mercredi 5 septembre 2012

Décès de Christian Marin (1929-2012)

Triste nouvelle pour tous les amateurs du cinéma populaire français, puisque nous apprenons aujourd'hui la mort de l'acteur Christian Marin (1929-2012), que j'évoquais encore il y a quelques jours dans un article sur les acteurs entourant Louis de Funès dans la série du Gendarme de Saint-Tropez.

Christian Marin est donc resté célèbre pour avoir incarné le gendarme Merlot dans les quatre premiers - et meilleurs - épisodes de la série du Gendarme, mais il côtoya aussi Louis de Funès dans Pouic-Pouic (1963), et trouva quelques seconds-rôles dans Allez France ! (1964), Compartiment tueurs (1965) ou Le Chant du monde (1965), sans oublier un certain nombre de nanars réalisés par Jean Bastia (Nous autres à Champignol), Bernard Borderie (Ces dames préfèrent le mambo) ou Raoul André (Y'a un os dans la moulinette).

A la télévision, outre des apparitions dans Au théâtre ce soir et dans divers téléfilms, on retiendra son interprétation de Laverdure dans la célèbre série Les chevaliers du ciel avec Jacques Santi, où il incarnait un pilote de chasse.

Je lui avais envoyé une lettre lui témoignant de ma sympathie en 2006, et il m'avait gentiment renvoyé deux autographes, dont celui-ci.

mardi 4 septembre 2012

Bon anniversaire à ... Christian-Jaque (1904-1994)


Christian-Jaque fut l'un des grands réalisateurs français du cinéma populaire. On lui doit, entre autres, Fanfan la Tulipe, La symphonie fantastique, François Ier, Un Revenant, Babette s'en va-t-en guerre, Les bonnes causes ou Les disparus de Saint-Agil.

Décédé en 1994 à l'âge de 90 ans, Christian-Jaque aurait eu aujourd'hui 108 ans !

Vision du futur de ... 1981 !

La redécouverte récente de l'étonnante série télévisée de Noël-Noël, Le voyageur des siècles (1971), réalisée par Jean Dréville, offre un petit moment d'humour du futur dans le prologue "L'étrange disparition de Philippe d'Audigné" !


On y voit tout d'abord Roland Giraud dans l'un de ses premiers rôles à la télévision, en présentateur télé (speaker), rare personne a avoir interviewé Philippe d'Audigné.

Un peu plus loin, c'est le véritable Georges de Caunes qui apparaît dans le poste de télévision du futur (en fait une projection sans toile) pour annoncer qu'une cinquième chaîne existe, que Georges Brassens vient d'être reçu à l'Académie Française et Jean Marais à la Comédie Française ! Qui aurait pu se douter que dans la véritable année 1981 (dix après le tournage de cette mini-série), Georges de Caunes serait réellement présentateur sur la cinquième chaine ?

Extrait audio : "Le vénéré doyen Jean Marais"

lundi 3 septembre 2012

"L'AIR DE PARIS" (de Marcel Carné, 1954)


En quelques mots : Victor Le Garrec (J. Gabin) gère une petite salle de boxe à Paris, avec sa femme Blanche (Arletty). Prêt à raccrocher pour s'installer dans le Sud, il rencontre un jeune homme dans lequel il voit un futur grand champion, et décide de l'aider. Son jeune poulain rencontre vite une femme pour laquelle il semble prêt à tout lâcher.

L'air de Paris, c'est celui qui fait vivre Victor Le Garrec (Gabin) entre son passé de sportif médiocre, ses jeunes boxeurs et ses rêves de découvrir un grand champion ; il est aussi celui qui fait se rencontrer une dame du monde (Marie Daems) et un jeune ouvrier des chemins de fer, paumé et orphelin (Roland Lesaffre). Enfin, c'est celui qui exaspère la femme de Victor l'entraineur, Blanche, incarnée par Arletty. C'est un des aspects les plus amusants du film, où le réalisateur Marcel Carné, qui fit la gloire de la môme parisienne, la filme en femme docile qui fait le ménage, la cuisine et la comptabilité (elle qui fut une incarnation de la femme libérée, que j'évoquais pour La chaleur du sein), qui n'a qu'une envie, quitter Paris pour le Sud. Il faut l'entendre vanter les mérites de la Côte d'Azur avec son accent parigot !

