En quelques mots : A Honfleur, une épouvantable sensation de mystère entoure les membres d'une même famille : un riche banquier et son cousin éclusier reçoivent des petits cercueils au courrier et se pensent persécutés par un certain Edgar. Lorsque le premier est assassiné dans son bureau, chacun se demande qui sera le prochain.
Les violents est un des derniers films réalisés pour le cinéma par Henri Calef, l'excellent metteur en scène de Jericho (1946), des Chouans (1947), de La maison sous la mer (1947) et des Eaux troubles (1949). Fidèle à ses envies, il place l'action de son film en Normandie, dans le petit port de Honfleur. Réputé pour sa beauté, il est ici constamment filmé de nuit, noyé dans le brouillard et dans une atmosphère pesante. Comme dans la plupart de ses films, Henri Calef soigne particulièrement l'ouverture, digne des meilleurs films noirs du cinéma français : la nuit, un éclusier au travail qui aperçoit une ombre derrière lui, quelques bruits. Des silences. Des regards angoissés et une superbe partition de Marcel Landowski nous font penser qu'il sera difficile de décrocher avant la dernière minute ; un caractère inéluctable qui était, du reste, l'argument commercial du film à sa sortie. Hélas, si la première demi-heure est réellement intéressante et intrigante, l'arrivée de Paul Meurisse - originellement une ombre mystérieuse - et la succession inexpliquée d'événements, rendent le scénario incompréhensible pendant l'heure suivante. Le dénouement lève une grande part du mystère, certes, mais se calibre dans une décevant banalité et ne parvient pas à faire oublier les invraisemblances.
Pourtant, il y a quelque chose de fascinant dans Les violents. L'interprétation est de haute volée, comme toujours chez Henri Calef, avec Fernand Ledoux, l'un des plus grands acteurs du cinéma français (qui termina d'ailleurs sa vie à côté de Honfleur), et Paul Meurisse en tête d'affiche, une très jolie Françoise Fabian et les impeccables Jean Brochard et René Havard. Junie Astor, quant à elle, n'est qu'une comparse sans relief, hélas. Filmée dans le dyaliscope de la fin des années 1950, cette enquête policière est à découvrir pour l'incroyable sensation de malaise qui se dégage des plans larges, mélange de moiteur et d'épouvante, où on ne sait jamais ce qu'il peut arriver.
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jeudi 12 décembre 2013
lundi 18 mars 2013
"BAL CUPIDON" (de Marc-Gilbert Sauvageon, 1949)
En quelques mots : Un vieil homme riche et malade est retrouvé assassiné dans le bureau du directeur d'un cabaret de nuit. Une jeune avocate, Isabelle, et un juge sont chargés de l'affaire. Pour mener l'enquête, le détective Flip est assurément le meilleur. Problème, Isabelle vient de le condamner à de la prison ferme pour conduite en état d'ivresse !
Charmante trouvaille de la collection Les films du collectionneur, Bal Cupidon (rebaptisé pour l'occasion par le distributeur Le bal de Cupidon) est une comédie policière très classique, menée avec charme et humour par un joli duo Pierre Blanchar - Simone Renant, le premier, souvent décrié pour son jeu monolithique et démodé, étant curieusement l'atout comique du film. Il incarne un personnage que l'on retrouve régulièrement dans le cinéma français et américain, le détective privé nonchalant, gentleman, farceur et cynique quand il faut l'être - et grand amateur de femmes, cela va sans dire (Dis donc, ça n'a pas l'air d'aller très fort tous les deux ! - Ça va on ne peut plus mal. Vous verrez que ça finira par un mariage !). Simone Renant, charmante à souhait, transforme petit à petit l'avocate froide et distante qu'elle est en belle femme débridée et aimante. Yves Vincent complète le casting, dans le rôle important mais ingrat du méchant patron de cabaret. En vieillard antipathique, Henri Crémieux est quasi invisible ; André Bervil s'en sort à peine mieux dans un rôle clef.
Bal Cupidon n'est pas un grand film oublié - la mise en scène de Marc-Gilbert Sauvageon est terriblement datée (insupportable séquence des témoins filmés à la suite en contre plongée), la musique de Jean Marion pas très originale, le début laborieux - mais il y a quelque chose de réjouissant à visionner cette comédie policière, à l'image de cette scène de bagarre générale dans le cabaret ou des répliques cinglantes de Pierre Blanchar. Un temps, on s'imagine même que ça va durer jusqu'au bout. Hélas, la fin retombe dans des travers de banalité que parviennent tout juste à sauver les fantaisies du couple vedette.
jeudi 7 mars 2013
"LES CAVES DU MAJESTIC" (de Richard Pottier, 1945)
En quelques mots : Monsieur et Madame Petersen passent quelques jours de vacances au palace Majestic, à Paris. Quand le mari s'envole pour Rome, son épouse et sa secrétaire, qui ne peuvent s'entendre, restent seules avec l'enfant du couple. Le lendemain matin, quand un employé des cuisines ouvre son casier, il découvre le corps mort de Madame Petersen, étranglée. Le commissaire Maigret est chargé de l'enquête.
Albert Préjean en commissaire Maigret, voilà qui continue de faire jaser aujourd'hui ; certains ne peuvent regarder les trois films sans maugréer dans leur coin ; d'autres s'en font un véritable plaisir coupable - et j'en suis ! Dans son Simenon à l'écran (1992), Claude Gauteur, plutôt dur contre les trois adaptations de la Continental, rappelle la phrase de Jacques Siclier : [avec Albert Préjean] de Maigret il ne restait que la pipe ! René Clair, plus gentil, se contente de résumer à sa façon la situation : Il change, à coup sûr, la nature de l'oeuvre qu'il est chargé d'interpréter, mais nous avons pas à nous plaindre, car il a toujours la même séduction. Certes, les lecteurs assidus des romans du célèbre directeur de la Police Judiciaire ne retrouvent pas l'épaisse charpente du commissaire sous les traits du sportif et souriant Albert Préjean, mais il faut lui reconnaître le mérite de ne pas sombrer dans ce que Claude Gauteur qualifie d'ersatz de privé américain. On est loin de Nestor "Dynamite" Burma. Quoique parfois ...
Dernier film produit par la Continental, Les Caves du Majestic fut tourné en février 1944, dans un contexte particulier, rappelé en partie dans le film de Bertrand Tavernier, Laissez-Passer (2002). Le scénariste Charles Spaak était emprisonné à Fresnes et surveillé par la Gestapo qui refusa de le libérer pour ses obligations professionnelles : ainsi, il écrivit les dialogues du film en prison, jour après jour, dans des conditions très difficiles. Lui qui ne mangeait pas à sa faim prit un plaisir quasi masochiste à multiplier les séquences culinaires - ainsi des dialogues inutiles sur les sauces avec le chef du Majestic ou de la recette alléchante du lapin dans la maison de Arthur Donge, sans parler du fastueux dîner final, où les deux convives ne mangent rien ! Les Caves du Majestic ne fut distribué au cinéma que l'année suivante, en août 1945, par la nouvelle Union Générale Cinématographique (UGC).
Évoquer ce film policier nous oblige à parler de la grande Histoire, mais il ne faudrait pas oublier la petite. Qu'en est-il finalement de ces caves de palace ? Il faut reconnaître que cette intrigue policière est très agréable à suivre, dans la veine identique de Picpus (Pottier, 1943) et Cécile est morte (Tourneur, 1944), et qu'elle maintient son suspens jusqu'à la dernière seconde, avec une pléiade de bons seconds rôles : de Suzy Prim en épouse assassinée à Charpin en juge d'instruction (peut-être pas son meilleur rôle) en passant par Jacques Baumer, René Génin et Denise Grey. Sans oublier l'excellent André Gabriello en fidèle Lucas dont les élans bégayants pourraient bien devenir cultes. C'est immmmpressssionnnant ! A noter un très beau plan-séquence dans les cuisines du palace.
