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samedi 20 octobre 2012

"FANTOMAS" (Série TV, 1980)


Des nouvelles du Génie du crime ! Voilà des années que l'on n'a plus entendu parler de Fantômas - quand bien même un projet cinéma en 3D serait toujours dans les cartons, avec Jean Reno -, il faut remonter à 1980 et cette mini-série pour retrouver sur l'écran les aventures du célèbre malfaiteur masqué. Dans sa série Les inédits fantastiques (dans laquelle on trouve aussi Le voyageur des siècles, que j'ai évoqué sur ce blog), l'INA a la bonne idée de ressortir en DVD quelques anciennes séries un peu oubliées.

Ce Fantômas a de quoi faire rêver : une restitution des histoires à partir des romans originaux (qui avaient été oubliés dans les adaptations avec Louis de Funès), Jacques Dufilho en Inspecteur Juve, Claude Chabrol à la mise en scène et quatre longs épisodes.

Le générique de la série met mal à l'aise d'emblée, et la peur s'installe. Pas de Fantômas non ... plutôt des moyens mis en œuvre pour servir cette adaptation, car il faut reconnaître qu'en aimant le désuet, ce générique ne passe même pas. Fi donc ! Ce n'est pas un générique qui boudera notre plaisir. Hélas, le reste des épisodes reste à peu près au même niveau, tant la pauvreté des décors se fait sentir (à moins qu'il ne s'agisse d'un choix) et le manque de budget pèse sur la mise en scène. Je ne suis pas un idolâtre de Claude Chabrol, ainsi je n'ai pas été déçu de voir qu'ici sa réalisation est poussiéreuse et terriblement datée - tout comme celle de Juan Luis Bunuel, le réalisateur des deux autres épisodes.

  • Épisode 1 : L'échafaud magique
Premier épisode terriblement long à se mettre en place, à l'image des romans de Souvestre et Allain. Les moments avec Lady Beltham (Gayle Hunnicutt, efficace) s'éternisent, et il faut tout le talent et le charisme discret de Jacques Dufilho pour ne pas vouloir arrêter le film. Le jeune Pierre Malet (Fandor) a du mal à s'imposer, mais il a la modestie de ne pas en faire des tonnes pour exister. L'élément le plus curieux de l'épisode - comme de toute la série - est la présence singulière et mystérieuse de celui qui interprète Fantômas, et tous ses personnages inventés, le quelque peu oublié Helmut Berger, très charismatique. La dernière partie de l'épisode (à partir de l'entrée en scène du comédien de théâtre) est toutefois très bien menée, et intéressante. Les lecteurs de Souvestre et Allain connaissent, en outre, l'issue fatale. Un très beau moment, d'autant plus historique qu'il permet de voir en détails comment était montée la guillotine, celle-là même à qui il ne restait qu'une seule année à vivre lors de la diffusion de la série.

  • Épisode 2 : L'étreinte du diable
Probablement le meilleur épisode des quatre. Une intrigue bien menée, deux personnages mystérieux et des rebondissements intéressants. Toute la séquence dans la clinique est prenante et on prend plaisir à revoir des personnages (telle Lady Beltham). Fantômas est terriblement cruel ici : il dresse son serpent pour tuer, mutile les cadavres, se déguise en mort et tend à l'inspecteur Juve un traquenard final, qui laisse le spectateur sur l'envie de voir l'épisode suivant. Une réussite, malgré la faiblesse de la mise en scène. Vous pouvez découvrir un extrait sur le site de l'INA.

  • Épisode 3 : Le mort qui tue
Ce troisième épisode renoue avec la mollesse du premier. La jeune actrice Véronique Delbourg n'est pas franchement convaincante (même si son texte, lui aussi, est très mauvais) et, pour une fois, on voit trop vite le déguisement de Fantômas, ce qui gâche un peu le plaisir. La fin, heureusement, est réussie, avec une évasion spectaculaire et inattendue. Les séquences d'action (le meurtre, le vol dans le train) sont assez grotesques, mais on peut y trouver une désuétude assez charmante.