Les deux acteurs principaux, toujours très justes, sont filmés comme des vieux, presque dépassés, mais d'une immense gentillesse - il est rare de voir Jean Gabin aussi bon et souriant.

L'histoire n'est pas très originale mais se suit avec plaisir grâce à la mise en scène solide de Marcel Carné et l'interprétation parfaite : Roland Lesaffre apparaît très sensible, entre résignation et volonté de s'en sortir, entre l'amour pour la boxe et une femme - même si on manque d'empathie pour lui. Jean Gabin et Arletty forment un couple que l'on a envie d'aimer, très touchant, face à une image plus jeune et libre de ce qu'ils furent autrefois (Lesaffre et Daems). L'extrait vidéo que je vous présente ici montre le rapprochement et les écarts de génération, à travers un choix important pour le jeune boxer.



dimanche 2 septembre 2012

"LA CHALEUR DU SEIN" (de Jean Boyer, 1938)

En quelques mots : Gilbert Quercy, jeune homme de 18 ans, tente de se suicider pour un chagrin d'amour. Se succèdent à l'hôpital pour lui remonter le moral les trois anciennes femmes de son père, archéologue et égyptologue toujours en voyage, qu'il appelle ses "mères". D'une bonne volonté, celles-ci se révèlent vite intrusives.

Ce film, longtemps considéré comme perdu, a été retrouvé il y a quelques années maintenant et édité en DVD par MK2. Si on n'a pas retrouvé un chef d’œuvre incontournable, il faut reconnaitre plusieurs qualités à cette petite comédie de Jean Boyer, à commencer par son étonnante modernité sur le concept de famille. A l'heure où tous les journaux nous empestent de reportages et d'enquêtes sur les conséquences des familles recomposées, cette Chaleur de sein nous montre un jeune homme qui a été élevé par trois femmes différentes, mariées un temps à son père, et qui ne s'en porte pas plus mal ... si ce n'est dans cette histoire où les trois femmes reviennent en même temps !

Michel Simon ne se renouvèle guère et incarne son infatigable personnage débonnaire, avec toutefois une pointe d'aristocratie. On retrouve avec le même plaisir Marguerite Moreno en américaine (avec un terrible accent) éprise d'archéologie et seule femme à bord du bateau à vouloir écouter l'égyptologue rasoir. Gabrielle Dorziat et Jeanne Lion incarnent ses deux premières épouses, très vieille école, coincées et partisanes d'une éducation qu'on imagine sans mal rigoriste. Arletty est la dernière épouse, la plus libre, la plus insolente, celle qui débarque à l'hôpital en tenue d'équitation et s'allume une cigarette. Avec la gouaille qu'on lui connait, elle se démène pour que Jean Paqui oublie ses idées suicidaires. Elle va jusqu'à faire du charme au patron du jeune homme (Pierre Larquey) pour lui faire oublier qu'il lui a volé 30 000 francs.



Le film s'apparente à une suite de situations plus ou moins drôles où les trois femmes tentent de s’immiscer dans la vie de celui qu'elles considèrent comme leur fils. Le passage avec Pierre Larquey est probablement le plus réussit grâce au talent des deux acteurs et aux sous-entendus. On ne s'ennuie pas (le film ne dure que 74 minutes) et on prend plaisir à suivre cette gentille histoire, pas si démodée que ça !

A noter la première apparition à l'écran de l'acteur François Périer (dans le rôle de l'ami de Jean Paqui).

Actualités : sortie d'un coffret Maurice Tourneur !

Mise à jour de l'article du 29/07 : le coffret présent sortira en France le 10 octobre 2012 !

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Bertrand Tavernier, par l'intermédiaire de son blog, a annoncé il y a quelques temps la sortie prochaine d'un coffret consacré au réalisateur français Maurice Tourneur, chez Pathé ! Une très bonne nouvelle pour tous les cinéphiles qui pourront découvrir ou redécouvrir Au nom de la loi (1932), avec Charles Vanel, Les gaietés de l'escadron (1932) avec Raimu, Gabin et Fernandel, Accusée levez vous ! (1930) et Justin de Marseille (1935).