Albert Préjean en commissaire Maigret, voilà qui continue de faire jaser aujourd'hui ; certains ne peuvent regarder les trois films sans maugréer dans leur coin ; d'autres s'en font un véritable plaisir coupable - et j'en suis ! Dans son Simenon à l'écran (1992), Claude Gauteur, plutôt dur contre les trois adaptations de la Continental, rappelle la phrase de Jacques Siclier : [avec Albert Préjean] de Maigret il ne restait que la pipe ! René Clair, plus gentil, se contente de résumer à sa façon la situation : Il change, à coup sûr, la nature de l'oeuvre qu'il est chargé d'interpréter, mais nous avons pas à nous plaindre, car il a toujours la même séduction. Certes, les lecteurs assidus des romans du célèbre directeur de la Police Judiciaire ne retrouvent pas l'épaisse charpente du commissaire sous les traits du sportif et souriant Albert Préjean, mais il faut lui reconnaître le mérite de ne pas sombrer dans ce que Claude Gauteur qualifie d'ersatz de privé américain. On est loin de Nestor "Dynamite" Burma. Quoique parfois ...
Dernier film produit par la Continental, Les Caves du Majestic fut tourné en février 1944, dans un contexte particulier, rappelé en partie dans le film de Bertrand Tavernier, Laissez-Passer (2002). Le scénariste Charles Spaak était emprisonné à Fresnes et surveillé par la Gestapo qui refusa de le libérer pour ses obligations professionnelles : ainsi, il écrivit les dialogues du film en prison, jour après jour, dans des conditions très difficiles. Lui qui ne mangeait pas à sa faim prit un plaisir quasi masochiste à multiplier les séquences culinaires - ainsi des dialogues inutiles sur les sauces avec le chef du Majestic ou de la recette alléchante du lapin dans la maison de Arthur Donge, sans parler du fastueux dîner final, où les deux convives ne mangent rien ! Les Caves du Majestic ne fut distribué au cinéma que l'année suivante, en août 1945, par la nouvelle Union Générale Cinématographique (UGC).
Évoquer ce film policier nous oblige à parler de la grande Histoire, mais il ne faudrait pas oublier la petite. Qu'en est-il finalement de ces caves de palace ? Il faut reconnaître que cette intrigue policière est très agréable à suivre, dans la veine identique de Picpus (Pottier, 1943) et Cécile est morte (Tourneur, 1944), et qu'elle maintient son suspens jusqu'à la dernière seconde, avec une pléiade de bons seconds rôles : de Suzy Prim en épouse assassinée à Charpin en juge d'instruction (peut-être pas son meilleur rôle) en passant par Jacques Baumer, René Génin et Denise Grey. Sans oublier l'excellent André Gabriello en fidèle Lucas dont les élans bégayants pourraient bien devenir cultes. C'est immmmpressssionnnant ! A noter un très beau plan-séquence dans les cuisines du palace.
samedi 19 janvier 2013
"LE CHIEN JAUNE" (de Jean Tarride, 1932)
En quelques mots : A Concarneau. Après une soirée arrosée, un notable sort du bistrot, tente d'allumer un cigare et reçoit une balle dans le ventre quand il s'approche d'une maison abandonnée. Le commissaire Maigret, chargé de l'enquête, rencontrent les amis de la victime, lesquels découvrent le soir-même un mystérieux mot : A qui le tour ? La panique s'empare des habitants.
Le chien jaune est l'adaptation du roman éponyme de George Simenon, écrit et publié en 1931, et la seconde transposition à l'écran du célèbre personnage, la même année que La nuit du carrefour avec Pierre Renoir. Le roman, bien qu'assez simple, reste un très bon policier et garde son suspens jusqu'aux pages finales, aussi laconiques que le vieux Jules Maigret. C'est sûrement ce génie de la simplicité, du banal, qui accorde à l'auteur son immense succès, jamais démenti, et bien difficile à transposer au cinéma. D'ailleurs, les adaptations suivantes ne s'y trompèrent pas et proposèrent quelque chose d'autre : la fluidité des enquêtes teintées des caractères comiques des seconds rôles dans les Maigret avec Albert Préjean (Picpus, Cécile est morte), l'évocation sociale du Paris et de la France des années 1950 dans les Maigret avec Jean Gabin (Maigret tend un piège, L'affaire Saint-Fiacre). Tout le problème du Chien jaune est qu'il manque d'une ambition extérieure à l'intrigue policière - pas même celle du divertissement.
Claude Beylie et Philippe d'Hugues dans leurs Oubliés du cinéma français sont généreux concernant l'interprétation d'Abel Tarride (père du réalisateur) en commissaire Maigret, qu'ils jugent convaincante. Georges Simenon fut plus réservé quant à ce personnage mou ayant l'air d'un animal en baudruche. Si la stature silencieuse du comédien sied bien au policier, sa démarche tassée et ses airs gourds font de lui un inspecteur provincial tout ce qu'il y a de plus commun. Restent les seconds rôles, comme toujours, pour apporter un peu de vie à cette adaptation pâlotte, Robert Le Vigan en tête, hélas sous-exploité.
L'enquête du roman, pourtant intéressante et facile à adapter, est ramenée à une accumulation de scènes où le policier subit l'action au lieu de s'y intéresser, finissant par résoudre l'intrigue avec une incohérence dommageable - il est bien le seul à avoir compris quelque chose. La panique des habitants d'un village, l'image d'un chien comme annonciateur de la mort, le brouhaha des journalistes qui font du bistrot une salle de presse ne sont pas considérées dans le film, hélas. La mise en scène n'y fait rien, seules quelques jolies séquences extérieures et une tentative de restitution de l'ambiance brumeuse de l'univers Simenonien peuvent convaincre, à la limite.
Le chien jaune est l'adaptation du roman éponyme de George Simenon, écrit et publié en 1931, et la seconde transposition à l'écran du célèbre personnage, la même année que La nuit du carrefour avec Pierre Renoir. Le roman, bien qu'assez simple, reste un très bon policier et garde son suspens jusqu'aux pages finales, aussi laconiques que le vieux Jules Maigret. C'est sûrement ce génie de la simplicité, du banal, qui accorde à l'auteur son immense succès, jamais démenti, et bien difficile à transposer au cinéma. D'ailleurs, les adaptations suivantes ne s'y trompèrent pas et proposèrent quelque chose d'autre : la fluidité des enquêtes teintées des caractères comiques des seconds rôles dans les Maigret avec Albert Préjean (Picpus, Cécile est morte), l'évocation sociale du Paris et de la France des années 1950 dans les Maigret avec Jean Gabin (Maigret tend un piège, L'affaire Saint-Fiacre). Tout le problème du Chien jaune est qu'il manque d'une ambition extérieure à l'intrigue policière - pas même celle du divertissement.
Claude Beylie et Philippe d'Hugues dans leurs Oubliés du cinéma français sont généreux concernant l'interprétation d'Abel Tarride (père du réalisateur) en commissaire Maigret, qu'ils jugent convaincante. Georges Simenon fut plus réservé quant à ce personnage mou ayant l'air d'un animal en baudruche. Si la stature silencieuse du comédien sied bien au policier, sa démarche tassée et ses airs gourds font de lui un inspecteur provincial tout ce qu'il y a de plus commun. Restent les seconds rôles, comme toujours, pour apporter un peu de vie à cette adaptation pâlotte, Robert Le Vigan en tête, hélas sous-exploité.
L'enquête du roman, pourtant intéressante et facile à adapter, est ramenée à une accumulation de scènes où le policier subit l'action au lieu de s'y intéresser, finissant par résoudre l'intrigue avec une incohérence dommageable - il est bien le seul à avoir compris quelque chose. La panique des habitants d'un village, l'image d'un chien comme annonciateur de la mort, le brouhaha des journalistes qui font du bistrot une salle de presse ne sont pas considérées dans le film, hélas. La mise en scène n'y fait rien, seules quelques jolies séquences extérieures et une tentative de restitution de l'ambiance brumeuse de l'univers Simenonien peuvent convaincre, à la limite.
jeudi 17 janvier 2013
"L'ASSASSIN A PEUR LA NUIT" (de Jean Delannoy, 1942)
En quelques mots : Après un dernier casse, le séduisant Olivier décide de raccrocher et de se mettre au vert quelques temps, dans le Sud de la France, délaissant sa maîtresse Lola. Il y rencontre un jeune ouvrier, Gilbert, et sa jolie soeur Monique, dont il tombe amoureux. Mais l'appât du gain n'est jamais très loin et, à Paris, un antiquaire tente de faire chanter Lola.
