mardi 29 janvier 2013

"LA GROSSE CAISSE" (de Alex Joffé, 1965)



En quelques mots : Louis Bourdin est poinçonneur dans le métro parisien et écrivain à ses heures perdues. Il vient d'achever son premier roman policier, une histoire de braquage dans le métro, et fait part à qui veut l'entendre de son futur succès en librairie. Hélas, son manuscrit est refusé par toutes les maisons d'édition. Il décide alors de le vendre à des gangsters.

Dans une interview télévisée de 1965, le réalisateur Alex Joffé déclarait, non sans humour, à propos de son nouveau film La grosse caisse s'être demandé Est-ce que je vends le scénario à un producteur ou est-ce que je fais le coup moi-même ? avant d'ajouter que c'était plus facile quand même de faire le film ! Et probablement plus rentable, si l'on devait ajouter un argument intéressant. Sur cet axiome, Joffé brode sur-mesure une gentille comédie pour son acteur fétiche, Bourvil, idéal en faux benêt, jouet d'un bandit gentleman dont on ne pourrait imaginer qu'il ne soit pas interprété par Paul Meurisse, gants blancs et diction aristocratique en toutes circonstances. A leurs côtés, des seconds rôles de talent : Roger Carel en chef de station, Daniel Ceccaldi en employé faux-jeton, Tsilla Chelton en marchande de journaux, le jeune Pierre Vernier en policier, Jacques Legras en facteur aux bonnes idées, Dominique Zardi en truand (tiens donc !) et la jolie Françoise Deldick dans un de ses plus grands rôles à l'écran.

Si elle n'est pas dénuée de quelques petites longueurs, cette comédie permet de sourire à des références savoureuses à la littérature (Fleming, Simenon), au théâtre (Bourvil cite La bonne planque pour désigner le train qui récolte l'argent du métro) et même à la chanson française, l'acteur comique sifflotant nonchalamment le célèbre air pathétique d'un poinçonneur lassé de faire des p'tits trous à longueur de journée. Trois ans avant le film de Gérard Oury, Bourvil était donc déjà Le Cerveau d'un tout autre casse, aussi rentable.


lundi 28 janvier 2013

Décès de l'acteur Bernard Dhéran (1926-2013)



Avec sa belle allure, sa voix grave aux accents aristocratiques et ses yeux malicieux mis en valeur par un jeu de sourcils rare, Bernard Dhéran était taillé pour incarner des personnages de l'élite, souvent des nobles et des grands bourgeois racés : on le retrouve ainsi en chevalier face à Jean Marais dans Le capitaine Fracasse (P. Gaspard-Huit, 1961), en magistrat dans Le comte de Monte-Cristo (C. Autant-Lara, 1961), Les bons vivants (G. Lautner, 1965), Rue des prairies (La Patellière, 1959), en assureur cavalier face à Fernandel et Danielle Darrieux dans L'homme à la buick (G. Grangier, 1968) ou en militaire prisonnier du château dans On a retrouvé la 7ème compagnie (R. Lamoureux, 1975). Il fut aussi Voltaire chez Sacha Guitry (Si Paris nous était conté, 1956). Second rôle de grande qualité, sociétaire de la Comédie Française, il était aussi un grand acteur de doublage. Son sourire en coin et sa voix chaude nous manqueront !

On ne s'évade pas, on défile ! (Bernard Dhéran dans On a retrouvé la 7ème compagnie, 1975)

Les débuts à l'écran de ... Louis de Funès !



L'occasion d'un hommage à Louis de Funès s'y prête bien, voici donc sa participation à la rubrique Les débuts à l'écran de ... Force est de reconnaître que l'acteur comique fut avant tout un grand second rôle du cinéma français dans les années 1950. Dans La Tentation de Barbizon (J. Stelli, 1946), il apparaît pour la première fois à l'écran face à l'un des seconds rôles les plus marquants de son époque, Pierre Larquey, dans un petit rôle de portier. Il y prononce deux phrases, Par ici Monsieur puis Il a son compte celui-là aujourd'hui. Je ne peux m'empêcher de préciser que pour le début de sa carrière cinématographique, Louis de Funès ouvre la porte d'un lieu appelé ... le Paradis ! Doit-on y voir un signe ?


dimanche 27 janvier 2013

30 ans avec Louis de Funès !

