jeudi 7 mars 2013

"LES CAVES DU MAJESTIC" (de Richard Pottier, 1945)

En quelques mots : Monsieur et Madame Petersen passent quelques jours de vacances au palace Majestic, à Paris. Quand le mari s'envole pour Rome, son épouse et sa secrétaire, qui ne peuvent s'entendre, restent seules avec l'enfant du couple. Le lendemain matin, quand un employé des cuisines ouvre son casier, il découvre le corps mort de Madame Petersen, étranglée. Le commissaire Maigret est chargé de l'enquête.

Albert Préjean en commissaire Maigret, voilà qui continue de faire jaser aujourd'hui ; certains ne peuvent regarder les trois films sans maugréer dans leur coin ; d'autres s'en font un véritable plaisir coupable - et j'en suis ! Dans son Simenon à l'écran (1992), Claude Gauteur, plutôt dur contre les trois adaptations de la Continental, rappelle la phrase de Jacques Siclier : [avec Albert Préjean] de Maigret il ne restait que la pipe ! René Clair, plus gentil, se contente de résumer à sa façon la situation : Il change, à coup sûr, la nature de l'oeuvre qu'il est chargé d'interpréter, mais nous avons pas à nous plaindre, car il a toujours la même séduction. Certes, les lecteurs assidus des romans du célèbre directeur de la Police Judiciaire ne retrouvent pas l'épaisse charpente du commissaire sous les traits du sportif et souriant Albert Préjean, mais il faut lui reconnaître le mérite de ne pas sombrer dans ce que Claude Gauteur qualifie d'ersatz de privé américain. On est loin de Nestor "Dynamite" Burma. Quoique parfois ...

Dernier film produit par la Continental, Les Caves du Majestic fut tourné en février 1944, dans un contexte particulier, rappelé en partie dans le film de Bertrand Tavernier, Laissez-Passer (2002). Le scénariste Charles Spaak était emprisonné à Fresnes et surveillé par la Gestapo qui refusa de le libérer pour ses obligations professionnelles : ainsi, il écrivit les dialogues du film en prison, jour après jour, dans des conditions très difficiles. Lui qui ne mangeait pas à sa faim prit un plaisir quasi masochiste à multiplier les séquences culinaires - ainsi des dialogues inutiles sur les sauces avec le chef du Majestic ou de la recette alléchante du lapin dans la maison de Arthur Donge, sans parler du fastueux dîner final, où les deux convives ne mangent rien ! Les Caves du Majestic ne fut distribué au cinéma que l'année suivante, en août 1945, par la nouvelle Union Générale Cinématographique (UGC).



Évoquer ce film policier nous oblige à parler de la grande Histoire, mais il ne faudrait pas oublier la petite. Qu'en est-il finalement de ces caves de palace ? Il faut reconnaître que cette intrigue policière est très agréable à suivre, dans la veine identique de Picpus (Pottier, 1943) et Cécile est morte (Tourneur, 1944), et qu'elle maintient son suspens jusqu'à la dernière seconde, avec une pléiade de bons seconds rôles : de Suzy Prim en épouse assassinée à Charpin en juge d'instruction (peut-être pas son meilleur rôle) en passant par Jacques Baumer, René Génin et Denise Grey. Sans oublier l'excellent André Gabriello en fidèle Lucas dont les élans bégayants pourraient bien devenir cultes. C'est immmmpressssionnnant ! A noter un très beau plan-séquence dans les cuisines du palace.

mercredi 6 mars 2013

Mars 2013 : des nouveautés en pagaille !

Après quelques jours de repos pour le blog - et pour moi principalement (il y en aura peut-être d'autres dans cette longue année universitaire) -, je vous propose de jeter un oeil sur les actualités de l'âge d'or du cinéma français. Comme d'habitude, quelques sorties de la très bonne collection à la demande de Gaumont : L'assassin est dans l'annuaire (Joannon, 1962) ne m'avait pas laissé un grand souvenir, malgré la présence de Fernandel, mais il faudrait le revoir, notamment pour son épatant casting (Roquevert, Dalban, Crémieux, Teynac, Lavalette ...).


