samedi 20 octobre 2012

De quelle "grande illusion" parlait Jean Renoir ? (en images)

Jean Renoir déclara qu'il avait appelé ce film ainsi "parce qu'il ne signifiait rien". On retrouve pourtant ce titre dans l’œuvre de l'écrivain britannique Norman Angell ("The Great Illusion : A Study to the Relation of Military Power to National Advantage", 1911), qui ne voulait pas croire qu'une guerre puisse éclater entre les puissances européennes au début du siècle. La suite lui a donné tort. Peut-être le metteur en scène français a-t-il voulu croire lui aussi, en 1937, qu'une nouvelle guerre n'était pas possible et ne pouvait pas embraser l'Europe et le reste du monde.

Toujours est-il que La grande illusion dans le texte reste un mystère. A l'image de Citizen Kane, où le spectateur est entrainé dans la quête de sens d'un seul mot (devenu légendaire), Rosebud, celui du film de Jean Renoir ne trouvera jamais avec assurance la signification du titre de ce chef d'oeuvre du cinéma français.

Par l'image, histoire de se remémorer avant tout les bons moments du film, voici quelques tentatives d'explications.


1. Une "grande évasion" ?
Alors qu'il vient d'arriver dans le camp de prisonniers, un détenu informe Jean Gabin qu'un petit groupe tente de s'échapper, en creusant un trou tous les soirs, pour sortir derrière, dans un jardin. Un projet long et compliqué car le camp est bien gardé.

2. La fin de la guerre ?
Presque dans la même phrase, Gabin montre sa perplexité face à cet audacieux projet et pense sincèrement que la guerre sera terminée avant que le trou ne soit terminé. Ce à quoi son camarade lui répond "Tu te fais des illusions ..."


3. Une victoire française ?
Dans le camp de prisonniers où se trouvent Jean Gabin et Pierre Fresnay, dans la première partie du film, les français et anglais sont sensibles aux nouvelles du front. Une pancarte les informe régulièrement de l'état des batailles. Une victoire importante pourrait mettre un terme à cette guerre et à leur enfermement. L'épisode de la prise de Douaumont ne gâche pas une petite fête entre détenus, vite relevée par des informations heureuses sur l'avancée des troupes françaises.



4. Une nouvelle évasion ?
"36 mètres de hauteur" lâche laconiquement Erich von Stroheim à ses nouveaux prisonniers, pour les dissuader de tenter une nouvelle évasion, au terme d'une "visite du propriétaire". On apprend un peu avant que Gabin et Fresnay ont tenté plusieurs fois de s'échapper, sans succès. Cette nouvelle prison n'est plus un camp mais une véritable forteresse médiévale, très surveillée.





5. Une survivance des élites traditionnelles ?
Erich von Stroheim se prend d'affection pour Pierre Fresnay, aristocrate et militaire de carrière, comme lui, dont il respecte la personne. Dans une scène mémorable, il se demande si les peuples de la nouvelle Europe auront encore besoin d'eux, et s'ils ne sont pas condamnés à disparaître devant l'évolution des sociétés, et l'arrivée comme officiers de "Maréchal et Rosenthal", "jolis cadeaux de la Révolution Française".



6. La soumission de Pierre Fresnay ?
Pour que Gabin et Dalio puissent s'évader, Pierre Fresnay organise une diversion légendaire en jouant de la flûte. Trop impliqué, et pour être sûr que ses camarades puissent s'évader, il prolonge sa fuite en avant. Supplié par Stroheim de se rendre, de revenir à la prison, Fresnay déclare que "c'est impossible". Il complète ainsi le propos sur la disparition des élites traditionnelles, et se range de lui-même dans le futur, en l’occurrence sa mort. Stroheim est contraint de tirer, malgré lui, sur un homme qui représente ce qu'il admire encore le plus au monde.



7. Une allemande qui protège un juif ?
La dernière partie du film fait référence plus directement au contexte où il fut réalisé, l'entre deux guerres et la montée des tensions en Europe. Gabin et Dalio sont hébergés par une gentille fermière allemande mais ils savent que ça ne peut durer qu'un temps. Par la suite, cette partie fut censurée par l'Allemagne nazie au pouvoir, qui ne pouvait concevoir qu'une "bonne allemande" vienne en aide à un français échappé d'un camp de prisonnier et son camarade juif.




