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mardi 8 janvier 2013

"PANIQUE" (de Julien Duvivier, 1947)

En quelques mots : Dans un quartier populaire de Paris, le corps d'une femme est retrouvé dans un terrain vague. La police enquête, le voisinage parle et une jolie brune, qui sort de prison, débarque pour retrouver son amant, Alfred. Au dessus de tout le monde, l'étrange Monsieur Hire, taciturne et solitaire, semble mener sa vie sans se soucier de qui que ce soit. Jusqu'au jour où il révèle à la nouvelle arrivante le nom de l'assassin.

J'ai toujours aimé les films sur la rumeur, terrifiante, mystérieuse, aussi dévastatrice qu'un fléau, et je me souviens avoir ébauché un synopsis de court-métrage après avoir lu dans la presse un terrible fait divers : accusé d'être le pédophile qui sévissait dans la région, un vieil homme qui avait juste raccompagné une petite fille perdue fut traqué par une meute d'habitants en colère et mourut d'une crise cardiaque dans le hall d'un immeuble où il s'était retranché, complètement apeuré. La panique est cinématographique, il n'y a pas à dire, et donne l'occasion à Julien Duvivier de réaliser son premier chef d'oeuvre de l'après-guerre, juste après son retour des Etats-Unis, où il s'était exilé pendant la guerre. Adapté des Fiançailles de Monsieur Hire (Georges Simenon, 1933) par Charles Spaak et Julien Duviver, Panique est assez libre du roman original, lequel fut retranscrit sur l'écran à nouveau en 1988 par Patrice Leconte (Monsieur Hire) avec Michel Blanc dans le rôle titre, de manière plus fidèle. Chose rare, cette seconde adaptation est, à mon sens, aussi bonne que la première puisqu'elle envisage l'intrigue différemment.



Il faut dire que dans le roman de Simenon, Monsieur Hire est juif et un peu escroc sur les bords. Avec beaucoup d'intelligence de la part des scénaristes, cet aspect du personnage est effacé du film de Julien Duvivier, tourné au lendemain de la guerre. Le contraire aurait probablement choqué - il ne s'agissait pas de véhiculer à nouveau les clichés de l'exposition Le juif et la France, ni même de blâmer des bons français un peu délateurs (la polémique sur Le Corbeau n'était pas tout à fait terminée) - et aurait fait perdre au film sa force universelle et intemporelle sur la noirceur des Hommes. D'ailleurs, aucune époque n'est mentionnée, tout juste sait-on que l'on est quelque part dans Paris.

Monsieur Hire n'est plus qu'un simple étranger au coeur d'un quartier où tout le monde se connait et s'apprécie (en apparence), et son métier de voyant, rendu honnête par le personnage, l'éloigne la journée de son domicile. Il observe bien peu sa voisine de sa fenêtre, si ce n'est pour s'assurer de sa bonne santé. Amoureux, c'est sa passion, le sentiment le plus humain qui soit, qui va le détruire. De quoi se pencher des heures sur le caractère sombre et pessimiste de l'oeuvre de Julien Duvivier ! Force est de reconnaître la violence de Panique : les habitants qui ne veulent que la sécurité, bien légitime, sont pourtant prêts à tout pour l'obtenir, quitte à lyncher l'asocial. Disserter sur la peur de l'étranger à partir de ce film serait trivial et je ne m'y risquerai pas, mais elle revêt un terrifiant caractère lorsque l'on sait qu'il fut tourné en 1946, deux ans après l'abrogation des lois anti-juives. Une scène est particulièrement marquante : lors d'un combat de lutte dans une grande salle, un couple s'enfuit. L'homme du dessus qui a entendu le mot "assassin" le répète fort, de sorte que la folie gagne tout le public qui s'enfuit sans savoir pourquoi. La panique est-elle un reflet de la bêtise humaine ou au contraire un réflexe de survie ? Toujours est-il qu'elle sert de catalyseur à bon nombre de défauts, de la violence à la lâcheté. Cette scène chorale que je vous propose de découvrir en vidéo en est une superbe représentation.


Rendons également hommage aux acteurs du film ; Viviane Romance, rayonnante, cache derrière son sourire les fêlures d'une femme dévouée à celle qu'elle aime, quitte à le suivre dans le pire. Quand elle se cache le visage à la fin, sa tête secouée comme inactive, on sait qu'elle ne pourra s'en remettre. Paul Bernard est un épatant caïd de quartier mais dégonflé quand il faut être un homme - on pense au Pierre Brasseur du Quai des brumes (Marcel Carné, 1938). Quant à Michel Simon, tout en retenue, il est la force de la nature que l'on vient voir mourir, comme une bête traquée. Les habitants remettent la musique des manèges dès que son corps est caché dans l'ambulance. Impressionnant de charisme, il trouve probablement là un de ses meilleurs rôles, sans cabotinage.