Voilà déjà trois décennies que Louis de Funès, le comique le plus célèbre des années 1960 et 1970 s'est éteint - nous fêtons ce triste anniversaire aujourd'hui jour pour jour. Et pourtant, jamais celui qui fut à l'écran les légendaires Cruchot, Don Salluste, Juve ou Monsieur Septime, n'a été aussi présent sur nos (petits) écrans et dans nos librairies. Il existe pléthore de livres biographiques, d'analyses ou de compilations des meilleurs extraits de films, et il en sort encore souvent. Pas une année sans qu'une chaîne de télévision pense original de lui consacrer une émission, avec des interviews inédites. Pas un mois enfin sans qu'une soirée ne soit ponctuée par une énième rediffusion d'un classique de sa filmographie. Étonnamment, Bourvil et Fernandel ne connaissent pas le même sort malgré de grands films, et le phénomène de Funès fait un peu figure d'argument commercial avant tout. Ainsi le champion du box-office adoré des producteurs est devenu après sa mort le champion de l'audimat.

Louis de Funès fut pendant quelques années de mon adolescence une obsession, une idole dont il fallait collectionner tout ce qui portait sa marque, connaître tous les détails de sa vie, quitte à se rendre comme un pèlerinage dans le village où il possédait son château. A mes débuts sur internet, j'avais même envisagé de créer un site consacré à l'acteur comique, sans suites, faute à une opulence déjà réelle des sites de fans et à l’imbécillité de son fils aîné qui tenta un temps de régenter la communauté des admirateurs de son père. Puis vint le cinéma américain et d'autres idoles, plus viriles, plus laconiques aussi.

Je suis revenu à Louis de Funès avec ma redécouverte du cinéma français, il y a quelques années, en le trouvant ça et là dans des petits rôles. Serge Regourd, dans son excellent ouvrage Les seconds rôles du cinéma français, grandeur et décadence, revient sur le parcours atypique d'un second rôle inimitable qui devint la plus grande star française, et il faut bien reconnaître une qualité aux diverses émissions qui tentent de voir dans la moindre petite apparition l'éclair de son génie : ils ne se trompent pas. L'auteur rappelle, avec toute l'objectivité qui est la sienne, à quel point Funès parvint à éclipser régulièrement les stars avec quelques minutes de présence à l'écran. Dans la seule décennie 1950, il tourna plus encore que Noël Roquevert, enchaînant parfois plus de 15 films dans une seule année ! Quant aux centaines d'expressions de son visage, fait de sa gloire comme de son mépris, il se contente avec justesse d'écrire Quand la charge paraît relever de l'Être et non du Faire, ce n'est plus une charge. Mais du talent. Du reste, que seraient devenus les Homme orchestre, Sur un arbre perché, Soupe aux choux sans la présence de Louis de Funès ?

Michel Galabru ne manque jamais l'occasion de rappeler que Louis de Funès souffrait terriblement des critiques envers ses films ou sa personne, qu'entendre qu'il était un ringard le poussait à vouloir plaire aux cinéphiles exigeants, type Les Cahiers du cinéma, ou même à vouloir tourner avec Polanski. 30 ans après sa mort, les mauvaises langues sont rares et quand bien même elles se fatiguent de sa folie grimaçante, elles reconnaissent toujours, malgré tout, le talent de leur auteur. Louis de Funès continue de s'exporter avec succès en Europe - ce fut même un jour pour moi un efficace moyen de communication avec une polonaise, ravie de se trouver dans le pays du Gendarme !



