jeudi 3 janvier 2013
Erich von Stroheim (1885-1957) : l'excentrique crépusculaire
Les motivations qui poussèrent Erich von Stroheim, né en 1885 dans la capitale de l'empire austro-hongrois, à partir aux Etats-Unis ne sont pas avérées. Toujours est-il qu'il participa comme d'autres à l'émergence de l'industrie hollywoodienne, inscrivant son physique atypique chez Griffith (Naissance d'une nation, 1915 ; Intolérance, 1916) puis dans des productions de propagande avec le rôle de l'allemand de service.
Si les débuts en France de Erich von Stroheim appartiennent à la légende, Pascal Mérigeau a récemment tenté d'y apporter un peu de vérité (1). En 1936, il est prévu pour Jean Renoir et son scénariste Charles Spaak que l'officier allemand de La Grande Illusion soit interprété par Pierre Renoir, décision qui change à l'initiative du directeur de production qui a eu vent de l'étrange comportement de Erich von Stroheim sur le tournage de Marthe Richard au service de la France (R. Bernard, 1936), lequel buvait quantité de whisky et exigeait de se faire offrir tous les matins une paire de gants frais. Stroheim, qui venait de mettre fin à une carrière importante à Hollywood était un des maîtres de Jean Renoir et celui-ci fut particulièrement ému de le rencontrer puis de le diriger. L'acteur s'impliqua, on le sait par plusieurs sources, dans l'élaboration de son personnage et il semblerait qu'il soit responsable, avec le réalisateur, de la décision de faire des deux officiers allemands du film un seul et même personnage. Parce qu'il était constamment entouré de femmes à son service et méticuleux sur les costumes, la légende est née qu'il se serait présenté tous les matins de tournage, même quand il n'avait rien à y faire, habillé de pied en cape - ce qui est probablement faux. En revanche, il remit une liste d'accessoires qu'il voulait voir figurer dans son appartement (trois pages de notes où l'on trouvait des cravaches, des gants blancs, des photographies de blondes, les Mémoires de Casanova ...), éléments repérables dans le film, même si l'idée du géranium ne vient pas de lui. Ses anecdotes révélatrices sont parlantes sur la manière dont Erich von Stroheim imposa son personnage à l'écran et dans la vie. Metteur en scène visionnaire mais incompris aux Etats-Unis, il tenta d'obtenir des prostituées dans la scène du mess des officiers, ce que refusa Jean Renoir, freinant là l'implication de son acteur. Il faut dire que le risque que Stroheim pousse son personnage à la caricature n'était pas illusoire.
Son film français suivant en donne la démonstration - Mademoiselle Docteur, bien que mis en scène par Edmond T. Gréville est tourné en Angleterre. Dans L'alibi (1937), Erich von Stroheim incarne un célèbre télépathe de cabaret qui assassine un ancien rival américain. Film d'acteurs, au milieu de Louis Jouvet, Albert Préjean et Jany Holt, il impressionne de charisme avec sa froideur et son lent débit de parole, mais ne se refuse aucune excentricité : à Marcel Achard, le scénariste, il impose une scène où il est costumé en moine et une autre dans laquelle, allongé dans un bain, il se fait couper les ongles des pieds par un domestique. Le résultat est surprenant et attire toutes les attentions sur son personnage, quitte à faire passer Préjean et Jouvet pour des comparses un peu fades ! Pourtant, Stroheim ne se refuse aucun cabotinage, d'un énorme clin d'oeil à la caméra jusqu'à sa mort devant une loge d'artiste, dont on ne peut que sourire !
