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jeudi 14 mars 2013

Une rue pour Albert Willemetz !

Je me rends compte avec effroi que j'ai oublié de souhaiter sur ce blog l'anniversaire de Albert Willemetz le 14 février dernier, alors que je m'étais rendu sur sa tombe quelques semaines auparavant, en même temps que sur celle de Maurice Chevalier, à Marnes-la-Coquette. Ce mélodiste de grand talent est certainement l'un des plus fameux de son époque et on lui doit des classiques tels que Sous les palétuviers (chantée par Pauline Carton dans Toi, c'est moi), Ah ! Si vous connaissiez ma poule !, Dans la vie faut pas s'en faire, Félicie aussi, Paris sera toujours Paris, Elle faisait du strip-tease, Valentine.


Il composa aussi plusieurs chansons pour des films, parfois tirés d'une de ses opérettes, comme Dédé (Guissart, 1934) avec Danielle Darrieux et Albert Préjean, Tout ça n'vaut pas l'amour (Tourneur, 1931) avec Jean Gabin ou Zouzou (Allégret, 1934) avec Joséphine Baker, Gabin et Viviane Romance.

Grand ami de Sacha Guitry, avec lequel il entretint une large correspondance, Albert Willemetz eu les honneurs du maître dans son film Bonne chance ! (1935) quand celui-ci, l'oeil malicieux, s'étonne d'un "Ah ? Déjà !" devant une rue au nom du compositeur dans un 21ème arrondissement imaginaire. Rue qui existe réellement à Paris depuis 1978 !

jeudi 3 janvier 2013

Sacha Guitry et l'Épuration : le jugement du Tout-Paris !

Sacha Guitry lors de son premier interrogatoire à la Mairie du VIIe arrondissement -  août 1944 (R.Chateau)




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Que l'on pense à Paris et sa vie mondaine, artistique et intellectuelle, les noms de Jean Cocteau et Sacha Guitry arrivent avec leurs flots d'anecdotes d'avant-guerre. Les Allemands dans la capitale française occupée, ce dernier tient à garder son rôle primordiale dans le microcosme parisien et ne change en rien ses habitudes : on le retrouve sur scène dès le 30 juillet 1940 au Théâtre de la Madeleine pour une une reprise de Pasteur et son activité cinématographique se poursuit mais en dehors des lignes de la Continental qu'il se refuse à intégrer malgré les insistances d'Alfred Greven - il réalise pour des productions indépendantes Le Destin fabuleux de Désirée Clary (1941), un court-métrage La loi du 21 juin 1907 (1942), Donne-moi tes yeux et La Malibran (1943).

Pendant la guerre, Sacha Guitry poursuit son oeuvre philanthropique et préside à de nombreux galas de charité ou de bienfaisance. Sous l'égide du Secours National (placé sous l'autorité du Maréchal Pétain depuis 1940), il organise des spectacles et offre de nombreuses oeuvres d'art vendues aux enchères. Au Gala des Artistes de 1942, il offre un Utrillo de 650.000 francs !

Hélas pour lui, ce n'est pas ce que retiennent les épurateurs lorsqu'ils organisent le procès du Roi du Tout-Paris - à peine sa participation à la libération de Tristan Bernard (avec l'aide précieuse d'Arletty) est-elle évoquée. Dès 1942, l'actrice Françoise Rosay le brocarde dans une interview réalisée par un journaliste américain, propos diffusés à la BBC qui leur donnent alors une importance considérable : De tous les acteurs qui demeurent et collaborent, le pire est Sacha Guitry. Il est riche. Il ne devrait pas sacrifier son honneur. Or il a quitté le droit chemin pour cultiver l'ennemi et fréquenter le général Stupnagel. Le magazine américain Life publie la même année une liste noire de personnalités françaises condamnées par les Résistants à être assassinées ou jugées - on y trouve notamment Maurice Chevalier, Mistinguett, Marcel Pagnol, Céline, le Maréchal Pétain, Laval et Sacha Guitry, lequel s'étonna quelques années plus tard : S'appeler Life et demander la mort, c'est curieux déjà !


