mardi 14 août 2012

"KNOCK" (de Guy Lefranc, 1951)

En quelques mots : A Saint-Maurice, toute la population se porte bien, et le docteur du village n'est payé qu'une seule fois par an pour ses rares consultations. Lorsque le docteur Knock, pour qui "tout bien portant est un malade qui s'ignore", arrive en ville, tout change radicalement. Les habitants se découvrent des maladies, s'alitent et font fructifier les affaires de Knock et du pharmacien.

Alors que deux dentistes viennent récemment d'être condamnés parce qu'ils abîmaient volontairement les dents de leurs patients pour leur facturer des soins, la redécouverte de Knock, et de sa vision particulière de la médecine, peut faire froid dans le dos, ou rire jaune.

"Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous grattouille ?" (Louis Jouvet)

Comme César reste lié à Raimu et Rhett Butler à Clark Gable, on n'imagine mal le docteur Knock sous des traits différents que Louis Jouvet, les cheveux plaqués en arrière, parfois recouverts d'un chapeau melon, ses petits yeux cachés derrière des lunettes rondes. Pourtant voilà, plus qu'un autre, un film où les détracteurs de l'acteur se régaleront à argumenter que Jouvet déclame son texte comme un comédien sur scène, sans naturel, avec une intonation insupportable. Les autres, et j'en fais partie, répèteront à qui veut l'entendre que Jouvet était vraiment un des plus grands.

Objet de discordes entre les cinéphiles le docteur Knock ? Il fut déjà pendant son tournage l'enjeu de toutes les convoitises, puisque "tout Paris" voulait être de cette aventure, annoncée fameuse. Jouvet lui-même engagea quelques un de ses protégés, comme le jeune Jacques Monod, et se chargea de la direction artistique. Un des biographes de Louis de Funès, Jean-Jacques Jelot-Blanc*, rapporte que le tournage, de fait, fut houleux, entre un acteur "perdant son temps au cinéma" mais se mêlant constamment de la mise en scène, et un jeune réalisateur qui aurait bien aimé faire son travail. Jacques Becker, voisin de tournage, vint même parfois sur le plateau pour tenter de réconcilier les deux hommes, en vain !

Extrait audio : "J'ai perdu 100 grammes !" (Louis de Funès)


Les fils de Louis de Funès ont rappelé il y a quelques années à quel point leur père fut énervé par l'attitude des distributeurs qui ressortaient des films où il faisait une apparition alors qu'il était devenu une vedette. De fait, il n'est pas rare de trouver des affiches de Knock annonçant son nom dans les seconds rôles, alors qu'il n'apparaît que ... 10 secondes à l'écran. Jean Carmet quant à lui, a un vrai rôle, celui du moqueur qui devient infirmier. Le film est donc l'occasion de retrouver quelques bons acteurs, tels que Pierre Renoir en pharmacien soudain débordé, Pierre Bertin en instituteur candide, persuadé d'être porteur de germes, ou Jean Brochard en médecin confrère de Louis Jouvet. Ce personnage central de l'histoire est censé être le plus honnête docteur, veillant à la bonne santé de ses concitoyens, même si au début de l'histoire il vend son cabinet en arguant qu'il est très rentable.

Le texte est un classique du théâtre et l'adaptation cinématographique ne peut vraiment s'en démarquer, offrant souvent une succession de scènes, mais tellement réjouissantes qu'on oublie ce détail pourtant rédhibitoire dans bien des cas. La finesse des dialogues, leur humour noir et leurs réflexions cyniques sont un régal à écouter, d'autant que certains passages restent au delà de la farce des moments terriblement sombres et pessimistes quant à l'avenir des hommes face à la médecine (le passage près de la fenêtre entre Jouvet et Brochard).

La fin, sur un regard diabolique de Louis Jouvet, questionne encore : le médecin alité est-il le fruit de l'escroc Knock ou la preuve vivante de son génie de la médecine ?