Il y aurait beaucoup à dire sur les titres français de certains films américains de la période classique ; à l'image d'un High Noon (Fred Zinnemann, 1953) transformé en Train sifflera trois fois ou She Wore A Yellow Ribbon (John Ford, 1949) devenu La charge héroïque. Je suis d'ailleurs de ceux qui achètent un film ou une affiche pour un titre qui fait déjà rêver. Combien de fois ais-je fantasmé sur Les aventures du Capitaine Wyatt (Raoul Walsh, 1951) juste pour l'exaltante promesse exotique du titre ? Dans le cas présent, je ne peux que constater ma déception devant ce titre prometteur un rien mensonger : l'assassin en question ne l'est pas vraiment - ou pas comme on voudrait qu'il le soit - et de nuit, il n'y a que la lumière d'une chambre d'hôtel. Evidemment, la nouvelle originale est éponyme, belle excuse, et le titre est cinématographique. Pour autant, n'allez pas croire que mon amertume sur ce film de Jean Delannoy n'est liée qu'au titre, ça serait trop simple, mais comme si tout le monde était conscient de sa faiblesse globale, les leurres s'accumulent : jaquette de DVD sur Jules Berry, visage torturé et arme au poing ; Mireille Balin comme star d'un film où elle n'a que quatre scènes.
De fait, L'assassin a peur la nuit est plus un drame sentimental qu'un film policier et après une très bonne ouverture (y compris une petite scène avec deux policiers, géniale), intrigante, bien mise en scène et formidablement éclairée, plus rien ne se passe. On prend plaisir à voir Mireille Balin jouer les femmes fatales, sans éclats, et Jules Berry l'antiquaire fourbe et intéressé ; on suit les aventures amicales puis amoureuses du trio Jean Chevrier/Louise Carletti/Gilbert Gil mais force est de reconnaître qu'il n'y a rien de palpitant. Le film s'étire sur une heure quarante en accumulant les séquences convenues ; seul le geste final du policier pour son prisonnier - lui détacher les menottes pour qu'il puisse saluer sa fiancée - nous sort de notre léthargie volontaire. Restent les décors naturels assez éloignés de l'image grise que l'on peut se faire de l'Occupation.
Jean Delannoy tourna cette adaptation de Pierre Véry (auteur des romans, adaptés au cinéma, Les disparus de Saint-Agil, L'assassinat du Père Noël, Goupi-Mains rouges, Un grand patron ...) en Zone Libre en 1942, trois ans après Macao, l'enfer du jeu. Il semblerait que ce drame ait été pour lui l'occasion de continuer à travailler sans la pression de l'occupant allemand. Du reste, il n'en a jamais gardé un grand souvenir et commença le tournage de Pontcarral, colonel d'empire quelques semaines après.
Il y aurait beaucoup à dire sur les titres français de certains films américains de la période classique ; à l'image d'un High Noon (Fred Zinnemann, 1953) transformé en Train sifflera trois fois ou She Wore A Yellow Ribbon (John Ford, 1949) devenu La charge héroïque. Je suis d'ailleurs de ceux qui achètent un film ou une affiche pour un titre qui fait déjà rêver. Combien de fois ais-je fantasmé sur Les aventures du Capitaine Wyatt (Raoul Walsh, 1951) juste pour l'exaltante promesse exotique du titre ? Dans le cas présent, je ne peux que constater ma déception devant ce titre prometteur un rien mensonger : l'assassin en question ne l'est pas vraiment - ou pas comme on voudrait qu'il le soit - et de nuit, il n'y a que la lumière d'une chambre d'hôtel. Evidemment, la nouvelle originale est éponyme, belle excuse, et le titre est cinématographique. Pour autant, n'allez pas croire que mon amertume sur ce film de Jean Delannoy n'est liée qu'au titre, ça serait trop simple, mais comme si tout le monde était conscient de sa faiblesse globale, les leurres s'accumulent : jaquette de DVD sur Jules Berry, visage torturé et arme au poing ; Mireille Balin comme star d'un film où elle n'a que quatre scènes.
De fait, L'assassin a peur la nuit est plus un drame sentimental qu'un film policier et après une très bonne ouverture (y compris une petite scène avec deux policiers, géniale), intrigante, bien mise en scène et formidablement éclairée, plus rien ne se passe. On prend plaisir à voir Mireille Balin jouer les femmes fatales, sans éclats, et Jules Berry l'antiquaire fourbe et intéressé ; on suit les aventures amicales puis amoureuses du trio Jean Chevrier/Louise Carletti/Gilbert Gil mais force est de reconnaître qu'il n'y a rien de palpitant. Le film s'étire sur une heure quarante en accumulant les séquences convenues ; seul le geste final du policier pour son prisonnier - lui détacher les menottes pour qu'il puisse saluer sa fiancée - nous sort de notre léthargie volontaire. Restent les décors naturels assez éloignés de l'image grise que l'on peut se faire de l'Occupation.
Jean Delannoy tourna cette adaptation de Pierre Véry (auteur des romans, adaptés au cinéma, Les disparus de Saint-Agil, L'assassinat du Père Noël, Goupi-Mains rouges, Un grand patron ...) en Zone Libre en 1942, trois ans après Macao, l'enfer du jeu. Il semblerait que ce drame ait été pour lui l'occasion de continuer à travailler sans la pression de l'occupant allemand. Du reste, il n'en a jamais gardé un grand souvenir et commença le tournage de Pontcarral, colonel d'empire quelques semaines après.
lundi 14 janvier 2013
"PICPUS" (de Richard Pottier, 1943)
En quelques mots : Alors qu'il est en vacances incognito et ne souhaite pas être dérangé, le commissaire Maigret doit reprendre du service : une femme qui vient de déménager a retrouvé un cadavre dans son armoire. Le lendemain, elle est assassinée après que l'assassin a prévenu de son crime dans les journaux, signé Picpus.
Picpus est le premier opus de la trilogie Maigret avec Albert Préjean dans le rôle du célèbre commissaire, avant Cécile est morte (Maurice Tourneur, 1944) et Les caves du Majestic (Richard Pottier, 1944), produite par la Continental-Films. Au casting donc, on retrouve des têtes que nous aimons : Jean Tissier en doux excentrique, Noël Roquevert comme écrivain en mal d'inspiration, Pierre Palau en médecin légiste, Edouard Delmont en vieux fou - des amis de la famille en somme, dans leurs rôles de prédilection. Mais il faut s'arrêter sur celui, peut-être moins connu, qui s'impose aux côtés de Albert Préjean, André Gabriello, en inspecteur lourdingue au vif débit de paroles et qui ponctue toutes ses phrases d'un C'est immmmpressiooonnnant ! Un régal !
L'adaptation de Jean-Paul Le Chanois reste très efficace, autant que la mise en scène de Richard Pottier qui utilise au début du film, pour résumer les faits au commissaire Maigret qui conduit une voiture, un petit encadré où défilent des images ; une sorte de split screen avant l'heure, assez rare au cinéma avant les années 1960 ! De Paris à la Bretagne, Albert Préjean poursuit son enquête avec le sourire au coin des lèvres tout en gardant sa classe dans les situations les plus excentriques - à l'image de la coiffe indienne qu'il porte lors d'un gala de charité (dans Cécile est morte, on se souvient d'une poursuite en tandem !). Les dialogues permettent à tous les acteurs secondaires de faire leur petit numéro avec talent. Classique mais efficace.
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| La foule se presse voir Picpus lors de sa sortie au cinéma Normandie à Paris(1943) |
dimanche 13 janvier 2013
"JUSTIN DE MARSEILLE" (de Maurice Tourneur, 1935)
En quelques mots : Marseille, dans les années 1930. Justin est le sympathique chef d'une bande de trafiquants, l'enfant du pays, respecté de tous. Il est depuis quelques temps concurrencé par un italien, Esposito, qui ne recule devant rien pour prendre le contrôle de la ville. Au milieu des deux bandes rivales, les habitants, un journaliste parisien et une jolie femme qui cherche l'amour.
