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dimanche 29 décembre 2013

"PONTCARRAL, COLONEL D'EMPIRE" (de Jean Delannoy, 1942)

En quelques mots : Quelques semaines après la chute de Napoléon Ier, Pierre Pontcarral, un colonel fidèle à l'empereur sème la zizanie dans son petit village du Périgord. Des années plus tard, rien n'a changé ; Pontcarral voue toujours un culte à l'empereur, désormais mort, et attend le jour où il pourra à nouveau servir la France. Solitaire et acariâtre, il se rapproche pourtant des deux filles de son pire ennemi royaliste.

Pontcarral colonel d'empire, réalisé en pleine Occupation par Jean Delannoy, est une sorte de film légendaire. Il contribua largement à asseoir un peu plus la réputation du metteur en scène et de son acteur vedette, rencontra un immense succès populaire et on peut lire encore ça et là qu'il fut un film courageux, peut-être un des premiers films de Résistance. En outre, Pontcarral fut sélectionné par les autorités françaises pour être diffusé en Allemagne occupée après 1945. Aujourd'hui, cette bleuette historique paraît oubliée et reste quasi invisible puisqu'elle n'a jamais été éditée en DVD et que les rares possesseurs de la VHS originale chez René Chateau la vendent à prix d'or. Je dois le visionnage de ce film à la gentillesse d'un collectionneur passionné de cinéma français qui a bien voulu me faire une copie. Du reste, j'attendais beaucoup des aventures de ce colonel d'empire et, je dois bien l'avouer, j'ai été déçu.



Passée la formidable ouverture où Pierre Blanchar, maniant adroitement pistolets et sabres et jurant de chambouler comme il se doit la récente glorification de l'ancienne monarchie retrouvée, se rue sur un traître qui a oublié qu'il doit tout à l'empereur déchu, le scénario - adapté d'un roman d'Albert Cahuet de 1937 - se complaît dans une suite d'aventures amoureuses datées, théâtralement interprétées par Annie Ducaux et Suzy Carrier, où le colonel Pontcarral, fidèle bonapartiste se fend de rester droit dans ses bottes face au nouveau pouvoir qu'il juge illégitime. Les deux heures du film paraissent bien longues dans la dernière partie et le dénouement abrupte n'arrange rien. Pire, avec un tel montage, il rend l'intérêt général presque vain.



Si Pontcarral, colonel d'empire n'est pas totalement déplaisant à suivre, il le doit à la mise en scène efficace de Jean Delannoy et aux prestations des acteurs : outre Pierre Blanchar que j'adore, dans un rôle sur-mesure qui annonce un peu sa prestation du Bossu (Delannoy, 1944), notons les apparitions typiques d'Alexandre Rignault dans un rôle de félon qui lui sied bien, Charles Granval en digne marquis royaliste, Simone Valère dans un petit rôle d'aristocrate ou de Marcel Delaître en Austerlitz, fidèle compagnon et serviteur du colonel d'empire.

Reste la question du film Résistant. Dans une interview radiophonique des années 1950, Jean Delannoy affirmait que le film tentait "d'exalter certaines vertus qui n'étaient pas en faveur à cette époque là". De fait, le film fut censuré en partie et l'occupant supprima certains dialogues (rétablis à la Libération) tels que cette phrase de Louis-Philippe Ier : "Il est temps de sortir la France de ses humiliations, de rendre à son drapeau, le nôtre, un peu de gloire". Pontcarral fut l'un des plus grands succès cinématographiques de l'Occupation et certains publics applaudissaient lorsque Pierre Blanchar passait la trouve en revue ou se targuait de sa rébellion face au régime en place. Et pourtant ... la comparaison avec des titres tels que Les chouans (Calef, 1946) s'arrête là. Le prétexte historique, métaphore de l'actualité, utilisé dans le film de Henri Calef, n'est compréhensible pour Pontcarral qu'à posteriori et peut tout à fait s'appréhender dans l'autre sens ! Les vertus du courage, de la virilité (quand Pierre Blanchar déclame "Vous êtes ma femme ! Vous faites ce que je veux !"), la glorification du passé magnifique de la France étaient des thèmes inhérents à la Révolution Nationale de Vichy. Du reste, le film fut en partie financé par le ministère de l'information et projeté comme film de propagande. De quoi facilement remettre en question la légende dorée d'un film qui, décidément, n'a pas fini d'intriguer.

mardi 30 octobre 2012

"VIOLETTES IMPÉRIALES" (de Richard Pottier, 1952)

En quelques mots : En Espagne, lors d'une halte à Grenade, la belle Eugénie se faire dire la bonne aventure par une gitane du nom de Violetta. Celle-ci lui prédit un destin royal. De fait, lors d'un voyage en France, Eugénie devient l'épouse de l'empereur Napoléon III. Son cousin Juan, coureur souriant et beau parleur, tombe amoureux de Violetta lorsque celle-ci arrive en France.