* JELOT-BLANC, J.-J., Louis de Funès, une légende, Paris, Anne Carrière, 1993.

lundi 13 août 2012

"DIEU A BESOIN DES HOMMES" (de Jean Delannoy, 1950)

En quelques mots : Au large des côtes bretonnes vers 1850, sur la petite île de Sein, des habitants pauvres n'ont d'autre choix que de piller les épaves des navires qui s'échouent. Le curé de la paroisse, impuissant et désolé, préfère quitter l'île. Chrétiens mais sans prêtre, les habitants désignent Thomas (P. Fresnay), le sacristain, pour le remplacer provisoirement. Celui-ci découvre avec douleur les confessions de ses semblables et constate amèrement qu'ils sont abandonnés à leur triste sort.

Adapté de Henri Queffélec par les brillants Jean Aurenche et Pierre Bost, Un recteur de l'île de Sein devient sous la caméra de Jean Delannoy Dieu a besoin des hommes, avec en tête d'affiche le formidable Pierre Fresnay, dans un rôle de brave homme, simple, chrétien et prêt à servir les autres avec désintéressement ; et quelques bons seconds rôles comme Daniel Gélin, Sylvie ou Jean Carmet.

Si l'ensemble, au premier abord, fait un peu poussiéreux avec sa mise en scène très sage (Jean Delannoy fut souvent critiqué à ce sujet, et je ne suis pas de cet avis) et ses musiques traditionnelles, il reste une très bonne histoire sur la religion et les croyances. Sur la petite île de Sein, où l'on vit encore "comme il y a un siècle", de la pêche principalement, les habitants sont très attachés à leur église et ne manquent la messe dominicale sous aucun prétexte, pas même l'absence de curé. Délaissés par les hommes d’Église, ils les remplacent par un serviteur de Dieu ; mais ils ne sont pas tous égaux, et le brave Pierre Fresnay, malgré son dévouement, ne trouve pas grâce aux yeux du curé de la paroisse voisine - l'occasion d'une scène marquante où les mots de Jean Brochard résonnent comme un couperet.
"Rien de ce que tu as pu faire ici n'a de valeur. Rien ! Tout est à recommencer ! Ils t'ont mis au presbytère, où tu t'y es fourré, mais ... on y aurait installé un cormoran, ça aurait été pareil." (Jean Brochard)


Dès lors, le film pose la question de la manière dont on pratique une religion, et des archaïsmes dont pouvait faire preuve le catholicisme au XIXe siècle. Ainsi de ces bons chrétiens, considérés comme des sauvages par les hommes du continent, car ils volent pour ne pas mourir de faim, l’Église ne veut plus en entendre parler. Condamnés sur leur petite île à ne plus recevoir les sacrements d'un prêtre, ils trouvent un homme de substitution, dévoué mais sans éducation, ce qui l'empêche de faire "autre chose que du simple pain" des hosties pour la messe.

Pierre Fresnay est remarquable dans le rôle d'un simple paroissien devenu pour quelques jours le recteur de l'île, à qui on confie des secrets (adultère, meurtres ...), de qui on attend des sacrements et des réponses. Plus qu'une attaque de la religion - bien que le film, inspiré du roman, souligne quelques points sombres (l'image du prêtre protégé par les gendarmes) - Dieu a besoin des hommes est un film sur la foi, récompensé d'ailleurs par un prix de l'Office Catholique du Cinéma, et sur la force de la croyance en Dieu, qui pousse les fidèles à s'organiser eux-mêmes pour communier, en même temps qu'un bel hommage aux petites gens du XIXe siècle.


Le casting secondaire offre de belles compositions, de Sylvie (bonne du curé), toujours juste, Daniel Gélin dans un très beau rôle de fils tourmenté, à Jean Carmet alcoolisé, en proie au mal de mer, en passant par le classicisme démodé de Madeleine Robinson.

dimanche 12 août 2012

Le bel humour de Jean-Pierre Marielle !