Pire encore, Sacha Guitry s'est ouvertement fourvoyé au service du Chef de l'Etat Français. Le 3 octobre 1943, il va présenter une maquette de son livre au titre sans équivoque, De Jeanne D'Arc à Philippe Pétain, au principal intéressé, à Vichy. Selon Raymond Castans (cité par René Chateau), Sacha Guitry n'aurait jamais caché ses sentiments pétainistes et ils n'auraient rien perdu de leur intensité avec le temps. Dans Le Petit Parisien (quotidien originellement de gauche et transformé en organe de propagande par les allemands), il écrit plusieurs articles où il exalte la personnalité du vieux militaire : N'as-tu pas tressailli en entendant cette grande voix qui te disait que tu n'étais ni vendu, ni trahi, ni même abandonné ? Le livre est publié et Guitry organise en 1944, quelques jours avant le Débarquement, un grand gala en son honneur à l'Opéra. Une édition luxueuse et dédicacée est même vendue 25.000 francs pour le Secours Populaire.

Sacha Guitry est, en outre, aux yeux des épurateurs, le représentant incontestable de la collaboration mondaine. Ce que réfuta le maître dans un livre de souvenirs (qu'Arletty surnomma Le roman d'un tricheur !) apparaît pourtant attesté par nombre de documents et de témoignages : Jean Marais se souvient avoir rencontré Arno Breker (sculpteur officiel du IIIe Reich) lors d'une répétition générale d'une pièce de Guitry, Arletty affirme avoir rencontré son amant grâce à lui et ajoute qu'elle participa à une réception en l'honneur du Maréchal Goering à ses côtés.



Sacha Guitry est arrêté le 23 août 1944 à 10h45 à son domicile, par cinq hommes armés qui le conduisent à la Mairie du VIIe arrondissement pour un premier interrogatoire. Le soir même, il est conduit au Dépôt. Cette "chute du Roi" est symbolique, elle représente le Tout-Paris mondain, celui des nantis qui se sont bien accommodés de la présence de l'Occupant Allemand. Le 15 octobre, il est inculpé d'intelligence avec l'ennemi, malgré un dossier vide, composé de rumeurs et de dénonciations. Abandonné de tous, il reçoit pourtant un chaleureux message de sympathie de Pauline Carton. Amer, il écrit : Ce que je paie aujourd'hui, ce n'est pas mon activité pendant quatre ans mais bien quarante années de réussite et de bonheur qu'on ne me pardonne pas. Si on me demandait mon avis, je dirais que le bien que j'ai fait pendant ces quatre années est la cause initiale du singulier malheur qui me frappe. Il est emprisonné à Fresnes pendant deux mois. L'Humanité ne mâche pas ses mots pour évoquer son retour à la liberté : Le comédien nazi a été purement et simplement libéré. Le non-lieu de son procès n'intervient qu'en 1947. Dernière humiliation, lorsqu'il publie son recueil de souvenirs Quatre ans d'occupation, il est contraint par la justice de retirer un chapitre qui entache à l'honneur de Hélène Perdrière (une ancienne amie) et à 12.000 francs de dommages et intérêts.



Sacha Guitry ne cessa pas sa carrière pour autant, malgré une blessure morale certainement profonde. En 1956, dans le prologue de Si Paris nous était conté, le maître s'amuse même l'espace d'un instant à y faire une allusion. Alors qu'il fait la lecture à haute voix d'un récit sur les origines de la capitale, il déclare : Enfin ce furent les Francs, dont l'arme préférée se nommait la francisque. Derrière lui, on entend des voix toussoter, gênées. Il se contente de dire Chut, chut ! et de conclure : C'était une arme à deux tranchants.

Photos et sources : Le Cinéma Français sous l'Occupation (1940-1944) par René Chateau.

vendredi 21 décembre 2012

"SI PARIS NOUS ÉTAIT CONTÉ" (de Sacha Guitry, 1956)

En quelques mots : Las des vieux livres d'Histoire fait de suppositions, des étudiants demandant à un vieux professeur de leur raconter l'Histoire de Paris avec ses souvenirs et ses yeux contemporains. Comme ils reviennent, il leur conte les aventures de la capitale française, des Rois médiévaux à la Libération de Paris en 1944.