En 1938, il incarne un chinois dans Les pirates du rail, de Christian-Jaque, face à Charles Vanel et Suzy Prim ... sans changer sa façon de parler. D'aucun diront que Sean Connery n'a jamais fait autre chose dans sa carrière, avec succès, mais je préfère encore le maquillage de Akim Tamiroff dans Le général est mort à l'aube (L. Milestone, 1936) ! Il tourne la même année pas moins de quatre autres films, dont L'affaire Lafarge (Pierre Chenal), Ultimatum (Robert Wiene), Gibraltar (Fedor Ozep) et Les Disparus de Saint-Agil, à nouveau avec le réalisateur Christian-Jaque. Ce dernier film est probablement le plus connu de sa filmographie, avec La Grande Illusion, et jouit encore aujourd'hui d'une excellente réputation. Si celle-ci est, à mon sens, bien discutable, la prestation de Erich von Stroheim est à reconsidérer. Face à l'imposant Michel Simon et aux excellents seconds rôles que sont Robert Le Vigan, Aimé Clariond et Pierre Labry, il fait presque dans la sobriété. Son personnage de professeur aux airs sévères lui va comme un gant et sa retenue lui enlèvent pour un temps son excentricité pour dévoiler un peu plus le caractère dramatique de son personnage - autre trait important et quasi constant dans sa carrière.
Avec des cheveux, Erich von Stroheim préfère laisser son personnage caricaturé par les autres (Vraiment ce Monsieur n'a pas une tête très sympathique !) et se contente d'apparitions neutres, presque dans une position de rejeté. Adoubé par les enfants, tel le Merlusse de Marcel Pagnol, il ose sa seule note d'humour dans un plan final où il se prosterne devant un squelette.
Le crépuscule arrive un peu plus en 1939 quand l'Europe, terre natale et d'asile de Erich von Stroheim, semble prête à s'embraser à nouveau. Réfugié autrichien dans Menaces de Edmond T. Gréville, il est défiguré et beaucoup plus simple qu'à l'accoutumée. Curieusement, c'est à cet instant de sa carrière qu'il s'apprête à jouer les aventuriers : dans Tempête sur Paris (D. Bernard-Deschamps) d'abord, adapté de Balzac, puis pour Jean Delannoy, dans Macao, l'enfer du jeu où il retrouve Mireille Balin et succombe à ses charmes. Toujours avec talent, il renoue là avec son excentricité laconique - s'attachant aux costumes et aux détails - mais dépeint sans fards un homme rongé par l'angoisse d'une fin possible, comme un bout de course épuisant. Certaines scènes sont poignantes, d'autres amusantes, comme lorsqu'il enguirlande un employé de son yacht parce qu'il n'a pas mis ses fameux gants blancs ... On ne change pas ! Censuré par l'Allemagne nazie, Stroheim est contraint de retourner aux Etats-Unis et toutes ses séquences sont retournées par ... Pierre Renoir, l'acteur qui aurait dû incarner le Capitaine Rauffenstein quelques années plus tôt !
A Hollywood, Erich von Stroheim continue de travailler pour de grands metteurs en scène : Lewis Milestone, John Cromwell ou Billy Wilder à qui il confie le secret de sa manière si particulière de s'exprimer dans les films : Pour rester le plus longtemps possible à l'écran ! Difficile d'authentifier ces dires, pourtant ils correspondent si bien au personnage ! Evidemment, c'est ce même metteur en scène qui offre à Stroheim son dernier grand rôle. Dans Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard, 1950), il est le domestique fidèle d'une ancienne star du cinéma muet oubliée de tous (Gloria Swanson), lui-même ancien réalisateur de ses plus grands succès - deux rôles évidemment autobiographiques pour un chef d'oeuvre intemporel du cinéma américain.
La carrière de Stroheim après-guerre se déroule essentiellement en France et il retrouve Pierre Chenal dès 1945 pour La foire aux chimères, avec Madeleine Sologne. Dans ce film comme dans Portrait d'un assassin (Bernard-Roland, 1949), il est à nouveau handicapé et dans une composition dramatique. Sa présence seule à l'écran permet d'imposer une ambiance sombre et mystérieuse, à laquelle le comédien n'a qu'à apporter sa voix caverneuse et ses regards énigmatiques. On le retrouve encore en prédicateur fou dans Minuit quai de Bercy (Christian Stengel, 1951), dans Alerte au Sud (Jean Devaivre, 1953) puis en Ludwig van Beethoven dans le Napoléon de Sacha Guitry. Il offre son dernier rôle à Henri Diamant-Berger, pionnier du cinéma muet en France et exilé comme lui pendant la guerre. Il meurt dans les Yvelines en 1957.