Passionné par les artistes (et le cinéma !), j'arpentais, il y a quelques années encore, les routes de la Bretagne à la rencontre de mes vedettes préférées.

Plusieurs fois, j'ai eu la chance de rencontrer Jean-Pierre Marielle, un acteur que j'adore, à la sortie d'un théâtre et je garde quelques bons souvenirs de mots échangés avec lui. Sa voix caverneuse et sa haute taille impressionnent au premier abord, mais l'acteur est aussi gentil qu'il y paraît et il m'a toujours signé mes photos avec plaisir.

Je conserve notamment la jaquette de ce DVD des Galettes de Pont-Aven, film culte pour beaucoup - très drôle il faut l'avouer - que Jean-Pierre Marielle me signa avec malice. Il s'arrêta aux trois premières lettres, me regarda avec un grand sourire, puis termina le mot pour former "culte". C'est un de mes autographes préférés.

"LA CAGE AUX ROSSIGNOLS" (de Jean Dréville, 1945)


En quelques mots : Clément Mathieu (Noël-Noël), au chômage, rêve de faire publier son livre "La cage aux rossignols" dans un grand journal. Aidé par un ami, il survit grâce à des petits boulots qui lui font perdre toute crédibilité auprès de la mère de Micheline, sa fiancée (Micheline Francey), celle-là même qu'il avait rencontré lorsqu'il était surveillant dans un internat de jeunes garçons.

Tourné alors que la guerre en Europe n'était pas encore terminée, La cage aux rossignols semblait être un projet qui tenait à cœur à Noël-Noël, qui se chargea - outre le rôle principal - de l'adaptation, du scénario et des dialogues. On sent dès son apparition toute la sympathie de son personnage, un rien lunaire, lointain cousin (un peu plus débraillé) des personnages comiques interprétés par Alec Guinness à la même époque (je pense particulièrement à L'homme au complet blanc de Alexander Mackendrick). L'introduction de l'histoire est d'ailleurs assez longue et il faut presque 30 minutes avant d'arriver à l'internat. L'occasion toutefois de présentations avec la belle Micheline Francey, dont on sait que je l'adore, et de quelques scènes où l'on suit les pérégrinations malchanceuses de Noël-Noël, qui ne parvient pas à faire publier son livre. Celui-ci s'ouvre alors dans un long flashback où l'on découvre que Clément Mathieu fut pion dans un internat de jeunes garçons, souvent orphelins.

Difficile, même si on aimerait le faire, d'éluder les nombreuses ressemblances avec le remake de Christophe Barratier (Les choristes, 2004) tant elles sont nombreuses et horrifiantes. En effet, il semblerait que le jeune réalisateur se soit contenté de littéralement recopier (parfois mot pour mot !) le script de son aîné. Ainsi des décors (la salle de classe, les escaliers, l'infirmerie), des gags récurrents (le squelette) et des scènes importantes (l'arrivée, l'accident, la visite de la chorale, l'incendie ...). Seules les séquences de début et de fin sont différentes, la version originale étant légèrement plus optimiste. Ainsi, ce long flashback qui sert de colonne vertébrale au film n'est pas toujours le plus important, et il est intéressant de voir à quel point le scénario est épuré de tout superflu. La fin, un poil trop heureuse, laisse un agréable souvenir et il n'est pas dur de comprendre pourquoi le film fut un immense succès populaire à sa sortie.


Noël-Noël est idéal dans son rôle (qu'il s'est écrit sur mesure) de gentil amoureux aux idées neuves, et s'oppose dans de jolies scènes à René Blancard, le sévère directeur. Difficile d'ailleurs d'exister face à lui - si ce n'est René Génin, le père Maxence, à qui Clément Mathieu déclare dans le film "Vous ressemblez à l'acteur René Génin" ! - et Micheline Francey est vite reléguée au rang de second couteau (et de voix off, ce qui est une très bonne idée). On redécouvre ce sympathique film avec beaucoup de plaisir, d'autant plus accentué que la mise en scène de Jean Dréville tient largement la route.


