vendredi 23 novembre 2012
"LA SYMPHONIE FANTASTIQUE" (de Christian-Jaque, 1942)
En quelques mots : Paris, à la fin des années 1820. Hector Berlioz ne vit que pour la musique mais se heurte à l'incompréhension générale de la modernité et survit grâce à ses amis et son métier de critique. Amoureux d'une actrice à succès et rejeté par sa mère, il compose "La symphonie fantastique" et devra attendre bien des années pour connaître la gloire, toujours entachée des malheurs de sa vie.
Je m'étais toujours refusé à regarder ce film, tellement admirateur de l’œuvre de Hector Berlioz que la peur d'être déçu était plus forte que tout. Suite à quelques avis positifs, je me suis lancé avec une appréhension marquée d'emblée par le fait qu'au générique de début, Jean-Louis Barrault (Berlioz, personnage principal) n'apparaît qu'en troisième position ! Curieuse façon de concevoir un film biographique ... mais les premiers instants sont agréables et la personnification du génie de la musique classique est très crédible - cette ressemblance, confinant presque au mimétisme, s'accentue avec l'âge du compositeur. On retrouve avec grand plaisir une interprétation libre d'une anecdote savoureuse des Mémoires de Berlioz où, plein de fougue et d'admiration pour ses maîtres, le jeune musicien interrompt une représentation de Gluck à l'opéra parce que les cymbales ne sont pas parties à temps ! Hélas, le film pèche bien vite par son utilisation trop approximative de la géniale musique et par un excès de sentimentalisme qui occulte toute la création artistique de celui qui fut l'un des meilleurs représentants de la musique classique française.
Jean-Louis Barrault est pourtant un impeccable Hector Berlioz, tourmenté et débordant de créativité, confronté à l'archaïsme des représentants d'une musique dont il s'inspirait pourtant, en la renouvelant. Jules Berry est le premier de ceux-là, éditeur qui reconnait le talent mais ne veut pas risquer de l'aider, suivi de près par Louis Seigner en chef d'orchestre à l'ancienne. Bernard Blier, excellent, est quant à lui l'ami intime qui sacrifie son amour pour le bonheur et la réussite de son camarade compositeur. Les personnages féminins sont tout aussi attachants, entre Lise Delamare (Harriet Smithson) et la jolie Renée Saint-Cyr (Marie), mais beaucoup trop romancés, à l'image de cette œuvre réalisée en pleine Occupation par la Continental.
Ce qui frappe toujours dans les films produits par cette firme, c'est l'importance des moyens développés - ici de superbes scènes d'opéra ou le Requiem aux Invalides - et le message que l'on peut toujours lire entre les lignes d'une fresque à grand spectacle (l'exaltation de la France par ses artistes ou ses grands hommes contre l'obscurantisme, la domination des vieilles idées), qui pousse peut-être à trop romancer une vie qui était déjà assez agitée et se garder de l'ancrer dans la réalité politique changeante du XIXe siècle, ce qui est bien regrettable.
Une Symphonie Fantastique en demi-teinte qui n'est pas aidée par la mise en scène balourde de Christian-Jaque (incapable de filmer une séquence musicale) et des choix un peu simplistes dans les œuvres de Berlioz (on entend les plus célèbres extraits de la Symphonie fantastique, de La Damnation de Faust et du Requiem et c'est à peu près tout). Restent des jolies séquences et une évocation lyrique, très cinématographique finalement, d'un compositeur majeur.
A noter une apparition effacée de Gilbert Gil et un rôle comique pour Noël Roquevert en gendarme !
"LE BOSSU" (de Jean Delannoy, 1944)
En quelques mots : Philippe de Gonzague, qui convoite la femme et la fortune de son cousin le Duc de Nevers, échafaude un plan pour l'assassiner, lui et sa fille. Hélas, sa machination échoue quand un jeune fougueux du nom de Lagardère s'interpose et disparaît avec l'enfant, jurant de venger l'honneur de Nevers. Quelques années plus tard, il revient à Paris et dissimule son identité sous les traits d'un bossu.