  • Épisode 4 : Le tramway fantôme
L'ouverture est alléchante, et l'intrigue est originale. Claude Chabrol revient à la mise en scène de ce dernier épisode avec beaucoup plus d'efficacité (il y a quelques très jolies séquences). Fantômas est plus malin que jamais et on retrouve avec délice la jolie Lady Beltham. On n'évite toutefois pas les répliques grotesques, et mal postsynchronisées, mais ce tramway fantôme (diabolique ruse du génie du crime) s'achève avec panache, et on redemande presque !

Outre Jacques Dufilho, on peut trouver dans cette mini-série un certain plaisir à repérer certaines têtes connues. Mario David, évidemment, qui a un rôle assez important (le maton corrompu de la prison, qui entre au service de Fantômas), mais aussi le jeune Fabrice Luchini (admiratif d'un comédien, ça ne s'invente pas), Pierre Douglas en juge d'instruction, Henri Attal en aumônier, Dominique Zardi furtif et même ... Jean-Pierre Coffe en chef de la sûreté !

dimanche 7 octobre 2012

"LA DAME D'ONZE HEURES" (de Jean Devaivre, 1948)

En quelques mots : Stanislas-Octave Seminario (P. Meurisse), dit SOS, retrouve la famille Pescara, à son retour d'Afrique. Il découvre, par l'intermédiaire de la jolie Muriel (M. Francey), que la famille reçoit depuis plus d'un an des lettres anonymes de menaces. Il mène tranquillement son enquête jusqu'au jour où le fils de la famille, Charles, meurt dans d'étranges circonstances, non sans lui avoir révélé un certain nombre d'éléments.

Les droits de La dame d'onze heures semblent bloqués à l'heure où j'écris cet article, et il est impossible de le voir en DVD, ni même à la télévision. Seules quelques copies VHS trainent sur le net, vendues à prix d'or. Ce constat est bien triste, tant ce film mérite d'être redécouvert par le plus grand nombre, tant il s'inscrit dans une excellente tradition de film policier français, agrémenté d'une mise en scène particulièrement efficace.

D'emblée, il y a de quoi faire envie : Paul Meurisse en tête d'affiche, c'est l'assurance d'un premier rôle de choix, et quelle joie de voir au générique les excellents Pierre Renoir, Jean Tissier et Jean Brochard, merveilleux seconds rôles ; Gilbert Gil en fils à papa qui mène son enquête, et bien sûr la magnifique Micheline Francey dont je me fais, depuis les débuts de ce blog, l'ardent défenseur.

Ce petit monde se retrouve au centre d'une étrange affaire policière, menée de main de maître par Paul Meurisse, où les membres de la famille Pescara semblent les proies de graves menaces. L'ouverture du film est absolument notable : elle montre en plans très rapides les grandes étapes du film, brouillant les pistes sans ne donner aucun indice, mais elle met en appétit en présentant les personnages, tirés par les ficelles d'une main (celle du diable ?). Une sorte de bande-annonce du film. L'originalité vient de son montage - normal puis inversé - que l'on voit assez rarement en introduction d'un film policier (les metteurs en scène préfèrent la plupart du temps un meurtre avec des plans sur une main, des pieds ...). Jean Devaivre, qui fut un excellent assistant-réalisateur pendant l'Occupation, notamment auprès de Maurice Tourneur ou Richard Pottier, s'impose ici comme un très bon metteur en scène. A plusieurs reprises, il utilise ses acteurs et sa caméra de telle manière que l'on pense qu'ils s'adressent à nous - à tort : ainsi de la lettre anonyme où Pierre Renoir parle à la caméra - en réalité subjective -, du dossier ouvert par Paul Meurisse où les témoins de l'affaire parlent face caméra.


