dimanche 23 septembre 2012

"FANTÔMAS" (de Jean Sacha, 1947)

En quelques mots : Alors qu'elle est en train de se marier avec le journaliste Fandor, le terrifiant Fantômas intervient pour capturer sa fille Hélène, en vain. Il lance alors un ultimatum aux autorités françaises et réclame un milliard en or, ou il tuera un million de parisiens. Le commissaire Juve mène son enquête.

Neuvième adaptation du Fantômas de Marcel Allain, ce film signé Jean Sacha respecte finalement assez bien la trame littéraire originale en proposant une série B tout juste convenable, avec des rebondissements improbables et de l'action de pacotille. Il n'y a évidemment aucuns moyens pour ce divertissement populaire, si ce n'est la présence intéressante de Marcel Herrand en prince du crime - inquiétant mais terriblement mal mis en valeur. Alexandre Rignault en commissaire Juve sauve clairement le film par sa présence et son dynamisme, et on peut s'amuser de voir Simone Signoret encore jeunette servir d'atout charme au film. Fandor, terne André Le Gall, ne provoque pas le moindre sentiment d'empathie, ni l'élégante Lucienne Lemarchand en Lady Beltham, rôle malheureusement complètement laissé de côté. A noter dans le casting que l'on retrouve Jacques Dynam, dans un petit rôle, qui deviendra en 1964 l'adjoint du commaire Juve/De Funès dans le Fantômas de André Hunebelle.


Le film existe en DVD chez René Chateau dans une copie un peu abîmée. Je ne suis pas sûr de la nécessité de se procurer ce Fantômas, si ce n'est pour les amoureux de Simone Signoret et les inconditionnels de Alexandre Rignault. Les autres s'ennuieront ferme devant ces aventures sans souffle et sans moyens, et le cabotinage insensé de certains seconds rôles. A noter, pour les amateurs, une petite apparition de Françoise Christophe en ... princesse Daniloff, un de ses premiers rôles (on la retrouvera quelques années plus tard en Lady McRashley dans Fantômas contre Scotland Yard).

Bon anniversaire à ... Romy Schneider (1938-1982)

Je n'avais encore jamais évoqué Romy Schneider sur ce blog. Celle que certains considèrent comme une des plus grandes actrices du cinéma français ne me parle guère, je dois bien le reconnaître, même si certains films sont absolument admirables, je pense au Vieux fusil notamment, revu dernièrement. Toutefois, vous retrouverez dans les semaines à venir des films avec la belle allemande.


Né le 23 septembre 1938, Romy Schneider aurait fêté aujourd'hui ses 74 ans !

Le dernier rôle à l'écran de ... Fernandel !

Fernandel possède une des plus riches filmographies du cinéma français, et jouit d'un prestige important tout au long de sa vie - à juste titre. Après plus de 50 ans de carrière, un peu affaiblit par la maladie et par une décennie plus inégale en terme de bons films, il endossa une ultime fois le rôle d'un homme simple, dans sa Provence natale.

Échec à sa sortie, Heureux qui comme Ulysse (1970) est considéré par le biographe de Fernandel, Jacques Lorcey, comme un des dix meilleurs films de l'acteur ; j'avoue m'inscrire dans cette lignée et accorder une immense affection pour cette tendre histoire. A le revoir aujourd'hui, on est marqué par les premières paroles de la chanson de Georges Brassens "Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, heureux qui comme Ulysse a vu cent paysages, et puis a retrouvé, après maintes traversées, le pays des vertes années". Conduisant son cheval à pied, à travers le pays de son enfance, vers un lieu de liberté pour qu'il finisse paisiblement sa vie, Fernandel conclut magnifiquement sa carrière. On ne peut s'empêcher d'y voir une métaphore de sa propre existence, elle-même jalonnée de cent paysages et de maintes traversées, avec cette "gueule de cheval" qui fit sa gloire.


Les derniers plans du film sont formidables : après avoir libéré son cheval au milieu des seins, Fernandel s'éloigne tout seul, distance la caméra. On ne peut imaginer qu'il s'agisse du dernier plan de sa carrière, il ne peut pas disparaître comme un cowboy solitaire dans un western. Alors qu'il entend un bruit, il se retourne, le visage sombre et voit apparaître son cheval, qui revient vers lui, comme pour le remercier. Heureux, le tout dernier plan de Fernandel au cinéma est un visage souriant, celui du comique populaire qu'il fut toute sa vie, regardant vers le ciel, apaisé et remercié par celui qu'il a aidé. On n'aurait pu lui souhaiter plus belle sortie.

samedi 22 septembre 2012

"LAISSEZ-PASSER" (de Bertrand Tavernier, 2002)


En quelques mots : Pendant l'Occupation, les destins croisés de deux hommes de cinéma : Jean Aurenche, scénariste, qui décide de ne pas travailler pour les Allemands et de vivre dans l'inconfort ; Jean Devaivre, assistant-réalisateur qui rentre à la Continental Films pour assurer sa sécurité, tout en résistant et en fréquentant des dissidents comme Jean-Paul Le Chanois.