Moins connue que la célèbre adaptation du roman de Paul Féval par André Hunebelle, avec Jean Marais dans le rôle du Bossu, ce film tourné en 1944 ne manque pas de panache et d'intérêt pour égaler son successeur. Avec l'arrivée tonitruante de Pierre Blanchar en chevalier de Lagardère, voulant ferrailler pour l'honneur contre le Duc de Nevers, on se délecte de découvrir une version beaucoup plus difficile à trouver sur nos écrans ! Sous la houlette du réalisateur Jean Delannoy en forme (de l'idée dans la mise en scène et un magnifique plan séquence dans les rues de Paris) revivent des personnages que nous connaissons tous : Nevers et sa botte criant sa devise "J'y suis !" à qui veut l'entendre avant de mourir d'un coup porté entre les yeux, sa fille adorée objet de tous les enjeux entre un Gonzague fripouille et une veuve inconsolable, le tout sous les yeux du Régent Philippe d'Orléans et du banquier John Law pour qui on organise une somptueuse fête à la mode américaine ! Lagardère ferait même presque figure de comparse au milieu de cette ébullition de personnages - très amusants Cocardasse et Passepoil - si on ne le retrouvait pas sous les traits d'un vieux bossu à l'accent de la campagne.
Extrait audio : "Si tu ne viens pas à Lagardère ..."
Pierre Blanchar excelle en gentilhomme prêt à faire montre de panache à quiconque le défierait et je ne peux que conseiller aux amateurs du roman-feuilleton, ou même des films, de jeter un œil à cette version tout aussi réjouissante ! J'ai réussi à trouver ce film grâce à une collection des Éditions Atlas (Les plus grands films de cape et d'épée), facilement trouvable sur internet. A vos épées, mes seigneurs !
jeudi 22 novembre 2012
De quoi vous passer l'envie de chatouiller Louis Jouvet !
Dans La Charrette fantôme (1939, Julien Duvivier), Louis Jouvet n'a qu'un rôle secondaire, celui d'un ami clochard de Pierre Fresnay qui se fait bien vite rattraper par la mort. Pourtant, il gagne en intensité ce qu'il perd en temps de présence à l'écran et impose son regard dans une scène que l'on ne peut pas oublier, magnifiée par la mise en scène de Duvivier !
Alors qu'il tente de récupérer calmement son ami Fresnay, ivre, dans un bar bondé où l'alcool coule à flots, voilà que l'imprudent Marcel Pérès lui fait un croque-en-jambe ! Jouvet, décidé à donner une leçon à ce plaisantin, se retourne sans un mot, laisse tomber son mégot de cigarette dans un verre de vin et le donne à boire à l'ouvrier qui, impressionné, obéit sans broncher. Toujours en silence, il tourne les talons et s'en va. Une belle démonstration de force ... tranquille !
"LE CAPORAL ÉPINGLÉ" (de Jean Renoir, 1962)
En quelques mots : 1940, l'armistice est signée avec l'Allemagne et la France connaît l'humiliation de la défaite. Les soldats prisonniers ne songent qu'à une seule chose : s'évader, le Caporal (J.-P. Cassel) en tête. Mais si les plans sont faciles à élaborer, l'action est plus délicate et toutes ses tentatives échouent lamentablement. Il est envoyé en camp de discipline pendant deux mois éprouvants et retrouve ses camarades heureux de leur sort.
Le caporal épinglé est le dernier véritable film réalisé pour le cinéma par Jean Renoir - Le Petit théâtre de Jean Renoir (1971) est une succession de sketchs initialement prévus pour la télévision. On aurait aimé une fin de parcours digne de l'importante carrière de celui qui est considéré comme l'un des metteurs en scènes les plus influents du cinéma français, hélas il n'en est rien puisque cette gentille comédie construite autour d'un petit groupe de prisonniers de guerre se contente d'enchainer les séquences plus ou moins comiques avec de jeunes acteurs très convaincants.
J'ai découvert ce film au cinéma (au Tambour, à l'université Rennes 2) dans une soirée à thème composée par le critique Jean-François Rauger qui nous a expliqué en introduction à quel point ce film était profond. Avec tout le respect que je dois au directeur de programmation de la Cinémathèque Française, cela me semble passablement exagéré.
