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mardi 18 septembre 2012
Micheline Francey dans "La charrette fantôme" en vidéo !
J'avais évoqué dès le début de ce blog ma grande admiration pour Micheline Francey, que j'évoque dès que l'occasion s'y prête. J'avais loué dans un précédent article la beauté envoutante et fascinante de la belle actrice dans le film de Julien Duvivier, La charrette fantôme (1939) avec Pierre Fresney et Louis Jouvet. Et bien voici un extrait vidéo d'une des plus belles scènes du film, où Micheline Francey (Sœur Édith) entre dans un troquet malfamé pour rechercher une âme égarée. Si elle ne la trouve pas, elle en conquiert une autre, après s'être fait gratuitement jeter un verre au visage.
dimanche 16 septembre 2012
"LE QUAI DES BRUMES" (de Marcel Carné, 1938)
En quelques mots : Jean, militaire colonial, arrive au Havre par une nuit de brouillard, cherchant à s'embarquer rapidement sur un navire. Il y rencontre un patron de taverne qui lui vient en aide, un vieux marchand malhonnête, un petit caïd qui veut faire la loi et une belle jeune femme qui rêve aussi de s'évader.
Un de ces films qui fait partie de la mythologie du cinéma français pour son couple phare - Jean Gabin et Michèle Morgan - et leur fameuse scène de baiser ponctuée d'un "T'as d'beaux yeux tu sais !". Qui n'a jamais entendu cette phrase dans sa vie ? Toutefois, il faut se rappeler qu'elle est extraite d'un des grands films de Marcel Carné, Le quai des brumes, réalisé juste avant la guerre. Le contexte, s'il ne pèse pas forcément sur l'histoire, apporte a posteriori un poids incontestable aux destins tragiques de tous les personnages du film. Ce port noyé dans le brouillard est un symbole de liberté mais aussi un terminus, où vont se rencontrer des êtres paumés, chacun à leur manière. Gabin d'abord, en déserteur de la Coloniale (ce qui choqua la Censure de l'époque), qui erre en quête d'une nouvelle vie ; Michèle Morgan dans sa jeunesse qui ne songe qu'à échapper à son tuteur, incarné par un Michel Simon ambigu, amateur de grande musique mais à la conscience bien lourde. Pierre Brasseur en petit caïd minable n'impressionne pas grand monde, pas même le vieux Édouard Delmont, dit Panama pour y avoir passé plusieurs années.
Le scénario se joue avec habileté des faux semblants ; ainsi tous les personnages changent aux yeux du spectateur à mesure que le film avance : Brasseur le caïd n'est qu'un gringalet qui veut se faire un nom, le gentil Michel Simon ne l'est pas spécialement, Michèle Morgan qui attend comme une tapineuse fait en réalité une nouvelle fugue et qui sait si Delmont n'a jamais été au Panama ? La caméra ne Marcel Carné progresse dans le brouillard permanent, celui des idées et la brume bien réelle qui s'abat sur Le Havre, malgré quelques éclaircies, même au cœur de la nuit (la fête foraine). Revivez en vidéo une séquence d'anthologie :
Le film doit beaucoup à son équipe : Marcel Carné à la mise en scène bien sûr, tout autant que Jacques Prévet qui compose de sublimes dialogues - la scène dans la taverne de Panama, entre Gabin, Delmont et Le Vigan est un véritable chef d’œuvre. Jean Gabin et Michèle Morgan forment un couple que l'on a envie d'aimer, même si l'on sait que leur amour est impossible car perdu d'avance. C'est là une grande force du film, croire encore que quelqu'un va s'en sortir. La scène mythique où ils s'embrassent y gagne encore en sincérité, tant elle ne semble pas feinte. Découvrez cette scène à nouveau ici en vidéo :
Note : Pour des raisons de droit pénibles avec Studio Canal, il est impossible de mettre en ligne des extraits du film sur Youtube. De fait, je dois vous les présenter en moindre qualité, sur ce blog.
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mardi 11 septembre 2012
"LE RETOUR DE DON CAMILLO" (de Julien Duvivier, 1953)
En quelques mots : Don Camillo est exilé dans un petit village de montagne, difficilement accessible et plongé dans le froid. A Brescello, devant la menace d'une terrible inondation, Peppone fait tout pour construire une digue, mais se heurte au refus d'un grand propriétaire de vignes. Devant son incapacité à régler le problème et la fuite de certains habitants, il décide de rappeler Don Camillo.
Le film commence exactement là où Le petit monde de Don Camillo (1952) s'était arrêté, lorsque le célèbre curé partait pour son exil. On le retrouve donc dans le train, prêt à découvrir sa nouvelle paroisse, perdue dans une montagne cachée par le brouillard. Peppone non plus n'a pas changé et exerce son autorité de maire communiste avec force, méprisant le nouveau curé et forçant un propriétaire terrien à céder ses terres pour le bien des camarades. Il est même affublé d'une petite troupe de choc, pas loin d'être une milice prête à tout pour arriver à ses fins.
Cette suite des aventures de Don Camillo est toujours mise en scène avec talent par Julien Duvivier, qui propose de très jolis cadrages (malgré quelques transparences aujourd'hui pénibles), et il faut noter la très belle photographie de Anchise Brizzi.
Rien ne change réellement dans cette suite où le pouvoir civil et le pouvoir religieux s'affrontent gentiment, mais elle reste tout à fait au niveau de l'original, avec quelques très belles séquences : Don Camillo qui passe un dimanche après-midi avec le fils de Peppone, malheureux dans son collège, ou la séquence de fin et le sermon du curé devant le village engloutis par les flots (émouvant).
Jean Debucourt assure encore la magnifique voix de Jésus, qui parle régulièrement à Don Camillo et s'amuse avec lui ; quant à Édouard Delmont, il est un des personnages comiques du film, jouant un vieux médecin qui n'arrête pas de mourir et de ressusciter. Un des autres jolis moments du film est la Passion du Christ de Camillo qui retourne une nuit chercher sa croix et la remonte seul, sur le dos, le long de sa montagne, sous la neige. Épuisé, il est sauvé par Jésus lui-même, symbolique assez marquante que l'on retrouve à la fin, avec l’inondation, qui n'est pas sans rappeler le Déluge.