Les seconds-rôles sont essentiels, comme toujours. Outre Marcel Pérès (toujours là ?) et son physique de costaud, on trouve retrouve Max Dalban en boucher père de famille nombreuse, commerçant estimé et qui veut savoir ..., Emile Drain, Guy Favières, Charles Dorat en inspecteur au nez fin, Jean Sylvain ou Lucas Gridoux. Tous représentent la société dans son hétérogénéité, de l'artisan gouailleur au notable éduqué, qui se retrouvent à former un cercle autour de Monsieur Hire, à lui cracher des insanités et à le pousser sur les toits d'un immeuble dont il ne pourra pas sortir.


Le film fut un échec, on peut l'imaginer. Qui aurait voulu, après quatre années d'occupation, renouer avec les instincts les plus négatifs de la nature humaine ? Le cinéma comme miroir de ce que nous sommes est rarement celui qui rapporte le plus. Profondément ancré dans la réalité, Panique tend toutefois régulièrement vers un monde chimérique : les astres de Michel Simon, la fête foraine - lequel est fatal à Monsieur Hire, mais continue de servir de cache-misère aux autres : c'est la musique des auto-tampons qui revient la première après sa mort, là même où il fut pris pour cible la première fois par tout le village qui trouvait enfin une occasion de s'en prendre directement à lui.


vendredi 23 novembre 2012

"LE BOSSU" (de Jean Delannoy, 1944)



En quelques mots : Philippe de Gonzague, qui convoite la femme et la fortune de son cousin le Duc de Nevers, échafaude un plan pour l'assassiner, lui et sa fille. Hélas, sa machination échoue quand un jeune fougueux du nom de Lagardère s'interpose et disparaît avec l'enfant, jurant de venger l'honneur de Nevers. Quelques années plus tard, il revient à Paris et dissimule son identité sous les traits d'un bossu.

Moins connue que la célèbre adaptation du roman de Paul Féval par André Hunebelle, avec Jean Marais dans le rôle du Bossu, ce film tourné en 1944 ne manque pas de panache et d'intérêt pour égaler son successeur. Avec l'arrivée tonitruante de Pierre Blanchar en chevalier de Lagardère, voulant ferrailler pour l'honneur contre le Duc de Nevers, on se délecte de découvrir une version beaucoup plus difficile à trouver sur nos écrans ! Sous la houlette du réalisateur Jean Delannoy en forme (de l'idée dans la mise en scène et un magnifique plan séquence dans les rues de Paris) revivent des personnages que nous connaissons tous : Nevers et sa botte criant sa devise "J'y suis !" à qui veut l'entendre avant de mourir d'un coup porté entre les yeux, sa fille adorée objet de tous les enjeux entre un Gonzague fripouille et une veuve inconsolable, le tout sous les yeux du Régent Philippe d'Orléans et du banquier John Law pour qui on organise une somptueuse fête à la mode américaine ! Lagardère ferait même presque figure de comparse au milieu de cette ébullition de personnages - très amusants Cocardasse et Passepoil - si on ne le retrouvait pas sous les traits d'un vieux bossu à l'accent de la campagne.

Tout l'intérêt du film se porte donc sur Pierre Blanchar toujours prêt à mettre la main à l'épée dès que son honneur est en jeu, quitte à cabotiner un peu dans un rôle qui lui sied pourtant bien, et sur Paul Bernard en prince de Gonzague fourbe à souhait, Louvigny et Caccia assurant les faire-valoir comiques de l'histoire. On pourra toujours trouver à redire sur plusieurs séquences un peu longuettes ou sur des décors peints un peu trop voyants - époque oblige - sans qu'ils ne rappellent pour autant en permanence que ce film est réalisé sous l'Occupation avec des moyens probablement rudimentaires !

Extrait audio : "Si tu ne viens pas à Lagardère ..."


Pierre Blanchar excelle en gentilhomme prêt à faire montre de panache à quiconque le défierait et je ne peux que conseiller aux amateurs du roman-feuilleton, ou même des films, de jeter un œil à cette version tout aussi réjouissante ! J'ai réussi à trouver ce film grâce à une collection des Éditions Atlas (Les plus grands films de cape et d'épée), facilement trouvable sur internet. A vos épées, mes seigneurs !
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