L’œil, le sourcil et la voix du maître
Vous avez dit comique ? Erich von Stroheim, loin de se prendre au sérieux, abusa largement des mimiques du personnage qu'il s'était créé, et en observant son unique visage, toutes les scènes peuvent prendre selon les goûts une saveur différente. Modèle du genre, alors qu'il reçoit Pierre Fresnay et Jean Gabin dans sa forteresse d'où l'on ne peut s'enfuir, Stroheim/Rauffenstein énumère doucement les différentes évasions de ses nouveaux prisonniers. D'une simple liste de faits plus ou moins comiques, il enchaîne des détails d'expressions avec ses lèvres et ses sourcils, réduisant à néant les explications souriantes de Fresnay et Gabin. Pas étonnant dès lors que ce dernier s'exclame le soir de l'avant-première, énervé, Il n'y en a que pour le Schleuh ! Stroheim, à mesure qu'il parle - dans l’égout, dans une corbeille à linge - admirez la manière dont son sourcil gauche réagit à ce qu'il découvre. Le petit sourire qu'il arbore après la réaction de Fresnay n'est pas anodine, il s'agit de son égal aristocratique. Avec Gabin, c'est une autre paire de manches et un bijou de subtilité. Après la liste - déguisé en soldat allemand, déguisé ... en femme ... c'est drôle, c'est très drôle ! - le lieutenant Maréchal s'amuse : Un sous-officier m'a réellement pris pour une femme, et je n'aime pas du tout ça ! et le capitaine Rauffenstein nous amuse : Vraiment ? et hausse son sourcil gauche avant d'esquisser un sourire qu'il ne veut pas assumer, rang oblige. Le tout dans une parfaite immobilité et avec une constance dans l'intonation de sa voix venue d'outre-tombe !
Une partie du jeu d'acteur de Stroheim est là, dans une habile combinaison de l'oeil - pétillant -, du sourcil - incrédule - et de la voix - basse, calme, inquiétante. Ils ne sont pas nombreux à pouvoir faire sourire en ne bougeant qu'un sourcil et il faut reconnaît à l'acteur cet incroyable potentiel. Chacun de ses films peut ainsi se redécouvrir autrement !
(1) : Pascal Mérigeau, Jean Renoir, Paris, Flammarion, 2012, 1104 p.
"MÉTROPOLITAIN" (de Maurice Cam, 1939)
En quelques mots : Alors qu'il est dans le métro pour aller à son travail, Pierre, simple ouvrier marié à une standardiste de nuit qu'il ne fait que croiser le matin, surprend à la fenêtre d'un immeuble un homme qui tente de poignarder sa femme. Il accourt avec un policier, empêche le drame et devient un héros. Mais il ne tarde pas à apprendre qu'il s'agissait d'un couple d'artistes en répétition.
Curiosité sortie chez René Chateau, Métropolitain vaut surtout pour son couple d'acteurs vedette, Albert Préjean en sympathique ouvrier parisien toujours prêt à rendre service, et Ginette Leclerc en garce ambitieuse et manipulatrice - leurs emplois habituels. Si le titre et les affiches laissent augurer une certaine plongée dans le métro des années 30, il n'en est pourtant pas question et on peut se demander pourquoi ce choix de titre. Toutefois, un des grands mérites du film est de dépeindre sans vouloir le faire la vie quotidienne de milliers de parisiens à l'aube de la Seconde Guerre Mondiale et on se plait à observer ces métiers aujourd'hui disparus, tels le poinçonneur dans le métro ou la standardiste d'hôtel, et le cadre urbain qui les entourait, à l'image du chantier sur les quais de Seine où travaille Albert Préjean. Avec un rien de nostalgie, on se prendrait presque à rêver de cette époque où Paris semblait encore un peu à taille humaine ... et le métro un lieu sympathique et convivial (avec ce cher Marcel Pérès) ! En outre, ce Métropolitain permet d'apprécier la manière dont, au montage, on pouvait foncer de noir le ciel d'une pellicule pour faire croire à la nuit d'une scène tournée le jour - effet spécial redoutable !