Ces films ont été restaurés et seront agrémentés de plusieurs bonus, dont certains dirigés par Tavernier lui-même, ce qui ne laisse supposer que du bon. Rappelons que Gaumont avait réédité en DVD et Blu-ray le sublime film La main du diable (1943), du même Maurice Tourneur, dans une formidable copie restaurée. Toujours disponible à prix raisonnable (Amazon).

samedi 1 septembre 2012

"A PIED, A CHEVAL ET EN SPOUTNIK" (de Jean Dréville, 1958)

En quelques mots : Léon Martin devient amnésique après un léger accident de voiture, et va se reposer à la campagne, loin de toute nouvelle du monde. Quand un spoutnik atterrit dans son jardin avec un chien à son bord, il croit reconnaitre son propre animal, disparu quelques années avant. Alertée, l'administration intervient chez Martin qui accepte de ramener le chien jusqu'en URSS.

Qu'est venu faire Noël-Noël dans cette galère galactique ? Réalisé par son complice Jean Dréville, sans génie comme bien souvent, ce nanar au titre admirable (!) tentait de surfer - ou plutôt de décoller - sur l'actualité spatiale de l'époque, l'envoi de deux satellites soviétiques dans l'espace, dont un qui contenait la fameuse chienne Laïka. Suite de A pied, à cheval et en voiture (1957), cette comédie très datée n'a nul autre intérêt que son impressionnant casting.

Difficile de trouver quelque chose à sauver sinon les échanges de sourds entre Noël-Noël et Darry Cowl - "l'attaché détaché" - (qui en fait des tonnes, comme d'habitude) et quelques effets spéciaux amusants (Monsieur Martin en apesanteur dans la fusée). Le reste du film lasse assez vite, comme cette interminable séquence où Noël-Noël est retranché dans sa grange contre le reste du village, où les gags de seconde zone s'accumulent sans honte. La séquence de l'accident est épouvantable et les transparences en URSS achèvent le tout. A voir pour sourire de l'abattage de l'acteur vedette et pour les plaisanteries de Noël Roquevert.

"LE CORBEAU" (de Henri-Georges Clouzot, 1943)


En quelques mots : Rémy Germain, médecin d'une petite ville de province, est la victime calomnieuse d'un corbeau qui, dans une série de lettres aux habitants, l'accuse d'adultère et de pratiquer l'avortement clandestin. Quand un malade, atteint d'un cancer, reçoit une lettre et se suicide, le climat de tension dégénère et la foule se cherche un coupable.

Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot inaugure ma série de films étiquetée "Chef d’œuvre". Bien sûr, tout a été dit sur ce film majeur du cinéma français, sur son climat lourd, sur son contexte de production et sur les répercussions qui suivirent. Réalisé en pleine Occupation et produit par la Continental Films (dirigée par les Allemands), le film fut malmené par les mouvances catholiques qui jugeaient le héros trop ambigüe (d'autant plus qu'il se déclare athée et qu'il ne va pas à la messe), et par les communistes qui voyaient dans cette représentation de la société française une volonté de salir le pays et ses chers citoyens. Clouzot fut trainé dans la boue et frappé d'une interdiction d'exercer son métier de metteur en scène (qui fut levée dès 1947, avec le génial Quai des orfèvres), tout comme Pierre Fresnay qui écopa de quelques semaines de prison.

Mais il est toujours bon de rappeler les autres atouts de ce film, à commencer par son casting. Outre le grand Pierre Fresnay (on aura compris qu'il s'agit d'un des acteurs "cultes" du blog) et Ginette Leclerc, on retrouve la sublime Micheline Francey (autre actrice "culte") et une belle galerie de seconds rôles, tels que Noël Roquevert en instituteur manchot, Pierre Larquey en doyen de médecine, Pierre Bertin en sous-préfet (idéal dès qu'il s'agit de faire un discours pompeux !), Louis Seigner et Jean Brochard en médecins et Sylvie en mère vengeresse.


L'ouverture du film sur Pierre Fresnay, les mains ensanglantées, expliquant laconiquement à une vieille femme que sa fille a perdu son bébé mais qu'il ne faut pas pleurer puisqu'elle est vivante, est impressionnante de froideur. Ce héros sombre et solitaire, au passé tragique, ne provoque aucune empathie, même quand il est au fond du trou. Aucun personnage d'ailleurs, si ce n'est les deux femmes interprétées par Ginette Leclerc (boiteuse) et Micheline Francey (malheureuse dans son couple). On peut comprendre qu'en temps de guerre, ce film montrant les habitants d'un village français de manière aussi noire, a pu choquer.