8. Un amour franco-allemand ?
Pendant son séjour chez la fermière qui les protège, Jean Gabin développe des sentiments à son égard. Une scène magnifiquement réalisée, autour d'un sapin de Noël, montre qu'ils sont réciproques. Hélas, Gabin sait qu'il ne pourra pas rester, qu'il doit retrouver la France. Quelques temps après, il annonce à Elsa son départ et lui promet de revenir après la guerre.




 
9. La der des der ?
"Il faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre, en espérant que c'est la dernière". Illusion du personnage de Gabin ou du metteur en scène Renoir ? Cette scène sublime résume toute l'ambiguïté du titre et de sa signification. A quelle échelle se situer ? Dalio résume la situation une dernière fois, et répond aux rêves de Gabin et Renoir en même temps : "Tu te fais des illusions".




On pourrait encore trouver d'autres hypothèses dans le scénario pour expliquer la "grande illusion" de Jean Renoir, mais elles seraient plus précises, et moins crédibles. Du reste, les hypothèses développées ci-dessus sont diablement pessimistes : les évasions ne réussissent qu'à moitié (seule la dernière, et on ne sait pas vers quel destin) et la fin de la guerre et les victoires françaises furent célébrées en 1918 mais au prix de combien de millions de victimes ? Quant à la survivance des élites traditionnelles, elles furent quasi enterrées après la seconde guerre mondiale et les amitiés franco-allemandes rêvées en 1937 par Renoir tournèrent bien court, voire dramatiquement pour beaucoup. D'où un titre encore plus fort quand on y repense aujourd'hui, puisqu'il reste sans réponse, comme un songe laconique résumant une partie de l'Histoire du XXe siècle.

"LES PÉPÉES FONT LA LOI" (de Raoul André, 1955)

En quelques mots : Une jeune femme, propriétaire d'une boutique de chaussures, est enlevée et interrogée violemment. Sa mère, une ancienne femme de gangster, qui possède encore un petit réseau d'informateurs, fait entrer ses filles dans la confidence et voici que les trois belles se décident à affronter la pègre parisienne.

C'est Raoul André, spécialiste du nanar (La polka des menottes, Le bourgeois gentil mec, Mission spéciale à Caracas) qui signe cette farce policière, où l'on retrouve pourtant un joli casting, composé des jolies Dominique Wilms, Claudine Dupuis et Louis Carletti en sœurs, filles de Suzy Prim, que l'on retrouve dans un rôle de vieille affranchie, étrangement ressemblante à la Françoise Rosay de Faut pas prendre les enfants du bon Dieu... (1969) de Michel Audiard. Autour d'eux, quelques acteurs sympathiques tels que Jean Gaven en écrivain spécialiste du Milieu, René Havard qui se fait torturer au tisonnier et Louis de Funès en barman gangster, très drôle par moments.

Le film n'a pas beaucoup d'autre intérêt que de divertir gentiment un spectateur qui sait très bien à quoi s'attendre : des dialogues au rabais, des cascades hilarantes (le gangster qui tombe dans une baignoire au début, remarquable) et des gags faciles. Pourtant, contre toute attente, on se laisse prendre par cette petite histoire, grâce au charme des trois comédiennes qui s'évertuent à parler avec l'argot des voyous - quelques scènes sont d'ailleurs amusantes à ce petit jeu -, et grâce à Suzy Prim, étonnante, voire déconcertante, dans son rôle de "Maman Gangster". Rien de bien passionnant mais une petite comédie pas désagréable à voir.

Je vous propose d'écouter sur ce blog la chanson du film, Les pépées font la loi, assez amusante car elle annonce, vous allez l'entendre, avec beaucoup d'avance le fameux Être une femme de Michel Sardou, dans un style plus années 1950. Film féministe alors ? Je n'irais pas jusqu'à là.