En avril, Gaumont édite également le méconnu Les femmes sont marantes (Hunebelle, 1958) avec Micheline Presle, Marthe Mercadier, Sophie Daumier, Yves Robert et Jacques Dynam, d'après une pièce de théâtre à succès. De Sacha Guitry, et réalisé par Pierre Caron, L'accroche-coeur (1938) avec la jolie Jacqueline Delubac, Marguerite Moreno et Julien Carette. Et pour les amateurs du cinéma de Michel Lang - ils doivent bien exister -, ressortie de Tous vedettes ! (1980) avec un casting mené par une Leslie Caron en fin de carrière.

Peu de sorties chez Studio Canal, sinon Diaboliquement vôtre (1967), dernier film de Julien Duvivier, avec Alain Delon, Senta Berger et Claude Piéplu ; début avril. En revanche, René Château continue d'alimenter avec passion la mémoire du cinéma français : succès international oblige, Emmanuelle Riva se retrouve de manière assez improbable en tête des rayons DVD des grandes surfaces, avec notamment Thomas l'imposteur (Franju, 1965) d'après le classique de Jean Cocteau. Les amoureux d'Edith Piaf se régaleront également de découvrir en DVD Montmartre sur Seine (Lacombe, 1941) avec Paul Meurise et Jean-Louis Barrault.


Pour les fans toujours, un gros coffret Daniel Toscan du Plantier est disponible à la vente depuis quelques jours, l'occasion de redécouvrir à travers ce producteur de grands films tels que La nuit de Varennes (Scola, 1982) et Danton (Wajda, 1983), et quelques oeuvres de Maurice Pialat que je me garderai bien d'évoquer ici (le front de l'est serait plus approprié). Chez Bach Films, sortie récente des Pas perdus (Robin, 1964) avec Michèle Morgan et Jean-Louis Trintignant - dont j'ignore à peu près tout. Enfin, signalons, toujours en lien avec l'actualité cinématographique, la ressortie des Misérables de Robert Hossein, avec Lino Ventura dans le rôle principal, un film qui m'avait laissé plutôt un bon souvenir mais qu'il faudrait revoir également pour s'en assurer.


Une nouvelle collection majeure ?
Gaumont à la demande est aujourd'hui incontournable, c'est un fait. Mais les plus tatillons pourront encore reprocher l'absence de restauration, de bonus et le prix un poil élevé du fait de ces manques. Voilà qu'une nouvelle collection débarque : Les pépites StudioCanal. Pour le moment en exclusivité FNAC, on peut retrouver (outre de bons films américains ou britanniques) quelques titres français tels que Monsieur-Personne (Christian-Jaque, 1936) avec Jules Berry, Dernier atout (Becker, 1942) avec Mireille Balin et Mayerling (Litvak, 1936) avec Danielle Darrieux. A suivre de très près, même si je me refuse à acheter des DVD à la FNAC.


Quelques livres
Michel Galabru, que nous aimons tous, publie Tout est comédie, une vision du monde sous forme d'abécédaire où le comédien rappelle la théâtralité du monde, agrémentée de quelques souvenirs personnels, tel Jean Carmet s'écriant "Plus fort s'il vous plaît !" lorsqu'il assista à une répétition du Mime Marceau ! (Christian Bujeau, l'homme qui écrit des biographies plus vite que son ombre, consacre d'ailleurs son prochain ouvrage à Michel Galabru). Clélia Ventura continue de publier sur son célèbre père, toujours avec délicatesse, et nous propose Lino Ventura, carnets de voyages, que je n'ai pas encore eu le loisir de regarder. Et comme si je n'en parlais pas assez, ressortie du livre de Olivier et Patrick de Funès, Ne parlez pas trop de moi, les enfants, intéressant à condition d'aimer le privé et l'anecdotique (voire l'apologie).