Étonnante découverte du coffret Maurice Tourneur (Pathé, 2012), Justin de Marseille commence presque comme un reportage, avec une fanfare sur le Vieux Port et un homme, le marseillais éternel, qui vante à un journaliste parisien les mérites de sa ville, que quand on y est venu une fois, on ne peut plus en repartir, que la presse exagère toujours tout, que les journalistes viennent y chercher Chicago et que tout ça, c'est la faute du soleil, peuchère ! Près de 80 ans après la sortie du film, Jean-Claude Gaudin ne dirait pas autre chose si on lui posait une question similaire. Peut-être trouverait-il matière à justifier que le film fut produit aussi parce que le scénariste, Carlo Rim, trouva un défenseur de poids en la personne de Paul Carbone, grande figure du Milieu marseillais des années 1930. Ce dernier fut par ailleurs source d'inspiration d'un autre film de gangster à Marseille, Borsalino, avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Jolie réussite de Jacques Deray, le film souffre pourtant, quand on y repense, d'un manque de pittoresque lié aux accents et au décor.
Le réalisme est omniprésent dans l'oeuvre de Maurice Tourneur et ses films des années 1930 permettent de se replonger dans une époque. Justin de Marseille offre alors de magnifiques plans de la cité phocéenne, de son port, de ses ruelles, de ses commerçantes de rue (qui ne sont pas des actrices), de son conducteur de tramway qui siffle, de son restaurant d'où l'on peut entendre le débutant Tino Rossi ou de ses bateaux qui arrivent et repartent. Les acteurs apportent une part non négligeable de leur talent à ce réalisme : Pierre Larquey en bègue, Alexandre Rignault en caïd italien prêt à sortir son flingue à tout moment, et l'excellent Antonin Berval, trop méconnu, qui campe un Justin jubilatoire avec une violence et une intelligence masquée derrière la galéjade. Là encore, comme dans Au nom de la loi (1932), on pense aux influences américaines dans la mise en scène de certaines séquences (le braquage dans le port), manifestées par un clin d'oeil direct à Scarface (avec l'accent, s'il vous plaît), mais elle s'arrêtent dès lors que Maurice Tourneur insuffle la décontraction provençale dans l'action policière : en témoignent les formidables scènes de l'enterrement ou du policier qui s'arrête faire le plein lors d'une poursuite !
Un polar provençal, ce n'est pas courant. Et il faut ajouter au crédit du scénariste de faire de son film un reflet de son époque ; en témoignent les Chinois qui se font voler de l'opium.
Dans le bonus du DVD, un entretien avec Bertrand Tavernier apporte la solution à ce mystère : des Chinois (au même titre que des Indiens du RAJ, par ailleurs), furent payés pour venir en France lors de la Première Guerre Mondiale. Celle-ci terminée, certains se fixèrent à Paris - naissance du célèbre quartier chinois -, d'autres sur le chemin du retour s'arrêtèrent à Marseille. Cela donne dans le film une formidable scène avec Aimos, dit le Fada, personnage important dans tous les films du genre et qui apporte bien souvent la solution, comme un indicateur, ici avec une pointe d'humour. On notera aussi la manière dont Maurice Tourneur envisage le duel final entre les deux rivaux, entièrement en ellipse avec un superbe travail sur le son (pour un film qui date de 1935 !), s'en s'arrêter sur le dénouement, pourtant essentiel, que l'on découvre au hasard d'une scène. Cette trouvaille déconcertante de prime abord est l'une des plus belles du film. La conclusion poétique est terriblement française, romantique et urbaine, avec un mouvement de caméra toujours utilisé aujourd'hui.
Avec Justin de Marseille, qui mérite d'être (re)découvert par tous, Maurice Tourneur, réalisateur parisien par excellence, offre un regard inédit et juste sur la cité phocéenne, loin de toutes les histoires qui firent la gloire de Marcel Pagnol et imposèrent une vision débonnaire de personnages pittoresques - incarnés par Raimu, Charpin et les autres. On ne peut d'ailleurs s'y tromper, Antonin Berval ne fut pas de cette autre équipe talentueuse. Hélas !
jeudi 10 janvier 2013
"L'HOMME A L’IMPERMÉABLE" (de Julien Duvivier, 1957)
En quelques mots : Puisque sa femme est partie quelques jours auprès d'un parent malade, le brave Albert Constantin, musicien au Théâtre du Châtelet, s'abandonne à visiter une jolie jeune fille à Montmartre. Mais il n'a pas le temps de s'en aller qu'elle est mystérieusement assassinée dans sa salle de bain. Le lendemain, le voisin de la défunte retrouve Albert et lui demande de l'argent en échange de son silence.
François Truffaut écrivit à la sortie du film que Fernandel ne le faisait plus rire, contrairement à un public moins exigeant, mais plus nombreux, qui continuait de se gondoler devant les pitreries de l'acteur marseillais. Étrange critique, car il serait d'autant plus faux d'affirmer ici qu'il s'agit d'une énième fernandelânerie sans mise en scène et sans histoire. Après une adaptation de Zola (Pot-Bouille, 1957), Julien Duvivier signa avec René Barjavel l'adaptation de ce roman policier de James Hadley Chase, sur un ton comique. Pas tout à fait comédie policière ni sombre polar, L'homme à l'imperméable mélange les genres. Fernandel, étonnant de retenue, y interprète un musicien du Théâtre du Châtelet qui fait la difficile expérience de l'infidélité, ou de l'intention - l'équipe tourna d'ailleurs plusieurs scènes dans les lieux qui étaient occupés par les membres de l'opérette Méditerranée, Fernandel se maquillant le jour dans la loge qu'occupait son ami Tino Rossi le soir. Après une excellente première partie où s'imposent un Fernandel sérieux et aimant, pris de remords lorsqu'il se retrouve dans la chambre d'une autre femme (la sublime Judith Magre), et un Bernard Blier excellent en maître-chanteur tranquille, le film retombe un peu dans les travers d'une intrigue parallèle pas très palpitante et d'une situation qui s'étire trop longtemps. Quelques rares moments de plaisir ponctuent cette comédie noire qui ne sait pas sur quel pied danser (la scène de nuit sous le pont est révélatrice de ce problème) et la fin, convenue, n'arrange rien. Le film jouit aujourd'hui d'une jolie popularité et j'avoue qu'elle me semble un poil surestimée. Si la mise en scène de Julien Duvivier est impeccable (avec une jolie photographie de la nuit) et l'interprétation sans fautes, il manque un petit quelque chose pour accrocher définitivement.
"120, RUE DE LA GARE" (de Jacques Daniel-Norman, 1946)
En quelques mots : Un petit cambrioleur découvre, lors d'un méfait, un homme mourant qu'il aide à aller jusqu'à l'hôpital. Par coïncidence, il est soutenu par le fameux détective Nestor Burma à qui le défunt lègue son testament, une mystérieuse adresse : 120, rue de la Gare. Aidé par deux amis journalistes et une nouvelle secrétaire intrépide, Burma mène l'enquête et découvre rapidement qu'il n'est pas le seul.
Un de mes meilleurs souvenirs de lycée reste encore la découverte de la réjouissante adaptation en bande-dessinée de 120, rue de la gare, de Léo Malet, par le dessinateur Tardi. L'univers sombre de ce dernier avait quelque chose de jubilatoire mêlé aux aventures du détective de choc, dans un style graphique proche de l'excellent Ici Même (1979), que j'adorais autant. C'est donc avec plaisir que j'ai regardé l'adaptation au cinéma de ce roman publié en 1943, et qui aurait dû être tourné avant la fin de la guerre. Claude Beylie et Philippe d'Hugues, qui défendent ce film et son réalisateur oublié, rappellent même que la censure de Vichy présenta ses exigences : que l'assassin ne soit pas un avocat, que l'amnésique ne soit pas un prisonnier de guerre, que les cadavres ne soient pas montrés avec insistance ... (1) Pour des raisons de calendrier, le film ne fut réalisé qu'après la Libération, en 1945, et distribué l'année suivante. Étonnamment, le succès critique et public ne furent pas au rendez-vous.
