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samedi 16 mars 2013

"DU MOURON POUR LES PETITS OISEAUX" (de Marcel Carné, 1963)



En quelques mots : Armand Lodet est le propriétaire d'un petit immeuble dont il loue les appartements à des habitants et commerçants du quartier. Respecté et secret, son seul plaisir est de s'occuper de ses canaris. Mais derrière la belle façade, la réalité est différente : histoires de sexe et d'argent rythment la vie de cette communauté, et les réalités pourraient bien éclater au grand jour.

Ce film méconnu de Marcel Carné est assez mal considéré en général, ne rencontra pas le succès à sa sortie, déchaînant les critiques négatives, et se contente aujourd'hui de quelques bons avis isolés. Découvrir cette adaptation de Albert Simonin par Marcel Carné a quelque chose de réjouissant et j'aimerais réhabiliter cette petite comédie, certes sans prétention, mais bourrée de séquences très amusantes. L'idée même de retrouver à l'écran cette impressionnante bande de comédiens séduit et il ne faut pas longtemps au spectateur pour rentrer dans l'atmosphère de cet immeuble peuplé de petites gens trop ordinaires pour êtres honnêtes. De fait, le scénario - et les dialogues appréciables de Jacques Sigurd - est une déconstruction quasi burlesque des façades lisses des habitants : un boucher qui trompe sa femme avec une petite jeune, elle-même intéressée et idéaliste, sous les yeux d'une concierge antipathique qui soigne une vieille femme apparemment infirme, le tout chez un propriétaire cynique, riche et obsédé par ses petits oiseaux.

Marcel Carné n'avait rien tourné depuis Terrain Vague (1960) et s'était égaré dans plusieurs projets avortés. Ses films d'après-guerre marchaient moins bien, le public cherchant les ingrédients qui avaient fait le succès de ses grands films des années 1930 et 1940. Pour autant, Du mouron pour les petits oiseaux est bien un film de Marcel Carné, l'auteur. La Nouvelle Vague ne fut pas toujours tendre avec le réalisateur, lui reprochant peut-être une certaine forme d'académisme dans les histoires, la mise en scène, les thèmes. De fait, quand les jeunes loups des Cahiers du Cinéma s'intéressaient aux misères d'âme de la jeune bourgeoisie urbaine, Marcel Carné poursuivait son oeuvre du populaire, avec ce qui peut apparaître comme une suite d'Hôtel du Nord (1938) transposée dans les années 1960 et ses nouveautés : la jeunesse libérée, les femmes rebelles, la remise en question de l'autorité masculine. Carné et Sigurd semblent s'amuser de leur préoccupations nostalgiques : Vous retardez Monsieur Lodet, il est fini le temps de la concierge de papa ! s'exclame Suzanne Gabriello. Les maquereaux ne sont plus ce qu'ils étaient : Louis Jouvet avait de l'allure, Paul Meurisse héberge les flics.



Evidemment, le film n'a pas la force de son illustre prédécesseur mais la continuité est évidente. Marcel Carné, s'il succombe aux charmes de la jolie Dany Saval, s'entoure de fortes personnalités pour les rôles secondaires : Jean Richard en boucher adultère, Suzy Delair en commerçante qui aime les petits jeunes, Jeanne Fusier-Gir en vieille menteuse, Suzanne Gabriello en concierge grande gueule, Dominique Davray en tenancière, Pierre Mirat en patron de bistrot, Roland Lesaffre en fou mystique, Robert Dalban en flic roublard ; pour un peu, Paul Meurisse ferait pâle figure s'il n'était servi pas de magnifiques dialogues d'un cynisme qui lui sied plutôt bien - il faut voir sa première apparition dans le film, tordante.


On sait l'amour que je ne porte pas à la Nouvelle Vague et ce film, en contre pied total à la démarche de ceux qui voulurent révolutionner le cinéma, pourrait bien être un étendard de la Réaction - bien que le réalisateur s'offre le plaisir (à des fins commerciales ?) de faire jouer Danny Logan, le leader oublié, à tort, du groupe de rock'n'roll Les Pirates. On ne l'entend d'ailleurs pas beaucoup chanter et sa seule scène sensuelle est dynamitée par une Suzy Delair nymphomane. Quand elle voit arriver des jeunes caïds un peu branques, Dominique Davray, nostalgique, dit à un client : Tu tombes sur la nouvelle vague. J'ai connu les corses, les fritzs, les ricains ... tous des vrais hommes. Mais ça ... au premier coup de tampon, ça se débine ! Voudrais-je voir des références là où il n'y en a pas ?

lundi 3 septembre 2012

"L'AIR DE PARIS" (de Marcel Carné, 1954)


En quelques mots : Victor Le Garrec (J. Gabin) gère une petite salle de boxe à Paris, avec sa femme Blanche (Arletty). Prêt à raccrocher pour s'installer dans le Sud, il rencontre un jeune homme dans lequel il voit un futur grand champion, et décide de l'aider. Son jeune poulain rencontre vite une femme pour laquelle il semble prêt à tout lâcher.

L'air de Paris, c'est celui qui fait vivre Victor Le Garrec (Gabin) entre son passé de sportif médiocre, ses jeunes boxeurs et ses rêves de découvrir un grand champion ; il est aussi celui qui fait se rencontrer une dame du monde (Marie Daems) et un jeune ouvrier des chemins de fer, paumé et orphelin (Roland Lesaffre). Enfin, c'est celui qui exaspère la femme de Victor l'entraineur, Blanche, incarnée par Arletty. C'est un des aspects les plus amusants du film, où le réalisateur Marcel Carné, qui fit la gloire de la môme parisienne, la filme en femme docile qui fait le ménage, la cuisine et la comptabilité (elle qui fut une incarnation de la femme libérée, que j'évoquais pour La chaleur du sein), qui n'a qu'une envie, quitter Paris pour le Sud. Il faut l'entendre vanter les mérites de la Côte d'Azur avec son accent parigot !

Les deux acteurs principaux, toujours très justes, sont filmés comme des vieux, presque dépassés, mais d'une immense gentillesse - il est rare de voir Jean Gabin aussi bon et souriant.

L'histoire n'est pas très originale mais se suit avec plaisir grâce à la mise en scène solide de Marcel Carné et l'interprétation parfaite : Roland Lesaffre apparaît très sensible, entre résignation et volonté de s'en sortir, entre l'amour pour la boxe et une femme - même si on manque d'empathie pour lui. Jean Gabin et Arletty forment un couple que l'on a envie d'aimer, très touchant, face à une image plus jeune et libre de ce qu'ils furent autrefois (Lesaffre et Daems). L'extrait vidéo que je vous présente ici montre le rapprochement et les écarts de génération, à travers un choix important pour le jeune boxer.



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