Mireille Balin (1909-1968) fut l'une des plus belles actrices françaises des années 1930 et 1940. Celle dont Jean Delannoy affirmait qu'elle avait la plus belle chute de rein de Paris ne tourna pourtant que 29 films, la faute à une carrière brisée à la Libération. Voici sa carrière résumée par les affiches de films !
lundi 14 janvier 2013
dimanche 13 janvier 2013
Bon anniversaire à ... Jane Marken (1895-1976)
Comédienne géniale de seconds-rôles, Jane Marken ne semble pas encore sortie du profond oubli dans lequel elle est plongée depuis sa mort en 1976, et pourtant ... sa carrière à de quoi faire frémir n'importe quel cinéphile ! Après avoir débutée dans le muet, elle tourna pour les plus grands, dans des rôles récurrents de tenancière : restauratrice dans Gueule d'amour (Jean Grémillon, 1937), patronne de l'hôtel du Nord dans le film éponyme de Marcel Carné, elle est aussi au casting de L'éternel retour (1943) et des Enfants du Paradis (1945), fait la concierge qui taquine Louis Jouvet dans Copie conforme (Jean Dréville, 1946) et la femme de son prédécesseur dans Knock (Guy Lefranc, 1951).
Elle est une Germaine dans Les portes de la nuit (Marcel Carné, 1946) et dans Dédée d'Anvers (Yves Allégret, 1947) et retrouve ses emplois de patronne dans Une si jolie petite plage (Yves Allégret, 1948), La Marie du port (Marcel Carné, 1949), La passante (Henri Calef, 1949). Elle fut une récurrente des films de Jean Delannoy, Yves Allégret (avec lequel elle tourne Manèges en 1949) et Guy Lefranc. A la fin de sa filmographie, on remarque encore des rôles dans Pot Bouille (Julien Duvivier, 1957), Maxime (Henri Verneuil, 1958) ou Le miroir à deux faces (André Cayatte, 1958) !
Elle est une Germaine dans Les portes de la nuit (Marcel Carné, 1946) et dans Dédée d'Anvers (Yves Allégret, 1947) et retrouve ses emplois de patronne dans Une si jolie petite plage (Yves Allégret, 1948), La Marie du port (Marcel Carné, 1949), La passante (Henri Calef, 1949). Elle fut une récurrente des films de Jean Delannoy, Yves Allégret (avec lequel elle tourne Manèges en 1949) et Guy Lefranc. A la fin de sa filmographie, on remarque encore des rôles dans Pot Bouille (Julien Duvivier, 1957), Maxime (Henri Verneuil, 1958) ou Le miroir à deux faces (André Cayatte, 1958) !
Jane Marken aurait fêté aujourd'hui ses 118 ans et méritait bien sa place sur L'âge d'or du Cinéma Français. Nous reparlerons d'elle !
"JUSTIN DE MARSEILLE" (de Maurice Tourneur, 1935)
En quelques mots : Marseille, dans les années 1930. Justin est le sympathique chef d'une bande de trafiquants, l'enfant du pays, respecté de tous. Il est depuis quelques temps concurrencé par un italien, Esposito, qui ne recule devant rien pour prendre le contrôle de la ville. Au milieu des deux bandes rivales, les habitants, un journaliste parisien et une jolie femme qui cherche l'amour.
Étonnante découverte du coffret Maurice Tourneur (Pathé, 2012), Justin de Marseille commence presque comme un reportage, avec une fanfare sur le Vieux Port et un homme, le marseillais éternel, qui vante à un journaliste parisien les mérites de sa ville, que quand on y est venu une fois, on ne peut plus en repartir, que la presse exagère toujours tout, que les journalistes viennent y chercher Chicago et que tout ça, c'est la faute du soleil, peuchère ! Près de 80 ans après la sortie du film, Jean-Claude Gaudin ne dirait pas autre chose si on lui posait une question similaire. Peut-être trouverait-il matière à justifier que le film fut produit aussi parce que le scénariste, Carlo Rim, trouva un défenseur de poids en la personne de Paul Carbone, grande figure du Milieu marseillais des années 1930. Ce dernier fut par ailleurs source d'inspiration d'un autre film de gangster à Marseille, Borsalino, avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Jolie réussite de Jacques Deray, le film souffre pourtant, quand on y repense, d'un manque de pittoresque lié aux accents et au décor.