Certes, 2002 c'est un peu récent pour que ce film fasse partie de l'âge d'or du cinéma français ... et pourtant, il en est largement question dans Laissez-passer, plus particulièrement du cinéma français sous l'Occupation. A travers le destin de deux hommes de cinéma, Bertrand Tavernier reconstitue le Paris occupé, les tournages de l'époque, les hommes et les idées. Fait étonnant, j'évoquais il y a quelques jours, en filigrane, le tournage de La main du diable pour rappeler que c'est Jean Devaivre qui prêta sa main pour les besoins d'une scène importante. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir le lendemain, dans le film de Bertrand Tavernier, une séquence qui résume cette anecdote (que je vous propose de revoir ici en vidéo).

On se régale de voir reconstitués les tournages de deux films de Maurice Tourneur (très bien interprété par Philippe Morier-Genoud), La main du diable et Cécile est morte, et de Richard Pottier, Huit hommes dans un château et Les caves du Majestic, et de découvrir les détails d'un tournage pendant la guerre : manque de nourriture, scénaristes emprisonnés, manque de bois (réquisitionné pour faire des cercueils !) et metteurs en scène parfois dépassés. Jean Devaivre (formidable Jacques Gamblin) entre à la Continental, et on rencontre avec lui son directeur, le tolérant Alfred Greven qui engagea consciemment un juif communiste comme Jean-Paul Le Chanois parce qu'il savait qu'il était bon scénariste.

Michel Simon de dos, sur le tournage de Au bonheur des dames (de André Cayatte)

Les séquences avec le scénariste Jean Aurenche (très bon Denis Podalydès) sont moins fortes, plus personnelles, et cèdent d'ailleurs le pas rapidement aux aventures dans la résistance de Jean Devaivre. La longueur (peut-être un poil excessive) du film ne gâche rien au plaisir, et je ne peux que le conseiller à tous les cinéphiles curieux de cette période.

Bon anniversaire à ... Erich von Stroheim (1885-1957)

Évidemment, on pourrait sans mal paraphraser Lino Ventura dans Cent mille dollars au soleil et oser un "Tu serais pas né un p'tit peu du côté de Berlin, toi ?" pour se demander ce que vient faire Erich von Stroheim dans ce blog sur l'âge d'or du cinéma français. J'ose imaginer pourtant que personne n'a oublié ses formidables compositions sous la houlette de metteurs en scène français. A l'aube de la Seconde Guerre Mondiale, l'ami autrichien tourna avec Edmond T. Gréville, Pierre Chenal, Christian-Jaque (Les disparus de Saint-Agil face à Simon et Jouvet), Georges Lacombe, Richard Pottier et Jean Delannoy.

Réalisateur incompris à Hollywood, il émigra en France où il était respecté. Quelques rôles à Hollywood ont pourtant contribués à sa légende, à commencer par le chef d’œuvre de Billy Wilder, Boulevard du crépuscule.


Son rôle le plus marquant reste cependant celui du capitaine von Rauffenstein dans La grande illusion de Jean Renoir, aristocrate prussien qui incarne la disparition progressive de l'élite nobiliaire dans les instances supérieures des armées européennes lors de la Première Guerre Mondiale, face à Jean Gabin (l'ouvrier) et Marcel Dalio (le juif). Une composition incroyable qui est restée dans toutes les mémoires.

Né le 22 septembre 1885, Erich von Stroheim aurait fêté aujourd'hui ses 127 ans !

"LE DERNIER DES SIX" (de Georges Lacombe, 1941)


En quelques mots : Six amis qui vivent sous le même toit gagnent une grosse somme d'argent aux jeux. Plutôt que de continuer à vivoter, ils décident de faire fortune séparément et de se retrouver pour partager le magot. Cinq ans plus tard, deux d'entre eux sont assassinés, les autres ouvertement menacés. Le commissaire Wens (P. Fresnay) est chargé de l'enquête.

Le dernier des six est un des premiers films produits par la Continental Films (dirigée par les Allemands sous l'Occupation). L'adaptation de Stanislas-André Steeman est confiée à Henri-Georges Clouzot, qui signe là un brillant scénario ponctué de dialogues très amusants. Le film annonce bien évidemment son Assassin habite au 21 (adapté du même auteur) par bien des aspects : le commissaire Wens déjà interprété par Pierre Fresnay, affublé d'une maîtresse à la grande gueule - délicieuse Suzy Delair - qui se démène avec nonchalance pour résoudre une série de meurtres dans un groupe fermé.

