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dimanche 6 janvier 2013

"L'ASSASSIN CONNAIT LA MUSIQUE" (de Pierre Chenal, 1963)

En quelques mots : Lionel Fribourg est compositeur et a toute la peine du monde à terminer la symphonie qui doit lui apporter le succès. De son appartement bruyant en ville, il entend s'installer dans le charmant pavillon de banlieue de la jolie Agnès, qu'il a rencontré par hasard. Alors qu'ils doivent se marier, le père de la fiancée débarque et s'apprête à ruiner tous les efforts de Lionel, qui songe alors au pire pour s'en débarrasser.

L'assassin connait la musique est une charmante petite comédie réalisée par Pierre Chenal au début des années 1960, dont on reconnait facilement quelques caractéristiques - l'émancipation progressive de la jeunesse avec un personnage féminin (Sylvie Bréal) qui n'est pas sans comparaison avec la jeune Patricia des Tontons Flingueurs la même année, ou la fascination croissante pour la banlieue au détriment du centre ville. C'est d'ailleurs les bruits urbains qui gênent le compositeur incarné par Paul Meurisse, lequel n'hésite pas à tuer ou provoquer des accidents pour enfin habiter dans un pavillon où il sera au calme pour écrire sa musique. D'une histoire assez banale qui ne peut pas promettre à merveilles, Pierre Chenal livre une comédie volontairement désuette, bourrée de séquences décalées et fait sortir ses personnages de leurs chemins habituels : la magnifique Maria Schell caricature à l'extrême ses expressions de jolie idiote et compose une Agnès délicieusement nunuche - quant à Paul Meurisse, il n'est pas en reste avec une élégance au service de plusieurs scènes ridicules (les lunettes noires dès qu'il veut passer inaperçu).



Difficile de ne pas être conquis par cette comédie au scénario habilement écrit ; un régal de voix-off faussement sérieuses, de parodies de films d'espionnage ou d'aventure et d'auto-dérision (Il est acteur ? Il n'y a pas de sous-métier !). Il faut voir Paul Meurisse avec ses lunettes de soleil se faufiler dans une ruelle avec une discrétion de pacotille et cette sobriété de geste et d'expressions que j'avais souvent remarqué chez un célèbre acteur de théâtre qui se commet parfois dans des films d'espionnage - la caméra de Pierre Chenal s'adaptant aux situations avec exagération. Le plaisir est complété par une galerie de seconds rôles impeccables : Noël Roquevert en breton fou du marteau, Marcel Pérès en chauffeur nerveux, Fernand Guiot en commissaire et Jacques Dufilho spécialiste en criminologie qui ne se fait pas prier pour cabotiner.



Et pour vous mettre l'eau à la bouche, voici un petit extrait vidéo assez réjouissant et qui vous donnera l'intonation du film ; on y retrouve Paul Meurisse et Maria Schell en pleine discussion dans le fameux pavillon de toutes les convoitises !

dimanche 2 décembre 2012

"L'ALIBI" (de Pierre Chenal, 1938)

En quelques mots : Dans le cabaret où il a un numéro quotidien, le célèbre professeur Winckler retrouve un ancien ennemi américain qu'il assassine froidement dans la nuit. Prévoyant, il s'achète un alibi en la personne de la jolie Hélène, entraineuse dans son club. Hélas pour lui, le commissaire a très vite compris son manège et cherche à prouver par tous les moyens qu'il est bien l'assassin.

Sur un schéma très classique, L'alibi de Pierre Chenal offre de très beaux moments de cinéma grâce à son casting impressionnant et impeccable : Louis Jouvet en commissaire malin et manipulateur, Albert Préjean en gentleman de ces dames pas si alcoolique que ça, Jany Holt en entraineuse scrupuleuse et le génial Erich Von Stroheim en télépathe assassin, qui s'offrait là un de ses premiers rôles dans le cinéma français. Face à d'autres acteurs prestigieux et charismatiques, il écrase de toute sa stature le reste de la distribution, bien que sa voix soit toujours aussi douce - elle devait être un cauchemar pour les opérateurs du son.

