, un des plus amusants où Louis Jouvet vend un château dont il n'est pas le propriétaire (Jean-Paul Belmondo ne fera pas autre chose quelques années plus tard, avec autant de talent, dans L'incorrigible !), déguisé en aristocrate.


A noter une fin amusante, où Louis Jouvet se retourne vers la caméra pour dire "C'est la fin !", laissant place à un générique où il apparaît en bonne place !

samedi 8 septembre 2012

Louis Jouvet : "J'ai dit bizarre ? Comme c'est bizarre !"

Un blog consacré à l'âge d'or du cinéma français ne pouvait y couper ! On a beau le connaître par cœur, attendre les réactions de Michel Simon comme si c'était la première fois, on ne se lasse pas d'entendre Louis Jouvet déclarer, en regardant son couteau, "Bizarre, bizarre ...".

Cette scène mythique, connue de tous, n'est toutefois pas toujours facile à replacer dans un film. Il s'agit pourtant de Drôle de drame (1937), de Marcel Carné, qui met aussi en vedette Françoise Rosay, Jean-Pierre Aumont et Jean-Louis Barrault, sur un brillant dialogue de Jacques Prévert.

Dans la scène présente, que je vous propose de redécouvrir en vidéo, l'archevêque Soper (Louis Jouvet) se montre curieux envers son cousin Molyneux (Michel Simon) qu'il soupçonne d'avoir assassiné sa femme, d'où une flopée de questions et des réponses "bizarres". Admirable scène entre deux comédiens qui apparemment se détestaient.

vendredi 31 août 2012

"LES BAS-FONDS" (de Jean Renoir, 1936)

En quelques mots : Pépel (J. Gabin), voleur à la petite semaine, rencontre une nuit un Baron ruiné (L. Jouvet), dont il cambriole l'appartement. Les deux hommes sympathisent et l’aristocrate fauché suit son nouvel ami dans la petite pension où il loge, entre deux femmes amoureuses de lui et un propriétaire sans scrupules.

Ce qu'il y a d'appréciable avec les films de Jean Renoir, et son prestige actuel qui fait se classer La Règle du jeu parmi les plus grands films de tous les temps dans divers classements, vient peut-être de là, c'est leur modernité dans le récit et la mise en scène. Les bas-fonds de 1936 n'ont pas vieillis ; sur la forme au moins. Quand certains films des années 60 ou 70 font poussiéreux et datés, les films de Renoir rayonnent encore chez les amoureux du cinéma français. Du reste, le metteur en scène jouit d'une aura immense, basée sur les critiques de la Nouvelle Vague, qui le rend presque intouchable ; au risque de passer pour un ignare ou un inculte en cinéma.

Pourtant, Les Bas-fonds, comme d'autres, est marqué par l'engagement du réalisateur dans les idées à venir du Front Populaire et on peut pouvoir se fatiguer ici de cette ritournelle sans remettre en question la qualité de l'écriture, et surtout de l'interprétation magistrale de Jean Gabin, et d'un Louis Jouvet étonnamment sobre en aristocrate fauché (leur scène dans l'herbe au bord du canal est superbe). Reste que cette histoire d'amour difficile n'est pas toujours passionnante et qu'il manque parfois un petit quelque chose pour réellement capter l'attention du spectateur.

Peut-être la fidélité de l'adaptation est-elle un problème, en ce qu'elle replace les personnages dans un contexte français mais avec des particularités ... russes (la monnaie, les noms des personnages).

Sous une apparente légèreté, l'histoire se révèle beaucoup plus sombre, dans les descriptions des personnages secondaires notamment (formidable Vladimir Sokoloff), et dans quelques séquences inoubliables (la mort de "pensionnaires" dans la banalité complète, le passage à tabac de Natacha).








mardi 14 août 2012

"KNOCK" (de Guy Lefranc, 1951)

En quelques mots : A Saint-Maurice, toute la population se porte bien, et le docteur du village n'est payé qu'une seule fois par an pour ses rares consultations. Lorsque le docteur Knock, pour qui "tout bien portant est un malade qui s'ignore", arrive en ville, tout change radicalement. Les habitants se découvrent des maladies, s'alitent et font fructifier les affaires de Knock et du pharmacien.

Alors que deux dentistes viennent récemment d'être condamnés parce qu'ils abîmaient volontairement les dents de leurs patients pour leur facturer des soins, la redécouverte de Knock, et de sa vision particulière de la médecine, peut faire froid dans le dos, ou rire jaune.

"Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous grattouille ?" (Louis Jouvet)

Comme César reste lié à Raimu et Rhett Butler à Clark Gable, on n'imagine mal le docteur Knock sous des traits différents que Louis Jouvet, les cheveux plaqués en arrière, parfois recouverts d'un chapeau melon, ses petits yeux cachés derrière des lunettes rondes. Pourtant voilà, plus qu'un autre, un film où les détracteurs de l'acteur se régaleront à argumenter que Jouvet déclame son texte comme un comédien sur scène, sans naturel, avec une intonation insupportable. Les autres, et j'en fais partie, répèteront à qui veut l'entendre que Jouvet était vraiment un des plus grands.

Objet de discordes entre les cinéphiles le docteur Knock ? Il fut déjà pendant son tournage l'enjeu de toutes les convoitises, puisque "tout Paris" voulait être de cette aventure, annoncée fameuse. Jouvet lui-même engagea quelques un de ses protégés, comme le jeune Jacques Monod, et se chargea de la direction artistique. Un des biographes de Louis de Funès, Jean-Jacques Jelot-Blanc*, rapporte que le tournage, de fait, fut houleux, entre un acteur "perdant son temps au cinéma" mais se mêlant constamment de la mise en scène, et un jeune réalisateur qui aurait bien aimé faire son travail. Jacques Becker, voisin de tournage, vint même parfois sur le plateau pour tenter de réconcilier les deux hommes, en vain !

Extrait audio : "J'ai perdu 100 grammes !" (Louis de Funès)


Les fils de Louis de Funès ont rappelé il y a quelques années à quel point leur père fut énervé par l'attitude des distributeurs qui ressortaient des films où il faisait une apparition alors qu'il était devenu une vedette. De fait, il n'est pas rare de trouver des affiches de Knock annonçant son nom dans les seconds rôles, alors qu'il n'apparaît que ... 10 secondes à l'écran. Jean Carmet quant à lui, a un vrai rôle, celui du moqueur qui devient infirmier. Le film est donc l'occasion de retrouver quelques bons acteurs, tels que Pierre Renoir en pharmacien soudain débordé, Pierre Bertin en instituteur candide, persuadé d'être porteur de germes, ou Jean Brochard en médecin confrère de Louis Jouvet. Ce personnage central de l'histoire est censé être le plus honnête docteur, veillant à la bonne santé de ses concitoyens, même si au début de l'histoire il vend son cabinet en arguant qu'il est très rentable.

Le texte est un classique du théâtre et l'adaptation cinématographique ne peut vraiment s'en démarquer, offrant souvent une succession de scènes, mais tellement réjouissantes qu'on oublie ce détail pourtant rédhibitoire dans bien des cas. La finesse des dialogues, leur humour noir et leurs réflexions cyniques sont un régal à écouter, d'autant que certains passages restent au delà de la farce des moments terriblement sombres et pessimistes quant à l'avenir des hommes face à la médecine (le passage près de la fenêtre entre Jouvet et Brochard).

La fin, sur un regard diabolique de Louis Jouvet, questionne encore : le médecin alité est-il le fruit de l'escroc Knock ou la preuve vivante de son génie de la médecine ?



* JELOT-BLANC, J.-J., Louis de Funès, une légende, Paris, Anne Carrière, 1993.

dimanche 29 juillet 2012

Louis Jouvet : "Si c'est pas fini, ça va commencer !"

En guise d'introduction à ce blog, je m'accorde le plaisir de repenser à cet échange formidable entre Louis Jouvet et un jeune dragueur dans Hôtel du Nord (1938), de Marcel Carné. Ces quelques répliques sont pour moi inoubliables, et il ne passe pas une semaine sans que je repense à la voix de Jouvet corrigeant le petit opportun. Ah qu'il serait bon d'avoir autant de répartie au quotidien !


- C'est fini ? J'vous d'mande si c'est fini ?
- Ça vous regarde ?
- Parce que si c'est pas fini, ça va commencer !
- Je vous cause pas, j'cause à Renée. Et quand je suis en communication, j'aime pas beaucoup qu'il y ait de la friture sur la ligne !
- Si vous n'aimez pas la friture, moi je n'digère pas le demi-sel ! Voilà une heure que je vous écoute vomir, c'est une heure de trop !

Écoutez l'extrait audio :
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