Georges Lacombe signe une mise en scène impeccable, servie par une très belle photographie (de Robert Lefebvre), et insuffle une ambiance propre à un suspens qui tient jusqu'à la dernière minute. Seuls ombres au tableau, les scènes de music-hall apparaissent curieusement datées : le réalisateur refusa d'ailleurs d'en tourner autant que prévu, et son contrat avec la Continental fut rompu.

Sous une forme policière, le film propose pourtant un mélange de suspens et de comédie : Pierre Fresnay campe un commissaire cynique et flegmatique, qui ne semble jamais dépassé par les événements. Suzy Delair (Mila Malou) cherche déjà à se faire engager comme chanteuse, et passe son temps à gouailler contre son Jules ou la Terre entière, pour notre plus grand plaisir. Le reste du casting fait forcément plus pâle figure, malgré la présence toujours sympathique de Jean Tissier et la prestation plus sérieuse de André Luguet, véritable vedette du scénario. La jolie Michèle Alfa, qui remplaça Marie Déa à la dernière minute, ne parvient pas véritablement à tenir tête à tous ces gentlemen.


Gaumont a eu la très bonne idée d'éditer Le dernier des six, difficilement trouvable, en DVD (collection Gaumont à la demande). Non restaurée, la copie est tout de même de très bonne facture et il ne faut pas hésiter une seconde à se procurer ce très bon policier tourné dans les années noires.

Je vous propose un court extrait audio du film où Suzy Delair envoie son amant Pierre Fresnay corriger comme il se doit le patron du music-hall qui a refusé de l'engager !

Extrait audio : "Un conseil en vaut un autre !"

Pierre Mondy et Abel Gance pour "Austerlitz" !

Dans la lignée des hommages après la disparition de Pierre Mondy, j'ai trouvé cette très belle photo prise sur le plateau de Austerlitz, où l'on voit Abel Gance (de dos) diriger l'acteur en Napoléon Ier, à peine reconnaissable tellement il est loin, dans un très beau décor de tournage.

Une photo de Charles Courrière pour Paris Match.

jeudi 20 septembre 2012

Bon anniversaire à ... Jean Dréville (1906-1997)

J'ai déjà évoqué plusieurs fois Jean Dréville sur ce blog, et le hasard du calendrier fait que je continue. Le réalisateur français dont le nom est lié à Noël-Noël mis en scène, entre autres, La cage aux rossignols (1945), La ferme du pendu avec Bourvil dans un petit rôle ou Le Visiteur avec Pierre Fresnay. Il réalisa une partie du film Les sept pêchés capitaux (1952) et La bataille de l'eau lourde, qui fut l'objet d'un bon remake américain avec Kirk Douglas et Richard Harris (Les héros de Télémark).

Avec Noël-Noël, ce fut également Les casse-pieds (1948), A pied, à cheval et en spoutnik (1958) et la mini-série Le voyageur des siècles (1971), sa dernière réalisation.

Né le 20 septembre 1906, Jean Dréville aurait fêté aujourd'hui ses 106 ans !

mercredi 19 septembre 2012

Bertrand Tavernier et les oubliés du cinéma français !

On le sait, le réalisateur Bertrand Tavernier est une des grandes références de la cinéphilie en France. C'est avec et grâce à lui que j'ai exploré pendant plusieurs années le cinéma américain (et je ne saurais que trop conseiller la lecture des indispensables Amis américains et 50 ans de cinéma américain). Un des projets de Tavernier est encore aujourd'hui de réaliser un Voyage à travers le cinéma français (sur le modèle du Voyage dans le cinéma américain de Martin Scorsese), idée qui est, entre autres, à l'origine de ce blog.


En fin connaisseur de notre cinéma national, Bertrand Tavernier a participé à une malle aux trésors au Forum des Images, à Paris, et que je vous propose d'écouter ici en intégralité (environ 2 heures !). Découvrez des films insolites et oubliés tels que Bonne chance de Sacha Guitry, Jericho de Henri Calef, L'homme de nulle part de Pierre Chenal ou Le café du cadran de Henri Decoin !

A qui appartenait la "Main du diable" de Maurice Tourneur ?

La terrible et maléfique "main du diable" qui perd Pierre Fresnay dans le film éponyme de Maurice Tourneur est montrée dans une scène, répondant aux ordres simples de Noël Roquevert, le cuisinier. Jean-Paul Le Chanois, le scénariste, ne voulait pas qu'elle soit filmée, craignant que l'effet ne soit ridicule. La suite a prouvé le contraire, car l'effet marche très bien.


Mais cette main ... à qui appartenait-elle ? Pour la petite histoire, c'est celle de l'assistant-réalisateur de Maurice Tourneur, Jean Devaivre. Ce nom n'est pas inconnu des cinéphiles puisque Devaivre (qui tourna d'ailleurs quelques scènes de La Main du diable) devint réalisateur par la suite. Il est l'auteur, entre autres, de La dame d'onze heures, dont je reparlerai sur ce blog.
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