Il faudrait pourtant redécouvrir ce polar tout à fait passionnant - chose possible grâce à une édition DVD chez René Chateau. Malgré un début un peu laborieux et une intrigue qui semble incohérente, l'entrée en scène de tous les personnages organise une vaste enquête menée tambour battant, avec un Nestor Burma inscrit dans la lignée des héros bondissants du cinéma français, qui s'écrit Dynamite ! avant de balancer des coups de poings, gifle les dames et joue avec son chapeau selon son humeur. René Dary, star de l'Occupation mais un peu oubliée aujourd'hui, l'incarne avec grand bonheur. Face à la délicieuse Sophie Desmarets et les excellents Albert Dinan et Jean Parédès, le détective est plus d'inspiration américaine que française (on est loin de la bonhomie de Maigret). Les dialogues sont très bien écrits, souvent drôles, et ne sacrifient pas à une intrigue qui garde son suspens jusqu'au bout. La mise en scène pénible au début (un problème de cadrage, peut-être dû au transfert vidéo) s'améliore dès lors que Nestor Burma court entre Lyon et Paris pour trouver la solution de l'énigme 120, rue de la gare. Le scénario ellipse tout contexte d'Occupation, ce qui est peut-être regrettable, mais ne gâche pas le plaisir de savourer les aventures du détective à la dynamite !
(1) : Beylie, C. et d'Hugues, P., Les oubliés du cinéma français, Paris, Editions du Cerf, 1999, p. 297-300.
Un de mes meilleurs souvenirs de lycée reste encore la découverte de la réjouissante adaptation en bande-dessinée de 120, rue de la gare, de Léo Malet, par le dessinateur Tardi. L'univers sombre de ce dernier avait quelque chose de jubilatoire mêlé aux aventures du détective de choc, dans un style graphique proche de l'excellent Ici Même (1979), que j'adorais autant. C'est donc avec plaisir que j'ai regardé l'adaptation au cinéma de ce roman publié en 1943, et qui aurait dû être tourné avant la fin de la guerre. Claude Beylie et Philippe d'Hugues, qui défendent ce film et son réalisateur oublié, rappellent même que la censure de Vichy présenta ses exigences : que l'assassin ne soit pas un avocat, que l'amnésique ne soit pas un prisonnier de guerre, que les cadavres ne soient pas montrés avec insistance ... (1) Pour des raisons de calendrier, le film ne fut réalisé qu'après la Libération, en 1945, et distribué l'année suivante. Étonnamment, le succès critique et public ne furent pas au rendez-vous.
Il faudrait pourtant redécouvrir ce polar tout à fait passionnant - chose possible grâce à une édition DVD chez René Chateau. Malgré un début un peu laborieux et une intrigue qui semble incohérente, l'entrée en scène de tous les personnages organise une vaste enquête menée tambour battant, avec un Nestor Burma inscrit dans la lignée des héros bondissants du cinéma français, qui s'écrit Dynamite ! avant de balancer des coups de poings, gifle les dames et joue avec son chapeau selon son humeur. René Dary, star de l'Occupation mais un peu oubliée aujourd'hui, l'incarne avec grand bonheur. Face à la délicieuse Sophie Desmarets et les excellents Albert Dinan et Jean Parédès, le détective est plus d'inspiration américaine que française (on est loin de la bonhomie de Maigret). Les dialogues sont très bien écrits, souvent drôles, et ne sacrifient pas à une intrigue qui garde son suspens jusqu'au bout. La mise en scène pénible au début (un problème de cadrage, peut-être dû au transfert vidéo) s'améliore dès lors que Nestor Burma court entre Lyon et Paris pour trouver la solution de l'énigme 120, rue de la gare. Le scénario ellipse tout contexte d'Occupation, ce qui est peut-être regrettable, mais ne gâche pas le plaisir de savourer les aventures du détective à la dynamite !
(1) : Beylie, C. et d'Hugues, P., Les oubliés du cinéma français, Paris, Editions du Cerf, 1999, p. 297-300.
samedi 29 décembre 2012
"LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE" (de Marcel L'Herbier, 1930)
En quelques mots : Alors qu'elle s'apprête à se marier, Mathilde Stangerson reçoit un bouquet de camélias accompagné de quelques mots troublants. Quand elle rejoint le château familial avec son père, elle est victime d'une tentative d'assassinat dans la chambre jaune. Problème : personne n'a pu y entrer ou en sortir et le criminel a disparu. Le policier Larsan mène l'enquête quand débarque le jeune Rouletabille.
Troisième adaptation du roman de Gaston Leroux au cinéma, Le mystère de la chambre jaune de Marcel L'Herbier est le premier à être sonorisé. Il n'y a pas longtemps que l'on parle sur grand écran en 1930 et le générique très original est un formidable document historique : de manière scénarisée, il montre comment et par qui sont enregistrés l'image et le son, qui s'occupe de la direction d'acteur et qui va apparaître à l'écran - sorte de bande-annonce qui promet au spectateur un grand spectacle avec les moyens les plus modernes, un prologue que l'on retrouvera de façon plus comique chez Sacha Guitry quelques années plus tard (dans La Poison notamment).
Pour adapter ce roman en quasi huit-clos, Marcel L'Herbier choisit des décors de studio qui lui permettent de jouer avec les ombres et les lumières et de créer un climat propice au suspens de l'intrigue - lequel met pourtant du temps à se mettre en place, non sans une longue séquence assez énigmatique qui peut perturber les réflexes du spectateur, un rien perdu. Il faut dire que le jeu théâtral, terriblement démonstratif, de l'actrice principale, au coeur de toutes les attentions, Huguette Duflos, n'arrange rien, et il faut tout l'abattage sympathique de Roland Toutain en reporter Rouletabille pour s'intéresser à l'enquête.
Dès lors mon avis se scinde - la mise en scène, les cadrages et la photographie sont soignés, on pense parfois à l'expressionnisme allemand (au début particulièrement où la caméra subjective et les grands décors froids et sombres rappellent la noirceur de Fritz Lang), et si certains acteurs (Toutain, Belières, Vibert) apportent du rythme à cette aventure, d'autres (Duflos, Van Daële) l'enfoncent dans un théâtre filmé qui fait ressortir tous les défauts des débuts du cinéma parlant. L'heure quarante que dure le film est probablement imputable de quelques scènes pénibles.
On ne peut toutefois que saluer Les documents cinématographiques qui ont sortis un très beau coffret Rouletabille avec, en outre, la suite des aventures du reporter, Le parfum de la dame en noir (1931). Hélas, ce Mystère de la chambre jaune est un peu daté et rebutera les moins téméraires, seuls les cinéphiles s'en délecteront.
vendredi 7 décembre 2012
"FANTÔMAS CONTRE FANTÔMAS" (de Robert Vernay, 1949)
En quelques mots : La France vit à nouveau sous le joug de Fantômas qui envoie désormais des hommes et des femmes à sa place pour commettre ses forfaits. Préalablement rendus fous, ils sont arrêtés mais ne peuvent témoigner. Un médecin célèbre qui se vantait de pouvoir changer l'âme des hommes a disparu. Est-ce Fantômas ? Est-il un complice du génie du crime ? Ou assiste-t-on un affrontement entre deux êtres maléfiques ? Juve et Fandor mènent l'enquête.
Deux ans après le Fantômas de Jean Sacha avec Simone Signoret et Marcel Herrand, que j'avais trouvé assez mauvais, c'est au tour de Robert Vernay de mettre en scène une nouvelle adaptation de l'oeuvre de Marcel Allain et Pierre Souvestre, toujours avec l'excellent Alexandre Rignault en inspecteur Juve. Celui-ci fait presque figure de comparse, tout comme Fantômas d'ailleurs, laissant grande place à Fandor (Yves Furet) et Marcelle Chantal dans un rôle fort peu intéressant. On se réjouira de retrouver quelques seconds rôles savoureux à l'image de Marcel Pérès en aubergiste inconditionnel de la musique militaire !
Si le film peine à imposer son rythme avec une grosse demi-heure emprunte d'ennui et de mystère, Fantômas contre Fantômas devient attrayant dès lors que Juve et Fandor ont trouvé la piste du malfaiteur. Tourné en 1949, le film porte les stigmates d'une période sombre qui se termine juste et dont les français subissent encore les conséquences; ainsi on retrouve un personnage de médecin fou qui pratique des expériences sur les humains, une thématique hélas inspirée de la réalité (Josef Mangele ou Marcel Petiot pour la France) qui sera l'objet de nombreux films. Fantômas lui-même est représenté comme un continuateur de la barbarie de l'ancien Occupant en rachetant un vieux laboratoire de tortures de la Gestapo (avec prisons et piscine d'acide sulfurique) où il déclare "A ce point-là, le crime atteint au lyrisme, à la poésie pure. Je ne fais pas de politique mais je rends hommage ! Je suis sensible à cette trouvaille comme un poème de Prévert." Ce nouvel aspect revisité du personnage le rend encore plus terrifiant, surtout qu'on ne le voit presque pas et qu'il ne cache jamais son visage sous un masque (très bon Maurice Teynac).