Le réalisme est omniprésent dans l'oeuvre de Maurice Tourneur et ses films des années 1930 permettent de se replonger dans une époque. Justin de Marseille offre alors de magnifiques plans de la cité phocéenne, de son port, de ses ruelles, de ses commerçantes de rue (qui ne sont pas des actrices), de son conducteur de tramway qui siffle, de son restaurant d'où l'on peut entendre le débutant Tino Rossi ou de ses bateaux qui arrivent et repartent. Les acteurs apportent une part non négligeable de leur talent à ce réalisme : Pierre Larquey en bègue, Alexandre Rignault en caïd italien prêt à sortir son flingue à tout moment, et l'excellent Antonin Berval, trop méconnu, qui campe un Justin jubilatoire avec une violence et une intelligence masquée derrière la galéjade. Là encore, comme dans Au nom de la loi (1932), on pense aux influences américaines dans la mise en scène de certaines séquences (le braquage dans le port), manifestées par un clin d'oeil direct à Scarface (avec l'accent, s'il vous plaît), mais elle s'arrêtent dès lors que Maurice Tourneur insuffle la décontraction provençale dans l'action policière : en témoignent les formidables scènes de l'enterrement ou du policier qui s'arrête faire le plein lors d'une poursuite !
Un polar provençal, ce n'est pas courant. Et il faut ajouter au crédit du scénariste de faire de son film un reflet de son époque ; en témoignent les Chinois qui se font voler de l'opium.
Dans le bonus du DVD, un entretien avec Bertrand Tavernier apporte la solution à ce mystère : des Chinois (au même titre que des Indiens du RAJ, par ailleurs), furent payés pour venir en France lors de la Première Guerre Mondiale. Celle-ci terminée, certains se fixèrent à Paris - naissance du célèbre quartier chinois -, d'autres sur le chemin du retour s'arrêtèrent à Marseille. Cela donne dans le film une formidable scène avec Aimos, dit le Fada, personnage important dans tous les films du genre et qui apporte bien souvent la solution, comme un indicateur, ici avec une pointe d'humour. On notera aussi la manière dont Maurice Tourneur envisage le duel final entre les deux rivaux, entièrement en ellipse avec un superbe travail sur le son (pour un film qui date de 1935 !), s'en s'arrêter sur le dénouement, pourtant essentiel, que l'on découvre au hasard d'une scène. Cette trouvaille déconcertante de prime abord est l'une des plus belles du film. La conclusion poétique est terriblement française, romantique et urbaine, avec un mouvement de caméra toujours utilisé aujourd'hui.
Avec Justin de Marseille, qui mérite d'être (re)découvert par tous, Maurice Tourneur, réalisateur parisien par excellence, offre un regard inédit et juste sur la cité phocéenne, loin de toutes les histoires qui firent la gloire de Marcel Pagnol et imposèrent une vision débonnaire de personnages pittoresques - incarnés par Raimu, Charpin et les autres. On ne peut d'ailleurs s'y tromper, Antonin Berval ne fut pas de cette autre équipe talentueuse. Hélas !
samedi 12 janvier 2013
Bon anniversaire à ... Jean Delannoy (1908-2008)
Grand représentant de la qualité française tellement remise en question par la Nouvelle Vague, Jean Delannoy a traversé le XXème siècle et laisse une oeuvre cinématographique assez riche, avec quelques grands succès et des collaborations intéressantes. L'âge d'or du Cinéma Français a évoqué plusieurs fois les films du réalisateur : Macao, l'enfer du jeu (1939), Le Bossu (1944), Dieu a besoin des hommes (1950), Maigret tend un piège (1958), Maigret et l'affaire Saint-Fiacre (1959) mais j'avoue avoir un peu de mal à me lancer sur sa trilogie religieuse de fin de carrière.