Extrait audio : Chanson "Les pépées font la loi"


"FANTOMAS" (Série TV, 1980)


Des nouvelles du Génie du crime ! Voilà des années que l'on n'a plus entendu parler de Fantômas - quand bien même un projet cinéma en 3D serait toujours dans les cartons, avec Jean Reno -, il faut remonter à 1980 et cette mini-série pour retrouver sur l'écran les aventures du célèbre malfaiteur masqué. Dans sa série Les inédits fantastiques (dans laquelle on trouve aussi Le voyageur des siècles, que j'ai évoqué sur ce blog), l'INA a la bonne idée de ressortir en DVD quelques anciennes séries un peu oubliées.

Ce Fantômas a de quoi faire rêver : une restitution des histoires à partir des romans originaux (qui avaient été oubliés dans les adaptations avec Louis de Funès), Jacques Dufilho en Inspecteur Juve, Claude Chabrol à la mise en scène et quatre longs épisodes.

Le générique de la série met mal à l'aise d'emblée, et la peur s'installe. Pas de Fantômas non ... plutôt des moyens mis en œuvre pour servir cette adaptation, car il faut reconnaître qu'en aimant le désuet, ce générique ne passe même pas. Fi donc ! Ce n'est pas un générique qui boudera notre plaisir. Hélas, le reste des épisodes reste à peu près au même niveau, tant la pauvreté des décors se fait sentir (à moins qu'il ne s'agisse d'un choix) et le manque de budget pèse sur la mise en scène. Je ne suis pas un idolâtre de Claude Chabrol, ainsi je n'ai pas été déçu de voir qu'ici sa réalisation est poussiéreuse et terriblement datée - tout comme celle de Juan Luis Bunuel, le réalisateur des deux autres épisodes.

  • Épisode 1 : L'échafaud magique
Premier épisode terriblement long à se mettre en place, à l'image des romans de Souvestre et Allain. Les moments avec Lady Beltham (Gayle Hunnicutt, efficace) s'éternisent, et il faut tout le talent et le charisme discret de Jacques Dufilho pour ne pas vouloir arrêter le film. Le jeune Pierre Malet (Fandor) a du mal à s'imposer, mais il a la modestie de ne pas en faire des tonnes pour exister. L'élément le plus curieux de l'épisode - comme de toute la série - est la présence singulière et mystérieuse de celui qui interprète Fantômas, et tous ses personnages inventés, le quelque peu oublié Helmut Berger, très charismatique. La dernière partie de l'épisode (à partir de l'entrée en scène du comédien de théâtre) est toutefois très bien menée, et intéressante. Les lecteurs de Souvestre et Allain connaissent, en outre, l'issue fatale. Un très beau moment, d'autant plus historique qu'il permet de voir en détails comment était montée la guillotine, celle-là même à qui il ne restait qu'une seule année à vivre lors de la diffusion de la série.

  • Épisode 2 : L'étreinte du diable
Probablement le meilleur épisode des quatre. Une intrigue bien menée, deux personnages mystérieux et des rebondissements intéressants. Toute la séquence dans la clinique est prenante et on prend plaisir à revoir des personnages (telle Lady Beltham). Fantômas est terriblement cruel ici : il dresse son serpent pour tuer, mutile les cadavres, se déguise en mort et tend à l'inspecteur Juve un traquenard final, qui laisse le spectateur sur l'envie de voir l'épisode suivant. Une réussite, malgré la faiblesse de la mise en scène. Vous pouvez découvrir un extrait sur le site de l'INA.

  • Épisode 3 : Le mort qui tue
Ce troisième épisode renoue avec la mollesse du premier. La jeune actrice Véronique Delbourg n'est pas franchement convaincante (même si son texte, lui aussi, est très mauvais) et, pour une fois, on voit trop vite le déguisement de Fantômas, ce qui gâche un peu le plaisir. La fin, heureusement, est réussie, avec une évasion spectaculaire et inattendue. Les séquences d'action (le meurtre, le vol dans le train) sont assez grotesques, mais on peut y trouver une désuétude assez charmante.

  • Épisode 4 : Le tramway fantôme
L'ouverture est alléchante, et l'intrigue est originale. Claude Chabrol revient à la mise en scène de ce dernier épisode avec beaucoup plus d'efficacité (il y a quelques très jolies séquences). Fantômas est plus malin que jamais et on retrouve avec délice la jolie Lady Beltham. On n'évite toutefois pas les répliques grotesques, et mal postsynchronisées, mais ce tramway fantôme (diabolique ruse du génie du crime) s'achève avec panache, et on redemande presque !