Si on peut trouver d'énormes qualités au personnage de Claude Rich, toujours formidable, dans sa manière d'aborder l'emprisonnement comme une forme de liberté de son humiliant quotidien (il se fabrique un "donjon" au dessus de la masse de ceux qui rampent), le reste est assez convenu, entre personnages de jeunes premiers plus ou moins héroïques (Jean-Pierre Cassel, Claude Brasseur) et des éléments comiques qui sauvent le film de l'ennui (formidables Mario David, Lucien Raimbourg et Jacques Jouanneau, amusant Guy Bedos) qui se confrontent dans un enchainement de situations qui parfois virent au grotesque (la petite allemande qui déclare à Cassel "J'aime un homme qui n'est pas un esclave !").
On retrouve dans une très belle scène la passion de Jean Renoir pour le théâtre et la mise en scène de la vie quand Claude Rich décide d'aller découvrir la liberté ailleurs, seul. C'est d'ailleurs le thème de cette comédie sombre, la recherche de la liberté et la certitude qu'elle n'est pas forcément derrière les barbelés mais qu'elle peut se trouver à l'intérieur - la séquence de fin est, de ce point de vue, très réussie. Hélas, le metteur en scène s'égare dans des moments parfaitement inutiles et pompiers (l'évasion de Jean Carmet avec sa valise) qui alourdissent un peu un propos intéressant.
Le caporal épinglé est le dernier véritable film réalisé pour le cinéma par Jean Renoir - Le Petit théâtre de Jean Renoir (1971) est une succession de sketchs initialement prévus pour la télévision. On aurait aimé une fin de parcours digne de l'importante carrière de celui qui est considéré comme l'un des metteurs en scènes les plus influents du cinéma français, hélas il n'en est rien puisque cette gentille comédie construite autour d'un petit groupe de prisonniers de guerre se contente d'enchainer les séquences plus ou moins comiques avec de jeunes acteurs très convaincants.
J'ai découvert ce film au cinéma (au Tambour, à l'université Rennes 2) dans une soirée à thème composée par le critique Jean-François Rauger qui nous a expliqué en introduction à quel point ce film était profond. Avec tout le respect que je dois au directeur de programmation de la Cinémathèque Française, cela me semble passablement exagéré.
Si on peut trouver d'énormes qualités au personnage de Claude Rich, toujours formidable, dans sa manière d'aborder l'emprisonnement comme une forme de liberté de son humiliant quotidien (il se fabrique un "donjon" au dessus de la masse de ceux qui rampent), le reste est assez convenu, entre personnages de jeunes premiers plus ou moins héroïques (Jean-Pierre Cassel, Claude Brasseur) et des éléments comiques qui sauvent le film de l'ennui (formidables Mario David, Lucien Raimbourg et Jacques Jouanneau, amusant Guy Bedos) qui se confrontent dans un enchainement de situations qui parfois virent au grotesque (la petite allemande qui déclare à Cassel "J'aime un homme qui n'est pas un esclave !").
On retrouve dans une très belle scène la passion de Jean Renoir pour le théâtre et la mise en scène de la vie quand Claude Rich décide d'aller découvrir la liberté ailleurs, seul. C'est d'ailleurs le thème de cette comédie sombre, la recherche de la liberté et la certitude qu'elle n'est pas forcément derrière les barbelés mais qu'elle peut se trouver à l'intérieur - la séquence de fin est, de ce point de vue, très réussie. Hélas, le metteur en scène s'égare dans des moments parfaitement inutiles et pompiers (l'évasion de Jean Carmet avec sa valise) qui alourdissent un peu un propos intéressant.
mercredi 21 novembre 2012
"AU BONHEUR DES DAMES" (de André Cayatte, 1943)
En quelques mots : Denise a quitté sa Normandie natale pour venir s'installer à Paris chez son oncle Baudu, vendeur de tissus. Hélas l'époque n'est pas des plus propices car le vieil homme souffre de la terrible concurrence du nouveau grand magasin "Au bonheur des dames", dirigé par le séduisant Mouret qui veut racheter toutes les boutiques du quartier. Contre toute attente, Denise se fait embaucher chez lui et tape dans l'oeil du patron, au grand dam de son oncle.