Du reste, ce vaudeville très classique est totalement convenu et n'aurait d'intérêt sans ses acteurs - une jolie prestation de André Brulé dans un rôle d'artiste désabusé où Louis Jouvet aurait fait des merveilles. On se prend quand même à suivre cette intrigue mollassonne car ça ne dure jamais bien longtemps et parce que la fin relève un peu l'ensemble.
Sacha Guitry et l'Épuration : le jugement du Tout-Paris !
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| Sacha Guitry lors de son premier interrogatoire à la Mairie du VIIe arrondissement - août 1944 (R.Chateau) |
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Que l'on pense à Paris et sa vie mondaine, artistique et intellectuelle, les noms de Jean Cocteau et Sacha Guitry arrivent avec leurs flots d'anecdotes d'avant-guerre. Les Allemands dans la capitale française occupée, ce dernier tient à garder son rôle primordiale dans le microcosme parisien et ne change en rien ses habitudes : on le retrouve sur scène dès le 30 juillet 1940 au Théâtre de la Madeleine pour une une reprise de Pasteur et son activité cinématographique se poursuit mais en dehors des lignes de la Continental qu'il se refuse à intégrer malgré les insistances d'Alfred Greven - il réalise pour des productions indépendantes Le Destin fabuleux de Désirée Clary (1941), un court-métrage La loi du 21 juin 1907 (1942), Donne-moi tes yeux et La Malibran (1943).
Pendant la guerre, Sacha Guitry poursuit son oeuvre philanthropique et préside à de nombreux galas de charité ou de bienfaisance. Sous l'égide du Secours National (placé sous l'autorité du Maréchal Pétain depuis 1940), il organise des spectacles et offre de nombreuses oeuvres d'art vendues aux enchères. Au Gala des Artistes de 1942, il offre un Utrillo de 650.000 francs !
Hélas pour lui, ce n'est pas ce que retiennent les épurateurs lorsqu'ils organisent le procès du Roi du Tout-Paris - à peine sa participation à la libération de Tristan Bernard (avec l'aide précieuse d'Arletty) est-elle évoquée. Dès 1942, l'actrice Françoise Rosay le brocarde dans une interview réalisée par un journaliste américain, propos diffusés à la BBC qui leur donnent alors une importance considérable : De tous les acteurs qui demeurent et collaborent, le pire est Sacha Guitry. Il est riche. Il ne devrait pas sacrifier son honneur. Or il a quitté le droit chemin pour cultiver l'ennemi et fréquenter le général Stupnagel. Le magazine américain Life publie la même année une liste noire de personnalités françaises condamnées par les Résistants à être assassinées ou jugées - on y trouve notamment Maurice Chevalier, Mistinguett, Marcel Pagnol, Céline, le Maréchal Pétain, Laval et Sacha Guitry, lequel s'étonna quelques années plus tard : S'appeler Life et demander la mort, c'est curieux déjà !
Pire encore, Sacha Guitry s'est ouvertement fourvoyé au service du Chef de l'Etat Français. Le 3 octobre 1943, il va présenter une maquette de son livre au titre sans équivoque, De Jeanne D'Arc à Philippe Pétain, au principal intéressé, à Vichy. Selon Raymond Castans (cité par René Chateau), Sacha Guitry n'aurait jamais caché ses sentiments pétainistes et ils n'auraient rien perdu de leur intensité avec le temps. Dans Le Petit Parisien (quotidien originellement de gauche et transformé en organe de propagande par les allemands), il écrit plusieurs articles où il exalte la personnalité du vieux militaire : N'as-tu pas tressailli en entendant cette grande voix qui te disait que tu n'étais ni vendu, ni trahi, ni même abandonné ? Le livre est publié et Guitry organise en 1944, quelques jours avant le Débarquement, un grand gala en son honneur à l'Opéra. Une édition luxueuse et dédicacée est même vendue 25.000 francs pour le Secours Populaire.