L'enquête est banale et pas franchement intéressante, le dénouement attendu ... et pourtant, impossible de décrocher. Jean-Paul Le Chanois signe un scénario et des dialogues qui permettent à Jean Devaivre d'en faire ce qu'il veut - est-ce ainsi que l'on reconnait un auteur ? -, avec une mise en scène enlevée, un rythme rapide et des acteurs à leurs aises (Jean Tissier pourrait agacer, car il en fait des tonnes comme toujours, mais il contribue ainsi à créer le mystère autour de son personnage).

Le rythme faiblit légèrement dans la dernière partie du film, qui devient tout à coup conventionnelle - comme si Devaivre voulait à tout prix offrir une fin classique à son film -, quoiqu'il n'y a aucune fioriture lors de la dernière séquence, tout ce qui doit se passer après est parsemé dans diverses séquences pendant le film (histoire d'amour ...).

Je vous présente ici un extrait vidéo, comme la plupart du temps quand je peux le faire, avec cette particularité qu'il s'agit là de l'ouverture dont j'ai parlé plus haut. J'ose ainsi espérer vous donner envie de voir la suite ...

samedi 29 septembre 2012

"BLAGUE DANS LE COIN" (de Maurice Labro, 1963)


En quelques mots : Jeff Burlington, ancienne vedette du comique, débarque à Las Perlass et se fait engager comme chauffeur de salle dans un casino. Pour se faire apprécier du public, il s'amuse à ridiculiser les chefs des deux bandes qui dirigent la ville. Ces derniers, convaincus qu'il travaille pour quelqu'un de plus important, décident de l'enlever pour le faire parler.

Voilà un bien curieux film dans la filmographie de Fernandel, qui jouit d'une bien mauvaise réputation : les utilisateurs de IMDB l'affublent d'un méchant 3,9/10 ; quant à Jacques Lorcey dans sa biographie de l'acteur, il n'en dit pas plus d'une ligne, laconique. Curieuse malédiction qui frappe cette Blague dans le coin, qui semble bien porter son titre. Et pourtant, les premiers plans du film évoquent l'ambiance des films-noirs américains, le générique est assez réussi, si bien que l'atmosphère outre-atlantique parvient correctement à être restituée dans cette ville cousine de Las Vegas, donnant un départ intéressant à cette comédie policière dont Fernandel suggéra l'adaptation au cinéma. L'acteur fait évidemment sourire en se présentant sous le nom de Jeff Burlington avec son accent marseillais, mais qu'importe ; le ton est assez sérieux et la mise en scène conventionnelle.

L'évolution du scénario n'est pas inintéressante - il est signé par Charles Spaak tout de même (auteur de La grande illusion notamment) - mais manque toutefois de vrai suspens. Maurice Labro n'a pas le savoir faire de Jacques Tourneur et le manque de rythme peut parfois peser sur cette histoire simpliste. Fernandel déploie tout son talent avec plus ou moins d'efficacité (il frise souvent le cabotinage pénible), face à des acteurs dans l'ensemble convaincants : Billy Kearns a vraiment la gueule de l'emploi, tout comme les oubliées Perrette Pradier et Eliane D'Almeida, et les truands Jacques Monod et Roger Dutoit. A noter la présence de Marc Michel (le jeune prisonnier du Trou de Jacques Becker).


Evidemment, Blague dans le coin n'est pas un grand film, et il ne plaira guère qu'aux fans de Fernandel. On pourra d'ailleurs noter quelques évolutions dans sa carrière - le film entend s'inscrire dans la modernité, l'air du temps : ainsi l'ambiance musicale est très jazz, les personnages féminins libérés (mais pas trop) et Fernandel esquisse quelques pas de danse de ce qui ressemble à un mélange de twist et de charleston. Il incarne, en outre, un vieux comique qui enchaîne les tournées sans succès, confrontant alors son personnage à la vieillesse. Un moment émouvant, il apparaît presque face caméra, laissant s'éloigner le jeune couple (et par là même le symbole de la jeunesse révolue), se répétant à lui-même "Je suis un comique, je suis un comique...".