Il faut saluer la bonne idée de France 2 de diffuser ce film dans son Ciné-Club du mardi soir, à une heure un peu tardive, certes. Deuxième adaptation du roman éponyme de Émile Zola, une dizaine d'années après celle, muette, de Julien Duvivier, Au bonheur des dames (1943) a été vilipendé à sa sortie et après la guerre au motifs qu'il était tourné pour la Continental (au service des Allemands) et qu'il transformait une fin originellement plus cynique en un plaidoyer pétainiste où s’efface la lutte des classes au profit d'une belle entente des travailleurs et du patron capitaliste. Revoir ce film aujourd'hui permet de se reposer ces questions et de répondre avec force de recul que cette accusation est infondée puisque la fin proposée par André Cayatte est terriblement conformiste - à la limite du crédible - et devait avant tout chercher à faire plaisir à des spectateurs qui vivaient encore en état d'Occupation étrangère. La fatalité qui aurait sied davantage aux communistes en 1945 n'était peut-être pas des plus égayantes deux ans plus tôt. En outre, cette association du travail et du capital n'est que la belle image d'une réalité plus terrible, celle de Michel Simon écrasé par une voiture de livraison du grand magasin et une rue vidée de tous ses commerces. De quoi poser quelques nuances !
Pourtant, cette fin alambiquée et probablement opportuniste peut gêner un peu la conclusion d'un très beau film, aujourd'hui introuvable en DVD malgré son casting des plus alléchants : Michel Simon en vieillard rabougri et défenseur du petit commerce, Albert Préjean, un peu sous exploité hélas, en grand patron séducteur, Suzy Prim en femme intéressée et manipulatrice, Blanchette Brunoy en jolie vendeuse, Pierre Bertin en créancier et Jean Tissier, élément comique du film, en contremaitre élégant et pédant à souhait ("Premier et dernier avertissement !" répète-t-il à qui veut l'entendre tout au long du film).
Tourné en 1943, le film bénéficie des importants moyens de la Continental et s'offre un magnifique plateau où le grand magasin "Au bonheur des dames" est reconstitué au cœur d'un quartier où fait tâche la pauvre petite boutique de Michel Simon. Celui-ci tente pourtant d'organiser, avec une caisse de communauté, la résistance des petits commerçants face à l'écrasante machine de Albert Préjean où l'on vend aux femmes "tout ce qui leur est indispensable, c'est à dire tout ce qui leur est inutile". La mise en scène de Cayatte est sobre mais s'offre pourtant le luxe de plans de grue et de plans larges sur son magnifique décor photographié avec le talent de Armand Thirard. Non crédité au générique du film, c'est bel et bien Jean Devaivre qui fut assistant metteur en scène, grâce à son expérience.
Difficilement trouvable dans le commerce hélas, ce film reste un formidable exemple de ce qui fut produit par la Continental sous l'Occupation, de 1941 à 1944, et fait montre de contradictions qui ne tendent qu'à réévaluer cette période sombre où l'on croit pouvoir vite porter des jugements définitifs. Ici par exemple, cette société dirigée par les Allemands accepta de financer un film adapté d'un auteur ... prohibé par les nazis !
(Les photos de cet article proviennent du site toutlecine.com)
Il faut saluer la bonne idée de France 2 de diffuser ce film dans son Ciné-Club du mardi soir, à une heure un peu tardive, certes. Deuxième adaptation du roman éponyme de Émile Zola, une dizaine d'années après celle, muette, de Julien Duvivier, Au bonheur des dames (1943) a été vilipendé à sa sortie et après la guerre au motifs qu'il était tourné pour la Continental (au service des Allemands) et qu'il transformait une fin originellement plus cynique en un plaidoyer pétainiste où s’efface la lutte des classes au profit d'une belle entente des travailleurs et du patron capitaliste. Revoir ce film aujourd'hui permet de se reposer ces questions et de répondre avec force de recul que cette accusation est infondée puisque la fin proposée par André Cayatte est terriblement conformiste - à la limite du crédible - et devait avant tout chercher à faire plaisir à des spectateurs qui vivaient encore en état d'Occupation étrangère. La fatalité qui aurait sied davantage aux communistes en 1945 n'était peut-être pas des plus égayantes deux ans plus tôt. En outre, cette association du travail et du capital n'est que la belle image d'une réalité plus terrible, celle de Michel Simon écrasé par une voiture de livraison du grand magasin et une rue vidée de tous ses commerces. De quoi poser quelques nuances !