Sacha Guitry est, en outre, aux yeux des épurateurs, le représentant incontestable de la collaboration mondaine. Ce que réfuta le maître dans un livre de souvenirs (qu'Arletty surnomma Le roman d'un tricheur !) apparaît pourtant attesté par nombre de documents et de témoignages : Jean Marais se souvient avoir rencontré Arno Breker (sculpteur officiel du IIIe Reich) lors d'une répétition générale d'une pièce de Guitry, Arletty affirme avoir rencontré son amant grâce à lui et ajoute qu'elle participa à une réception en l'honneur du Maréchal Goering à ses côtés.
Sacha Guitry est arrêté le 23 août 1944 à 10h45 à son domicile, par cinq hommes armés qui le conduisent à la Mairie du VIIe arrondissement pour un premier interrogatoire. Le soir même, il est conduit au Dépôt. Cette "chute du Roi" est symbolique, elle représente le Tout-Paris mondain, celui des nantis qui se sont bien accommodés de la présence de l'Occupant Allemand. Le 15 octobre, il est inculpé d'intelligence avec l'ennemi, malgré un dossier vide, composé de rumeurs et de dénonciations. Abandonné de tous, il reçoit pourtant un chaleureux message de sympathie de Pauline Carton. Amer, il écrit : Ce que je paie aujourd'hui, ce n'est pas mon activité pendant quatre ans mais bien quarante années de réussite et de bonheur qu'on ne me pardonne pas. Si on me demandait mon avis, je dirais que le bien que j'ai fait pendant ces quatre années est la cause initiale du singulier malheur qui me frappe. Il est emprisonné à Fresnes pendant deux mois. L'Humanité ne mâche pas ses mots pour évoquer son retour à la liberté : Le comédien nazi a été purement et simplement libéré. Le non-lieu de son procès n'intervient qu'en 1947. Dernière humiliation, lorsqu'il publie son recueil de souvenirs Quatre ans d'occupation, il est contraint par la justice de retirer un chapitre qui entache à l'honneur de Hélène Perdrière (une ancienne amie) et à 12.000 francs de dommages et intérêts.
Sacha Guitry ne cessa pas sa carrière pour autant, malgré une blessure morale certainement profonde. En 1956, dans le prologue de Si Paris nous était conté, le maître s'amuse même l'espace d'un instant à y faire une allusion. Alors qu'il fait la lecture à haute voix d'un récit sur les origines de la capitale, il déclare : Enfin ce furent les Francs, dont l'arme préférée se nommait la francisque. Derrière lui, on entend des voix toussoter, gênées. Il se contente de dire Chut, chut ! et de conclure : C'était une arme à deux tranchants.
Photos et sources : Le Cinéma Français sous l'Occupation (1940-1944) par René Chateau.
mardi 1 janvier 2013
Un réveillon anglais pour Louis de Funès et Maurice Risch !
Nouvelle année oblige, je n'ai pu échapper au traditionnel réveillon, comme la plupart d'entre vous j'imagine. A la différence que je me suis rendu en Angleterre pour déguster un repas typique, avec deux amis qui vous sont familiers, Louis de Funès et Maurice Risch. Reste que nous n'avons pas été déçu du voyage !
Tellement marvelous que j'ai calé et que nous ne connaîtrons pas le dessert. A ce qu'on m'a dit, Maurice Risch, émerveillé par cette fine cuisine, est resté pour finir tous les plats. Je vous laisse seuls juges des têtes de mes deux convives !
Très originale, l'entrée était servie d’huîtres dans de la soupe au lait. Étonnant !
Non ce n'est pas la tarte finale, il s'agit du deuxième plat, du haddock aux petites mandarines et cerises, agrémenté d'une sauce mayonnaise à la menthe. Delicious !
