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mardi 5 février 2013

"LES CHOUANS" (de Henri Calef, 1946)



En quelques mots : En 1799, après les échecs de la Vendée militaire, le marquis de Montauran revient en Bretagne prendre le commandement des derniers fidèles royalistes prêts à lever les armes contre la République. Alors qu'il attend une importante somme d'argent, il fait la rencontre de Marie de Verneuil, républicaine convaincue, qu'il se propose pourtant d'accompagner à Fougères. Comme il lui offre l'hospitalité, les chouans massacrent son escorte.

Après son second film et premier chef d'oeuvre, Jericho (1945), Henri Calef poursuit sa représentation sur grand écran de la société française de l'après guerre, avec pour cadre historique une autre époque de quasi guerre civile, la fin de la Révolution Française. Les Chouans, adapté du roman de Honoré de Balzac, est plus un film contemporain qu'historique, et montre par la métaphore l'affrontement entre la légitimité et la contestation, à cette différence que la fin du XVIIIe siècle était plus floue : les royalistes peuvent se targuer d'être les représentants de la tradition comme de la contestation, autant que les républicains légitimes dans leur nouveau régime et révolutionnaires dans l'Histoire de France. Comme dans Jericho, Calef s'éloigne des carcans du tout noir ou tout blanc, nuance sa vision, à l'image de cette rencontre entre les chefs de la révolte royaliste et les meneurs des représailles républicaines, qui se disent chacun servir leurs idéaux, quitte à se faire la guerre. En cela, toutes les séquences politiques sont parfaites, comme autant de rappels à l'ambiance nauséabonde de l'épuration des années 1944-1947.

Les attentistes ne sont pas non plus oubliés, symbolisés par ce patron d'auberge qui se déclare ni d'un bord, ni de l'autre. A partir de la trame originelle du roman, le scénariste Charles Spaak brode entre Jean Marais, Madeleine Robinson et Madeleine Lebeau une histoire d'amour un peu pénible, car conventionnelle et teintée des plus nobles sentiments, compromis obligatoire au film d'époque classique. Les atermoiements de Jean Marais plombent le film mais n'empêchent pas le réalisateur, aux commandes avec l'excellent Claude Renoir en directeur de la photographie, de lui offrir une de ses plus belles entrées et une de ses plus belles sorties, dans une ambiance brumeuse qui sied bien au contexte de l'histoire. Henri Calef se garde bien de juger ses personnages et ne prend parti pour aucun camp, y compris pour son héros romantique à qui l'on peut reprocher sa faiblesse ou admirer sa raison.


Si l'histoire minaude un peu, on se raccroche à l'intrigue grâce à l'épatant casting : outre un Jean Marais en pleine possession de ses moyens, ténébreux et passionné, on retrouve Madeleine Robinson en chef exaltée de la révolte royaliste, Madeleine Lebeau en républicaine dont le coeur balance - un personnage bien plat mis en valeur par sa beauté -, et des seconds rôles efficaces : Jean Brochard en chouan acariâtre, Louis Seigner en ecclésiastique guerrier, Paul Amiot en aristocrate, Léo Lapara en paysan, Howard Vernon en capitaine républicain tombé dans une embuscade. Un savoureux duo se distingue dans le camp des bleus : Pierre Dux, fougueux officier républicain aux ordres du mystérieux et sarcastique Marcel Herrand, inquiétant au possible, mais tempéré par une volonté d'épargner le sang des français.

A noter que le film existe dans une très bonne édition DVD, chez SNC, à l'image restaurée, avec un long bonus en compagnie de Claude Carliez, le maître d'arme du cinéma français.

mercredi 17 octobre 2012

Fantômas contre le cinéma français !

Personnage incontournable de la littérature populaire du début du XXe siècle, Fantômas, créé par Marcel Allain et Pierre Souvestre au début des années 1910 a captivé les foules. Il était normal que le cinéma français s'en empare pour créer quelques films marquants, et qui connurent souvent le succès. Je vais essayer ici d'en dresser la liste, avec à chaque fois l'acteur qui interprète le maître de tout et de tous !


// Au cinéma, les premières adaptations débutent deux ans après la publication des romans. Le légendaire Louis Feuillade connaît le succès en adaptant, en muet et avec quelques colorations, les aventures criminelles du héros masqué : ainsi de Fantômas à l'ombre de la guillotine (1913), Juve contre Fantômas (1913), Le mort qui tue (1913), Le policier apache (1914) et Le faux magistrat (1914). Ce rôle fit la gloire de son interprète, René Navarre ! Une série qui a été éditée en DVD, et qui vaut largement le coup d’œil pour sa belle mise en scène.