Prochainement sortira le livre En toute liberté, signé Roland Giraud, comédien que j'aime infiniment et qui, bien sa carrière sorte largement du cadre de ce blog, m'inspire beaucoup. Dernièrement, il a même rappelé que son acteur modèle n'était autre que ... Pierre Fresnay ! Ce qui n'est pas pour me déplaire, l'acteur devrait probablement raconter sa rencontre chaleureuse avec l'illustre comédien dans cet ouvrage. A suivre ! Robert Hossein publie également ses mémoires, Tout ce que je n'ai pas oublié, et je dois avouer un peu honteusement que ça ne m'intéresse pas du tout. Il faudra qu'un brave internaute fidèle de ce blog nous en fasse une petite synthèse ! Enfin, Paris-Hollywood, le rêve français du cinéma américain propose un titre alléchant ... espérons qu'il ne se bornera pas à évoquer les quelques derniers comédiens en date à avoir quitté la France mais qu'il se fera une bonne alternative à la section Transatlantique de ce blog !

L'année Jean Marais

Nous fêterons en décembre prochain le centième anniversaire de la naissance de Jean Marais ! Pour l'occasion, les distributeurs divers s'échinent à sortir ou ressortir divers produits, pour notre plus grand bonheur. Ainsi du livre majeur de Carole Weisweiller et Patrick Renaudot, Jean Marais, le Bien-Aimé, ressort avec une nouvelle couverture et une nouvelle préface (signée Alain Delon, qui semble trouver plaisir depuis quelques temps à assister à tous les enterrements et préfacer tous les ouvrages de cinéma). Cet ouvrage assez documenté présente toutefois quelques défauts à mon sens, puisqu'il exclu de la carrière de Jean Marais tout ce qui a fait de lui une star populaire, à savoir les films de cape et d'épée ou les comédies (type Fantômas), pour ne retenir que sa relation privée et artistique avec Jean Cocteau. De ce point de vue, Le Bien-Aimé est extrêmement complet et on retrouve en annexe des documents inédits.

Côté DVD, les sorties s'accumulent depuis plusieurs mois. On retrouve chez René Chateau Le secret de Mayerling (Delannoy, 1949) avec Dominique Blanchar et Jean Debucourt, et l'oublié Les miracles n'ont lieu qu'une fois (Allégret, 1951) avec Marcelle Arnold. Gaumont à la demande propose dès avril le DVD de 7 hommes et une garce où Jean Marais donne la réplique à Sydney Chaplin (fils de Charles) et Guy Bedos. Sans compter les Blu-ray édités l'année dernière (Le Bossu, Le Capitan, Le masque de fer, Les mystères de Paris). Les complétistes de Jean Marais sont heureux, la filmographie de leur idole n'aura bientôt plus aucun secret pour eux.

Enfin, pour les chanceux qui habitent sur la Côte d'Azur, la Cinémathèque de Nice propose une rétrospective Jean Marais avec une dizaine de films projetés sur grand écran (dont Les Chouans, Nez de cuir, Le gentleman de Cocody, Train d'enfer ...).

Bon anniversaire à ... Henri Jeanson (1900-1970)



Régulièrement, quand on veut résumer grossièrement le cinéma français en deux époques, on évoque les grands dialoguistes : Henri Jeanson pour l'entre-deux-guerres (années 1930-1940) et Michel Audiard pour l'après guerre (années 1950, 1960, 1970). De fait, il est très pratique d'évoquer l'évolution des carrières d'acteurs tels que Bernard Blier, qui mangea à l'Hôtel du Nord (M. Carné, 1938) puis dans la cuisine des Tontons flingueurs (G. Lautner, 1963).

Pour autant, les carrières des deux grands dialoguistes et scénaristes ne se limitent pas à des périodes chronologiques bornées ; ainsi Henri Jeanson dialogua encore Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), Pot-Bouille (Duvivier, 1957), Marie-Octobre (Duvivier, 1959), La vache et le prisonnier (Verneuil, 1959) et Les Bonnes causes (Christian-Jaque, 1963) après la guerre. Il est vrai aussi qu'on l'associe plus facilement à ses créations des années 1930 et 1940 : Pépé le Moko (Duvivier, 1937), Entrée des artistes (Allégret, 1938), Hôtel du Nord (1938), La nuit fantastique (L'Herbier, 1938), Un revenant (Christian-Jaque, 1946), Les maudits (Clément, 1947), Entre onze heures et minuit (Decoin, 1949).

Henri Jeanson reste l'un des dialoguistes phares du cinéma français et on lui doit quelques unes de ses répliques les plus fameuses à l'image du légendaire Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? d'Arletty. Il fut aussi le défenseur du Corbeau (Clouzot, 1943) lors de son lynchage à la Libération.