A noter qu'il a publié, à la fin des années 1990, des souvenirs, en forme de carnet de bord, de sa longue carrière : Aux yeux du souvenirs, très intéressant sur sa manière de trouver des sujets ou des acteurs - toujours de manière bienveillante.
A noter qu'il a publié, à la fin des années 1990, des souvenirs, en forme de carnet de bord, de sa longue carrière : Aux yeux du souvenirs, très intéressant sur sa manière de trouver des sujets ou des acteurs - toujours de manière bienveillante.
Jean Delannoy aurait fêté aujourd'hui ses 105 ans !
vendredi 11 janvier 2013
Jacques Marin dans "Charade" (Stanley Donen, 1963)
Pour inaugurer la catégorie Transatlantique (les acteurs français à Hollywood), voici un bel exemple qui a de quoi nous faire pâlir de jalousie ! S'il joue son personnage de policier à l'air grave, je n'ose imaginer quelle émotion ressent Jacques Marin lors de cette scène où la sublime Audrey Hepburn se jette dans ses bras !
Dans le très bon Charade (1963) réalisé par Stanley Donen (Chantons sous la pluie, Un jour à New York, Voyage à deux), Jacques Marin se retrouve en policier français, très classique, à donner la réplique à Audrey Hepburn et Cary Grant ... rien que ça ! Loin d'être un simple figurant, son rôle est même assez étoffé et il apparaît à plusieurs reprises dans le film. La classe !
A bord du Transatlantique !
Évoquer l'anniversaire de Paul Mercey m'a donné une nouvelle idée de rubrique. Ne restons pas entre nous à n'observer que le cinéma français mais regardons aussi, de temps en temps, comment nos acteurs furent employés à Hollywood. Car avant les Vincent Cassel et Jean Dujardin, d'autres acteurs français furent engagés dans des films américains, et souvent pas des moindres. Certains, à l'image de Marcel Dalio ou Louis Jourdan y firent même une jolie carrière !
Cette rubrique intitulée Transatlantique, en hommage au célèbre paquebot France qui fut, dans les années 1960, une des fiertés de notre pays, s'offrira d'en faire une petite liste. Et pour mener l'enquête comme il se doit, j'ai envoyé mon ami Ludovic Cruchot en voyage en Amérique, à bord du célèbre navire ci-dessus !
jeudi 10 janvier 2013
"L'HOMME A L’IMPERMÉABLE" (de Julien Duvivier, 1957)
En quelques mots : Puisque sa femme est partie quelques jours auprès d'un parent malade, le brave Albert Constantin, musicien au Théâtre du Châtelet, s'abandonne à visiter une jolie jeune fille à Montmartre. Mais il n'a pas le temps de s'en aller qu'elle est mystérieusement assassinée dans sa salle de bain. Le lendemain, le voisin de la défunte retrouve Albert et lui demande de l'argent en échange de son silence.