Fernandel insuffle donc un peu de pathétique à son personnage - en témoigne la scène où il arrive déguisé en cowboy, une tenue parfaitement ringarde et démodée - et amène un peu d'intérêt à ce film oublié.

dimanche 23 septembre 2012

"FANTÔMAS" (de Jean Sacha, 1947)

En quelques mots : Alors qu'elle est en train de se marier avec le journaliste Fandor, le terrifiant Fantômas intervient pour capturer sa fille Hélène, en vain. Il lance alors un ultimatum aux autorités françaises et réclame un milliard en or, ou il tuera un million de parisiens. Le commissaire Juve mène son enquête.

Neuvième adaptation du Fantômas de Marcel Allain, ce film signé Jean Sacha respecte finalement assez bien la trame littéraire originale en proposant une série B tout juste convenable, avec des rebondissements improbables et de l'action de pacotille. Il n'y a évidemment aucuns moyens pour ce divertissement populaire, si ce n'est la présence intéressante de Marcel Herrand en prince du crime - inquiétant mais terriblement mal mis en valeur. Alexandre Rignault en commissaire Juve sauve clairement le film par sa présence et son dynamisme, et on peut s'amuser de voir Simone Signoret encore jeunette servir d'atout charme au film. Fandor, terne André Le Gall, ne provoque pas le moindre sentiment d'empathie, ni l'élégante Lucienne Lemarchand en Lady Beltham, rôle malheureusement complètement laissé de côté. A noter dans le casting que l'on retrouve Jacques Dynam, dans un petit rôle, qui deviendra en 1964 l'adjoint du commaire Juve/De Funès dans le Fantômas de André Hunebelle.


Le film existe en DVD chez René Chateau dans une copie un peu abîmée. Je ne suis pas sûr de la nécessité de se procurer ce Fantômas, si ce n'est pour les amoureux de Simone Signoret et les inconditionnels de Alexandre Rignault. Les autres s'ennuieront ferme devant ces aventures sans souffle et sans moyens, et le cabotinage insensé de certains seconds rôles. A noter, pour les amateurs, une petite apparition de Françoise Christophe en ... princesse Daniloff, un de ses premiers rôles (on la retrouvera quelques années plus tard en Lady McRashley dans Fantômas contre Scotland Yard).

samedi 22 septembre 2012

"LE DERNIER DES SIX" (de Georges Lacombe, 1941)


En quelques mots : Six amis qui vivent sous le même toit gagnent une grosse somme d'argent aux jeux. Plutôt que de continuer à vivoter, ils décident de faire fortune séparément et de se retrouver pour partager le magot. Cinq ans plus tard, deux d'entre eux sont assassinés, les autres ouvertement menacés. Le commissaire Wens (P. Fresnay) est chargé de l'enquête.

Le dernier des six est un des premiers films produits par la Continental Films (dirigée par les Allemands sous l'Occupation). L'adaptation de Stanislas-André Steeman est confiée à Henri-Georges Clouzot, qui signe là un brillant scénario ponctué de dialogues très amusants. Le film annonce bien évidemment son Assassin habite au 21 (adapté du même auteur) par bien des aspects : le commissaire Wens déjà interprété par Pierre Fresnay, affublé d'une maîtresse à la grande gueule - délicieuse Suzy Delair - qui se démène avec nonchalance pour résoudre une série de meurtres dans un groupe fermé.

Georges Lacombe signe une mise en scène impeccable, servie par une très belle photographie (de Robert Lefebvre), et insuffle une ambiance propre à un suspens qui tient jusqu'à la dernière minute. Seuls ombres au tableau, les scènes de music-hall apparaissent curieusement datées : le réalisateur refusa d'ailleurs d'en tourner autant que prévu, et son contrat avec la Continental fut rompu.