Pourtant, cette fin alambiquée et probablement opportuniste peut gêner un peu la conclusion d'un très beau film, aujourd'hui introuvable en DVD malgré son casting des plus alléchants : Michel Simon en vieillard rabougri et défenseur du petit commerce, Albert Préjean, un peu sous exploité hélas, en grand patron séducteur, Suzy Prim en femme intéressée et manipulatrice, Blanchette Brunoy en jolie vendeuse, Pierre Bertin en créancier et Jean Tissier, élément comique du film, en contremaitre élégant et pédant à souhait ("Premier et dernier avertissement !" répète-t-il à qui veut l'entendre tout au long du film).
Tourné en 1943, le film bénéficie des importants moyens de la Continental et s'offre un magnifique plateau où le grand magasin "Au bonheur des dames" est reconstitué au cœur d'un quartier où fait tâche la pauvre petite boutique de Michel Simon. Celui-ci tente pourtant d'organiser, avec une caisse de communauté, la résistance des petits commerçants face à l'écrasante machine de Albert Préjean où l'on vend aux femmes "tout ce qui leur est indispensable, c'est à dire tout ce qui leur est inutile". La mise en scène de Cayatte est sobre mais s'offre pourtant le luxe de plans de grue et de plans larges sur son magnifique décor photographié avec le talent de Armand Thirard. Non crédité au générique du film, c'est bel et bien Jean Devaivre qui fut assistant metteur en scène, grâce à son expérience.
Difficilement trouvable dans le commerce hélas, ce film reste un formidable exemple de ce qui fut produit par la Continental sous l'Occupation, de 1941 à 1944, et fait montre de contradictions qui ne tendent qu'à réévaluer cette période sombre où l'on croit pouvoir vite porter des jugements définitifs. Ici par exemple, cette société dirigée par les Allemands accepta de financer un film adapté d'un auteur ... prohibé par les nazis !
(Les photos de cet article proviennent du site toutlecine.com)
mardi 20 novembre 2012
Bon anniversaire à ... Henri-Georges Clouzot (1907-1977)
J'évoque assez souvent les films de Henri-Georges Clouzot sur ce blog pour rappeler à nouveau combien le cinéma français lui doit de grands films, à l'image de L'assassin habite au 21 (1942), Le Corbeau (1943), Quai des orfèvres (1947), Le salaire de la peur (1953) ou encore Les diaboliques (1955). Il faut croire que je ne suis pas le seul à aimer ce grand réalisateur puisque le film qui fit sa réputation et lui provoqua des problèmes à la Libération est un des articles les plus consultés du blog, toutes périodes confondues.
Né le 20 novembre 1907, Henri-Georges Clouzot aurait fêté aujourd'hui ses 105 ans !
"MONSIEUR VINCENT" (de Maurice Cloche, 1947)
En quelques mots : Au XVIIe siècle, le nouveau curé de Châtillon, Vincent de Paul, découvre avec effroi que les habitants laissent mourir une femme pestiférée et s'enferment dans leurs maisons. Avec un ancien soldat, il l'enterre et sauve sa petite fille. Dès lors, une aura entoure le nouveau prêtre qui doit bien vite retourner à Paris où sa réputation le précède.