De film policier, Fantômas contre Fantômas offre de belles séquences assez originales; ainsi après un meurtre de sang froid dans un hôpital, on assiste à une course poursuite derrière un corbillard, le tout filmé comme un burlesque américain des années 20 ! Basé sur le cerveau de l'homme, le film fait montre de jolies scènes oniriques effrayantes (la mère qui revoit son petit garçon assassiné). Entre drame pur, enquête policière et morceaux comiques, cette aventure du génie du crime laisse sans voix, et on passe aisément les faiblesses de la narration pour ne retenir qu'une curiosité à découvrir !
Deux ans après le Fantômas de Jean Sacha avec Simone Signoret et Marcel Herrand, que j'avais trouvé assez mauvais, c'est au tour de Robert Vernay de mettre en scène une nouvelle adaptation de l'oeuvre de Marcel Allain et Pierre Souvestre, toujours avec l'excellent Alexandre Rignault en inspecteur Juve. Celui-ci fait presque figure de comparse, tout comme Fantômas d'ailleurs, laissant grande place à Fandor (Yves Furet) et Marcelle Chantal dans un rôle fort peu intéressant. On se réjouira de retrouver quelques seconds rôles savoureux à l'image de Marcel Pérès en aubergiste inconditionnel de la musique militaire !
Si le film peine à imposer son rythme avec une grosse demi-heure emprunte d'ennui et de mystère, Fantômas contre Fantômas devient attrayant dès lors que Juve et Fandor ont trouvé la piste du malfaiteur. Tourné en 1949, le film porte les stigmates d'une période sombre qui se termine juste et dont les français subissent encore les conséquences; ainsi on retrouve un personnage de médecin fou qui pratique des expériences sur les humains, une thématique hélas inspirée de la réalité (Josef Mangele ou Marcel Petiot pour la France) qui sera l'objet de nombreux films. Fantômas lui-même est représenté comme un continuateur de la barbarie de l'ancien Occupant en rachetant un vieux laboratoire de tortures de la Gestapo (avec prisons et piscine d'acide sulfurique) où il déclare "A ce point-là, le crime atteint au lyrisme, à la poésie pure. Je ne fais pas de politique mais je rends hommage ! Je suis sensible à cette trouvaille comme un poème de Prévert." Ce nouvel aspect revisité du personnage le rend encore plus terrifiant, surtout qu'on ne le voit presque pas et qu'il ne cache jamais son visage sous un masque (très bon Maurice Teynac).
De film policier, Fantômas contre Fantômas offre de belles séquences assez originales; ainsi après un meurtre de sang froid dans un hôpital, on assiste à une course poursuite derrière un corbillard, le tout filmé comme un burlesque américain des années 20 ! Basé sur le cerveau de l'homme, le film fait montre de jolies scènes oniriques effrayantes (la mère qui revoit son petit garçon assassiné). Entre drame pur, enquête policière et morceaux comiques, cette aventure du génie du crime laisse sans voix, et on passe aisément les faiblesses de la narration pour ne retenir qu'une curiosité à découvrir !
dimanche 2 décembre 2012
"L'ALIBI" (de Pierre Chenal, 1938)
En quelques mots : Dans le cabaret où il a un numéro quotidien, le célèbre professeur Winckler retrouve un ancien ennemi américain qu'il assassine froidement dans la nuit. Prévoyant, il s'achète un alibi en la personne de la jolie Hélène, entraineuse dans son club. Hélas pour lui, le commissaire a très vite compris son manège et cherche à prouver par tous les moyens qu'il est bien l'assassin.
Sur un schéma très classique, L'alibi de Pierre Chenal offre de très beaux moments de cinéma grâce à son casting impressionnant et impeccable : Louis Jouvet en commissaire malin et manipulateur, Albert Préjean en gentleman de ces dames pas si alcoolique que ça, Jany Holt en entraineuse scrupuleuse et le génial Erich Von Stroheim en télépathe assassin, qui s'offrait là un de ses premiers rôles dans le cinéma français. Face à d'autres acteurs prestigieux et charismatiques, il écrase de toute sa stature le reste de la distribution, bien que sa voix soit toujours aussi douce - elle devait être un cauchemar pour les opérateurs du son.
Pierre Chenal est un très bon metteur en scène et je découvre ses films avec un grand bonheur jour après jour. S'il n'atteint pas la qualité de L'homme de nulle part (1937) qu'il avait tourné un an auparavant, ce gentil film policier teinté d'humour réjouira les amateurs du genre car il ne présente presque pas de défauts, sinon ceux de l'époque (transparences pénibles), pas même une longueur excessive.
A noter qu'il s'agit, sauf erreur de ma part, du premier film où Louis Jouvet incarne un policier, un rôle qu'il interpréta toujours de la même façon, avec élégance et cynisme pour masquer son caractère manipulateur. Comparse dans L'alibi, il n'en est pas moins parfait à chacune de ses apparitions.
Sur un schéma très classique, L'alibi de Pierre Chenal offre de très beaux moments de cinéma grâce à son casting impressionnant et impeccable : Louis Jouvet en commissaire malin et manipulateur, Albert Préjean en gentleman de ces dames pas si alcoolique que ça, Jany Holt en entraineuse scrupuleuse et le génial Erich Von Stroheim en télépathe assassin, qui s'offrait là un de ses premiers rôles dans le cinéma français. Face à d'autres acteurs prestigieux et charismatiques, il écrase de toute sa stature le reste de la distribution, bien que sa voix soit toujours aussi douce - elle devait être un cauchemar pour les opérateurs du son.
Pierre Chenal est un très bon metteur en scène et je découvre ses films avec un grand bonheur jour après jour. S'il n'atteint pas la qualité de L'homme de nulle part (1937) qu'il avait tourné un an auparavant, ce gentil film policier teinté d'humour réjouira les amateurs du genre car il ne présente presque pas de défauts, sinon ceux de l'époque (transparences pénibles), pas même une longueur excessive.
A noter qu'il s'agit, sauf erreur de ma part, du premier film où Louis Jouvet incarne un policier, un rôle qu'il interpréta toujours de la même façon, avec élégance et cynisme pour masquer son caractère manipulateur. Comparse dans L'alibi, il n'en est pas moins parfait à chacune de ses apparitions.
samedi 17 novembre 2012
"MAIGRET TEND UN PIEGE" (de Jean Delannoy, 1958)
En quelques mots : Un énigmatique tueur de femme sévit dans Paris sans que la police ne possède la moindre piste. Le commissaire Maigret, pris à partie directement par l'assassin, le soupçonne d'être un orgueilleux et se décide à le provoquer en faisant arrêter un faux coupable pour que le vrai agisse à nouveau lors d'une reconstitution. Si il parvient à s'enfuir, un inspecteur observe l'étrange comportement d'une jeune femme...
Première adaptation d'un roman de Georges Simenon avec Jean Gabin dans le rôle du célèbre commissaire, ce film signé du sérieux réalisateur Jean Delannoy connut un très grand succès à sa sortie, à tel point que l'équipe fut presque obligée de rempiler pour un second épisode que j'ai déjà chroniqué sur ce blog, Maigret et l'affaire Saint-Fiacre. J'ai d'ailleurs, curieusement, préféré cette "suite" à ce piège tendu par un Maigret qui ne semble pas très concerné par son affaire. Il faut dire qu'elle n'est pas bien originale et qu'on découvre très vite de quoi il retourne. Les dernières séquences sont toutefois réussies, en cela qu'elles démontrent qu'un responsable n'est pas toujours le coupable, et inversement. Hélas, ce thème est aujourd'hui bien trop éculé pour être original et la mise en scène sage de Delannoy n'impose rien d'autre qu'un académisme parfois redoutable. Restent, heureusement, les savoureux dialogues de Michel Audiard, inspiré.