Je vous propose de revoir un des passages les plus amusants du film, lorsqu'un ancien adversaire de Camillo et Peppone revient en ville et que les deux compères entendent bien se venger avec de l'huile de ricin :
dimanche 9 septembre 2012
"IL EST MINUIT DOCTEUR SCHWEITZER" (de André Haguet, 1952)
En quelques mots : Dans les années 1910, Albert Schweitzer (P. Fresnay), pasteur alsacien, étudie la médecine pendant plusieurs années dans le but de partir en Afrique aider ceux qui souffrent. Installé au Gabon avec une jeune infirmière (J. Moreau), il construit un hôpital de fortune et tente de soigner autant de malades qu'il peut. Mais la guerre en Europe menace d'éclater et le docteur Schweitzer est rattrapé par ses origines.
Largement inspiré de la vie du véritable docteur Schweitzer, prix Nobel de la paix et important théologien, le film raconte les semaines qui précédèrent son arrestation à Lambaréné, au Gabon. Alsacien, donc né dans un territoire sous contrôle allemand, le docteur fut placé en résidence surveillé par les français pendant toute la première guerre mondiale, avant de repartir en Afrique, pour y mourir en 1965.
Retracer le parcours d'un vrai héros au cinéma est toujours difficile, le personnage manquant la plupart du temps singulièrement de défauts. Le docteur Schweitzer n'y coupe pas, tout comme le personnage de curé, incarné par Jean Debucourt. Il faut dans ce cas toute la force d'une mise en scène brillante et de dialogues précis pour ne pas tomber dans l'ennui (comme c'est le cas pour la kitch Odyssée du Dr. Wassell, avec Gary Cooper). Hélas, ce film n'a rien de tout ça.
L'histoire est plaisante mais tellement mollassonne qu'elle perd rapidement tout son intérêt. Même Pierre Fresnay, avec son terrible accent, ne semble pas y croire et le déluge de bons sentiments n'y fait rien. Seul Jean Debucourt a un (court) rôle intéressant, celui d'un missionnaire isolé. Jeanne Moreau impose son antipathie habituelle et des larmes de pacotille ; quant à Raymond Rouleau et André Valmy, ils ne sont que des comparses sans relief. Même la scène la plus célèbre du film (l'arrestation du docteur) manque de dynamisme et on est plutôt heureux que tout cela se termine !
Largement inspiré de la vie du véritable docteur Schweitzer, prix Nobel de la paix et important théologien, le film raconte les semaines qui précédèrent son arrestation à Lambaréné, au Gabon. Alsacien, donc né dans un territoire sous contrôle allemand, le docteur fut placé en résidence surveillé par les français pendant toute la première guerre mondiale, avant de repartir en Afrique, pour y mourir en 1965.
Retracer le parcours d'un vrai héros au cinéma est toujours difficile, le personnage manquant la plupart du temps singulièrement de défauts. Le docteur Schweitzer n'y coupe pas, tout comme le personnage de curé, incarné par Jean Debucourt. Il faut dans ce cas toute la force d'une mise en scène brillante et de dialogues précis pour ne pas tomber dans l'ennui (comme c'est le cas pour la kitch Odyssée du Dr. Wassell, avec Gary Cooper). Hélas, ce film n'a rien de tout ça.
L'histoire est plaisante mais tellement mollassonne qu'elle perd rapidement tout son intérêt. Même Pierre Fresnay, avec son terrible accent, ne semble pas y croire et le déluge de bons sentiments n'y fait rien. Seul Jean Debucourt a un (court) rôle intéressant, celui d'un missionnaire isolé. Jeanne Moreau impose son antipathie habituelle et des larmes de pacotille ; quant à Raymond Rouleau et André Valmy, ils ne sont que des comparses sans relief. Même la scène la plus célèbre du film (l'arrestation du docteur) manque de dynamisme et on est plutôt heureux que tout cela se termine !
samedi 8 septembre 2012
Louis Jouvet : "J'ai dit bizarre ? Comme c'est bizarre !"
Un blog consacré à l'âge d'or du cinéma français ne pouvait y couper ! On a beau le connaître par cœur, attendre les réactions de Michel Simon comme si c'était la première fois, on ne se lasse pas d'entendre Louis Jouvet déclarer, en regardant son couteau, "Bizarre, bizarre ...".
Cette scène mythique, connue de tous, n'est toutefois pas toujours facile à replacer dans un film. Il s'agit pourtant de Drôle de drame (1937), de Marcel Carné, qui met aussi en vedette Françoise Rosay, Jean-Pierre Aumont et Jean-Louis Barrault, sur un brillant dialogue de Jacques Prévert.
Dans la scène présente, que je vous propose de redécouvrir en vidéo, l'archevêque Soper (Louis Jouvet) se montre curieux envers son cousin Molyneux (Michel Simon) qu'il soupçonne d'avoir assassiné sa femme, d'où une flopée de questions et des réponses "bizarres". Admirable scène entre deux comédiens qui apparemment se détestaient.
Cette scène mythique, connue de tous, n'est toutefois pas toujours facile à replacer dans un film. Il s'agit pourtant de Drôle de drame (1937), de Marcel Carné, qui met aussi en vedette Françoise Rosay, Jean-Pierre Aumont et Jean-Louis Barrault, sur un brillant dialogue de Jacques Prévert.
Dans la scène présente, que je vous propose de redécouvrir en vidéo, l'archevêque Soper (Louis Jouvet) se montre curieux envers son cousin Molyneux (Michel Simon) qu'il soupçonne d'avoir assassiné sa femme, d'où une flopée de questions et des réponses "bizarres". Admirable scène entre deux comédiens qui apparemment se détestaient.
vendredi 7 septembre 2012
"LE BON ROI DAGOBERT" (de Pierre Chevalier, 1963)
En quelques mots : Le jeune Bébert, pour avoir préféré échanger des billes avec un camarade pendant un cours d'histoire, reçoit pour punition d'écrire une centaine de lignes sur le Roi mérovingien Dagobert Ier. Privé de sa série télévisée favorite, il s'imagine les aventures du Roi Dagobert sous les traits de son propre père (Fernandel).
