En quelques mots : A Tarascon, dans le Sud de la France, les animaux sauvages se méfient des hommes et on préfère chasser à la casquette. Le plus fort en gueule de tous est Tartarin, dont les exploits exotiques font l'admiration des habitants du village. Seulement à force de trop parler, le voilà - lui qui n'a en fait jamais chassé de sa vie - forcé de partir pour l'Afrique, chasser le lion de l'Atlas.
Adapté pour la troisième fois au cinéma (après les versions de George Méliès en 1908, et de Raymond Bernard en 1934 avec Raimu), le célèbre roman de Alphonse Daudet tombe dans les mains du comique Francis Blanche, qui signe les dialogues, la mise en scène et l'interprétation du rôle principal. Avec son impressionnant casting, le film donne clairement envie mais ne parvient jamais à susciter de réel enthousiasme, le scénario n'étant pas à la hauteur de la tâche bien qu'il fut curieusement ambitieux !
En effet, réalisé au début des années 1960, ce Tartarin de Tarascon entend s'adapter à son époque et, de fait, à la chute de l'empire colonial français, l'idée étant d'envoyer un provincial aux idées exotiques dans une nouvelle Afrique, libre et émancipée. Si l'idée est bonne, les clichés ne manquent pas : ainsi Tartarin débarque dans une ville industrielle, loge dans un palace, s'étonne de voir des noirs dans un bistrot et rencontre l'inévitable caïd du désert qui parle un français soutenu car il a fait ses études à la métropole. Il y a donc un parfum d'anticolonialisme assez sympathique dans ce film qui ne parvient, hélas, jamais à décoller, faute à une mise en scène lourde et quelques séquences comiques laborieuses (la scène de chant au début).
Extrait audio : "L'homme du midi ne ment pas ..."
Francis Blanche est un bon Tartarin, truculent, drôle et émouvant, mais sa réalisation et son adaptation plombent un peu le film ; la plupart des gags sont démodés, usés ou franchement pas drôles. Restent évidemment de bons seconds rôles : Paul Préboist, Jacqueline Maillan, Darry Cowl (lunaire) et Hubert Deschamps.
Pourtant, malgré une première partie africaine très pénible (l'amourette avec la fille de Pigalle), le film se laisse regarder gentiment, et on s'émeut même du sort de ce pauvre candide de Tartarin, désolé de s'être fait rouler par un faux noble du Monténégro (sympathique Alfred Adam) et de voir que ses rêves d'aventures s'arrêtent à un vieux lion de foire, malade. Le retour à Tarascon est, en outre, tout à fait étonnant.
Suivi par un chameau, aidé par le capitaine Michel Galabru, Francis Blanche se retrouve dans un train, dans une ambiance western, avec un type qui chante (Joe Sentieri) une balade mélancolique. Là où on s'attend logiquement à voir débarquer Gary Cooper fatigué, apparaissent Bourvil, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Raymond Devos et ... Henri Salvador. Un final en fanfare qui égaye un peu cette gentille comédie pas complètement réussie mais divertissante.
En quelques mots : Un jeune homme, emprisonné à la prison de la Santé pour un différent conjugal, se retrouve à cohabiter avec quatre détenus sur le point de s'évader. D'abord réticents, ils décident de mettre le petit jeune au parfum, et de très vite commencer à creuser un trou vers la liberté.
Classique du cinéma français, Le trou de Jacques Becker s'ouvre pourtant d'une manière originale, sur quelques mots de Jean Keraudy, authentique taulard et compagnon d'infortune du scénariste et futur réalisateur José Giovanni, qui annonce face à la caméra : "Mon ami Jacques Becker a retracé dans tous ses détails une histoire vraie, la mienne. Ça s'est passé en 1947, à la prison de la Santé." Le ton est donné. Mieux encore, cet inconnu qui nous apostrophe incarne son rôle à l'écran, aux côtés de comédiens inconnus, si ce n'est Michel Consantin (qui l'était à l'époque, c'est son deuxième rôle au cinéma).
Les reproches que l'on peut adresser au film sont encore ceux qui font sa grande force, notamment dans l'authenticité presque documentaire de la mise en scène, et de l'interprétation. Avec l'aide de Giovanni, Jacques Becker reconstitue minutieusement les détails de l'évasion, qui deviennent alors les principales vedettes du film, servies par les comédiens.
On est étonné aujourd'hui de voir cette très belle séquence où les prisonniers commencent à creuser le trou dans la cellule, et cette caméra fixe qui ne peut trahir une vraie force chez les acteurs, qui tapent réellement le sol avec un morceau de ferraille.
Pour autant, le réalisateur insuffle un climat de tension palpable dès lors que les taulards s'engouffrent dans les sous-sols de la prison, à l'image de toute la séquence de découverte, où ils suivent discrètement les deux gardiens (dont l'un, sadique, qui aime regarder les insectes se faire dévorer par une araignée géante, est incarné par Paul Préboist). Sans musique pompeuse ou pérégrinations artificielles, Becker créer un suspens dramatique magistral, tout en continuant son exposition des techniques de fraude des prisonniers (les faux dormeurs lors des rondes des gardiens, le sablier ...).
La fin reste extrêmement prenante et puissante, et l'on ne sait pas vraiment pour qui se prendre d'affection. Sans fards, de manière très épurée, Becker termine sa carrière par un film salué régulièrement comme étant un chef d’œuvre du cinéma français. Emmanuel Girard, qui a consacré à un ouvrage à l'étude de ce film*, y voit la fin d'un certain cinéma de pure qualité française et l'apparition d'une vague naissante à laquelle Becker et Jean-Pierre Melville notamment ont montré une voie possible.
Pour aller plus loin :
* Emmanuel Girard, Le trou, de Jacques Becker, Paris, Éditions de l'Harmattan, 2011.
* DVD Le trou, collection StudioCanal Classics, disponible sur Amazon.