François Truffaut écrivit à la sortie du film que Fernandel ne le faisait plus rire, contrairement à un public moins exigeant, mais plus nombreux, qui continuait de se gondoler devant les pitreries de l'acteur marseillais. Étrange critique, car il serait d'autant plus faux d'affirmer ici qu'il s'agit d'une énième fernandelânerie sans mise en scène et sans histoire. Après une adaptation de Zola (Pot-Bouille, 1957), Julien Duvivier signa avec René Barjavel l'adaptation de ce roman policier de James Hadley Chase, sur un ton comique. Pas tout à fait comédie policière ni sombre polar, L'homme à l'imperméable mélange les genres. Fernandel, étonnant de retenue, y interprète un musicien du Théâtre du Châtelet qui fait la difficile expérience de l'infidélité, ou de l'intention - l'équipe tourna d'ailleurs plusieurs scènes dans les lieux qui étaient occupés par les membres de l'opérette Méditerranée, Fernandel se maquillant le jour dans la loge qu'occupait son ami Tino Rossi le soir. Après une excellente première partie où s'imposent un Fernandel sérieux et aimant, pris de remords lorsqu'il se retrouve dans la chambre d'une autre femme (la sublime Judith Magre), et un Bernard Blier excellent en maître-chanteur tranquille, le film retombe un peu dans les travers d'une intrigue parallèle pas très palpitante et d'une situation qui s'étire trop longtemps. Quelques rares moments de plaisir ponctuent cette comédie noire qui ne sait pas sur quel pied danser (la scène de nuit sous le pont est révélatrice de ce problème) et la fin, convenue, n'arrange rien. Le film jouit aujourd'hui d'une jolie popularité et j'avoue qu'elle me semble un poil surestimée. Si la mise en scène de Julien Duvivier est impeccable (avec une jolie photographie de la nuit) et l'interprétation sans fautes, il manque un petit quelque chose pour accrocher définitivement.
Bon anniversaire à ... Paul Mercey (1923-1988)
Figure incontournable du cinéma populaire français, Paul Mercey a inscrit son nom à près de 150 films et téléfilms, parmi lesquels des rôles que personne ne peut oublier. Son rôle le plus marquant ne serait-il pas muet ? Il était, en effet, le Big Moustache de La Grande Vadrouille (G. Oury, 1966) !
Dès lors, il suffit de jeter un coup d'oeil à sa filmographie pour s'apercevoir de l'étendue des rôles que nous connaissons de lui : figurant dans les années 1950, il est le marchand de poissons dans Un singe en hiver (1961), le patron du bowling qui se fait dessouder dans Les tontons flingueurs (1963), Monsieur Pellot, le maçon dans Le Tatoué (1968), le gros tas que Belmondo croise tous les matins dans l'escalier dans Le Cerveau (1968), le curé farceur qui grimace face à Louis de Funès dans Le gendarme en balade (1970), l'automobiliste râleur des Aventures de Rabbi Jacob (1973), l'homme dont la femme accouche dans Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? (1973). Français moyen ? Toujours est-il qu'il fut, à l'instar de Moustache ou Jacques Marin un des français de Hollywood, pour Frankenheimer dans French Connection 2 (1975) et un paysan dans un des très grands films de Stanley Donen, Voyage à deux (1967).
Laissons à Louis de Funès/Victor Pivert le mot de la fin : C'est propre, c'est net, c'est silencieux, y'a pas de fumée, c'est un français !
Dès lors, il suffit de jeter un coup d'oeil à sa filmographie pour s'apercevoir de l'étendue des rôles que nous connaissons de lui : figurant dans les années 1950, il est le marchand de poissons dans Un singe en hiver (1961), le patron du bowling qui se fait dessouder dans Les tontons flingueurs (1963), Monsieur Pellot, le maçon dans Le Tatoué (1968), le gros tas que Belmondo croise tous les matins dans l'escalier dans Le Cerveau (1968), le curé farceur qui grimace face à Louis de Funès dans Le gendarme en balade (1970), l'automobiliste râleur des Aventures de Rabbi Jacob (1973), l'homme dont la femme accouche dans Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? (1973). Français moyen ? Toujours est-il qu'il fut, à l'instar de Moustache ou Jacques Marin un des français de Hollywood, pour Frankenheimer dans French Connection 2 (1975) et un paysan dans un des très grands films de Stanley Donen, Voyage à deux (1967).
Laissons à Louis de Funès/Victor Pivert le mot de la fin : C'est propre, c'est net, c'est silencieux, y'a pas de fumée, c'est un français !
Paul Mercey aurait fêté aujourd'hui ses 90 ans !