Certains pesteront probablement du fait que je n'ai pas classé ce film dans la catégorie Nanar ! Mais je dois avouer que la découverte de ce film que je croyais avoir vu il y a longtemps m'a laissé une agréable sensation de plaisir. Certes, la comédie est légère et ne fait jamais dans la finesse, mais elle ne prétend pas autre chose, et remplit parfaitement son contrat en jouant à fond dans la parodie et les détails anachroniques. Mêlés à la vision enfantine de l'Histoire (elle est racontée par Bébert pour sa punition), passent les pires fantaisies et soucis de réalisme, prétextes à rire de notre passé et de ses grandes déclamations. Ainsi Michel Galabru (le fidèle Pépin) et Fernandel s'amusent-ils à trouver un mot historique pour le Roi, passant de "L’État c'est moi !" à "Nous sommes ici par la volonté du peuple ...".
" - Un petit souper aux chandelles ? - Forcément aux chandelles, à quoi pourrait-on s'éclairer en 631 ?" (Pascale Roberts/Fernandel)
Ne cherchez pas la mise en scène, inexistante, ni la vraisemblance des décors.
Le film est truffé de répliques assez amusantes lâchées par des interprètes qui n'attendent que ça : outre Fernandel (génial même quand les films sont mauvais), Darry Cowl compose avec décalage un bourreau "à la carte", Michel Galabru un Pépin qui cherche le mot historique ("Ça pourrait faire une parole historique J'y suis, j'y reste !"), Pierre Doris une crapule amie de Dominique Zardi, Jean Tissier un Connétable en fin de carrière, qui peine à grimper à cheval, ou encore Jacques Dufilho en espion prêt à se déguiser en femme ou en turc ! Gino Cervi, doublé en français pour son rôle de Saint Eloi, fait figure de clown blanc, sage et en retrait, sans véritable séquences comiques.
Revoir ce film pour ce qu'il est, une gentille petite comédie parodique et anachronique (qui annonce Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, de Jean Yanne), est un plaisir que je ne boude pas. Et je vous propose un petit extrait vidéo du film :
Pour la petite anecdote, la chanson populaire "Le bon Roi Dagobert", largement évoquée dans le film, a été composée en réalité à la Révolution Française pour se moquer de Louis XVI. Évoquant un Roi lointain, elle permettait d'éviter la censure, tout en riant des prétendus défauts du souverain (maladresse ...).
Certains pesteront probablement du fait que je n'ai pas classé ce film dans la catégorie Nanar ! Mais je dois avouer que la découverte de ce film que je croyais avoir vu il y a longtemps m'a laissé une agréable sensation de plaisir. Certes, la comédie est légère et ne fait jamais dans la finesse, mais elle ne prétend pas autre chose, et remplit parfaitement son contrat en jouant à fond dans la parodie et les détails anachroniques. Mêlés à la vision enfantine de l'Histoire (elle est racontée par Bébert pour sa punition), passent les pires fantaisies et soucis de réalisme, prétextes à rire de notre passé et de ses grandes déclamations. Ainsi Michel Galabru (le fidèle Pépin) et Fernandel s'amusent-ils à trouver un mot historique pour le Roi, passant de "L’État c'est moi !" à "Nous sommes ici par la volonté du peuple ...".
" - Un petit souper aux chandelles ? - Forcément aux chandelles, à quoi pourrait-on s'éclairer en 631 ?" (Pascale Roberts/Fernandel)
Ne cherchez pas la mise en scène, inexistante, ni la vraisemblance des décors.
Le film est truffé de répliques assez amusantes lâchées par des interprètes qui n'attendent que ça : outre Fernandel (génial même quand les films sont mauvais), Darry Cowl compose avec décalage un bourreau "à la carte", Michel Galabru un Pépin qui cherche le mot historique ("Ça pourrait faire une parole historique J'y suis, j'y reste !"), Pierre Doris une crapule amie de Dominique Zardi, Jean Tissier un Connétable en fin de carrière, qui peine à grimper à cheval, ou encore Jacques Dufilho en espion prêt à se déguiser en femme ou en turc ! Gino Cervi, doublé en français pour son rôle de Saint Eloi, fait figure de clown blanc, sage et en retrait, sans véritable séquences comiques.
Revoir ce film pour ce qu'il est, une gentille petite comédie parodique et anachronique (qui annonce Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, de Jean Yanne), est un plaisir que je ne boude pas. Et je vous propose un petit extrait vidéo du film :
Pour la petite anecdote, la chanson populaire "Le bon Roi Dagobert", largement évoquée dans le film, a été composée en réalité à la Révolution Française pour se moquer de Louis XVI. Évoquant un Roi lointain, elle permettait d'éviter la censure, tout en riant des prétendus défauts du souverain (maladresse ...).
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lundi 3 septembre 2012
"L'AIR DE PARIS" (de Marcel Carné, 1954)
En quelques mots : Victor Le Garrec (J. Gabin) gère une petite salle de boxe à Paris, avec sa femme Blanche (Arletty). Prêt à raccrocher pour s'installer dans le Sud, il rencontre un jeune homme dans lequel il voit un futur grand champion, et décide de l'aider. Son jeune poulain rencontre vite une femme pour laquelle il semble prêt à tout lâcher.
L'air de Paris, c'est celui qui fait vivre Victor Le Garrec (Gabin) entre son passé de sportif médiocre, ses jeunes boxeurs et ses rêves de découvrir un grand champion ; il est aussi celui qui fait se rencontrer une dame du monde (Marie Daems) et un jeune ouvrier des chemins de fer, paumé et orphelin (Roland Lesaffre). Enfin, c'est celui qui exaspère la femme de Victor l'entraineur, Blanche, incarnée par Arletty. C'est un des aspects les plus amusants du film, où le réalisateur Marcel Carné, qui fit la gloire de la môme parisienne, la filme en femme docile qui fait le ménage, la cuisine et la comptabilité (elle qui fut une incarnation de la femme libérée, que j'évoquais pour La chaleur du sein), qui n'a qu'une envie, quitter Paris pour le Sud. Il faut l'entendre vanter les mérites de la Côte d'Azur avec son accent parigot !
Les deux acteurs principaux, toujours très justes, sont filmés comme des vieux, presque dépassés, mais d'une immense gentillesse - il est rare de voir Jean Gabin aussi bon et souriant.