Outre Jacques Dufilho, on peut trouver dans cette mini-série un certain plaisir à repérer certaines têtes connues. Mario David, évidemment, qui a un rôle assez important (le maton corrompu de la prison, qui entre au service de Fantômas), mais aussi le jeune Fabrice Luchini (admiratif d'un comédien, ça ne s'invente pas), Pierre Douglas en juge d'instruction, Henri Attal en aumônier, Dominique Zardi furtif et même ... Jean-Pierre Coffe en chef de la sûreté !

Bon anniversaire à ... Jean-Pierre Melville (1917-1973)

Tout a été dit sur Jean-Pierre Melville, sur le metteur en scène génial qu'il fut aux yeux de beaucoup, sur ses extravagances sur les plateaux, sur son comportement avec des stars comme Alain Delon ou Lino Ventura. Pour mon article sur Un Flic (1972), son dernier film, j'avais évoqué quelques anecdotes imputables à la fille de Jean Gabin, Florence, qui fut scripte sur le tournage. Je ne résiste pas à l'envie de vous en raconter une autre, très révélatrice de l'homme qu'il était.

"Lorsque j'ai frappé à la porte, mon cœur battait la chamade. Une voix m'a dit d'entrer et je me suis retrouvée au milieu d'une pièce baignée de pénombre où seule la lampe du bureau était allumée, comme pour intimider les suspects. Assise derrière la lampe se trouvait la silhouette d'un homme de forte stature, les yeux dissimulés par des lunettes noires, un large Stetson sur la tête. L'ambiance était très "polar" américain des années quarante. Il m'a fait asseoir en face de lui et, sans faire référence à mon père, ce qui m'a soulagé, m'a demandé ma filmographie. [...] Melville a commencé à mon intention un cours sur le 7ème art. Seule référence : le cinéma américain. Je retins dans le désordre John Ford, Howard Hawks, Alfred Hitchcock, Norman Jewinson et John Schlesinger ... - "Vous comprenez, le cinéma français est inexistant. Nous ne sommes que trois réalisateurs à faire du bon cinéma et à remplir les salles : Henri Verneuil, Gérard Oury et moi-même. Quant aux acteurs, il n'y a que Montand, Delon, Bourvil, et votre père."
Je remarquai qu'il n'avait pas cité Lino Ventura avec qui il s'était fâché sur L'armée des ombres."

Curieuse réduction du cinéma français dans l'esprit d'un homme pour qui ne comptait que le cinéma américain. Ce blog tend à lui donner tort, jour après jour, ce qui ne m'empêche pas d'admirer sa carrière, et de rappeler que Jean-Pierre Melville, né le 20 octobre 1917 à Paris, aurait fêté aujourd'hui ses 95 ans !

vendredi 19 octobre 2012

"LE PUITS AUX TROIS VÉRITÉS" (de François Villiers, 1961)

En quelques mots : La jeune Danièle est retrouvée morte, un revolver à ses côtés, suite à une violente dispute avec son mari (J.-C. Brialy). Celui-ci découvre le lendemain, dans les journaux, que la mère de Danièle (M. Morgan) l'accuse publiquement de meurtre. S'ouvre alors un long flashback où se mêlent les vérités des uns et des autres : celle de la victime à travers son journal intime, celle de la mère dans un interrogatoire et celle du mari qui raconte son histoire à sa maîtresse.