Première adaptation parlante de l’œuvre écrite, Fantômas de Paul Féjos (1932) avec Jean Galland dans le rôle titre, difficilement trouvable aujourd'hui, hormis chez quelques collectionneurs avertis. Je ne l'ai pas encore vu, et ne saurait donc en parler davantage.

Il faut attendre 1947 et le film de Jean Sacha, Fantômas, pour entendre à nouveau parler du célèbre criminel au cinéma français (il existe une adaptation américaine de 1920). Marcel Herrand interprète avec beaucoup de conviction le personnage principal, face à Alexandre Rignault en Juve et Simone Signoret en Hélène. Une adaptation ratée, que j'ai évoqué sur ce blog. Deux ans plus tard, c'est Maurice Teynac qui s'y colle, sous la direction de Robert Vernay, dans Fantômas contre Fantômas. Le génie du crime est toujours recherché par Juve/Rignault et s'inscrit là dans la continuité de la barbarie de la Gestapo en rachetant un ancien laboratoire et en cherchant à transformer les hommes en monstres ! Une adaptation réussie qu'il faut découvrir.

En 1964, c'est une adaptation bien éloignée des romans originaux que livre Jean Halain à André Hunebelle, lequel immortalisera par trois fois un Fantômas aux allures de monstre, interprété par un Jean Marais qui en dessine lui-même le masque. Fantômas (1964), Fantômas se déchaine (1965) et Fantômas contre Scotland Yard (1967) sont probablement les plus célèbres de tous, car ils permirent à Louis de Funès d'exercer son talent comique. Ils sont d'ailleurs souvent décriés par les cinéphiles acharnés, qui y voient un Funès grimaçant à l'extrême et une trahison des romans originaux ; quant aux fans de Jean Marais, ils voient leur idole recalée au rang de second couteau (il n'y a qu'à voir comment la trilogie est expédiée par Carole Weisweiller dans son "Jean Marais, le bien aimé"). Pour ma part, ils sont liés à d'excellents souvenirs d'enfance, et la voix de Raymond Pellegrin (excellente idée) reste terriblement marquante !

// A la télévision, on peut noter une adaptation fidèle des romans, mise en scène par Claude Chabrol et Juan Luis Bunuel. Épouvantablement filmée, avec des moyens de télévision et des acteurs inégaux, elle met toutefois en scène un Fantômas énigmatique et très convaincant grâce à la prestation de Helmut Berger, face à Jacques Dufilho, très bon Inspecteur Juve. Quatre épisodes, un peu désuets mais agréables, diffusés en 1980 et aujourd'hui disponibles en DVD grâce à l'INA.

A noter que dans la préface d'une anthologie des romans signés Souvestre et Allain, ce dernier explique que les auteurs voulaient appeler leur héros du mal ... Fantômus ! L'éditeur, qui avait mal lu, leur déclara "Ah oui Fantômas, c'est formidable !" ...

dimanche 23 septembre 2012

"FANTÔMAS" (de Jean Sacha, 1947)

En quelques mots : Alors qu'elle est en train de se marier avec le journaliste Fandor, le terrifiant Fantômas intervient pour capturer sa fille Hélène, en vain. Il lance alors un ultimatum aux autorités françaises et réclame un milliard en or, ou il tuera un million de parisiens. Le commissaire Juve mène son enquête.

Neuvième adaptation du Fantômas de Marcel Allain, ce film signé Jean Sacha respecte finalement assez bien la trame littéraire originale en proposant une série B tout juste convenable, avec des rebondissements improbables et de l'action de pacotille. Il n'y a évidemment aucuns moyens pour ce divertissement populaire, si ce n'est la présence intéressante de Marcel Herrand en prince du crime - inquiétant mais terriblement mal mis en valeur. Alexandre Rignault en commissaire Juve sauve clairement le film par sa présence et son dynamisme, et on peut s'amuser de voir Simone Signoret encore jeunette servir d'atout charme au film. Fandor, terne André Le Gall, ne provoque pas le moindre sentiment d'empathie, ni l'élégante Lucienne Lemarchand en Lady Beltham, rôle malheureusement complètement laissé de côté. A noter dans le casting que l'on retrouve Jacques Dynam, dans un petit rôle, qui deviendra en 1964 l'adjoint du commaire Juve/De Funès dans le Fantômas de André Hunebelle.


Le film existe en DVD chez René Chateau dans une copie un peu abîmée. Je ne suis pas sûr de la nécessité de se procurer ce Fantômas, si ce n'est pour les amoureux de Simone Signoret et les inconditionnels de Alexandre Rignault. Les autres s'ennuieront ferme devant ces aventures sans souffle et sans moyens, et le cabotinage insensé de certains seconds rôles. A noter, pour les amateurs, une petite apparition de Françoise Christophe en ... princesse Daniloff, un de ses premiers rôles (on la retrouvera quelques années plus tard en Lady McRashley dans Fantômas contre Scotland Yard).

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