Je reste donc un inconditionnel de Louis de Funès, en sachant toutefois modérer mon enthousiasme pour des films que je connais par coeur. Peut-être par snobisme, peut-être parce que les comédies américaines de Billy Wilder ou Franck Capra m'ont ouvert d'autres horizons. Toujours est-il que le mot FIN que l'acteur redresse à la fin de Certains l'aiment froide (J. Bastia, 1959) ne lui sied pas bien. A l'image de l'emprunte indélébile qu'il a laissé dans le cinéma français, et qui se perpétue de génération en génération depuis maintenant 30 ans, son personnage ne parvient pas à poser le point sur le i, le met dans sa poche et s'en va dans un plan étonnamment chaplinesque, en arrachant un petit morceau d'éternité à un mot qui n'a pas beaucoup de sens quand on parle de lui.

samedi 26 janvier 2013

"TRICOCHE ET CACOLET" (de Pierre Colombier, 1938)

En quelques mots : Tricoche et Cacolet, deux enquêteurs particuliers prêts à tout pour avoir une nouvelle affaire, s'introduisent dans une soirée mondaine et repèrent un couple de bourgeois. L'homme d'affaires trompe sa femme, et la femme le trompe avec un duc. Chacun de leurs côtés, Tricoche et Cacolet proposent leurs services contre forte rémunération.

Typiquement dans la lignée des Fernandeleries ou Fernandelâneries de l'acteur comique, Tricoche et Cacolet est la dernière collaboration de Fernandel avec le metteur en scène Pierre Colombier (Ignace, Les rois du sport). Jacques Lorcey est peut-être gentil quand il évoque ce film qui se contente d'enchaîner des scènes très théâtrales (où Elvire Popesco s'en donne à coeur joie) avec force de déguisements et de gags éculés. Si Fernandel s'en sort toujours bien dans le cabotinage, qu'il a presque érigé en art, c'est moins le cas de Frédéric Duvallès qui en fait des tonnes (notamment dans une insupportable scène où il incarne un marchand arabisant) ou de Saturnin Fabre jamais à court de sourires en coin ou de grandes effusions comiques. Quant à Jean Weber, de la Comédie Française, on regrette sa prestation du Capitaine Fracasse. Toujours est-il qu'il n'y a pas grand chose à attendre de cette comédie simplette, si ce n'est la rencontre entre Fernandel et Ginette Leclerc, amusante. Réservé uniquement aux inconditionnels de l'acteur qui trouveront plaisir à l'entendre chanter Si je jouais du trombone ... déguisé en Queen's Guard !


vendredi 25 janvier 2013

"LA RÈGLE DU JEU" (de Jean Renoir, 1939)



En quelques mots : Alors qu'il vient de battre des records de vitesse, l'aviateur André Jurieux surprend tout le monde quand il se pose au Bourget en se déclarant triste que la femme qu'il aime ne soit pas là. Celle-ci est l'épouse du riche marquis de la Chesnaye, lequel s'apprête à rejoindre son château à la campagne avec des amis. Grâce à un ami de la famille, l'aviateur s'invite à la fête.

J'étais plus jeune la première fois que j'ai vu La règle du jeu à la télévision et je n'ai pas su saisir les enjeux de cette partie de campagne qui m'avait laissé un petit goût d'ennui malgré un casting intéressant et quelques bonnes situations. Pour tout vous avouer, on m'avait promis un chef d'oeuvre et j'étais bien heureux, du haut de mes premiers pas d'adulte, de pouvoir me détourner de l'avis général en arguant, jusqu'à il y a quelques semaines encore, que le film de Jean Renoir m'avait laissé indifférent. Par malice, et surtout par bêtise, je n'avais jamais revu le film, pour me complaire sans remords dans un souvenir mitigé - on tente toujours de se démarquer des autres comme on peut et dire du mal de l'un des films les plus appréciés de l'Histoire du cinéma me poussait probablement à croire que j'étais un cinéphile underground, un rien anticonformiste mais pourtant sincère. Hormis une réplique fameuse - Mais bon Dieu de bois, on est venu pour chasser, pas pour écrire nos mémoires - que j'essaye de replacer à chaque repas de famille, Renoir acteur m'avait paru cabotin, Toutain fade, Parély folle et Dalio sous-exploité.