Sous une forme policière, le film propose pourtant un mélange de suspens et de comédie : Pierre Fresnay campe un commissaire cynique et flegmatique, qui ne semble jamais dépassé par les événements. Suzy Delair (Mila Malou) cherche déjà à se faire engager comme chanteuse, et passe son temps à gouailler contre son Jules ou la Terre entière, pour notre plus grand plaisir. Le reste du casting fait forcément plus pâle figure, malgré la présence toujours sympathique de Jean Tissier et la prestation plus sérieuse de André Luguet, véritable vedette du scénario. La jolie Michèle Alfa, qui remplaça Marie Déa à la dernière minute, ne parvient pas véritablement à tenir tête à tous ces gentlemen.


Gaumont a eu la très bonne idée d'éditer Le dernier des six, difficilement trouvable, en DVD (collection Gaumont à la demande). Non restaurée, la copie est tout de même de très bonne facture et il ne faut pas hésiter une seconde à se procurer ce très bon policier tourné dans les années noires.

Je vous propose un court extrait audio du film où Suzy Delair envoie son amant Pierre Fresnay corriger comme il se doit le patron du music-hall qui a refusé de l'engager !

Extrait audio : "Un conseil en vaut un autre !"

lundi 10 septembre 2012

"MAIGRET ET L'AFFAIRE SAINT-FIACRE" (de Jean Delannoy, 1959)


En quelques mots : Le commissaire Maigret est appelé dans le village où il a passé son enfance car la châtelaine a reçu une menace de mort. Croyant plutôt à un mauvais plaisantin, la vieille dame est pourtant retrouvée morte le lendemain, dans les églises, sous les yeux du policier. Celui-ci commence alors son enquête, entre un curé qui en sait long, un fils dépensier et un secrétaire particulier bien étrange.

Jean Gabin endossait en 1959 le costume du célèbre commissaire de Georges Simenon pour la seconde fois, après Maigret tend un piège. Force est de constater l'efficacité de ce policier très classique sur la forme et le fond, où les personnages sont intéressants et l'intrigue menée jusqu'à son terme avec suspens. On retrouve avec plaisir Robert Hirsch en secrétaire particulier de la comtesse qui ne semble pas avoir l'esprit tranquille, interprété avec beaucoup d’ambiguïté ; Michel Auclair en jeune comte et fils à maman dépensier, dragueur et insolent ; Paul Frankeur en médecin de campagne bonhomme et pas très malin ; ainsi que des troisièmes couteaux du cinéma français, tels un Jacques Marin antipathique en chauffeur de madame, et Marcel Pérès en sacristain au regard sombre.

Quant à Jean Gabin, est-il besoin de préciser qu'il colle très bien au personnage de Simenon, bourru, silencieux, malin et un rien cynique.


Je n'ai pas encore vu le dernier Maigret avec Jean Gabin (réalisé par Gilles Grangier) mais il n'est plus dialogué par Michel Audiard qui, il faut l'avouer, fait beaucoup pour assurer l'intérêt dans cette enquête policière classique, avec ses dialogues précis et taillés sur mesure. La mise en scène de Jean Delannoy, qui semble l'homme idéal pour ce genre de film, est honnête, comme toujours, servie par une jolie photographie.  La scène finale, autour d'une grande table, reste le meilleur moment du film.

N'étant pas spécialement un expert de Simenon et de Maigret, j'aimerais l'avis des amateurs/spécialistes sur son incarnation par Gabin et cette adaptation du roman au cinéma (peut-être différente des adaptations à la télévision ?).

samedi 18 août 2012

"UN FLIC" (de Jean-Pierre Melville, 1972)


En quelques mots : Dans une station balnéaire déserte balayée par la pluie, quatre individus masqués dévalisent une banque. L'un d'eux est blessé mais ils parviennent à s'enfuir avec une grosse somme d'argent qui doit servir à financer un trafic plus important. Le commissaire Coleman (A. Delon) est chargé de l'enquête mais ignore encore que plusieurs de ses relations sont impliquées.