L'histoire n'est pas très originale mais se suit avec plaisir grâce à la mise en scène solide de Marcel Carné et l'interprétation parfaite : Roland Lesaffre apparaît très sensible, entre résignation et volonté de s'en sortir, entre l'amour pour la boxe et une femme - même si on manque d'empathie pour lui. Jean Gabin et Arletty forment un couple que l'on a envie d'aimer, très touchant, face à une image plus jeune et libre de ce qu'ils furent autrefois (Lesaffre et Daems). L'extrait vidéo que je vous présente ici montre le rapprochement et les écarts de génération, à travers un choix important pour le jeune boxer.
samedi 1 septembre 2012
"LE CORBEAU" (de Henri-Georges Clouzot, 1943)
En quelques mots : Rémy Germain, médecin d'une petite ville de province, est la victime calomnieuse d'un corbeau qui, dans une série de lettres aux habitants, l'accuse d'adultère et de pratiquer l'avortement clandestin. Quand un malade, atteint d'un cancer, reçoit une lettre et se suicide, le climat de tension dégénère et la foule se cherche un coupable.
Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot inaugure ma série de films étiquetée "Chef d’œuvre". Bien sûr, tout a été dit sur ce film majeur du cinéma français, sur son climat lourd, sur son contexte de production et sur les répercussions qui suivirent. Réalisé en pleine Occupation et produit par la Continental Films (dirigée par les Allemands), le film fut malmené par les mouvances catholiques qui jugeaient le héros trop ambigüe (d'autant plus qu'il se déclare athée et qu'il ne va pas à la messe), et par les communistes qui voyaient dans cette représentation de la société française une volonté de salir le pays et ses chers citoyens. Clouzot fut trainé dans la boue et frappé d'une interdiction d'exercer son métier de metteur en scène (qui fut levée dès 1947, avec le génial Quai des orfèvres), tout comme Pierre Fresnay qui écopa de quelques semaines de prison.
Mais il est toujours bon de rappeler les autres atouts de ce film, à commencer par son casting. Outre le grand Pierre Fresnay (on aura compris qu'il s'agit d'un des acteurs "cultes" du blog) et Ginette Leclerc, on retrouve la sublime Micheline Francey (autre actrice "culte") et une belle galerie de seconds rôles, tels que Noël Roquevert en instituteur manchot, Pierre Larquey en doyen de médecine, Pierre Bertin en sous-préfet (idéal dès qu'il s'agit de faire un discours pompeux !), Louis Seigner et Jean Brochard en médecins et Sylvie en mère vengeresse.
L'ouverture du film sur Pierre Fresnay, les mains ensanglantées, expliquant laconiquement à une vieille femme que sa fille a perdu son bébé mais qu'il ne faut pas pleurer puisqu'elle est vivante, est impressionnante de froideur. Ce héros sombre et solitaire, au passé tragique, ne provoque aucune empathie, même quand il est au fond du trou. Aucun personnage d'ailleurs, si ce n'est les deux femmes interprétées par Ginette Leclerc (boiteuse) et Micheline Francey (malheureuse dans son couple). On peut comprendre qu'en temps de guerre, ce film montrant les habitants d'un village français de manière aussi noire, a pu choquer.
Le corbeau dénonce toutes les vérités cachées, mêmes les pires, et créer un climat de tension dans le village, où les habitants cherchent à protéger leur petit confort sans se faire éclabousser. En cela, le film de Clouzot reste un cruel reflet de la trouble époque du milieu des années 40 où la délation fit les ravages que l'on sait, et montre en pleine guerre le vrai visage des français, celui que l'on tenta d'oublier après l’Épuration pour ne pas diviser le pays. Le Corbeau était donc condamné dans tous les cas, et le prétexte d'une production Continental servit à lui faire porter des chapeaux qu'il n'avait pas.
Une scène est particulièrement admirable, et je vous propose de la revoir en vidéo ci-dessous ; un échange entre Pierre Fresnay et Pierre Larquey (peut-être le meilleur rôle du film !) sur la limite entre le bien et le mal, les dérives de la délation. Certaines phrases, telle que "Vous croyez que les gens sont tout bon ou tout mauvais, vous croyez que le bien c'est la lumière et que l'ombre c'est le mal mais ... où est l'ombre, où est la lumière ? Où la frontière du mal ?" peut s'entendre comme une justification de la Collaboration avec l'ennemi (ce qui fut reproché à Clouzot) ou comme une dénonciation virulente de la société française sous l'Occupation.
Le Corbeau, film mal aimé après sa sortie, n'a pas démérité son statut de chef d’œuvre du cinéma français et n'a rien perdu de son pouvoir ; sa violence à l'égard des Hommes, de leur comportement en temps troublé, est intemporelle en même temps qu'un formidable témoignage de son époque.
Voir aussi : Pierre Blanchar et l'article "Le corbeau déplumé" sur http://letaphophile.free.fr !
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vendredi 31 août 2012
Raymond Bussières : "J'emmerde les gendarmes !"
Raymond Bussières, éternel et sympathique second rôle du cinéma français, qui fut aussi un militant très engagé à l'extrême gauche, trouve un emploi parfait dans L'assassin habite au 21 (1942) où il déclame devant un gendarme éberlué une petite ritournelle assez osée. Un moment très drôle du film que je vous propose de revoir ici en vidéo :
"LES BAS-FONDS" (de Jean Renoir, 1936)
En quelques mots : Pépel (J. Gabin), voleur à la petite semaine, rencontre une nuit un Baron ruiné (L. Jouvet), dont il cambriole l'appartement. Les deux hommes sympathisent et l’aristocrate fauché suit son nouvel ami dans la petite pension où il loge, entre deux femmes amoureuses de lui et un propriétaire sans scrupules.
Ce qu'il y a d'appréciable avec les films de Jean Renoir, et son prestige actuel qui fait se classer La Règle du jeu parmi les plus grands films de tous les temps dans divers classements, vient peut-être de là, c'est leur modernité dans le récit et la mise en scène. Les bas-fonds de 1936 n'ont pas vieillis ; sur la forme au moins. Quand certains films des années 60 ou 70 font poussiéreux et datés, les films de Renoir rayonnent encore chez les amoureux du cinéma français. Du reste, le metteur en scène jouit d'une aura immense, basée sur les critiques de la Nouvelle Vague, qui le rend presque intouchable ; au risque de passer pour un ignare ou un inculte en cinéma.