De retour de quelques jours passés à visiter le Paris des Rois de France, je n'ai pu que constater l'omniprésence dans les boutiques de souvenirs des derniers films historiques de Sacha Guitry sur Versailles, Napoléon et Paris. Référence s'il en est, Si Paris nous était conté impressionne toujours par son formidable casting de stars et son ambition de retracer en deux petites heures plusieurs siècles d'histoire d'une des capitales les plus importantes du monde. Pari insurmontable me direz vous et vous n'auriez que trop raison ! Bien que l'ouverture soit très amusante avec un vieux Sacha Guitry qui se joue des historiens et de leur Histoire - riant même dès lors qu'on évoque la francisque ... - et se propose de raconter à des étudiants Paris telle qu'il la voit à travers des souvenirs et des anecdotes. L'Histoire anecdotique est dangereuse car réductrice mais elle est toujours matière à assurer un très bon divertissement de cinéma. Hélas, comme avec son Si Versailles m'était conté trois ans plus tôt, Sacha Guitry se prend les pieds dans le tapis de l'académisme ronronnant et de l'Histoire à deux balles pour ne laisser place rapidement qu'à un véritable ennui - où les deux petites heures du film deviennent subitement très longues !

Au milieu de longues séquences de dialogues inventés, parfois inspirés, on peut s'amuser à retrouver Jean Marais en François Ier qui ne pense qu'à faire l'amour (comme son Louis XV à Versailles en 1954 !), Robert Lamoureux en Latude, célèbre prisonnier de la Bastille qui s'évada plusieurs fois (dont on peut encore admirer l'échelle de corde au Musée Carnavalet à Paris), Michèle Morgan en Gabrielle d'Estrées (maîtresse de Henri IV) dans un très beau dialogue avec Jean Martinelli et bien sûr Sacha Guitry en Louis XI qui s'offre le très beau rôle d'un Roi important mais méconnu. Les plus tolérants y ajouteront Gérard Philipe en troubadour qui revient à toutes les époques pour nous conter fleurette plus que Paris. Il faut reconnaître d'ailleurs que la ville n'est qu'un prétexte à évoquer quelques pages de l'Histoire de France qui n'ont parfois pas grand rapport (le procès de Marie-Antoinette, le bal de Napoléon III et Eugénie). Restent quelques idées de mise en scène, comme les différentes entrées militaires en plan séquence, ou de scénario, à l'image un peu trop voyante d'une taverne pendant la guerre de cent ans où rôde déjà le marché noir ...



Un Si Paris nous était conté tout aussi décevant que son précédent versaillais pour ma part, que je n'ai pas pris grand plaisir à découvrir. Il peut servir, à la rigueur, de grand Qui est-ce ? du cinéma français des années 1950.

dimanche 25 novembre 2012

"BONNE CHANCE !" (de Sacha Guitry, 1935)

En quelques mots : Alors qu'elle va porter son linge chez une cliente, la jolie Marie se voit souhaiter "Bonne chance" par un peintre bohème. Convaincue, elle achète un billet de loterie et gagne un gros lot qu'elle entend bien partager avec son ami porte-bonheur. Celui-ci lui propose de faire un voyage d'une dizaines de jours et de dépenser sa part, soit près d'un million de francs. Fiancée, elle accepte pourtant de le suivre.

Bonne chance ! est la première fiction originale écrite par Sacha Guitry pour le cinéma et témoigne de la manière unique qu'avait le fameux auteur de concevoir le divertissement sur grand écran, une farandole de plaisirs égoïstes qui ravissent tous les spectateurs. Guitry est libre devant et derrière la caméra et son film regorge de cette sensation rare de liberté artistique : sur un fond noir on entend Pauline Carton déclarer "Bonne chance !", Guitry s'arrête au coin d'une rue et voyant qu'elle porte le nom d'Albert Willemetz (l'un des plus fameux paroliers de Maurice Chevalier notamment !) il s'exclame "Ah ? Déjà !" ou se délecte à déclarer lors d'un repas "Ce qu'il y a d'embêtant avec les bateaux, c'est que la sauce des asperges ne reste jamais où on la met !". Sacha Guitry dialogue ce film de 75 minutes avec bonheur et nous offre une petite pépite qui se déguste comme une sucrerie. Son immense talent d'auteur comique se retrouve dans une des meilleures scènes du film, celle du repas, que je vous propose d'écouter ici, où les trois personnages se livrent à une joute verbale parfaitement improbable mais magnifique ! A l'image du film, Guitry accumule des scènes inutiles à l'histoire juste pour le plaisir de les tourner.



On image sans mal que Sacha Guitry s'est plu à écrire cette petite comédie romantique pour sa compagne de l'époque, la jolie Jacqueline Delubac, qu'il courtise tout au long du film en jouant de sa différence d'âge, sans se soucier d'une trame scénaristique très faible et d'une mise en scène approximative. Toutes ces faiblesses importent heureusement peu face à la bonne humeur ambiante et à la finesse des mots !

Extrait audio : "Poulet cocotte ? Mais oui coco !"
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