Le puits aux trois vérités, rareté éditée chez Gaumont (collection à la demande, indispensable aujourd'hui), est une adaptation d'un roman de Jean-Jacques Gautier, dialoguée par Henri Jeanson, et mise en scène par François Villiers (surtout connu pour avoir réalisé Les Chevaliers du ciel à la télévision). Le film adopte une posture déjà connue, celle d'un triple point de vue pour une même histoire, avec une certaine efficacité dans les effets de montage et les transitions. Le casting se targue d'une jolie distribution : Michèle Morgan en mère froide, distante et mystérieuse, éblouissante de beauté, face à un jeune fou incarné par Jean-Claude Brialy séducteur et bondissant, pas prude pour un sou - certaines de ses répliques sont d'ailleurs amusantes ("J'aurais bien voulu la sauter !" en parlant de Michèle Morgan, il faut l'entendre !). Au milieu, la jolie Catherine Spaak résiste bien, même si son personnage, important, n'est finalement pas très intéressant. Côté seconds rôles, on retrouve en clin d’œil Dany Saval, Jean-Pierre Aumont, Guy Béart, Jean-Louis Trintignant et Billy Kearns.


L'histoire est bien menée pendant une bonne première partie, intrigante, mais retombe rapidement dans la routine, faute à une réalisation bien terne, une photographie bas de gamme et un scénario qui n'est franchement pas très passionnant. Le dénouement final, à l'image du film, est d'une platitude convenue qui laisse le spectateur indifférent. Difficile en effet de se prendre de sympathique pour un quelconque personnage, ce qui est le principal problème de ce puits au vérités. Les dialogues de Jeanson n'y font pas grand chose, malgré quelques fulgurances ("C'est pour le journal parlé, il n'y a pas de son !").


Restent quelques jolies séquences entre Jean-Claude Brialy et Michèle Morgan, principal intérêt de ce vaudeville qu'il faudra épousseter régulièrement pour qu'il ne prenne pas trop la poussière. A noter au passage une jolie partition de Maurice Jarre, assez peu mise en valeur hélas.

Extrait audio : "Je ne vous aime pas !"

jeudi 18 octobre 2012

Bon anniversaire à ... Georges Géret (1924-1996)

Une "gueule" qu'on connaît bien, qui fit les beaux jours du cinéma français dans les années 1960 et 1970 ! Après une première apparition au cinéma dans Le défroqué (1954), Georges Géret apparaît dans Weekend à Zuydcoot (1964), La métamorphose des cloportes et Paris brûle-t-il ?, comme tout le monde. Il est de Z chez Costa-Gravas et fait face à La fiancée du pirate en 1969. Il promène ensuite son visage reconnaissable dans une trentaine de films, dont L'amour en question, Flic ou voyou, où il se retrouve nu dans les rues de Nice à cause de Jean-Paul Belmondo, où Le guignolo (Quelle différence il y a entre un con et un voleur ? Un voleur de temps en temps, ça se repose !). Il est encore le commissaire Bouvard dans Pour cent briques t'as plus rien, et termine sa carrière au cinéma en même temps que Georges Lautner dans L'inconnu dans la maison, en 1992.



Né le 18 octobre 1924 à Lyon, Georges Géret aurait fêté aujourd'hui ses 88 ans !

Robert-Hugues Lambert : un destin tragique (1908-1945)

Né en 1908 à Paris, Robert-Hugues Lambert reste associé aux heures sombres du cinéma français sous l'Occupation.

Jeune garçon un peu bohème, il fut choisi en 1943 pour interpréter le rôle de Jean Mermoz, le célèbre aviateur français, auquel il ressemblait beaucoup. Sans expérience, considéré trop efféminé par certains membres de l'équipe pour tenir ce rôle, il ne fit pas l'unanimité pour ce film important, censé venter les mérites d'un grand héros français.

Homosexuel, fréquentant assidument les clubs parisiens, il fut arrêté un soir, en plein milieu du tournage - il aurait eu une relation avec un officier allemand, d'où la nécessité de ne pas faire éclater un scandale. L'équipe du film, et son réalisateur Louis Cuny, décidèrent de le remplacer et de tourner ses scènes de dos (avec l'acteur Henri Vidal). Interné au camp de Compiègne, puis à Drancy, l'équipe technique se déplaça pour lui faire enregistrer quelques dialogues ... en positionnant le micro au dessus des barbelés !

Lors de la grande première parisienne du film, personne ne s'étonna de l'absence de l'acteur vedette, et pour cause, il fut déporté au camp de Buchenwald quelques semaines plus tôt. Il décéda d'épuisement à Flossenbürg le 7 mars 1945, dans l'indifférence.