Vincent de Paul est devenu Saint en 1737, près de 80 ans après sa mort et représente pour beaucoup, encore aujourd'hui, un modèle de charité et de dévouement envers son prochain. Réaliser un film sur un Saint est très compliqué car il ne s'agit pas de tomber dans l'hagiographie sans nuances ou de montrer volontairement des choses qui pourraient entacher une telle figure. Monsieur Vincent, du surnom qu'on lui donna de son vivant, échappe à ces deux extrêmes et tente de représenter une partie de la vie de celui qui fonda La Congrégation de la Mission et Les Sœurs de Saint Vincent de Paul, particulièrement sa prise de conscience de la misère et des inégalités du monde qui l'entoure. Réalisé en 1947, le film est aussi une ode à l'apaisement des tensions entre toutes les couches de la société, riches et pauvres, et montre que dans des temps difficiles il y a toujours un homme de bien qui fait honneur à l'Humanité. Pierre Fresnay, qui avait connut des difficultés au sortir de la guerre pour son engagement à la Continental et pour sa participation au Corbeau (1942), incarne ici l'un des hommes les plus admirés de l'Histoire de France, des plus rassembleurs, bien au dessus de tout clivage.
Évidemment, ce thème reste d'actualité - il y a même fort à parier qu'il sera de plus en plus universel - et le film conserve une grande force pour des séquences qui font écho à ce que nous entendons au quotidien dans les médias. Face à Monsieur Vincent qui vient demander du pain et de l'argent, il n'est pas étonnant d'entendre le chancelier dire que "la France aussi a faim : de sécurité, d'ordre" et d'ajouter qu'il n'y aura plus de pauvres car ils vont être arrêtés et internés. La figure du mal nourri est toujours très justement replacée dans sa dualité, écart immense entre le misérable que l'on veut aider mais qui nous répugne par sa misère. Les scènes majeures du film sont d'ailleurs toutes là, des discussions de riches dames qui se concurrencent pour savoir qui va aider le plus de pauvres ou de religieuses qui finissent pas baisser les bras devant des affamés qui ne les respectent pas.
Au milieu de tout ça, Vincent de Paul fait figure de Saint, c'est le cas de le dire. La transformation physique de Pierre Fresnay est tout à fait étonnante de mimétisme, l'acteur disparaissant progressivement au profit de l'âme du religieux, particulièrement dans une des dernières scènes du film où Monsieur Vincent, vieillard admiré de tous, discute avec la Reine de France au coin du feu. On ne peut s'étonner qu'il fut récompensé à la Biennale de Venise par le prix d'interprétation masculine, qui n'est pas dû qu'au maquillage.
D'un classicisme de circonstance, le réalisateur Maurice Cloche n'offre pas une mise en scène de génie mais adaptée à son scénario - il aurait d'ailleurs été vain de vouloir en faire trop avec une telle histoire - et habilement mise en lumière par l'excellent Claude Renoir qui joue sans cesse avec les contrastes comme dans cette magnifique séquence où les bienfaitrices demandent à en faire moins, Vincent passant de l'obscurité à la lumière. On peut également louer le travail de Jean Anouilh et Jean-Bernard Luc sur le scénario et les dialogues, offrant à leur interprète principal des moments pour la mémoire (la séquence finale). On peut aussi avoir plaisir à retrouver Jean Debucourt, Jean Carmet, Pierre Dux ou Gabrielle Dorziat. Michel Bouquet, dans son premier rôle au cinéma, fait comprendre à Vincent, par un très beau monologue, que les pauvres ne peuvent pas s'attendrir sur la misère des pauvres ; Marcel Pérès obtient un tout aussi beau rôle de soldat au cœur tendre sous une allure insolente.
Pour autant, le film ne plaira pas au plus grand nombre ; certains y verront la pénible histoire d'un homme sans défauts, les autres un film où l'académisme s’étouffe dans les bons sentiments et la caricature. J'ose y voir quant à moi l'histoire d'un Saint homme restituée le plus humblement possible par un grand acteur. C'est déjà beaucoup et ça fait du bien.
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lundi 19 novembre 2012
"DÉDÉE D'ANVERS" (de Yves Allégret, 1948)
En quelques mots : À Anvers, Dédée (Signoret) est prostituée dans un petit bar de marin tenu par un homme sévère, Monsieur René (Blier) et entièrement soumise à son mac Marco, portier du bar et trafiquant à la petite semaine (Dalio). Un soir, elle croise dans le port un capitaine au long cours qui la fascine. Elle apprend qu'il s'agit d'un vieil ami de René, venu en Belgique pour faire des affaires.