Loin d'être le dessert, ce n'est que la viande ... à la chantilly ! Marvelous !
Tellement marvelous que j'ai calé et que nous ne connaîtrons pas le dessert. A ce qu'on m'a dit, Maurice Risch, émerveillé par cette fine cuisine, est resté pour finir tous les plats. Je vous laisse seuls juges des têtes de mes deux convives !
Bonne année 2013 !
L'âge d'or du Cinéma Français vous souhaite une très bonne année 2013 ! Et qu'on se le dise, le cinéma que nous aimons est aussi à la fête. Preuve s'il en faut, cette carte postale que j'ai reçu d'on ne sait où et qui vous est un peu destinée aussi ... Il semblerait que notre ami Jean Gabin se réjouisse au champagne de la nouvelle année qui commence !
lundi 31 décembre 2012
Bon anniversaire à ... Suzy Delair (1916)
C'est un immense plaisir pour moi de célébrer aujourd'hui l'anniversaire de la grande Suzy Delair, qui fête, en même temps que le réveillon de la nouvelle année, ses 96 ans ! Rendez vous compte, je n'étais pas encore né qu'elle avait déjà déserté les plateaux de tournage - son dernier rôle marquant est à retrouver dans Les aventures de Rabbi Jacob (1973) et sa dernière apparition à la télévision date de 1987. Et pourtant, qu'on l'aime Suzy Delair, avec sa gouaille inimitable, ses jolies gambettes et son air espiègle, toujours prête à mener ces messieurs à la baguette d'une réplique bien sentie. Moi j'ai mon talent dans l'masque, pas dans les fesses déclarait-elle à un producteur dans L'assassin habite au 21 (1942) - de quoi affirmer pour plusieurs années un personnage à qui on ne la fait pas, idéal dès lors qu'il s'agit de jouer les matrones (Le couturier de ces dames, Les aventures de Rabbi Jacob), les garces (Gervaise), les fouineuses (Le dernier des six) ou les amoureuses de caractère (Quai des orfèvres, Pattes Blanches, Copie conforme).
C'est peut-être son tempérament à l'écran qui empêcha Suzy Delair d'accéder à plus de rôles à la hauteur de son talent et d'inscrire son nom à d'autres grands films dans la seconde partie de sa carrière - peut-être le poids de Clouzot aussi, peut-être sa propre volonté. Toujours est-il qu'elle n'a jamais publié de mémoires ou de livre de souvenirs, tout juste quelques interviews filmées. Et malgré un hommage à la Cinémathèque, certains continuent de la croire envolée ailleurs, avec les légendes du cinéma français. De légende, elle est une des dernières encore vivantes et c'est une joie de le rappeler aujourd'hui. Bon anniversaire Suzy !
Pour tous les amateurs qui se plaisent à écouter la jolie voix de Suzy Delair, cette très sympathique chanson moins connue que son fameux Tra-la-la où l'actrice-chanteuse s'amuse avec ses musiciens, à la manière d'un Fernandel. Dernier cadeau, tout en légèreté, avant 2013 !
Extrait audio : Orange, café, tabac.
C'est peut-être son tempérament à l'écran qui empêcha Suzy Delair d'accéder à plus de rôles à la hauteur de son talent et d'inscrire son nom à d'autres grands films dans la seconde partie de sa carrière - peut-être le poids de Clouzot aussi, peut-être sa propre volonté. Toujours est-il qu'elle n'a jamais publié de mémoires ou de livre de souvenirs, tout juste quelques interviews filmées. Et malgré un hommage à la Cinémathèque, certains continuent de la croire envolée ailleurs, avec les légendes du cinéma français. De légende, elle est une des dernières encore vivantes et c'est une joie de le rappeler aujourd'hui. Bon anniversaire Suzy !
Pour tous les amateurs qui se plaisent à écouter la jolie voix de Suzy Delair, cette très sympathique chanson moins connue que son fameux Tra-la-la où l'actrice-chanteuse s'amuse avec ses musiciens, à la manière d'un Fernandel. Dernier cadeau, tout en légèreté, avant 2013 !