"LES GAÎTÉS DE L'ESCADRON" (de Maurice Tourneur, 1932)

En quelques mots : A la fin du XIXe siècle, dans une caserne provinciale, le quotidien des soldats de métier et réservistes. Entre deux hommes qui désertent, un capitaine qui aime trop ses hommes pour les réprimander, des balayeurs qui n'en foutent pas une, des petits chefs en manque d'autorité et un général pour qui rien n'est vraiment grave.

Adapté du roman de Georges Courteline, et de sa pièce de théâtre éponyme, Les gaîtés de l'escadron est un film tout à fait particulier. Il permet au premier abord d'une rencontre au sommet entre Raimu, Fernandel et Jean Gabin - même si celle-ci n'est que très brève dans le film et jamais ensemble. Du genre comique militaire (voire troupier), les premières minutes font craindre le pire, un nanar où s'enchainent les gags sans intérêt, où se croisent des personnages sans relief. Tout change avec l'arrivée de Raimu, extrêmement drôle en officier en charge de la caserne, d'allure autoritaire mais qui n'en use jamais, car il aime ses hommes avant tout et ne cherche pas à les blâmer. Dès lors, cette farce militaire se transforme, comme le roman original, en satire d'une armée française humiliée depuis sa défaite de 1870 et qui se fige dans ses carcans avec prétention, dirigeant difficilement des hommes incompétents à leurs tâches, qui ne songent qu'à la gamelle. A entendre les dialogues, tout le monde devrait se retrouver en prison tant les punitions sont distribuées à tout va. Pire encore, les "Vous me ferez trois jours !" en font rêver certains, la prison ayant ses bons côtés.

Les situations et gags ne sont pas toujours heureux mais ils fonctionnent très bien dans l'ensemble grâce à une belle équipe de comédiens encore jeunes, et dénués de tous leurs (futurs) traits de caractère : Fernandel est presque méconnaissable avec sa voix fluette et sa petite moustache, et il joue les benêts sans en rajouter ; Jean Gabin en impose sans en avoir l'air mais reste loin des rôles de meneurs ; Raimu, le plus extravagant des trois, passe son temps à ronchonner mais n'existe que dans le regard des autres, de fait très importants et particulièrement sobres (il faut voir la scène où il accepte de donner 10 jours de congés à un homme pour un mariage !). A côté de tout ce beau monde, Henry Roussel en général imposant (aux airs de Pétain) et composant, et un Pierre Labry très drôle en soldat Potiron achèvent de compléter ce casting où l'on peut croiser avec de très bons yeux Julien Carette et Pierre Dac !


Le comique militaire n'est pas des plus fins, et ces Gaîtés de l'escadron sortent du lot grâce à une adaptation soignée, un propos qui parle, une mise en scène impeccable de Maurice Tourneur (de très belles scènes de caf'conc notamment) et des acteurs très justes. En outre, il permet de saisir au vol une époque révolue, celle du service militaire (ici, il durait encore trois ans) et d'une armée formée d’officiers qui avaient grimpés les échelons.

Pathé tenta même à sa sortie de coloriser le film, au pochoir, ce qui donne des couleurs tout à fait étonnantes, que l'on peut découvrir (restaurées !) dans le très beau DVD édité pour le Coffret Maurice Tourneur. A ce propos, il faut souligner le sublime travail sur l'image réalisé par les équipes de Pathé pour ce coffret (également pour le son, même si il souffre encore parfois un peu du temps qui passe).


Je vous propose de découvrir un extrait audio, d'une scène amusante entre Fernandel, Raimu et Henry Roussel, pour une histoire de soupe pas très appétissante.

Extrait audio : "La soupe n'est pas bonne ?"

mercredi 17 octobre 2012

Fantômas contre le cinéma français !

Personnage incontournable de la littérature populaire du début du XXe siècle, Fantômas, créé par Marcel Allain et Pierre Souvestre au début des années 1910 a captivé les foules. Il était normal que le cinéma français s'en empare pour créer quelques films marquants, et qui connurent souvent le succès. Je vais essayer ici d'en dresser la liste, avec à chaque fois l'acteur qui interprète le maître de tout et de tous !