Pierre Chenal est un très bon metteur en scène et je découvre ses films avec un grand bonheur jour après jour. S'il n'atteint pas la qualité de L'homme de nulle part (1937) qu'il avait tourné un an auparavant, ce gentil film policier teinté d'humour réjouira les amateurs du genre car il ne présente presque pas de défauts, sinon ceux de l'époque (transparences pénibles), pas même une longueur excessive.

A noter qu'il s'agit, sauf erreur de ma part, du premier film où Louis Jouvet incarne un policier, un rôle qu'il interpréta toujours de la même façon, avec élégance et cynisme pour masquer son caractère manipulateur. Comparse dans L'alibi, il n'en est pas moins parfait à chacune de ses apparitions.

mercredi 24 octobre 2012

"L'HOMME DE NULLE PART" (de Pierre Chenal, 1937)


En quelques mots : Mathias Pascal, doux rêveur épouse sans argent la jolie Romilda. A la mort de sa mère, exaspéré par sa belle-mère et sa femme qui se moque de lui, il s'enfuit. Quand il revient, riche, il apprend qu'on le considère comme mort et assiste à son enterrement ! Il s'exile alors définitivement, tirant un trait sur tout ce qui le rattachait à son passé.

L'homme de nulle part est une très belle adaptation du roman de Luigi Pirandello, "Feu Mathias Pascal", réalisée par le méconnu Pierre Chenal (La maison du maltais, L'alibi). Le film s'ouvre sur une illusion, celle d'un amour heureux entre un beau jeune homme, doux rêveur, et une jolie jeune femme (incarnée par Ginette Leclerc), presque de manière volontairement caricaturale, dans un jardin ensoleillée, à la manière de certains plans de Peter Ibbetson de Henry Hathaway (1935). La séquence suivante amorce le déclin, encore avec humour, où la noce vire à la pantalonnade quand personne n'est capable de payer la facture de champagne. Dès lors, l'ambiance devient lourde et on se prend immédiatement d'empathie pour le personnage incarné par Pierre Blanchar, au départ terriblement pataud, ridiculisé par sa belle-mère, moqué par sa femme et tristement consolé par sa mère, qui meurt très vite. C'est le toujours génial Pierre Palau qui sauve notre homme en lui prouvant par les faits - plusieurs milliers de francs gagnés au casino - qu'il est chanceux ! Son retour au village n'est que déconvenue : on le considère comme mort, et il assiste dans l'ombre à son enterrement et aux ultimes railleries de sa famille ("Tu pleures vraiment ?" "Je pleure toujours aux enterrements !").

Éloigné de sa vie morne, il devient l'homme de nulle part, vivant dans une petite pension où il ne reçoit jamais de courrier, évite toute confrontation avec les autorités. Entre en piste Robert Le Vigan, dont on ne dira jamais assez à quel point il excelle dans ce rôle de dandy fort en gueule et en assurance, élégant jusque dans l'escroquerie. Quand il a flairé le petit manège de son homme, ce bellâtre qui s'apprête à épouser la fille du tenancier, s'amuse à vouloir lui faire perdre pied ; le point culminant est une superbe séquence de spiritisme où la lumière devient tout à coup très sombre et les plans rapprochés, comme si la caméra invitait le spectateur à fouiller l'âme de ses protagonistes. Personne n'est vraiment propre dans cette maison où l'apparence est de mise, si ce n'est la jolie Isa Miranda dont tombe amoureux Pierre Blanchar.

La mise en scène de Pierre Chenal est dès lors beaucoup plus renfermée sur ses personnages, à l'image d'une scène sublime où Blanchar revient dans sa famille d'origine, impérial et autoritaire - à peine peut-on croire qu'il s'agit du même personnage -, magnifiquement éclairée dans un clair-obscur d'outre tombe (il est censé être mort), en contre plongée.

On l'imagine, seule la fin est assez conventionnelle, car inéluctable. Elle ne gâche toutefois pas le plaisir que l'on prend à regarder ce très beau film d'avant-guerre, édité en DVD chez René Chateau.
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