Le corbeau dénonce toutes les vérités cachées, mêmes les pires, et créer un climat de tension dans le village, où les habitants cherchent à protéger leur petit confort sans se faire éclabousser. En cela, le film de Clouzot reste un cruel reflet de la trouble époque du milieu des années 40 où la délation fit les ravages que l'on sait, et montre en pleine guerre le vrai visage des français, celui que l'on tenta d'oublier après l’Épuration pour ne pas diviser le pays. Le Corbeau était donc condamné dans tous les cas, et le prétexte d'une production Continental servit à lui faire porter des chapeaux qu'il n'avait pas.

Une scène est particulièrement admirable, et je vous propose de la revoir en vidéo ci-dessous ; un échange entre Pierre Fresnay et Pierre Larquey (peut-être le meilleur rôle du film !) sur la limite entre le bien et le mal, les dérives de la délation. Certaines phrases, telle que "Vous croyez que les gens sont tout bon ou tout mauvais, vous croyez que le bien c'est la lumière et que l'ombre c'est le mal mais ... où est l'ombre, où est la lumière ? Où la frontière du mal ?" peut s'entendre comme une justification de la Collaboration avec l'ennemi (ce qui fut reproché à Clouzot) ou comme une dénonciation virulente de la société française sous l'Occupation.


Le Corbeau, film mal aimé après sa sortie, n'a pas démérité son statut de chef d’œuvre du cinéma français et n'a rien perdu de son pouvoir ; sa violence à l'égard des Hommes, de leur comportement en temps troublé, est intemporelle en même temps qu'un formidable témoignage de son époque.


Voir aussi : Pierre Blanchar et l'article "Le corbeau déplumé" sur http://letaphophile.free.fr !

vendredi 31 août 2012

Raymond Bussières : "J'emmerde les gendarmes !"

Raymond Bussières, éternel et sympathique second rôle du cinéma français, qui fut aussi un militant très engagé à l'extrême gauche, trouve un emploi parfait dans L'assassin habite au 21 (1942) où il déclame devant un gendarme éberlué une petite ritournelle assez osée. Un moment très drôle du film que je vous propose de revoir ici en vidéo :


"LES BAS-FONDS" (de Jean Renoir, 1936)

En quelques mots : Pépel (J. Gabin), voleur à la petite semaine, rencontre une nuit un Baron ruiné (L. Jouvet), dont il cambriole l'appartement. Les deux hommes sympathisent et l’aristocrate fauché suit son nouvel ami dans la petite pension où il loge, entre deux femmes amoureuses de lui et un propriétaire sans scrupules.

Ce qu'il y a d'appréciable avec les films de Jean Renoir, et son prestige actuel qui fait se classer La Règle du jeu parmi les plus grands films de tous les temps dans divers classements, vient peut-être de là, c'est leur modernité dans le récit et la mise en scène. Les bas-fonds de 1936 n'ont pas vieillis ; sur la forme au moins. Quand certains films des années 60 ou 70 font poussiéreux et datés, les films de Renoir rayonnent encore chez les amoureux du cinéma français. Du reste, le metteur en scène jouit d'une aura immense, basée sur les critiques de la Nouvelle Vague, qui le rend presque intouchable ; au risque de passer pour un ignare ou un inculte en cinéma.

Pourtant, Les Bas-fonds, comme d'autres, est marqué par l'engagement du réalisateur dans les idées à venir du Front Populaire et on peut pouvoir se fatiguer ici de cette ritournelle sans remettre en question la qualité de l'écriture, et surtout de l'interprétation magistrale de Jean Gabin, et d'un Louis Jouvet étonnamment sobre en aristocrate fauché (leur scène dans l'herbe au bord du canal est superbe). Reste que cette histoire d'amour difficile n'est pas toujours passionnante et qu'il manque parfois un petit quelque chose pour réellement capter l'attention du spectateur.

Peut-être la fidélité de l'adaptation est-elle un problème, en ce qu'elle replace les personnages dans un contexte français mais avec des particularités ... russes (la monnaie, les noms des personnages).

Sous une apparente légèreté, l'histoire se révèle beaucoup plus sombre, dans les descriptions des personnages secondaires notamment (formidable Vladimir Sokoloff), et dans quelques séquences inoubliables (la mort de "pensionnaires" dans la banalité complète, le passage à tabac de Natacha).








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