Extrait audio : Orange, café, tabac.
dimanche 30 décembre 2012
"MACAO, L'ENFER DU JEU" (de Jean Delannoy, 1939)
En quelques mots : Werner von Krall, aventurier en Chine, est chargé d'acheter une importante cargaison d'armes qui doit servir à mener la guerre sino-japonaise. Dans un village dévasté, il rencontre une actrice française, Mireille, et l'emmène avec lui à Macao où il compte régler ses affaires avec le puissant Ying-Tchaï, marchand d'armes et propriétaire d'un casino.
Les films d'aventures en Asie sont souvent prétextes à mettre en scène des marchands d'armes - on se souvient de l'excellent Gary Cooper en trafiquant au grand coeur dans Le général est mort à l'aube (L. Milestone, 1936). Dans ce Macao de Jean Delannoy, les roulettes du casino servent de métaphore au jeu cruel et risqué auquel se livrent Erich von Stroheim en trafiquant d'armes, Mireille Balin en actrice faire-valoir et Sessue Hayakawa en maître de la ville. Une première histoire mêle ses trois personnages qui, chacun, veulent s'utiliser pour les propres intérêts - on connaît l'issue de ce petit jeu, et la fin du film est étonnamment dramatique, ce qui ajoute à sa force. Une romance parallèle vient se greffer au scénario, avec un jeune journaliste bondissant (Roland Toutain) qui tombe amoureux de la fille de celui qui a tenté de l’assassiner parce qu'il gagnait trop aux jeux (Louise Carletti), sans grande utilité sinon d'être la pierre angulaire du suspens final et le prétexte à quelques séquences cocasses avec un petit indicateur local prêt à tout pour gagner 50$.
L'ouverture a tout pour captiver et offre le souvenir d'une très jolie scène où la magnifique Mireille Balin reprise ses bas cependant que la ville est bombardée et Erich von Stroheim tente de négocier quelques dollars pour acheter des armes. Si on peut reprocher le traitement extrêmement classique de Delannoy et des scénaristes pour cette histoire (avec une mise en scène fluide toutefois), elle se laisse regarder sans déplaisir jusqu'à la fin, notamment grâce à ses acteurs.
Je ne me lasse pas de découvrir des films avec la superbe Mireille Balin qui impose son jeu naturel (sa façon de décocher des "Sans blagues !" est savoureuse) et sa beauté à un Erich von Stroheim plus contrasté que d'ordinaire, qui se retrouve à plusieurs reprises dans des situations qui lui échappent et, ce n'est pas courant, s'amourache d'une femme au point de devenir jaloux - il inflige une paire de gifles mémorable à Mireille Balin avant de se confondre en excuses.
Puisque le génial acteur d'origine austro-hongroise était censuré par l'Allemagne nazie, le film le fut aussi et Delannoy, pour assurer la survie de ses négatifs, retourna toutes les séquences de von Krall avec un acteur français "admis", Pierre Renoir (photo ci-contre). Le film fut distribué et se trouva un fervent défenseur en la personne de Jean Cocteau qui, selon les dires du réalisateur, le visionna une dizaine de fois, souvent en séances privées. De là serait née leur collaboration (L'éternel retour, 1943). Au sortir de la guerre, les séquences originales avec von Stroheim furent réintégrées et c'est cette version que l'on peut découvrir avec plaisir aujourd'hui.
A noter également le très beau travail du chef décorateur Serge Pimenoff qui reconstitua Macao ...à Nice, où le film fut tourné presque intégralement.
Une fessée déculottée pour Suzy Delair !
Outre la formidable séquence du repas que je vous avais proposé de revoir en vidéo, il y a une autre scène d'anthologie dans l'adaptation de L'assommoir par René Clément, Gervaise (1956). Alors que la pauvre Gervaise (Maria Schell) se rend au lavoir, dépitée parce que son amant vient de la quitter, elle est narguée par la soeur de sa nouvelle maîtresse, Virginie (Suzy Delair). Les deux femmes s'affrontent verbalement, puis se jettent de l'eau au visage et finissent par en venir aux mains.