Alain Delon et les rôles de flics ... on pourrait y consacrer un mémoire de recherche et s'interroger sur ses apports au personnage dans le cinéma français. Dans ce polar assez classique, il campe un commissaire froid, silencieux et implacable, énième variation sur le même thème de son rôle du Samouraï (l'affiche y ressemble un peu). Seulement, à force de silences et de regards noirs, certaines répliques font presque involontairement sourire :
"S'ils ne comprennent pas le français dans 10 secondes, je vais leur parler une autre langue !" (Alain Delon)
Ce personnage annonce les caricatures grotesques des années 80, où Delon (comme Belmondo, dans un autre genre) se baladait avec des manteaux sombres et des flingues dans le pantalon en déclarant avec aplomb : "Faut pas réveillez un flic qui dort !"

L'intérêt, donc, de ce film policier est la mise en scène signée Jean-Pierre Melville, dont c'est le dernier film. Florence Moncorgé-Gabin fut scripte sur le plateau et offre un témoignage intéressant : Melville, dans sa mégalomanie, lui déclara "Avec ce film, je vais montrer à Monsieur Verneuil, qui vient de faire Le Casse, ce qu'est un vrai hold-up". Et de fait, cette séquence d'ouverture est très réussie.

Les rapports entre Delon et le réalisateur furent tendus, la star devant se laisser pousser les cheveux pour un prochain film, ce qui déplaisait à Melville, excédé de devoir attendre qu'il sorte de sa loge. Pour autant, rares sont les metteurs en scène à avoir aussi bien filmés Alain Delon, notamment la puissance de son regard qui, dans plusieurs scènes, est réellement fascinant. Dans le même temps, il semble parfois jouer à l'instinct, sans franche direction (le passage à la morgue où il cite du Vidocq) et apparaît quelque fois absent.

Le film tient ses promesses, malgré une séquence ferroviaire très datée (les maquettes sont risibles aujourd'hui, surtout celle de l'hélicoptère) et un affrontement Delon/Deneuve quasiment inexistant ; leur jeu tout en retenue s'annule au lieu d'être complémentaire. Loin des meilleurs Melville mais dans une lignée de bons films noirs, qui s'intéressent plus à l'humain qu'à l'action proprement dite (qui dans le cas présent n'est qu'un prétexte à filmer des personnages). Ainsi on trouve en toile de fond une jolie galerie de personnages secondaires.


J'avais détesté ce film la première fois, il y a quelques années, et je n'avais même pas été au bout, voyant dans Un flic un policier terne et franchement pénible. Cette deuxième vision améliore mon jugement mais j'ose croire qu'un certains nombre de cinéphiles doivent détester cette œuvre.

Extrait audio : "On fait un pari ?"


jeudi 9 août 2012

"L'ASSASSIN HABITE AU 21" (de Henri-Georges Clouzot, 1942)

En quelques mots : Un tueur en série sévit dans les rues de Paris et signe tous ses crimes d'une carte de visite, "Monsieur Durand". Les autorités s'impatientent des résultats de la police, et on confie l'enquête au commissaire Wens (P. Fresnay). Comme il ne trouve aucune piste intéressante, un homme l'informe que l'assassin habite dans une petite pension de famille, au 21 avenue Junot. Le commissaire décide de s'y rendre, déguisé en pasteur, et de trouver le criminel.

Classique du cinéma français, L'assassin habite au 21 fut produit en pleine Seconde Guerre Mondiale, et en pleine Occupation, par la Continental-Films, société de production dirigée par les allemands. On reprocha assez longtemps au réalisateur Henri-Georges Clouzot, et plus brièvement à Pierre Fresnay et Suzy Delair, d'avoir continué à travailler pour l'occupant. Pourquoi cette cabale quand on ne reprocha rien à Fernandel, qui réalisa pourtant deux films pour la Continental, et reprit son activité à la Libération avec Le mystère Saint-Val ?