// Au cinéma, les premières adaptations débutent deux ans après la publication des romans. Le légendaire Louis Feuillade connaît le succès en adaptant, en muet et avec quelques colorations, les aventures criminelles du héros masqué : ainsi de Fantômas à l'ombre de la guillotine (1913), Juve contre Fantômas (1913), Le mort qui tue (1913), Le policier apache (1914) et Le faux magistrat (1914). Ce rôle fit la gloire de son interprète, René Navarre ! Une série qui a été éditée en DVD, et qui vaut largement le coup d’œil pour sa belle mise en scène.

Première adaptation parlante de l’œuvre écrite, Fantômas de Paul Féjos (1932) avec Jean Galland dans le rôle titre, difficilement trouvable aujourd'hui, hormis chez quelques collectionneurs avertis. Je ne l'ai pas encore vu, et ne saurait donc en parler davantage.

Il faut attendre 1947 et le film de Jean Sacha, Fantômas, pour entendre à nouveau parler du célèbre criminel au cinéma français (il existe une adaptation américaine de 1920). Marcel Herrand interprète avec beaucoup de conviction le personnage principal, face à Alexandre Rignault en Juve et Simone Signoret en Hélène. Une adaptation ratée, que j'ai évoqué sur ce blog. Deux ans plus tard, c'est Maurice Teynac qui s'y colle, sous la direction de Robert Vernay, dans Fantômas contre Fantômas. Le génie du crime est toujours recherché par Juve/Rignault et s'inscrit là dans la continuité de la barbarie de la Gestapo en rachetant un ancien laboratoire et en cherchant à transformer les hommes en monstres ! Une adaptation réussie qu'il faut découvrir.

En 1964, c'est une adaptation bien éloignée des romans originaux que livre Jean Halain à André Hunebelle, lequel immortalisera par trois fois un Fantômas aux allures de monstre, interprété par un Jean Marais qui en dessine lui-même le masque. Fantômas (1964), Fantômas se déchaine (1965) et Fantômas contre Scotland Yard (1967) sont probablement les plus célèbres de tous, car ils permirent à Louis de Funès d'exercer son talent comique. Ils sont d'ailleurs souvent décriés par les cinéphiles acharnés, qui y voient un Funès grimaçant à l'extrême et une trahison des romans originaux ; quant aux fans de Jean Marais, ils voient leur idole recalée au rang de second couteau (il n'y a qu'à voir comment la trilogie est expédiée par Carole Weisweiller dans son "Jean Marais, le bien aimé"). Pour ma part, ils sont liés à d'excellents souvenirs d'enfance, et la voix de Raymond Pellegrin (excellente idée) reste terriblement marquante !

// A la télévision, on peut noter une adaptation fidèle des romans, mise en scène par Claude Chabrol et Juan Luis Bunuel. Épouvantablement filmée, avec des moyens de télévision et des acteurs inégaux, elle met toutefois en scène un Fantômas énigmatique et très convaincant grâce à la prestation de Helmut Berger, face à Jacques Dufilho, très bon Inspecteur Juve. Quatre épisodes, un peu désuets mais agréables, diffusés en 1980 et aujourd'hui disponibles en DVD grâce à l'INA.

A noter que dans la préface d'une anthologie des romans signés Souvestre et Allain, ce dernier explique que les auteurs voulaient appeler leur héros du mal ... Fantômus ! L'éditeur, qui avait mal lu, leur déclara "Ah oui Fantômas, c'est formidable !" ...

Bon anniversaire à ... Nicole Desailly (1920-...)

Difficile de faire croire qu'on connait bien cette actrice, et je découvre par hasard qu'il s'agit aujourd'hui de son anniversaire. Et pourtant, on a tous croisé Nicole Desailly (première épouse de Jean) dans plusieurs films : elle est Hélène dans Le Soleil des voyous, la bonne des Galipeau dans Le Viager, la concierge de Bourvil dans Le Corniaud ou encore l'infirmière au début et à la fin du Chat, avec Jean Gabin et Simone Signoret. Des petits rôles, mais qui font tout le charme d'un film, et c'est pourquoi il convient de ne pas les oublier.


Née le 17 octobre 1920 à Paris, Nicole Desailly fête aujourd'hui ses 92 ans !
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