Tourné et distribué à la fin de la guerre, les thèmes reliés à la délation, l'autorité punitive et l'enfermement résonnent d'autant plus fortement dans cette Cage aux rossignols.

Note : Il m'est impossible, pour le moment, de vous proposer un extrait vidéo, puisque Gaumont, propriétaire des droits d'auteurs, l'interdit. Le DVD est disponible sur Amazon pour moins de 10€.

samedi 11 août 2012

"LES VIEUX DE LA VIEILLE" (de Gilles Grangier, 1960)

En quelques mots : Deux vieux amis (J. Gabin, Noël-Noël) coulent des jours paisibles dans un village de Vendée, où ils passent leurs journées à boire et râler contre la Terre entière. Lorsqu'un troisième luron les rejoint (P. Fresnay), ils décident de partir finir leurs jours dans une maison de retraite où l'on prendra soin d'eux.

Je n'avais qu'un très vieux souvenir de ce film, que j'avais dû voir lorsque j'avais une dizaine d'années, et je ne me souvenais que de Jean Gabin (le seul acteur que je connaissais) et de ... Paul Mercey (grâce aux films de Louis de Funès !). Que reste-t-il aujourd'hui des Vieux de la vieille, dont les trois représentants ornent la bannière de ce blog depuis quelques jours ?

Des dialogues avant tout, et j'oserai même dire que c'est à peu près tout, tant le jeu des acteurs - pourtant brillants - est démodé et exagéré, et la mise en scène conventionnelle. J'avais oublié les terribles accents campagnards des personnages principaux, qui exaspèrent plus qu'ils n'amusent (guère plus de quelques scènes). Passent encore l'abattage de Jean Gabin et Noël-Noël, c'est surtout Pierre Fresnay qui ne trouve jamais sa place, peu convaincant en plouc râleur, bien qu'il lance à un chauffeur de bus la meilleure réplique du film :

"Si vous y allez aussi vite que j'vous emmerde, pour une fois vous serez en avance sur l'horaire !" (Pierre Fresnay)

Quelques bonnes séquences comiques sauvent le film, notamment un arrêt pinard et souvenirs dans un cimetière, où les trois compères ont fort à faire avec Robert Dalban, le fossoyeur, ou l'enfer qu'ils vivent dans la maison de retraite, agissant comme des collégiens qui veulent faire le mur. Les scènes répétitives de bagarres et d'engueulades fatiguent vite, tout comme le périple à pieds, assez mollasson. Reste une gentille comédie réunissant trois grandes figures du cinéma populaire de l'entre-deux guerres, derniers tours de piste de Pierre Fresnay et Noël-Noël.


vendredi 10 août 2012

Michel Serrault dans "C'est pas parce qu'on a rien à dire ..." (1975) - Trombinoscope


Comme il risque de revenir de temps en temps, autant le dire tout de suite : je suis un fou du film C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule, réalisé par Jacques Besnard, spécialiste du genre, en 1975. J'y consacrerai bien entendu un article, avec plusieurs extraits vidéo, mais je voulais ici faire un petit patchwork des têtes de Michel Serrault dans le film. Très drôle, et très cabotin (comme d'habitude ?), il enchaîne les déguisements, comme ses deux compères Bernard Blier et Jean Lefebvre. Au spectateur de dire lequel lui convient le mieux ... Pour ma part, je trouve la petite séquence en anglais très drôle.