Même si c'est principalement Le Corbeau qui lui attira des ennuis, Clouzot filmait déjà dans son premier long-métrage la noirceur des hommes et de leur comportement, avec cynisme et audace (la formidable scène où Raymond Bussières se moque d'un gendarme, perché sur un lampadaire). Il dépeint une société qui, sous ses airs d'honnêteté, est infecte et méprisable ; aucun personnage ne peut nous être totalement sympathique, même les plus droits dans leurs valeurs sont étouffants de conformisme (qui voudrait s'embarrasser de la "vraie jeune fille" ?). Une très jolie scène montre également Suzy Delair tenter de convaincre un producteur de l'engager, en arguant qu'elle n'a pas son talent "dans les fesses", et retourner sa veste sitôt qu'on lui propose de faire la couverture avec du sensationnel - de ce point de vue, rien n'a changé.
- "Un quoi, hein ? Elles ont un ... ? Ah, je vois c'que c'est, Monsieur est un corrompu ! Et bien mon ami, avec moi, vous vous trompez de porte. Moi j'ai mon talent dans le masque, pas dans les fesses !" (Susy Delair)
Ce film policier reste tout aussi brillant dans l'écriture des dialogues, de l'intrigue et dans la mise en scène, d'une grande fluidité. Pour ce blog, je propose un extrait vidéo de la présentation des habitants de la pension familiale, où tout va se jouer. En quelques minutes réjouissantes, avec de très belles répliques de Noël Roquevert ("Je n'ai jamais aimé le spectacle des ruines"), Clouzot dépeint une brochette d'horribles personnages, tous suspectés d'être les assassins. L'intrigue policière tient toujours très bien le coup, et le suspens reste entier jusqu'au bout.


L'assassin habite au 21 est, en outre, l'occasion toujours appréciable de savourer les interprétations d'une belle bande d'acteurs : je reste un fan de Suzy Delair, pourtant dans la surenchère permanente, mais aux clins d’œils délicieux et à la gouaille d'un autre temps ; Pierre Larquey et Jean Tissier sont parfaits dans leurs rôles respectifs, tout comme Raymond Bussières, très drôle. Et que dire de la classe, du sourire et de la voix du grand Pierre Fresnay et la drôlerie géniale de Noël Roquevert.



dimanche 5 août 2012

"LE MYSTERE SAINT-VAL" (de René Le Hénaff, 1945)

En quelques mots : Désiré Lesec, modeste employé au service de son oncle, remporte le premier prix du concours du détective amateur. Impressionné, son oncle le charge de mener une enquête au château de Saint-Val, où le maître de lieux vient d'être retrouvé mort dans d'étranges circonstances. Il y découvre bien vite six individus au comportement suspect.

Le mystère Saint-Val, que le biographe de Fernandel, Jacques Lorcey, qualifie très gentiment "d'honnête comédie policière", est le premier film tourné par la star après la Libération.

On sent d'emblée le manque de moyens évident de la production, qui n'utilise que peu de décors, assez pauvres, dans un studio qui ne semble pas chauffé - des nuages de vapeur d'eau se dégagent des bouches des acteurs dès qu'ils parlent. Pourtant, le film démarre comme une honnête petite comédie populaire, avec un Fernandel habituel, gaffeur et expressif, et des situations amusantes. Mais dès lors qu'il arrive au château de Saint-Val, le film devient la captation ratée d'une pièce de théâtre, pas franchement réussie. Les situations improbables s'enchainent sans logique, sans humour et il faut tout l’abatage de Fernandel pour ne pas s'endormir devant ces jeux démodés et cette mise en scène soporifique. Les dernières minutes révèlent le fin mot de l'intrigue et retrouvent un semblant d'intérêt parce qu'il se passe enfin quelque chose.


Le film existe chez René Chateau dans une édition DVD tout à fait correcte. Restaurée, cette version de 1945 ne présente que des défauts mineurs (même si on voit un petit bout de la pellicule brûler dans une scène !) sur l'image, et un son honnête. Toutefois, le DVD est vendu comme étant la version de 100 minutes, mais ne propose que celle de 82 minutes. Il semblerait que ce film ait été coupé (des scènes de chanson ?), d'où peut-être ce rythme très curieux et ces ellipses grotesques.
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