"120, RUE DE LA GARE" (de Jacques Daniel-Norman, 1946)
En quelques mots : Un petit cambrioleur découvre, lors d'un méfait, un homme mourant qu'il aide à aller jusqu'à l'hôpital. Par coïncidence, il est soutenu par le fameux détective Nestor Burma à qui le défunt lègue son testament, une mystérieuse adresse : 120, rue de la Gare. Aidé par deux amis journalistes et une nouvelle secrétaire intrépide, Burma mène l'enquête et découvre rapidement qu'il n'est pas le seul.
Un de mes meilleurs souvenirs de lycée reste encore la découverte de la réjouissante adaptation en bande-dessinée de 120, rue de la gare, de Léo Malet, par le dessinateur Tardi. L'univers sombre de ce dernier avait quelque chose de jubilatoire mêlé aux aventures du détective de choc, dans un style graphique proche de l'excellent Ici Même (1979), que j'adorais autant. C'est donc avec plaisir que j'ai regardé l'adaptation au cinéma de ce roman publié en 1943, et qui aurait dû être tourné avant la fin de la guerre. Claude Beylie et Philippe d'Hugues, qui défendent ce film et son réalisateur oublié, rappellent même que la censure de Vichy présenta ses exigences : que l'assassin ne soit pas un avocat, que l'amnésique ne soit pas un prisonnier de guerre, que les cadavres ne soient pas montrés avec insistance ... (1) Pour des raisons de calendrier, le film ne fut réalisé qu'après la Libération, en 1945, et distribué l'année suivante. Étonnamment, le succès critique et public ne furent pas au rendez-vous.
Il faudrait pourtant redécouvrir ce polar tout à fait passionnant - chose possible grâce à une édition DVD chez René Chateau. Malgré un début un peu laborieux et une intrigue qui semble incohérente, l'entrée en scène de tous les personnages organise une vaste enquête menée tambour battant, avec un Nestor Burma inscrit dans la lignée des héros bondissants du cinéma français, qui s'écrit Dynamite ! avant de balancer des coups de poings, gifle les dames et joue avec son chapeau selon son humeur. René Dary, star de l'Occupation mais un peu oubliée aujourd'hui, l'incarne avec grand bonheur. Face à la délicieuse Sophie Desmarets et les excellents Albert Dinan et Jean Parédès, le détective est plus d'inspiration américaine que française (on est loin de la bonhomie de Maigret). Les dialogues sont très bien écrits, souvent drôles, et ne sacrifient pas à une intrigue qui garde son suspens jusqu'au bout. La mise en scène pénible au début (un problème de cadrage, peut-être dû au transfert vidéo) s'améliore dès lors que Nestor Burma court entre Lyon et Paris pour trouver la solution de l'énigme 120, rue de la gare. Le scénario ellipse tout contexte d'Occupation, ce qui est peut-être regrettable, mais ne gâche pas le plaisir de savourer les aventures du détective à la dynamite !
(1) : Beylie, C. et d'Hugues, P., Les oubliés du cinéma français, Paris, Editions du Cerf, 1999, p. 297-300.
Un de mes meilleurs souvenirs de lycée reste encore la découverte de la réjouissante adaptation en bande-dessinée de 120, rue de la gare, de Léo Malet, par le dessinateur Tardi. L'univers sombre de ce dernier avait quelque chose de jubilatoire mêlé aux aventures du détective de choc, dans un style graphique proche de l'excellent Ici Même (1979), que j'adorais autant. C'est donc avec plaisir que j'ai regardé l'adaptation au cinéma de ce roman publié en 1943, et qui aurait dû être tourné avant la fin de la guerre. Claude Beylie et Philippe d'Hugues, qui défendent ce film et son réalisateur oublié, rappellent même que la censure de Vichy présenta ses exigences : que l'assassin ne soit pas un avocat, que l'amnésique ne soit pas un prisonnier de guerre, que les cadavres ne soient pas montrés avec insistance ... (1) Pour des raisons de calendrier, le film ne fut réalisé qu'après la Libération, en 1945, et distribué l'année suivante. Étonnamment, le succès critique et public ne furent pas au rendez-vous.