L'imposante biographie de Jean Renoir par Pascal Mérigeau (Flammarion, 2012) m'a forcé à revoir mon jugement sur le film. Un nouveau visionnage m'a offert de redécouvrir complètement cette oeuvre forte, et d'en saisir un peu mieux les contours. Je n'avais pas compris à quel point montrer de la bourgeoisie d'avant guerre un visage frivole et désabusé était audacieux quelques semaines avant une le déclenchement d'une guerre avec l'Allemagne - dont on ne pouvait même pas imaginer qu'elle serait éclair. Pas étonnant dès lors de lire les plus virulentes critiques dans la presse de droite de l'époque, mécontente par ailleurs de voir un juif marquis de France marié à une autrichienne.

La règle du jeu, celle que les hommes et femmes en société doivent suivre s'ils ne veulent pas sortir du chemin, est un film crépusculaire, à l'image de la Danse macabre de Saint-Saëns que l'on entend dans le film lors d'une étonnante scène fantomatique. Pourtant joyeux (un drame gai), le film est le dernier tour de piste de l'élite d'une France qui s'éteint, gonflée de l'orgueil d'Austerlitz et de la victoire de 14 qui l'aveuglent d'une terrible défaite à venir. Quand ils choisissent de présenter un petit spectacle à leurs invités, les hôtes, menés par Dalio, chantent d'ailleurs un succès de la fin du XIXe siècle, En revenant de la revue (Gais et contents, nous marchons triomphants, en allant à Longchamp, le coeur à l'aise, sans hésiter, car nous allions fêter, voir et complimenter l'armée française), aux références évidentes au nationalisme boulangiste. De fait, l'aristocratie française des années 1930 est peut-être, pour une part, restée au XIXe siècle et l'heure n'est pas au bilan. Pourtant, il est intéressant de se demander si la persistance de l'Ancien Régime, du nom de l'ouvrage majeur de Arno Meyer sur la prolongation républicaine du pouvoir des élites nobiliaires, ne prend pas fin dans cette insouciance festive suivie de la défaite de 1940. Peu amène avec l'aristocratie dominante, le film n'épargne non plus les domestiques, issus du peuple, qui ne pensent qu'à reproduire les modèles de leurs maîtres, entre hiérarchie, désir d'ascension sociale (Carette veut être domestique pour avoir un uniforme) et extraconjugalité.

Cette fin d'un monde en forme de weekend champêtre ne pouvait séduire le public de 1939, aussi inquiet que l'était pourtant Jean Renoir (le film est réalisé après la conférence de Munich) et peu disposé à suivre les turpitudes amoureuses et sociales (une superbe et cruelle scène de chasse) de privilégiés en Sologne. Après La grande illusion, le public attendait peut-être un film mordant de la part du réalisateur qui prit aussi le risque de se mettre en scène, d'écrire et de produire son film - faits extrêmement rares - ce qui ne manqua pas de déclencher les quolibets d'une partie de la presse à chacune de ses apparitions à l'écran. Ce Jean Renoir que je trouvais mauvais à la première vision m'apparaît aujourd'hui très drôle, avec une voix éraillée superbe, et l'on ne peut s'empêcher d'y voir sa propre représentation (Pascal Mérigeau y revient longuement dans un très beau passage).