Pourtant, Les Bas-fonds, comme d'autres, est marqué par l'engagement du réalisateur dans les idées à venir du Front Populaire et on peut pouvoir se fatiguer ici de cette ritournelle sans remettre en question la qualité de l'écriture, et surtout de l'interprétation magistrale de Jean Gabin, et d'un Louis Jouvet étonnamment sobre en aristocrate fauché (leur scène dans l'herbe au bord du canal est superbe). Reste que cette histoire d'amour difficile n'est pas toujours passionnante et qu'il manque parfois un petit quelque chose pour réellement capter l'attention du spectateur.
Peut-être la fidélité de l'adaptation est-elle un problème, en ce qu'elle replace les personnages dans un contexte français mais avec des particularités ... russes (la monnaie, les noms des personnages).
Sous une apparente légèreté, l'histoire se révèle beaucoup plus sombre, dans les descriptions des personnages secondaires notamment (formidable Vladimir Sokoloff), et dans quelques séquences inoubliables (la mort de "pensionnaires" dans la banalité complète, le passage à tabac de Natacha).
Ce qu'il y a d'appréciable avec les films de Jean Renoir, et son prestige actuel qui fait se classer La Règle du jeu parmi les plus grands films de tous les temps dans divers classements, vient peut-être de là, c'est leur modernité dans le récit et la mise en scène. Les bas-fonds de 1936 n'ont pas vieillis ; sur la forme au moins. Quand certains films des années 60 ou 70 font poussiéreux et datés, les films de Renoir rayonnent encore chez les amoureux du cinéma français. Du reste, le metteur en scène jouit d'une aura immense, basée sur les critiques de la Nouvelle Vague, qui le rend presque intouchable ; au risque de passer pour un ignare ou un inculte en cinéma.
Pourtant, Les Bas-fonds, comme d'autres, est marqué par l'engagement du réalisateur dans les idées à venir du Front Populaire et on peut pouvoir se fatiguer ici de cette ritournelle sans remettre en question la qualité de l'écriture, et surtout de l'interprétation magistrale de Jean Gabin, et d'un Louis Jouvet étonnamment sobre en aristocrate fauché (leur scène dans l'herbe au bord du canal est superbe). Reste que cette histoire d'amour difficile n'est pas toujours passionnante et qu'il manque parfois un petit quelque chose pour réellement capter l'attention du spectateur.
Peut-être la fidélité de l'adaptation est-elle un problème, en ce qu'elle replace les personnages dans un contexte français mais avec des particularités ... russes (la monnaie, les noms des personnages).
Sous une apparente légèreté, l'histoire se révèle beaucoup plus sombre, dans les descriptions des personnages secondaires notamment (formidable Vladimir Sokoloff), et dans quelques séquences inoubliables (la mort de "pensionnaires" dans la banalité complète, le passage à tabac de Natacha).
mardi 14 août 2012
"KNOCK" (de Guy Lefranc, 1951)
En quelques mots : A Saint-Maurice, toute la population se porte bien, et le docteur du village n'est payé qu'une seule fois par an pour ses rares consultations. Lorsque le docteur Knock, pour qui "tout bien portant est un malade qui s'ignore", arrive en ville, tout change radicalement. Les habitants se découvrent des maladies, s'alitent et font fructifier les affaires de Knock et du pharmacien.
Alors que deux dentistes viennent récemment d'être condamnés parce qu'ils abîmaient volontairement les dents de leurs patients pour leur facturer des soins, la redécouverte de Knock, et de sa vision particulière de la médecine, peut faire froid dans le dos, ou rire jaune.
Comme César reste lié à Raimu et Rhett Butler à Clark Gable, on n'imagine mal le docteur Knock sous des traits différents que Louis Jouvet, les cheveux plaqués en arrière, parfois recouverts d'un chapeau melon, ses petits yeux cachés derrière des lunettes rondes. Pourtant voilà, plus qu'un autre, un film où les détracteurs de l'acteur se régaleront à argumenter que Jouvet déclame son texte comme un comédien sur scène, sans naturel, avec une intonation insupportable. Les autres, et j'en fais partie, répèteront à qui veut l'entendre que Jouvet était vraiment un des plus grands.
Objet de discordes entre les cinéphiles le docteur Knock ? Il fut déjà pendant son tournage l'enjeu de toutes les convoitises, puisque "tout Paris" voulait être de cette aventure, annoncée fameuse. Jouvet lui-même engagea quelques un de ses protégés, comme le jeune Jacques Monod, et se chargea de la direction artistique. Un des biographes de Louis de Funès, Jean-Jacques Jelot-Blanc*, rapporte que le tournage, de fait, fut houleux, entre un acteur "perdant son temps au cinéma" mais se mêlant constamment de la mise en scène, et un jeune réalisateur qui aurait bien aimé faire son travail. Jacques Becker, voisin de tournage, vint même parfois sur le plateau pour tenter de réconcilier les deux hommes, en vain !
Extrait audio : "J'ai perdu 100 grammes !" (Louis de Funès)
Les fils de Louis de Funès ont rappelé il y a quelques années à quel point leur père fut énervé par l'attitude des distributeurs qui ressortaient des films où il faisait une apparition alors qu'il était devenu une vedette. De fait, il n'est pas rare de trouver des affiches de Knock annonçant son nom dans les seconds rôles, alors qu'il n'apparaît que ... 10 secondes à l'écran. Jean Carmet quant à lui, a un vrai rôle, celui du moqueur qui devient infirmier. Le film est donc l'occasion de retrouver quelques bons acteurs, tels que Pierre Renoir en pharmacien soudain débordé, Pierre Bertin en instituteur candide, persuadé d'être porteur de germes, ou Jean Brochard en médecin confrère de Louis Jouvet. Ce personnage central de l'histoire est censé être le plus honnête docteur, veillant à la bonne santé de ses concitoyens, même si au début de l'histoire il vend son cabinet en arguant qu'il est très rentable.