Pour autant, Maigret tend un piège n'est pas un mauvais film, je dirais même qu'il se suit très agréablement grâce aux comédiens, Gabin en tête. Annie Girardot est toujours très à l'aise, bien plus que Jean Desailly peu crédible en salaud au rire sadique (grotesque). Les seconds rôles, comme souvent, sont les meilleurs : Paulette Dubost en femme d'un boucher incarné par Alfred Adam, Lino Ventura en policier qui se fait mettre à terre en public par une femme (!), Jean Tissier que j'adore ou encore Jean Debucourt, dans son dernier rôle.
Tout ça plaira aux aficionados du commissaire de Simenon et aux amoureux des acteurs du cinéma français. Le DVD est disponible chez René Chateau, dans une bonne copie.
Première adaptation d'un roman de Georges Simenon avec Jean Gabin dans le rôle du célèbre commissaire, ce film signé du sérieux réalisateur Jean Delannoy connut un très grand succès à sa sortie, à tel point que l'équipe fut presque obligée de rempiler pour un second épisode que j'ai déjà chroniqué sur ce blog, Maigret et l'affaire Saint-Fiacre. J'ai d'ailleurs, curieusement, préféré cette "suite" à ce piège tendu par un Maigret qui ne semble pas très concerné par son affaire. Il faut dire qu'elle n'est pas bien originale et qu'on découvre très vite de quoi il retourne. Les dernières séquences sont toutefois réussies, en cela qu'elles démontrent qu'un responsable n'est pas toujours le coupable, et inversement. Hélas, ce thème est aujourd'hui bien trop éculé pour être original et la mise en scène sage de Delannoy n'impose rien d'autre qu'un académisme parfois redoutable. Restent, heureusement, les savoureux dialogues de Michel Audiard, inspiré.
Pour autant, Maigret tend un piège n'est pas un mauvais film, je dirais même qu'il se suit très agréablement grâce aux comédiens, Gabin en tête. Annie Girardot est toujours très à l'aise, bien plus que Jean Desailly peu crédible en salaud au rire sadique (grotesque). Les seconds rôles, comme souvent, sont les meilleurs : Paulette Dubost en femme d'un boucher incarné par Alfred Adam, Lino Ventura en policier qui se fait mettre à terre en public par une femme (!), Jean Tissier que j'adore ou encore Jean Debucourt, dans son dernier rôle.
Tout ça plaira aux aficionados du commissaire de Simenon et aux amoureux des acteurs du cinéma français. Le DVD est disponible chez René Chateau, dans une bonne copie.
Libellés :
1950's,
Alfred Adam,
André Valmy,
Annie Girardot,
Jean Debucourt,
Jean Delannoy,
Jean Desailly,
Jean Gabin,
Jean Tissier,
Lino Ventura,
Michel Audiard,
Paulette Dubost,
Policier
samedi 27 octobre 2012
"ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT" (de Henri Decoin, 1949)
En quelques mots : Il s'en passe des choses entre onze heures et minuit ! Le cadavre d'un avocat est à peine découvert par l'inspecteur Carrel que celui-ci apprend qu'un homme a été tué dans un tunnel et qu'il lui ressemble à s'y méprendre. La nouvelle n'est pas diffusée et le mort réapparaît sous les traits du policier qui va intégrer la pègre et mener son enquête de l'intérieur.
Les premières minutes donnent le tournis et annoncent un film incontournable ! L'introduction en voix-off n'est pas sans en rappeler une autre, celle de La dame d'onze heures, par son originalité de ton ; on y voit en effet un couple sortir du cinéma, septique sur l'existence des sosies, et se retrouver face à leurs doubles. Elle cite en outre de véritables films et acteurs : Edward G. Robinson dans Toute la ville en parle (1935) et ... Louis Jouvet dans Copie conforme ! Il fallait oser.
Lequel Jouvet apparaît quelques minutes plus tard, éclairé par un métro qu'on imagine être le cadre de la scène. Erreur puisqu'il s'agit d'une fenêtre ouverte dans un appartement, formidable idée de mise en scène du réalisateur Henri Decoin, très en forme sur ce film. Je ne me lasserai jamais d'entendre les premiers mots de Jouvet au début d'un film et quelques répliques, signées Henri Jeanson, qui lui vont comme un gant : "Vous m'avez l'air d'être un sacré cheval, vous !" lâche-t-il à la gentille secrétaire d'un avocat assassiné.
Après dix minutes aussi réussies, le reste paraît - il fallait s'y attendre - un peu plus banal, bien que la tenue de ce film soit absolument irréprochable. Mieux qu'un simple polar, le spectateur découvre les éléments de l'enquête en même temps que Louis Jouvet, glissé dans la peau d'un gangster grâce à son étonnante ressemblance avec lui, ce qui assure toute l'intérêt de ce film prenant, au dénouement un peu mou.
Admirablement photographié et réalisé, Entre onze heures et minuit offre également, ce qui est rare, un excellent travail sur le son. Il faut écouter avec quel soin la plupart des scènes sont mixées, notamment quand il y a une fenêtre ouverte, et rendre hommage à l'ingénieur du son William-Robert Sivel.
Outre Jouvet, vieillissant mais impérial, on retrouve Madeleine Robinson, efficace sans être irremplaçable, la jolie Gisèle Casadesus au début de sa carrière cinématographique, Robert Vattier dans un rôle de patron truand et Léo Lapara que son ami et maître Jouvet passe son temps à appeler "imbécile" - une vengeance scénaristique de Henri Jeanson paraît-il ...
"CÉCILE EST MORTE" (de Maurice Tourneur, 1944)
En quelques mots : Une jeune fille nommée Cécile harcèle littéralement le commissaire Maigret, toujours avec la même histoire à coucher dehors : toutes les nuits, un homme entrerait chez elle sans rien y voler. Le policier ne la prend pas au sérieux, d'autant qu'il est appelé sur les lieux d'un crime particulièrement sordide où une jeune femme a été décapitée. Le lendemain, Cécile est retrouvée morte.
Les aventures du commissaire Maigret furent beaucoup adaptées au cinéma sous l'Occupation, et Albert Préjean endosse une deuxième fois le costume du célèbre commissaire de Simenon, après Picpus (1942) et avant Les caves du Majestic la même année. Les amateurs spécialistes de l'écrivain et de son personnage le plus célèbre sont probablement très durs quand il s'agit d'évoquer la meilleure composition de Jules Maigret à l'écran, n'étant pas de ceux-là je peux me permettre de dire que j'ai trouvé Albert Préjean tout à fait efficace dans ce rôle, qui lui sied très bien, et qu'il endosse avec classe et autorité.
Le scénario de Cécile est morte, adapté par Jean-Paul Le Chanois, est étrangement simple, pour ne pas dire simpliste (peut-être le roman est-il ainsi) et il est d'autant plus surprenant de voir à quelle vitesse le film est mené. Peut-on faire plus efficace en terme de narration que ces séquences qui s'enchainent en à peine 1h20 ? Le contexte de production aidant peut-être, cette intrigue intéressante au départ montre vite ses limites car on imagine assez rapidement qui est le coupable, et l'expédition à La Rochelle - formidable occasion de voir Albert Préjean faire du tandem ! - paraît presque superflue. Heureusement, cette histoire est agrémentée de plusieurs personnages secondaires parfaits : André Gabriello en adjoint de Maigret, très drôle dans sa manière rapide de s'exprimer, Luce Fabiole en concierge qui termine toutes ses phrases par "Sauf votre respect" ou encore Yves Deniaud en cousin qui veut le magot. Jean Brochard, impeccable, campe l'individu un peu suspect, au rôle très important dans l'histoire, avec tout le talent qu'on lui connaît.
Cécile est morte est aussi un des derniers films réalisés par Maurice Tourneur, que j'évoque régulièrement sur ce blog avec beaucoup d'admiration. Deux ans après La main du diable (1942), il est un peu décevant de voir que la mise en scène fait plus penser à celle d'un honnête artisan que d'un auteur. On sait que le metteur en scène connu quelques problèmes personnels pendant la guerre, ce qui peut, peut-être, expliquer cette faiblesse. Toutefois, on peut retrouver un certain sens du cadre, une photographie très soignée et une tendance à expédier très rapidement ses fins de films - celle-ci est remarquable dans le genre !
Voici, pour le plaisir, un petit extrait audio d'une scène entre Albert Préjean et Charles Blavette, acteur marseillais qui n'est pas sans ressemblance physique et vocale avec ... Patrick Bosso !