La scène est mémorable, rarement une telle violence entre femmes aura été montrée à l'écran de cette manière, sans fards, avec des dizaines de spectatrices qui encouragent l'une ou l'autre, tel un combat de boxe. Gervaise et Virginie s'envoient des vêtements mouillés au visage, s'enfoncent la tête dans des sceaux d'eau, s'étranglent et se cognent comme des hommes, avec la même brutalité, la même envie de faire mal. Et comme une humiliation suprême, la dernière, alors qu'elle croit avoir trop abîmée Gervaise, Virginie est assommée par un violent coup de torchon et plaquée à terre. La femme trompée, bafouée - héroïne de Zola par excellence - tient sa vengeance : elle arrache le pantalon de Virginie et commence à lui infliger une fessée avec son battoir, criant sa colère dans une euphorie improbable, portée par la jubilation hystérique de toutes les autres femmes qui défoulent par là même leurs propres quotidiens difficiles. L'affrontement s'arrête là, sur une victoire provisoire que personne - et surtout pas le spectateur - n'est prêt d'oublier.
samedi 29 décembre 2012
"LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE" (de Marcel L'Herbier, 1930)
En quelques mots : Alors qu'elle s'apprête à se marier, Mathilde Stangerson reçoit un bouquet de camélias accompagné de quelques mots troublants. Quand elle rejoint le château familial avec son père, elle est victime d'une tentative d'assassinat dans la chambre jaune. Problème : personne n'a pu y entrer ou en sortir et le criminel a disparu. Le policier Larsan mène l'enquête quand débarque le jeune Rouletabille.
Troisième adaptation du roman de Gaston Leroux au cinéma, Le mystère de la chambre jaune de Marcel L'Herbier est le premier à être sonorisé. Il n'y a pas longtemps que l'on parle sur grand écran en 1930 et le générique très original est un formidable document historique : de manière scénarisée, il montre comment et par qui sont enregistrés l'image et le son, qui s'occupe de la direction d'acteur et qui va apparaître à l'écran - sorte de bande-annonce qui promet au spectateur un grand spectacle avec les moyens les plus modernes, un prologue que l'on retrouvera de façon plus comique chez Sacha Guitry quelques années plus tard (dans La Poison notamment).
Pour adapter ce roman en quasi huit-clos, Marcel L'Herbier choisit des décors de studio qui lui permettent de jouer avec les ombres et les lumières et de créer un climat propice au suspens de l'intrigue - lequel met pourtant du temps à se mettre en place, non sans une longue séquence assez énigmatique qui peut perturber les réflexes du spectateur, un rien perdu. Il faut dire que le jeu théâtral, terriblement démonstratif, de l'actrice principale, au coeur de toutes les attentions, Huguette Duflos, n'arrange rien, et il faut tout l'abattage sympathique de Roland Toutain en reporter Rouletabille pour s'intéresser à l'enquête.
Dès lors mon avis se scinde - la mise en scène, les cadrages et la photographie sont soignés, on pense parfois à l'expressionnisme allemand (au début particulièrement où la caméra subjective et les grands décors froids et sombres rappellent la noirceur de Fritz Lang), et si certains acteurs (Toutain, Belières, Vibert) apportent du rythme à cette aventure, d'autres (Duflos, Van Daële) l'enfoncent dans un théâtre filmé qui fait ressortir tous les défauts des débuts du cinéma parlant. L'heure quarante que dure le film est probablement imputable de quelques scènes pénibles.
On ne peut toutefois que saluer Les documents cinématographiques qui ont sortis un très beau coffret Rouletabille avec, en outre, la suite des aventures du reporter, Le parfum de la dame en noir (1931). Hélas, ce Mystère de la chambre jaune est un peu daté et rebutera les moins téméraires, seuls les cinéphiles s'en délecteront.
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