La règle du jeu est l'un des films qui a déchaîné le plus les passions des cinéphiles et l'on compte nombre d'analyses à son sujet - le film est même régulièrement classé parmi les plus grands films de tous les temps. Si Renoir écrit dans le générique que le film ne se veut pas une étude de moeurs, il serait heureux, à mon sens, de préciser qu'il est un incontestable chef d'oeuvre a posteriori, Renoir ne pouvant prévoir avec certitude les faits à suivre lorsqu'il le réalisa et, de fait, le caractère anthropologique de son scénario marivaudien. On ne pourrait donc totalement blâmer les critiques négatives de l'époque (Mérigeau rappelle toutefois qu'elles furent partagées avec des papiers dithyrambiques) bien que certaines étaient fondées sur d'autres aspects plus politiques.

Le film reste aussi aujourd'hui un merveilleux film choral : si mes doutes sur Mila Parély n'ont, en revanche, pas évolués, difficile de rester de marbre devant les talents réunis de Julien Carette en braconnier coureur de jupons, Gaston Modot en garde chasse cocu, Jean Renoir en invité mondain excentrique, Pierre Magnier en général strict et respecté, Paulette Dubost en domestique de chambre charmeuse (elle était surnommée Des seins animés sur le tournage, par les techniciens), Roland Toutain en aviateur un peu effacé mais bondissant dès qu'il le peut, et Marcel Dalio en représentant de la classe aristocratique, impérial si j'ose dire.

jeudi 24 janvier 2013

Bon anniversaire à ... Georges Lautner (1926)

Georges Lautner fut un pilier de la comédie populaire française dans les années 1960, 1970 et 1980, trois décennies où l'on retrouve des classiques (Les tontons flingueurs, Les barbouzes, Le Pacha, Flic ou voyou, Le guignolo ou Le professionnel) et quelques raretés (Le septième juré, Les bons vivants, Les seins de glace), toujours avec les plus grandes stars de son époque. La plupart du temps très divertissants, les films de Georges Lautner - parfois dialogués par Michel Audiard - ne sont pas toujours à la hauteur dans la mise en scène, notamment dans les années 1970 où l'on retrouve de terribles effets de caméra, comme cette insupportable introduction ralentie de Joyeuses Pâques avec Belmondo. Personnage sympathique, Georges Lautner a écrit un livre de souvenirs, sous forme d'abécédaire, et publiée en 2005 au titre référence à un de ses films, On aura tout vu. Il se livre avec truculence à des anecdotes sur sa carrière, ponctuée de caricatures. L'une d'entre elles, merveilleuse, évoque un tournage avec une Star, Alain Delon, qui sur le tournage des Seins de glace fit démonter un travelling complexe à mettre en place pour que sa voiture puisse passer et le déposer ... quelques mètres derrière.



Georges Lautner fête aujourd'hui ses 87 ans ! Joyeux anniversaire !

mercredi 23 janvier 2013

Jeanne Moreau ... sur le front de l'Est !

Je m'inquiète de ma santé mentale à l'instant où je débute cet article ! Alors que je viens de terminer l'éprouvante lecture de Rescapé du Camp 14, voilà que m'apprête à une même cruauté que les dirigeants nord-coréens envers une actrice qui fait partie du patrimoine français, s'il en est. Puisqu'elle fête aujourd'hui ses 85 ans, Jeanne Moreau a droit à un article sur L'âge d'or du cinéma français ... mais c'est pour signer son acte d'expatriation vers le Front de l'Est, autrement dit dans la rubrique des bannis.



Puisque je ne pourrai jamais en parler en toute objectivité, autant s'en débarrasser tout de suite. Je n'ai jamais été sensible à quoique ce soit chez Jeanne Moreau, ni sa jeune beauté, ni son jeu mièvre, ni sa voix grave. Elle est souvent, à mes yeux, le point faible de grands films (comment gâcher Les valseuses) et sa façon de minauder m'exaspère (Il est minuit Docteur Schweitzer, Touchez pas au grisbi, Mille milliards de dollars). Les beaux noms qui illuminent sa longue filmographie n'y changeront rien et je me souviens avoir ancré pour de bon mon aversion pour Jeanne Moreau lorsqu'elle reçut un deuxième César d'honneur (!?) en 2008. Sa présence cireuse face au génial Orson Welles dans Une histoire immortelle (1968) résume globalement l'image que j'ai d'elle !