Extrait audio : "Et si je vous foutais ma main sur la gueule, vieille chèvre ?"
lundi 22 octobre 2012
"AU NOM DE LA LOI" (de Maurice Tourneur, 1932)
En quelques mots : A Paris, un policier qui rêve de résoudre seul une enquête difficile est retrouvé dans la Seine le lendemain, une balle dans la nuque. Son supérieur et deux collègues, Ludovic et Lancelot, décident de le venger et reprennent l'enquête. Ils découvrent bien vite un chauffeur de taxi un peu louche et une belle jeune femme qui s'amuse à brouiller les pistes.
Découvert grâce au coffret Maurice Tourneur édité par Pathé, Au nom de la loi est un vrai régal pour les cinéphiles ! A partir d'une histoire assez routinière - une enquête de police pour démanteler un réseau de trafiquants de drogue -, Tourneur parvient à restituer un portrait très vivant du Paris et de la société des années 1930, avec d'autant plus de véracité qu'il tourne beaucoup en extérieurs réels, et probablement avec de véritables policiers en figurants. Avec beaucoup de soin, le scénario (de Paul Bringuier, co-écrit avec Tourneur) montre point par point le déroulement d'une enquête policière dans l'entre-deux guerres, avec le plus de réalisme possible ; ainsi on découvre une fouille au corps sur une femme effectuée par une concierge (car il n'y avait pas de femmes dans la police), des policiers qui ne se servent quasi jamais de leurs armes, un préfet de police tout puissant (probablement inspiré par l'ambitieux Jean Chiappe) et mille petits détails du quotidien.
Pour servir son histoire, Tourneur engage des acteurs qui se fondent dans leurs personnages : il est bon de retrouver Pierre Labry beaucoup plus sobre que dans Les gaîtés de l'escadron, Charles Vanel déjà très charismatique et Gabriel Gabrio en chauffeur de taxi proxénète et vendeur de "coco", qui apparaît dans deux magnifiques scènes : l'arrestation et l'interrogatoire, où l'on sent une violence sous-jacente dans les rapports entre le truand et les policiers. Pour autant, pas question de violence physique (sinon pour le maitriser) mais d'épuisement psychologique à la recherche de l'aveu. Très amusante, une scène montre le commissaire qui présente une photo de femme au suspect, qui affirme d'emblée "Oui, c'est bien elle ! J'en suis sûr !", ce à quoi le policier rétorque "Imbécile ! C'est la Reine des Belges !". Cet interrogatoire qui ne mène à rien se conclut pourtant par une scène rare, où Charles Vanel offre son verre de vin à celui qui n'a rien mangé depuis plusieurs heures, avec une très belle humanité dans les regards échangés.
La deuxième partie du film est beaucoup plus intense et se termine par une longue et superbe séquence où le bandit se retranche dans un appartement, encerclé par des hordes de policiers. Le siège en question est à nouveau l'occasion de découvrir des détails d'époque (comme la brigade des gazs, chargée d'enfumer le malfrat, où le gilet par-balles de Pierre Labry, assez encombrant) et de mettre en comparaison, facile mais évidente, cette séquence avec un autre film tourné la même année à Hollywood, Scarface, de Howard Hawks. On sent la même détresse chez Harry Nestor (balafré sur la joue, lui aussi) que chez Paul Muni et le sentiment qu'il sera dur d'échapper au destin. Cette séquence montre aussi l'influence américaine de Maurice Tourneur, qui avait fait une réelle carrière à Hollywood au temps du muet et qui venait juste de revenir en France, dans la mise en scène remarquable du siège et de l'assaut, et dans l'utilisation des décors pour servir la dramaturgie (ils sont, à ce niveau, tous sublimes, particulièrement ceux des bandits).
En marge de cette ambition réaliste on retrouve une trame dramaturgique plus classique, quoique très efficace (là aussi d'inspiration américaine), d'un policier infiltré dans une bande de trafiquants, qui tombe sous le charme de celle qu'il doit surveiller. Les deux dernières scènes restent, de ce point de vue, mystérieuses, au spectateur de se faire son propre avis sur la question.
Il est désormais possible de retrouver ce film en DVD, dans une version magnifiquement restaurée, et dotée d'un bonus passionnant, où l'historien Jean-Marc Berlière, spécialiste de l'histoire de la police, montre dans le détail le caractère réaliste de Au nom de la loi, unique en son genre et replacé dans son contexte d'origine, autour de Bertrand Tavernier, toujours passionnant à écouter parler de cinéma.
Découvert grâce au coffret Maurice Tourneur édité par Pathé, Au nom de la loi est un vrai régal pour les cinéphiles ! A partir d'une histoire assez routinière - une enquête de police pour démanteler un réseau de trafiquants de drogue -, Tourneur parvient à restituer un portrait très vivant du Paris et de la société des années 1930, avec d'autant plus de véracité qu'il tourne beaucoup en extérieurs réels, et probablement avec de véritables policiers en figurants. Avec beaucoup de soin, le scénario (de Paul Bringuier, co-écrit avec Tourneur) montre point par point le déroulement d'une enquête policière dans l'entre-deux guerres, avec le plus de réalisme possible ; ainsi on découvre une fouille au corps sur une femme effectuée par une concierge (car il n'y avait pas de femmes dans la police), des policiers qui ne se servent quasi jamais de leurs armes, un préfet de police tout puissant (probablement inspiré par l'ambitieux Jean Chiappe) et mille petits détails du quotidien.
Pour servir son histoire, Tourneur engage des acteurs qui se fondent dans leurs personnages : il est bon de retrouver Pierre Labry beaucoup plus sobre que dans Les gaîtés de l'escadron, Charles Vanel déjà très charismatique et Gabriel Gabrio en chauffeur de taxi proxénète et vendeur de "coco", qui apparaît dans deux magnifiques scènes : l'arrestation et l'interrogatoire, où l'on sent une violence sous-jacente dans les rapports entre le truand et les policiers. Pour autant, pas question de violence physique (sinon pour le maitriser) mais d'épuisement psychologique à la recherche de l'aveu. Très amusante, une scène montre le commissaire qui présente une photo de femme au suspect, qui affirme d'emblée "Oui, c'est bien elle ! J'en suis sûr !", ce à quoi le policier rétorque "Imbécile ! C'est la Reine des Belges !". Cet interrogatoire qui ne mène à rien se conclut pourtant par une scène rare, où Charles Vanel offre son verre de vin à celui qui n'a rien mangé depuis plusieurs heures, avec une très belle humanité dans les regards échangés.
La deuxième partie du film est beaucoup plus intense et se termine par une longue et superbe séquence où le bandit se retranche dans un appartement, encerclé par des hordes de policiers. Le siège en question est à nouveau l'occasion de découvrir des détails d'époque (comme la brigade des gazs, chargée d'enfumer le malfrat, où le gilet par-balles de Pierre Labry, assez encombrant) et de mettre en comparaison, facile mais évidente, cette séquence avec un autre film tourné la même année à Hollywood, Scarface, de Howard Hawks. On sent la même détresse chez Harry Nestor (balafré sur la joue, lui aussi) que chez Paul Muni et le sentiment qu'il sera dur d'échapper au destin. Cette séquence montre aussi l'influence américaine de Maurice Tourneur, qui avait fait une réelle carrière à Hollywood au temps du muet et qui venait juste de revenir en France, dans la mise en scène remarquable du siège et de l'assaut, et dans l'utilisation des décors pour servir la dramaturgie (ils sont, à ce niveau, tous sublimes, particulièrement ceux des bandits).
En marge de cette ambition réaliste on retrouve une trame dramaturgique plus classique, quoique très efficace (là aussi d'inspiration américaine), d'un policier infiltré dans une bande de trafiquants, qui tombe sous le charme de celle qu'il doit surveiller. Les deux dernières scènes restent, de ce point de vue, mystérieuses, au spectateur de se faire son propre avis sur la question.
Il est désormais possible de retrouver ce film en DVD, dans une version magnifiquement restaurée, et dotée d'un bonus passionnant, où l'historien Jean-Marc Berlière, spécialiste de l'histoire de la police, montre dans le détail le caractère réaliste de Au nom de la loi, unique en son genre et replacé dans son contexte d'origine, autour de Bertrand Tavernier, toujours passionnant à écouter parler de cinéma.
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