Né le 6 mars 1900 à Paris, Henri Jeanson aurait fêté aujourd'hui ses 113 ans !

"GAROU-GAROU LE PASSE MURAILLE" (de Jean Boyer, 1951)

En quelques mots : Léon Dutilleul, célibataire et modeste fonctionnaire, se découvre un soir d'ivresse la faculté de traverser les murs. D'abord embarrassé, puis curieux de s'aventurer en quelques secondes dans des endroits interdits, il fait la rencontre d'une belle jeune femme qui vole dans un hôtel de luxe. Pour la remettre dans le droit chemin, il devient lui aussi voleur et se fait connaître sous le nom de Garou-Garou.

On pourrait attendre beaucoup de cette adaptation de la courte nouvelle de Marcel Aymé, amusante, fantastique et tragique. Le parti d'en tirer un film allongé est intéressant, d'autant que l'adaptation est signée Michel Audiard et que Bourvil semble convenir parfaitement au rôle. Hélas, il est parfois des rencontres qui avortent et des regrets qui en naissent ; on aurait préféré la patte plus légère de Jean Cocteau pour traiter avec poésie cette fable sur l'incroyable destin d'un homme banal ; on aurait aimé que Bourvil soit mieux servi. Car après un début assez convaincant, des personnages secondaires bien plantés (le couple Marcelle Arnold/Jacques Erwin, formidable), cette histoire d'homme qui a le don de traverser les murs s'enlise dans des démêlés romantiques très pénibles que ne sauvent pas les prestations de Gérard Oury (qui se prend des baffes de Bourvil dans une scène amusante) et Joan Greenwood, jeune starlette des studios Ealing qui tourna la même année un autre film avec un homme très recherché, l'excellent Alec Guinness dans L'homme au complet blanc (A. Mackendrick, 1951).



Si l'histoire d'amour est très pénible à suivre - Joan Greenwood minaude à n'en plus finir dans une affreuse voix française -, elle réserve toutefois quelques moments appréciables, et la courte durée du film ne laisse pas un trop mauvais goût. On regrette évidemment que la fin ne soit pas plus fidèle à la nouvelle, bien plus pessimiste ; on se console avec les seconds rôles de qualité : Souplex, Oury, Crémieux, Lannes et les autres.

mardi 5 mars 2013

"BANCO À BANGKOK POUR OSS 117" (de André Hunebelle, 1964)



En quelques mots : En Asie du Sud, un savant fou menace le monde de propager un nouveau virus de la peste ; plusieurs pays sont déjà touchés. Les services secrets américains envoient sur place Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, pour régler cette affaire. Il fait la connaissance d'un mystérieux docteur, de sa charmante soeur dont il tombe amoureux et d'une jolie secrétaire un peu farouche.

Né de la plume de Jean Bruce à la fin des années 1940, Hubert Bonisseur de La Bath, dit OSS 117, est un des grands espions de la littérature de la Guerre Froide, et connut le succès avant son confrère britannique James Bond, dit 007. Passionné par les récits d'espionnage réalistes, type John Le Carré, j'avais commencé à lire les aventures de OSS 117 il y a quelques années ; mais, comme je peux aller au bout d'un film qui ne m'intéresse pas, je ne peux me résoudre à finir un livre dans pareil cas - mon expérience littéraire avec l'espion n'est donc pas concluante et j'aurais du mal à évoquer l'adaptation cinématographique présente. Il faut toutefois remarquer que celle-ci s'inscrit dans un genre assez peu prolifique, la comédie d'espionnage, entre le pastiche caricatural (très réussi dernièrement par Michel Hazanavicius) et le gros film d'action avec explosions et cascades spectaculaires. Constamment sur le fil, Banco à Bangkok pour OSS 117 - quel titre ! - enchaîne ces deux aspects avec plus ou moins de réussite. Si les dialogues sont assez amusants pour nous décrocher quelques sourires, la mise en scène paresseuse de André Hunebelle alliée à des effets spéciaux désolants gâchent un peu cette aventure asiatique pourtant parée de Pier Angeli dans ses dernières années de gloire et de beauté, Robert Hossein en méchant savant fou (grotesque avec son turban pour sa première apparition) et Dominique Wilms en secrétaire revêche.



