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samedi 29 septembre 2012

"BLAGUE DANS LE COIN" (de Maurice Labro, 1963)


En quelques mots : Jeff Burlington, ancienne vedette du comique, débarque à Las Perlass et se fait engager comme chauffeur de salle dans un casino. Pour se faire apprécier du public, il s'amuse à ridiculiser les chefs des deux bandes qui dirigent la ville. Ces derniers, convaincus qu'il travaille pour quelqu'un de plus important, décident de l'enlever pour le faire parler.

Voilà un bien curieux film dans la filmographie de Fernandel, qui jouit d'une bien mauvaise réputation : les utilisateurs de IMDB l'affublent d'un méchant 3,9/10 ; quant à Jacques Lorcey dans sa biographie de l'acteur, il n'en dit pas plus d'une ligne, laconique. Curieuse malédiction qui frappe cette Blague dans le coin, qui semble bien porter son titre. Et pourtant, les premiers plans du film évoquent l'ambiance des films-noirs américains, le générique est assez réussi, si bien que l'atmosphère outre-atlantique parvient correctement à être restituée dans cette ville cousine de Las Vegas, donnant un départ intéressant à cette comédie policière dont Fernandel suggéra l'adaptation au cinéma. L'acteur fait évidemment sourire en se présentant sous le nom de Jeff Burlington avec son accent marseillais, mais qu'importe ; le ton est assez sérieux et la mise en scène conventionnelle.

L'évolution du scénario n'est pas inintéressante - il est signé par Charles Spaak tout de même (auteur de La grande illusion notamment) - mais manque toutefois de vrai suspens. Maurice Labro n'a pas le savoir faire de Jacques Tourneur et le manque de rythme peut parfois peser sur cette histoire simpliste. Fernandel déploie tout son talent avec plus ou moins d'efficacité (il frise souvent le cabotinage pénible), face à des acteurs dans l'ensemble convaincants : Billy Kearns a vraiment la gueule de l'emploi, tout comme les oubliées Perrette Pradier et Eliane D'Almeida, et les truands Jacques Monod et Roger Dutoit. A noter la présence de Marc Michel (le jeune prisonnier du Trou de Jacques Becker).


Evidemment, Blague dans le coin n'est pas un grand film, et il ne plaira guère qu'aux fans de Fernandel. On pourra d'ailleurs noter quelques évolutions dans sa carrière - le film entend s'inscrire dans la modernité, l'air du temps : ainsi l'ambiance musicale est très jazz, les personnages féminins libérés (mais pas trop) et Fernandel esquisse quelques pas de danse de ce qui ressemble à un mélange de twist et de charleston. Il incarne, en outre, un vieux comique qui enchaîne les tournées sans succès, confrontant alors son personnage à la vieillesse. Un moment émouvant, il apparaît presque face caméra, laissant s'éloigner le jeune couple (et par là même le symbole de la jeunesse révolue), se répétant à lui-même "Je suis un comique, je suis un comique...".






Fernandel insuffle donc un peu de pathétique à son personnage - en témoigne la scène où il arrive déguisé en cowboy, une tenue parfaitement ringarde et démodée - et amène un peu d'intérêt à ce film oublié.

mardi 31 juillet 2012

"LE TROU" (de Jacques Becker, 1960)

En quelques mots : Un jeune homme, emprisonné à la prison de la Santé pour un différent conjugal, se retrouve à cohabiter avec quatre détenus sur le point de s'évader. D'abord réticents, ils décident de mettre le petit jeune au parfum, et de très vite commencer à creuser un trou vers la liberté.

Classique du cinéma français, Le trou de Jacques Becker s'ouvre pourtant d'une manière originale, sur quelques mots de Jean Keraudy, authentique taulard et compagnon d'infortune du scénariste et futur réalisateur José Giovanni, qui annonce face à la caméra : "Mon ami Jacques Becker a retracé dans tous ses détails une histoire vraie, la mienne. Ça s'est passé en 1947, à la prison de la Santé." Le ton est donné. Mieux encore, cet inconnu qui nous apostrophe incarne son rôle à l'écran, aux côtés de comédiens inconnus, si ce n'est Michel Consantin (qui l'était à l'époque, c'est son deuxième rôle au cinéma).

Les reproches que l'on peut adresser au film sont encore ceux qui font sa grande force, notamment dans l'authenticité presque documentaire de la mise en scène, et de l'interprétation. Avec l'aide de Giovanni, Jacques Becker reconstitue minutieusement les détails de l'évasion, qui deviennent alors les principales vedettes du film, servies par les comédiens.
On est étonné aujourd'hui de voir cette très belle séquence où les prisonniers commencent à creuser le trou dans la cellule, et cette caméra fixe qui ne peut trahir une vraie force chez les acteurs, qui tapent réellement le sol avec un morceau de ferraille.

Pour autant, le réalisateur insuffle un climat de tension palpable dès lors que les taulards s'engouffrent dans les sous-sols de la prison, à l'image de toute la séquence de découverte, où ils suivent discrètement les deux gardiens (dont l'un, sadique, qui aime regarder les insectes se faire dévorer par une araignée géante, est incarné par Paul Préboist). Sans musique pompeuse ou pérégrinations artificielles, Becker créer un suspens dramatique magistral, tout en continuant son exposition des techniques de fraude des prisonniers (les faux dormeurs lors des rondes des gardiens, le sablier ...).

La fin reste extrêmement prenante et puissante, et l'on ne sait pas vraiment pour qui se prendre d'affection. Sans fards, de manière très épurée, Becker termine sa carrière par un film salué régulièrement comme étant un chef d’œuvre du cinéma français. Emmanuel Girard, qui a consacré à un ouvrage à l'étude de ce film*, y voit la fin d'un certain cinéma de pure qualité française et l'apparition d'une vague naissante à laquelle Becker et Jean-Pierre Melville notamment ont montré une voie possible.


Pour aller plus loin :
* Emmanuel Girard, Le trou, de Jacques Becker, Paris, Éditions de l'Harmattan, 2011.
* DVD Le trou, collection StudioCanal Classics, disponible sur Amazon.

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