Gérard Hernandez en taulard dans "Le trou" (1960)

Dans la série des débuts à l'écran d'acteurs dont tout le monde connait le visage (mais pas forcément le nom), voici un des premiers rôles de Gérard Hernandez au cinéma. Dans Le trou, de Jacques Becker (1960), il incarne lors d'une courte scène un taulard venu se faire soigner de quelques maladies vénériennes à l'infirmerie. Il se retrouve aux prises avec Raymond Meunier, qui lui prodigue pourtant de précieux conseils.


jeudi 9 août 2012

"L'ASSASSIN HABITE AU 21" (de Henri-Georges Clouzot, 1942)

En quelques mots : Un tueur en série sévit dans les rues de Paris et signe tous ses crimes d'une carte de visite, "Monsieur Durand". Les autorités s'impatientent des résultats de la police, et on confie l'enquête au commissaire Wens (P. Fresnay). Comme il ne trouve aucune piste intéressante, un homme l'informe que l'assassin habite dans une petite pension de famille, au 21 avenue Junot. Le commissaire décide de s'y rendre, déguisé en pasteur, et de trouver le criminel.

Classique du cinéma français, L'assassin habite au 21 fut produit en pleine Seconde Guerre Mondiale, et en pleine Occupation, par la Continental-Films, société de production dirigée par les allemands. On reprocha assez longtemps au réalisateur Henri-Georges Clouzot, et plus brièvement à Pierre Fresnay et Suzy Delair, d'avoir continué à travailler pour l'occupant. Pourquoi cette cabale quand on ne reprocha rien à Fernandel, qui réalisa pourtant deux films pour la Continental, et reprit son activité à la Libération avec Le mystère Saint-Val ?

Même si c'est principalement Le Corbeau qui lui attira des ennuis, Clouzot filmait déjà dans son premier long-métrage la noirceur des hommes et de leur comportement, avec cynisme et audace (la formidable scène où Raymond Bussières se moque d'un gendarme, perché sur un lampadaire). Il dépeint une société qui, sous ses airs d'honnêteté, est infecte et méprisable ; aucun personnage ne peut nous être totalement sympathique, même les plus droits dans leurs valeurs sont étouffants de conformisme (qui voudrait s'embarrasser de la "vraie jeune fille" ?). Une très jolie scène montre également Suzy Delair tenter de convaincre un producteur de l'engager, en arguant qu'elle n'a pas son talent "dans les fesses", et retourner sa veste sitôt qu'on lui propose de faire la couverture avec du sensationnel - de ce point de vue, rien n'a changé.
- "Un quoi, hein ? Elles ont un ... ? Ah, je vois c'que c'est, Monsieur est un corrompu ! Et bien mon ami, avec moi, vous vous trompez de porte. Moi j'ai mon talent dans le masque, pas dans les fesses !" (Susy Delair)
Ce film policier reste tout aussi brillant dans l'écriture des dialogues, de l'intrigue et dans la mise en scène, d'une grande fluidité. Pour ce blog, je propose un extrait vidéo de la présentation des habitants de la pension familiale, où tout va se jouer. En quelques minutes réjouissantes, avec de très belles répliques de Noël Roquevert ("Je n'ai jamais aimé le spectacle des ruines"), Clouzot dépeint une brochette d'horribles personnages, tous suspectés d'être les assassins. L'intrigue policière tient toujours très bien le coup, et le suspens reste entier jusqu'au bout.


L'assassin habite au 21 est, en outre, l'occasion toujours appréciable de savourer les interprétations d'une belle bande d'acteurs : je reste un fan de Suzy Delair, pourtant dans la surenchère permanente, mais aux clins d’œils délicieux et à la gouaille d'un autre temps ; Pierre Larquey et Jean Tissier sont parfaits dans leurs rôles respectifs, tout comme Raymond Bussières, très drôle. Et que dire de la classe, du sourire et de la voix du grand Pierre Fresnay et la drôlerie géniale de Noël Roquevert.



mercredi 8 août 2012

"BONS BAISERS... A LUNDI" (de Michel Audiard, 1974)

En quelques mots : Trois braqueurs minables s'introduisent chez Frankie Strong, un homme riche et excentrique, pour le dévaliser. Manque de chance, ils débarquent en pleine soirée privée et personne n'a d'argent liquide. Frankie accepte de faire un chèque, mais les gangsters doivent attendre l'ouverture des banques et passer le weekend avec leurs otages. Une longue, pleine de rebondissements, s'annonce.