Le texte est un classique du théâtre et l'adaptation cinématographique ne peut vraiment s'en démarquer, offrant souvent une succession de scènes, mais tellement réjouissantes qu'on oublie ce détail pourtant rédhibitoire dans bien des cas. La finesse des dialogues, leur humour noir et leurs réflexions cyniques sont un régal à écouter, d'autant que certains passages restent au delà de la farce des moments terriblement sombres et pessimistes quant à l'avenir des hommes face à la médecine (le passage près de la fenêtre entre Jouvet et Brochard).
La fin, sur un regard diabolique de Louis Jouvet, questionne encore : le médecin alité est-il le fruit de l'escroc Knock ou la preuve vivante de son génie de la médecine ?
* JELOT-BLANC, J.-J., Louis de Funès, une légende, Paris, Anne Carrière, 1993.
Alors que deux dentistes viennent récemment d'être condamnés parce qu'ils abîmaient volontairement les dents de leurs patients pour leur facturer des soins, la redécouverte de Knock, et de sa vision particulière de la médecine, peut faire froid dans le dos, ou rire jaune.
"Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous grattouille ?" (Louis Jouvet)
Comme César reste lié à Raimu et Rhett Butler à Clark Gable, on n'imagine mal le docteur Knock sous des traits différents que Louis Jouvet, les cheveux plaqués en arrière, parfois recouverts d'un chapeau melon, ses petits yeux cachés derrière des lunettes rondes. Pourtant voilà, plus qu'un autre, un film où les détracteurs de l'acteur se régaleront à argumenter que Jouvet déclame son texte comme un comédien sur scène, sans naturel, avec une intonation insupportable. Les autres, et j'en fais partie, répèteront à qui veut l'entendre que Jouvet était vraiment un des plus grands.
Objet de discordes entre les cinéphiles le docteur Knock ? Il fut déjà pendant son tournage l'enjeu de toutes les convoitises, puisque "tout Paris" voulait être de cette aventure, annoncée fameuse. Jouvet lui-même engagea quelques un de ses protégés, comme le jeune Jacques Monod, et se chargea de la direction artistique. Un des biographes de Louis de Funès, Jean-Jacques Jelot-Blanc*, rapporte que le tournage, de fait, fut houleux, entre un acteur "perdant son temps au cinéma" mais se mêlant constamment de la mise en scène, et un jeune réalisateur qui aurait bien aimé faire son travail. Jacques Becker, voisin de tournage, vint même parfois sur le plateau pour tenter de réconcilier les deux hommes, en vain !
Extrait audio : "J'ai perdu 100 grammes !" (Louis de Funès)
Les fils de Louis de Funès ont rappelé il y a quelques années à quel point leur père fut énervé par l'attitude des distributeurs qui ressortaient des films où il faisait une apparition alors qu'il était devenu une vedette. De fait, il n'est pas rare de trouver des affiches de Knock annonçant son nom dans les seconds rôles, alors qu'il n'apparaît que ... 10 secondes à l'écran. Jean Carmet quant à lui, a un vrai rôle, celui du moqueur qui devient infirmier. Le film est donc l'occasion de retrouver quelques bons acteurs, tels que Pierre Renoir en pharmacien soudain débordé, Pierre Bertin en instituteur candide, persuadé d'être porteur de germes, ou Jean Brochard en médecin confrère de Louis Jouvet. Ce personnage central de l'histoire est censé être le plus honnête docteur, veillant à la bonne santé de ses concitoyens, même si au début de l'histoire il vend son cabinet en arguant qu'il est très rentable.
Le texte est un classique du théâtre et l'adaptation cinématographique ne peut vraiment s'en démarquer, offrant souvent une succession de scènes, mais tellement réjouissantes qu'on oublie ce détail pourtant rédhibitoire dans bien des cas. La finesse des dialogues, leur humour noir et leurs réflexions cyniques sont un régal à écouter, d'autant que certains passages restent au delà de la farce des moments terriblement sombres et pessimistes quant à l'avenir des hommes face à la médecine (le passage près de la fenêtre entre Jouvet et Brochard).
La fin, sur un regard diabolique de Louis Jouvet, questionne encore : le médecin alité est-il le fruit de l'escroc Knock ou la preuve vivante de son génie de la médecine ?
* JELOT-BLANC, J.-J., Louis de Funès, une légende, Paris, Anne Carrière, 1993.
lundi 13 août 2012
"DIEU A BESOIN DES HOMMES" (de Jean Delannoy, 1950)
En quelques mots : Au large des côtes bretonnes vers 1850, sur la petite île de Sein, des habitants pauvres n'ont d'autre choix que de piller les épaves des navires qui s'échouent. Le curé de la paroisse, impuissant et désolé, préfère quitter l'île. Chrétiens mais sans prêtre, les habitants désignent Thomas (P. Fresnay), le sacristain, pour le remplacer provisoirement. Celui-ci découvre avec douleur les confessions de ses semblables et constate amèrement qu'ils sont abandonnés à leur triste sort.
Adapté de Henri Queffélec par les brillants Jean Aurenche et Pierre Bost, Un recteur de l'île de Sein devient sous la caméra de Jean Delannoy Dieu a besoin des hommes, avec en tête d'affiche le formidable Pierre Fresnay, dans un rôle de brave homme, simple, chrétien et prêt à servir les autres avec désintéressement ; et quelques bons seconds rôles comme Daniel Gélin, Sylvie ou Jean Carmet.
Si l'ensemble, au premier abord, fait un peu poussiéreux avec sa mise en scène très sage (Jean Delannoy fut souvent critiqué à ce sujet, et je ne suis pas de cet avis) et ses musiques traditionnelles, il reste une très bonne histoire sur la religion et les croyances. Sur la petite île de Sein, où l'on vit encore "comme il y a un siècle", de la pêche principalement, les habitants sont très attachés à leur église et ne manquent la messe dominicale sous aucun prétexte, pas même l'absence de curé. Délaissés par les hommes d’Église, ils les remplacent par un serviteur de Dieu ; mais ils ne sont pas tous égaux, et le brave Pierre Fresnay, malgré son dévouement, ne trouve pas grâce aux yeux du curé de la paroisse voisine - l'occasion d'une scène marquante où les mots de Jean Brochard résonnent comme un couperet.