J'avais envie depuis très longtemps de voir ce film que je ne connaissais que par ses affiches et son casting ! Cruelle déception, cette Dédée d'Anvers n'a pas été à la hauteur de mes espérances, probablement parce que le film s'inscrit dans une grande lignée de qualité française qu'il ne parvient pas à égaler, à peine à imiter. De cette œuvre de 1948, on pense très vite aux grands succès d'avant-guerre de Marcel Carné, notamment Hôtel du Nord (1938) et Le Quai des brumes (1938), par l'ambiance brumeuse du port d'Anvers, ces petits caïds qui n'impressionnent personne et ces personnages ancrés profondément dans un quotidien, voilés d'un mystère qui les rend très charismatiques (formidable Bernard Blier), la majorité de l'action se déroulant dans un bistrot où l'on monte et on descend au gré des humeurs. Le pastiche est parfois grotesque, à l'image de Simone Signoret "déguisée" en Michèle Morgan avec son béret et son imperméable en cuir. D'ailleurs, on ne peut pas s'y tromper, le scénariste et dialoguiste Jacques Sigurd travailla par la suite avec Marcel Carné.
Hélas, la sauce ne prend rarement, épisodiquement dans quelques bonnes scènes (le repas du début, les envolées d'autorité de Blier ou le pathétique de Dalio qui tente de brider Signoret) mais ne provoquent la plupart du temps qu'un ennui couvert d'un certain charme esthétique. Toutes les séquences avec Marcello Pagliero sont laborieuses car artificielles, dénuées de toute humanité, ce qui impute au film une part de son efficacité. La mise en scène de Yves Allégret ne sauve rien à l'affaire, malgré des bonnes idées de cadrage, particulièrement sur les dernières minutes du film.
Restent les acteurs qui suffisent à susciter l'intérêt pour cette histoire qui en intéresse peut-être certains. Elle n'est pas dénuée d'un certain charme, traité avec une noirceur exagérée.
J'avais envie depuis très longtemps de voir ce film que je ne connaissais que par ses affiches et son casting ! Cruelle déception, cette Dédée d'Anvers n'a pas été à la hauteur de mes espérances, probablement parce que le film s'inscrit dans une grande lignée de qualité française qu'il ne parvient pas à égaler, à peine à imiter. De cette œuvre de 1948, on pense très vite aux grands succès d'avant-guerre de Marcel Carné, notamment Hôtel du Nord (1938) et Le Quai des brumes (1938), par l'ambiance brumeuse du port d'Anvers, ces petits caïds qui n'impressionnent personne et ces personnages ancrés profondément dans un quotidien, voilés d'un mystère qui les rend très charismatiques (formidable Bernard Blier), la majorité de l'action se déroulant dans un bistrot où l'on monte et on descend au gré des humeurs. Le pastiche est parfois grotesque, à l'image de Simone Signoret "déguisée" en Michèle Morgan avec son béret et son imperméable en cuir. D'ailleurs, on ne peut pas s'y tromper, le scénariste et dialoguiste Jacques Sigurd travailla par la suite avec Marcel Carné.
Hélas, la sauce ne prend rarement, épisodiquement dans quelques bonnes scènes (le repas du début, les envolées d'autorité de Blier ou le pathétique de Dalio qui tente de brider Signoret) mais ne provoquent la plupart du temps qu'un ennui couvert d'un certain charme esthétique. Toutes les séquences avec Marcello Pagliero sont laborieuses car artificielles, dénuées de toute humanité, ce qui impute au film une part de son efficacité. La mise en scène de Yves Allégret ne sauve rien à l'affaire, malgré des bonnes idées de cadrage, particulièrement sur les dernières minutes du film.
Restent les acteurs qui suffisent à susciter l'intérêt pour cette histoire qui en intéresse peut-être certains. Elle n'est pas dénuée d'un certain charme, traité avec une noirceur exagérée.
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