Michel Audiard n'a pas été un bon metteur en scène, et si drôle soient les dialogues de Faut pas prendre les enfants du bon Dieu..., Comment réussir dans la vie... ou Elle cause plus, elle flingue, la réalisation reste plate, souvent inerte et fait perdre beaucoup des qualités des films. Ce dernier long-métrage ne déroge pas à la règle, encore qu'il ne soit pas le pire de tous. C'est donc pour les acteurs et les dialogues qu'il faut voir Bons baisers... à lundi, et pour les quelques moments de pure comédie qu'ils renferment.



La première partie en huit clos est la moins digeste, malgré quelques bons moments. Il faut attendre le départ vers la maison de campagne pour savourer quelques très bons dialogues du maître - j'ai d'ailleurs sélectionné deux passages en vidéo pour ce blog, où l'on rigole dès qu'on entend la voix de André Pousse "Alors bande de ploucs, on sort le tracteur !" ; un second où Bernard Blier évoque une chaude soirée avec de jeunes nageuses. Le casting haut de gamme rehausse un peu l'ennui du film, et il est bon de retrouver Julien Guiomar, André Pousse ou Michel Bouquet dans des petits rôles amusants.
Bons baisers... à lundi est aussi l'occasion de voir la charmante et amusante Evelyne Buyle, que j'adore, qui livre ici un formidable, improbable numéro de chanson et de danse.


dimanche 5 août 2012

"LE CHAT" (de Pierre Granier-Deferre, 1971)


En quelques mots : Julien et Clémence se sont aimés follement. Mariés depuis des années, vivant dans un petit pavillon de banlieue qu'ils sont priés de quitter car il va être détruit, le couple n'a plus rien à se dire. L'arrivée d'un chat, et l'attention que lui porte Julien au détriment de sa femme, va finir de les séparer.

On peut comprendre que Jean Gabin aimait particulièrement ce film, car ce personnage, pourtant bourru et laconique, comme à son habitude, est particulier dans sa carrière. Rarement on l'aura vu se démêler dans ses sentiments à ce point, et avec d'autant plus de justesse que son rôle est celui d'un homme simple, comme tout le monde, terriblement ressemblant à ce que chacun peut devenir un jour. Face à lui, la toujours parfaite Simone Signoret dans un rôle d'alcoolique au passé glorieux, et heureux.



En marge de la décomposition de leur amour, la mutation des villes. Leur gentil pavillon de banlieue, vendu par un promoteur comme un nid d'amour avec un "bail pour la vie", est entouré par un gigantesque chantier d'immeubles et de complexes commerciaux. Pire même, il est condamné à être détruit, et ses propriétaires expulsés. Au milieu de tout ça, un chat trouvé dans la rue apparaît pour Gabin comme la dernière chose à laquelle se rattacher.

Le film est habillement construit en une succession de flashback et offre une belle ouverture, quasiment muette, où les deux personnages se croisent, se suivent, se regardent sans jamais se dire un mot. On entend, seuls, les bruits de la ville qui évolue et des chantiers permanents. Peu de fausses notes dans ce bon film de Granier-Deferre sinon quelques longueurs sur les malheurs de Simone Signoret (l'épisode du chat au supermarché) ou des flashback trop lointains, mis en scène façon David Hamilton.
En second rôle, la sympathique Annie Cordy, ancienne maîtresse de Gabin et propriétaire d'un hôtel de passe, spectatrice impuissante du naufrage du couple.


Le chat reste un très beau film sur la vieillesse, loin des clichés, et terriblement nostalgique. Il est aussi le symbole de la fin d'une époque : réalisé au début des années 70 avec des anciennes gloires du cinéma français, il montre l'agonie des villes, qui s'étalent de plus en plus, et l'évolution des faubourgs en banlieues dortoirs. Un film sur la disparition progressive du passé.

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