Il faudrait pourtant redécouvrir ce polar tout à fait passionnant - chose possible grâce à une édition DVD chez René Chateau. Malgré un début un peu laborieux et une intrigue qui semble incohérente, l'entrée en scène de tous les personnages organise une vaste enquête menée tambour battant, avec un Nestor Burma inscrit dans la lignée des héros bondissants du cinéma français, qui s'écrit Dynamite ! avant de balancer des coups de poings, gifle les dames et joue avec son chapeau selon son humeur. René Dary, star de l'Occupation mais un peu oubliée aujourd'hui, l'incarne avec grand bonheur. Face à la délicieuse Sophie Desmarets et les excellents Albert Dinan et Jean Parédès, le détective est plus d'inspiration américaine que française (on est loin de la bonhomie de Maigret). Les dialogues sont très bien écrits, souvent drôles, et ne sacrifient pas à une intrigue qui garde son suspens jusqu'au bout. La mise en scène pénible au début (un problème de cadrage, peut-être dû au transfert vidéo) s'améliore dès lors que Nestor Burma court entre Lyon et Paris pour trouver la solution de l'énigme 120, rue de la gare. Le scénario ellipse tout contexte d'Occupation, ce qui est peut-être regrettable, mais ne gâche pas le plaisir de savourer les aventures du détective à la dynamite !
(1) : Beylie, C. et d'Hugues, P., Les oubliés du cinéma français, Paris, Editions du Cerf, 1999, p. 297-300.
mercredi 9 janvier 2013
Rétrospective n°1 : Le petit monde de Julien Duvivier !
La nouvelle année me donne plein d'idées ! C'est souvent ainsi mais ça ne dure jamais bien longtemps, rassurez vous. Pourquoi ne pas s'attacher à un réalisateur en particulier pendant une petite période ? La rétrospective est bien connue des cinéphiles et des internautes, pas de surprise donc à ce que L'âge d'or du Cinéma Français s'y colle ! Et puisque tout un chacun a besoin de soleil, de bonne humeur et d'humour en cette froide période hivernal, rien de mieux que l'univers de Julien Duvivier pour se donner un petit coup de fouet au moral.
C'est entendu, je vous fais marcher puisque le réalisateur Julien Duvivier est réputé pour son univers sombre, violent et pessimiste. Pourtant, ainsi que l'affirmait fièrement Bernardette Bourdelle dans les années 1940, Tout n'est pas tout blanc, tout n'est pas tout noir ! La rétrospective n'est pas l'intégrale mais j'essaierai, avec ce petit choix de films, de survoler l'ensemble de la carrière du réalisateur, entre classiques et méconnus.
Années 1930
Allo Berlin ? Ici Paris (1932)
Poil de carotte (1932)
La Bandera (1935)
Pépé le Moko (1937)
La fin du jour (1939)
Années 1940
L'imposteur (1944)
Panique (1947)
Années 1950
Le petit monde de Don Camillo (1952)
Le retour de Don Camillo (1953)
Voici le temps des assassins (1956)
L'homme à l'imperméable (1957)
Années 1960
Diaboliquement vôtre (1967)
Evidemment, rien ne m'empêche de rajouter un film à cette liste si le désir m'en prend ou si un internaute exige que son film culte soit représenté.
Bibliographie
- Bonnefille, E., Julien Duvivier, le mal aimant du cinéma français (1896-1940), Paris, L'Harmattan, 2002
- Bonnefille, E., Julien Duvivier, le mal aimant du cinéma français (1940-1967), Paris, L'Harmattan, 2003
- Desrichard, Y., Julien Duvivier, Paris, Durante, 2001
- Niogret, H., Julien Duvivier, 50 ans de cinéma, Paris, Bazaar&Co, 2010
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