Dès lors, le film pose la question de la manière dont on pratique une religion, et des archaïsmes dont pouvait faire preuve le catholicisme au XIXe siècle. Ainsi de ces bons chrétiens, considérés comme des sauvages par les hommes du continent, car ils volent pour ne pas mourir de faim, l’Église ne veut plus en entendre parler. Condamnés sur leur petite île à ne plus recevoir les sacrements d'un prêtre, ils trouvent un homme de substitution, dévoué mais sans éducation, ce qui l'empêche de faire "autre chose que du simple pain" des hosties pour la messe.
Pierre Fresnay est remarquable dans le rôle d'un simple paroissien devenu pour quelques jours le recteur de l'île, à qui on confie des secrets (adultère, meurtres ...), de qui on attend des sacrements et des réponses. Plus qu'une attaque de la religion - bien que le film, inspiré du roman, souligne quelques points sombres (l'image du prêtre protégé par les gendarmes) - Dieu a besoin des hommes est un film sur la foi, récompensé d'ailleurs par un prix de l'Office Catholique du Cinéma, et sur la force de la croyance en Dieu, qui pousse les fidèles à s'organiser eux-mêmes pour communier, en même temps qu'un bel hommage aux petites gens du XIXe siècle.
Le casting secondaire offre de belles compositions, de Sylvie (bonne du curé), toujours juste, Daniel Gélin dans un très beau rôle de fils tourmenté, à Jean Carmet alcoolisé, en proie au mal de mer, en passant par le classicisme démodé de Madeleine Robinson.
Adapté de Henri Queffélec par les brillants Jean Aurenche et Pierre Bost, Un recteur de l'île de Sein devient sous la caméra de Jean Delannoy Dieu a besoin des hommes, avec en tête d'affiche le formidable Pierre Fresnay, dans un rôle de brave homme, simple, chrétien et prêt à servir les autres avec désintéressement ; et quelques bons seconds rôles comme Daniel Gélin, Sylvie ou Jean Carmet.
Si l'ensemble, au premier abord, fait un peu poussiéreux avec sa mise en scène très sage (Jean Delannoy fut souvent critiqué à ce sujet, et je ne suis pas de cet avis) et ses musiques traditionnelles, il reste une très bonne histoire sur la religion et les croyances. Sur la petite île de Sein, où l'on vit encore "comme il y a un siècle", de la pêche principalement, les habitants sont très attachés à leur église et ne manquent la messe dominicale sous aucun prétexte, pas même l'absence de curé. Délaissés par les hommes d’Église, ils les remplacent par un serviteur de Dieu ; mais ils ne sont pas tous égaux, et le brave Pierre Fresnay, malgré son dévouement, ne trouve pas grâce aux yeux du curé de la paroisse voisine - l'occasion d'une scène marquante où les mots de Jean Brochard résonnent comme un couperet.
"Rien de ce que tu as pu faire ici n'a de valeur. Rien ! Tout est à recommencer ! Ils t'ont mis au presbytère, où tu t'y es fourré, mais ... on y aurait installé un cormoran, ça aurait été pareil." (Jean Brochard)
Dès lors, le film pose la question de la manière dont on pratique une religion, et des archaïsmes dont pouvait faire preuve le catholicisme au XIXe siècle. Ainsi de ces bons chrétiens, considérés comme des sauvages par les hommes du continent, car ils volent pour ne pas mourir de faim, l’Église ne veut plus en entendre parler. Condamnés sur leur petite île à ne plus recevoir les sacrements d'un prêtre, ils trouvent un homme de substitution, dévoué mais sans éducation, ce qui l'empêche de faire "autre chose que du simple pain" des hosties pour la messe.
Pierre Fresnay est remarquable dans le rôle d'un simple paroissien devenu pour quelques jours le recteur de l'île, à qui on confie des secrets (adultère, meurtres ...), de qui on attend des sacrements et des réponses. Plus qu'une attaque de la religion - bien que le film, inspiré du roman, souligne quelques points sombres (l'image du prêtre protégé par les gendarmes) - Dieu a besoin des hommes est un film sur la foi, récompensé d'ailleurs par un prix de l'Office Catholique du Cinéma, et sur la force de la croyance en Dieu, qui pousse les fidèles à s'organiser eux-mêmes pour communier, en même temps qu'un bel hommage aux petites gens du XIXe siècle.
Le casting secondaire offre de belles compositions, de Sylvie (bonne du curé), toujours juste, Daniel Gélin dans un très beau rôle de fils tourmenté, à Jean Carmet alcoolisé, en proie au mal de mer, en passant par le classicisme démodé de Madeleine Robinson.
samedi 11 août 2012
"LES VIEUX DE LA VIEILLE" (de Gilles Grangier, 1960)
En quelques mots : Deux vieux amis (J. Gabin, Noël-Noël) coulent des jours paisibles dans un village de Vendée, où ils passent leurs journées à boire et râler contre la Terre entière. Lorsqu'un troisième luron les rejoint (P. Fresnay), ils décident de partir finir leurs jours dans une maison de retraite où l'on prendra soin d'eux.
Je n'avais qu'un très vieux souvenir de ce film, que j'avais dû voir lorsque j'avais une dizaine d'années, et je ne me souvenais que de Jean Gabin (le seul acteur que je connaissais) et de ... Paul Mercey (grâce aux films de Louis de Funès !). Que reste-t-il aujourd'hui des Vieux de la vieille, dont les trois représentants ornent la bannière de ce blog depuis quelques jours ?