Bon anniversaire quand même chère Jeanne, puisque nous ne sommes pas prêts de nous retrouver. Et ne prenez pas froid !

mardi 22 janvier 2013

"TÊTE D'HORLOGE" (Téléfilm, 1970)



En quelques mots : Toutes les horloges du monde entier s'arrêtent subitement et plus personne n'a l'heure. A Paris, les habitants s'adaptent comme ils peuvent à cette nouvelle et le gouvernement tente de trouver une solution de crise. Dans une école privée, le jeune Verjou et ses petits camarades de classe découvrent avec stupeur que leur professeur, surnommé Tête d'horloge à cause de son ponctualité, possède la seule et unique montre qui fonctionne encore.

L'heure comme nouvel or puisqu'elle est rare, telle est l'idée que trouvent bien vite les élèves du sympathique Tête d'horloge qui décident de la vendre pour s'acheter des sucreries. Evidemment, conte philosophique annoncé dès le générique, les possesseurs de ce qui manque le plus sur Terre sont naïfs, purs, et ne voient pas l'intérêt commercial majeur qu'il représente, du moins à leur propre compte. Ils laissent cette vilaine besogne à un patron sans scrupules qui achète l'heure pour la revendre à prix d'or à des millions d'abonnés. Ce très bon téléfilm de 1970, en pleine Guerre Froide, montre que n'importe quelle ressource, si banale soit-elle, peut devenir une arme financière dès lors qu'elle se raréfie subitement. Heureusement, l'homme de lettres que représente ce professeur est dénué de tout défaut et ramène les enfants dans le droit chemin non sans leur avoir donné une leçon de vie, la sienne étant rythmée depuis tant d'années par le souvenir de l'amour perdu. Le dénouement final est en cela un peu ingénu - un poil décevant même - mais que pouvait-on attendre d'autre d'un conte philosophique ?



Cette histoire de panique mondiale vue à travers les yeux des enfants est très belle à suivre et le vieux personnage incarné par Pierre Fresnay (dont les téléfilms de fin de carrière nous donnent la rare occasion de le voir en couleurs !) absolument charmant. La malice de ses yeux rassurants et sa belle voix font merveille face à de jeunes garnements bondissants, entourés par Paul Le Person, Sophie Grimaldi, Claude Cerval, Philippe Castelli et Bruno Balp. Le caractère intemporel du propos ne démode pas trop ce téléfilm, marqué par une mise en scène inégale, qu'il est plaisant de (re)découvrir aujourd'hui.

lundi 21 janvier 2013

Bon anniversaire à ... Pierre Tornade (1930-2012)

2012 fut marqué par plusieurs disparitions dans le cinéma français, notamment celle de Pierre Tornade, plus discrète que d'autres, à son image. Il fait partie de ces seconds rôles qui pimentent un film, apportant souvent un visage familier et rassurant à une scène que l'on ne jugerait pas importante d'ordinaire, comme cet instant très amusant de Je sais rien mais je dirai tout (Pierre Richard, 1973) où le commissaire qu'il incarne se confond en excuses devant un industriel (Blier) dont le fils est en prison.



Sa filmographie reste très marquée par les nanars et il fut un récurent des films de Guy Lefranc, Jacques Besnard et Michel Gérard. Pourtant, certains rôles sont marquants, grâce à des stars comme Louis de Funès (Le Tatoué, Le petit baigneur, Le grand restaurant) ou Robert Lamoureux (les deux premiers épisodes de la 7ème compagnie). Face à un Jean Carmet en grande forme, il fut aussi impressionnant dans le registre dramatique de Dupont Lajoie (Yves Boisset, 1975) dans le rôle d'un français moyen, père d'une jeune Isabelle Huppert violée et assassinée par son ami. Un acteur qui nous manque.

Pierre Tornade aurait fêté aujourd'hui ses 83 ans !
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