Alors, je vous entends d'ici, vous allez me dire "Qu'est-ce que c'est que ça ? Il nous parle de Louis Jouvet, Jean Gabin, vénère Pierre Fresnay et voilà qu'on se retrouve avec une bluette musicale de Luis Mariano !" Certes, vous n'auriez pas tort. Mais que ne ferait-on pas pour la belle Micheline Francey ? C'est bien elle, en effet, dans un petit rôle, qui a guidé ce visionnage (et même cet achat ...). Hélas pour l'inconditionnel que je suis, elle n'apparaît pas très longtemps à l'écran, juste le temps de servir d'esclave à Luis Mariano et de se faire promettre un éphémère rendez-vous galant qui n'aura probablement jamais lieu. Quel goujaterie !



Au delà de ça, regarder Violettes impériales un soir, après une dure semaine de travail (ça doit bien arriver à quelques uns d'entre vous) n'est pas désagréable puisqu'on rigole du début à la fin. Il faut quand même voir Luis Mariano chanter une sérénade romantique à cheval, galopant derrière une calèche sur les routes d'Espagne, avec un immense sourire qui masque, tout au long du film, son terrible jeu d'acteur. Prétexte à entendre quelques jolies chansons de l'idole, selon les goûts, cette comédie romantique a des qualités dans les décors, les costumes et la mise en scène honnête de Richard Pottier. Simone Vallère en impératrice n'est pas ridicule, ni moins que Carmen Sevilla en gitane de cinéma. Tout pourrait en faire en nanar mais au final cette désuétude assumée est sympathique.

Regrettons juste que ça ne soit pas à la belle Micheline Francey que Luis Mariano chante (deux fois !) que L'amour est un bouquet de violettes ...

mardi 18 septembre 2012

"LA BEAUTE DU DIABLE" (de René Clair, 1950)


En quelques mots : Au seuil de sa vie, l'illustre professeur Faust se morfond de sa mort prochaine et de son œuvre incomplète. Réticent, il signe pourtant un pacte avec le Diable pour que celui-ci lui redonne la jeunesse, la gloire, l'amour et le génie ... en échange de son âme.

Est-ce que je ne serais pas moi-même en train de vendre mon âme au diable en classant ce film parmi les chefs d’œuvre du cinéma français ? Il n'est pas rare, en effet, d'entendre ça et là quelques critiques négatives sur ce film fantastique, sur la performance de Michel Simon notamment. Écrasant largement son partenaire qu'il détestait ("Gérard Philipe ? Un acteur ? Laissez moi rire !"), il livre une composition diabolique survoltée, drôle, terrifiante et omnipotente. On ne voit plus que lui, on n'entend plus que lui, et les amateurs du beau jeune premier, qui doit une partie de sa gloire à Fanfan la Tulipe, seront cruellement amers, tant son rôle est diminué par l'ogre Simon. On pourra dire aussi que celui-ci tend à amener son rôle dramatique vers la comédie, à travers quelques passages précis, ce qui pourrait déséquilibrer le film.

Je ne suis pas de cette catégorie perplexe, et je considère La beauté du diable comme un véritable chef d’œuvre.


Inspiré de la légende de Faust, le film montre un vieux professeur (M. Simon) qui retrouve la jeunesse dans le corps d'un jeune homme (G. Philipe), suivit en permanence par Méphistophélès, serviteur du diable, qui a prit l'apparence du vieux professeur. Le scénario est, de fait, habilement construit et offre de très belles séquences lyriques, pleines d'une poésie désespérée, telles le miroir qui montre l'avenir, le rêve éveillé de gloire de Gérard Philipe ou les appels de Faust à Lucifer.

On l'a dit, Michel Simon vampirise littéralement le film, avec génie, et je vous propose de revoir un extrait du film en vidéo, ci-dessous (qui faillit être coupé au montage, car René Clair n'aimait pas l'accent suisse que prenait Michel Simon en invoquant le Diable). Gérard Philipe est à l'aise dans son rôle de jeune premier, surtout dans la première partie. Les autres acteurs ont beaucoup de mal à exister, si ce n'est dans une moindre mesure la belle Simone Valère.

Tourné dans l'immédiate après-guerre, le film argue que pactiser avec le Diable ne peut provoquer rien de bon (on pourrait s'en douter) : ainsi Gérard Philipe découvre-t-il le destin tragique de ses découvertes : la guerre, la soumission des peuples, les destructions apocalyptiques. Métaphore possible de l'Occupation allemande, le film offre toutefois une issue optimiste, puisque le peuple se soulève contre l'envoyé du diable et la paix revient dans la ville. Ces dernières séquences, parfaitement filmées, sont très prenantes. La belle photographie mystérieuse de Michel Kelber s'allie avec merveille à la mise en scène soignée de René Clair, et apporte une ambiance semblable à La main du diable, de Maurice Touneur.

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