Des dialogues avant tout, et j'oserai même dire que c'est à peu près tout, tant le jeu des acteurs - pourtant brillants - est démodé et exagéré, et la mise en scène conventionnelle. J'avais oublié les terribles accents campagnards des personnages principaux, qui exaspèrent plus qu'ils n'amusent (guère plus de quelques scènes). Passent encore l'abattage de Jean Gabin et Noël-Noël, c'est surtout Pierre Fresnay qui ne trouve jamais sa place, peu convaincant en plouc râleur, bien qu'il lance à un chauffeur de bus la meilleure réplique du film :
"Si vous y allez aussi vite que j'vous emmerde, pour une fois vous serez en avance sur l'horaire !" (Pierre Fresnay)
Quelques bonnes séquences comiques sauvent le film, notamment un arrêt pinard et souvenirs dans un cimetière, où les trois compères ont fort à faire avec Robert Dalban, le fossoyeur, ou l'enfer qu'ils vivent dans la maison de retraite, agissant comme des collégiens qui veulent faire le mur. Les scènes répétitives de bagarres et d'engueulades fatiguent vite, tout comme le périple à pieds, assez mollasson. Reste une gentille comédie réunissant trois grandes figures du cinéma populaire de l'entre-deux guerres, derniers tours de piste de Pierre Fresnay et Noël-Noël.
Je n'avais qu'un très vieux souvenir de ce film, que j'avais dû voir lorsque j'avais une dizaine d'années, et je ne me souvenais que de Jean Gabin (le seul acteur que je connaissais) et de ... Paul Mercey (grâce aux films de Louis de Funès !). Que reste-t-il aujourd'hui des Vieux de la vieille, dont les trois représentants ornent la bannière de ce blog depuis quelques jours ?
Des dialogues avant tout, et j'oserai même dire que c'est à peu près tout, tant le jeu des acteurs - pourtant brillants - est démodé et exagéré, et la mise en scène conventionnelle. J'avais oublié les terribles accents campagnards des personnages principaux, qui exaspèrent plus qu'ils n'amusent (guère plus de quelques scènes). Passent encore l'abattage de Jean Gabin et Noël-Noël, c'est surtout Pierre Fresnay qui ne trouve jamais sa place, peu convaincant en plouc râleur, bien qu'il lance à un chauffeur de bus la meilleure réplique du film :
"Si vous y allez aussi vite que j'vous emmerde, pour une fois vous serez en avance sur l'horaire !" (Pierre Fresnay)
Quelques bonnes séquences comiques sauvent le film, notamment un arrêt pinard et souvenirs dans un cimetière, où les trois compères ont fort à faire avec Robert Dalban, le fossoyeur, ou l'enfer qu'ils vivent dans la maison de retraite, agissant comme des collégiens qui veulent faire le mur. Les scènes répétitives de bagarres et d'engueulades fatiguent vite, tout comme le périple à pieds, assez mollasson. Reste une gentille comédie réunissant trois grandes figures du cinéma populaire de l'entre-deux guerres, derniers tours de piste de Pierre Fresnay et Noël-Noël.
vendredi 10 août 2012
Gérard Hernandez en taulard dans "Le trou" (1960)
Dans la série des débuts à l'écran d'acteurs dont tout le monde connait le visage (mais pas forcément le nom), voici un des premiers rôles de Gérard Hernandez au cinéma. Dans Le trou, de Jacques Becker (1960), il incarne lors d'une courte scène un taulard venu se faire soigner de quelques maladies vénériennes à l'infirmerie. Il se retrouve aux prises avec Raymond Meunier, qui lui prodigue pourtant de précieux conseils.
mercredi 8 août 2012
"BONS BAISERS... A LUNDI" (de Michel Audiard, 1974)
En quelques mots : Trois braqueurs minables s'introduisent chez Frankie Strong, un homme riche et excentrique, pour le dévaliser. Manque de chance, ils débarquent en pleine soirée privée et personne n'a d'argent liquide. Frankie accepte de faire un chèque, mais les gangsters doivent attendre l'ouverture des banques et passer le weekend avec leurs otages. Une longue, pleine de rebondissements, s'annonce.
Michel Audiard n'a pas été un bon metteur en scène, et si drôle soient les dialogues de Faut pas prendre les enfants du bon Dieu..., Comment réussir dans la vie... ou Elle cause plus, elle flingue, la réalisation reste plate, souvent inerte et fait perdre beaucoup des qualités des films. Ce dernier long-métrage ne déroge pas à la règle, encore qu'il ne soit pas le pire de tous. C'est donc pour les acteurs et les dialogues qu'il faut voir Bons baisers... à lundi, et pour les quelques moments de pure comédie qu'ils renferment.
La première partie en huit clos est la moins digeste, malgré quelques bons moments. Il faut attendre le départ vers la maison de campagne pour savourer quelques très bons dialogues du maître - j'ai d'ailleurs sélectionné deux passages en vidéo pour ce blog, où l'on rigole dès qu'on entend la voix de André Pousse "Alors bande de ploucs, on sort le tracteur !" ; un second où Bernard Blier évoque une chaude soirée avec de jeunes nageuses. Le casting haut de gamme rehausse un peu l'ennui du film, et il est bon de retrouver Julien Guiomar, André Pousse ou Michel Bouquet dans des petits rôles amusants.
Bons baisers... à lundi est aussi l'occasion de voir la charmante et amusante Evelyne Buyle, que j'adore, qui livre ici un formidable, improbable numéro de chanson et de danse.
Michel Audiard n'a pas été un bon metteur en scène, et si drôle soient les dialogues de Faut pas prendre les enfants du bon Dieu..., Comment réussir dans la vie... ou Elle cause plus, elle flingue, la réalisation reste plate, souvent inerte et fait perdre beaucoup des qualités des films. Ce dernier long-métrage ne déroge pas à la règle, encore qu'il ne soit pas le pire de tous. C'est donc pour les acteurs et les dialogues qu'il faut voir Bons baisers... à lundi, et pour les quelques moments de pure comédie qu'ils renferment.
La première partie en huit clos est la moins digeste, malgré quelques bons moments. Il faut attendre le départ vers la maison de campagne pour savourer quelques très bons dialogues du maître - j'ai d'ailleurs sélectionné deux passages en vidéo pour ce blog, où l'on rigole dès qu'on entend la voix de André Pousse "Alors bande de ploucs, on sort le tracteur !" ; un second où Bernard Blier évoque une chaude soirée avec de jeunes nageuses. Le casting haut de gamme rehausse un peu l'ennui du film, et il est bon de retrouver Julien Guiomar, André Pousse ou Michel Bouquet dans des petits rôles amusants.
Bons baisers... à lundi est aussi l'occasion de voir la charmante et amusante Evelyne Buyle, que j'adore, qui livre ici un formidable, improbable numéro de chanson et de danse.
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