Tous ces quelques bons points n'empêchent pas le film d'avancer sur un autre fil parallèle, moins glorieux, où chaque réplique, voix française et cascade menacent notre impétueux OSS 117 de se galvauder dans le pur nanar à la française. Selon les goûts, l'allure nonchalante du méconnu Kerwin Mathews et ses dialogues feront sourire ou désoler. La longueur excessive du film ne joue pas en sa faveur (presque deux heures, avec des séquences inutiles), ni même son ridicule dénouement de carnaval - même si un peu de kitsch fait parfois du bien à beaucoup d'entre nous.

lundi 11 février 2013

Qui pour succéder à Benoit XVI ?

Alors que le monde catholique apprend la surprenante nouvelle de la démission du souverain pontif Benoit XVI, les journalistes les plus spécialistes de la question se demandent déjà qui va lui succéder. L'âge d'or du Cinéma Français a déjà sa petite idée ...


vendredi 8 février 2013

Bon anniversaire à ... Christian Marin (1929-2012)



On aurait aimé fêter un anniversaire de plus pour Christian Marin. Celui qui fut quatre fois le gendarme Merlot aux côtés de Louis de Funès et Michel Galabru s'est éteint l'année dernière et nous lui avions consacré un petit hommage. Je n'ai toujours pas lu ses mémoires (Mémoires d'un chevalier du ciel, Sillages 2012), faute de temps, mais peut-être un gentil cinéphile internaute s'en est-il chargé ? Il doit certainement y avoir quelques bonnes anecdotes sur le parcours de cet homme qui a traversé avec drôlerie le cinéma des années 1960 et 1970.

Christian Marin aurait fêté aujourd'hui ses 84 ans !

mardi 5 février 2013

Maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément !



C'est peut-être l'une des scènes les plus célèbres du cinéma français. Louis de Funès, au volant de sa grosse et puissante Rolls-Royce pulvérisant en quelques secondes la Citroën 2 CV du brave Bourvil qui partait en vacances faire toute l'Italie. Une destruction tragi-comique qui n'est pas seule dans l'oeuvre de Gérard Oury.

Je me suis aperçu, le sourire en coin, que le metteur en scène s'est amusé à maltraiter l'automobile dans une grande partie de ses films - la Cadillac du Corniaud (1965) n'est d'ailleurs pas beaucoup plus épargnée que la 2 CV, si ce n'est qu'elle reste en état de rouler, pas moins que la Jaguar de Saroyan, mise hors d'usage par quelques vulgaires morceaux de sucre. Dans La grande vadrouille (1966), son film suivant, Gérard Oury ruine le parc automobile de la Kommandantur et esquinte des motos allemandes avec des citrouilles !



Dans Le cerveau (1968), la marque Citroën en reprend pour son grade puisque la fameuse DS est coupée en deux par un Jean-Paul Belmondo fou du volant qui s'amuse à déclarer à Bourvil Il te plait pas mon coupé ? Point de voitures dans La folie des grandeurs (1971) mais des carrosses ! Et Blaze/Yves Montand l'avait bien dit Il a pas l'air comme ça, mais il n'est pas très solide ce carrosse. Avec son aide, il est même percé et son illustre occupant se retrouve vidé, à la merci du peuple !

Les aventures de Rabbi Jacob, deux ans plus tard, marquent les débuts des voitures volantes, du taxi de Marcel Dalio porté à bout de bras pour dépasser un embouteillage à la DS de Victor Pivert, déviée vers un étang par un conducteur inattentif. Mais cela ne suffit pas à Gérard Oury qui s'offre à nouveau le luxe de faire explorer en route une voiture restée accrochée à une pompe à essence.



Dans La carapate (1978), Gérard Oury poursuit ses carambolages avec un gigantesque accident de la circulation sur la route causé par ... une femme qui se déshabille ! Plus fort encore, Pierre Richard est assis sur un siège éjectable - c'est le cas de le dire - d'une voiture conduite à toute allure par Victor Lanoux. Le même Pierre Richard qui réitère la frayeur de son prédécesseur Pivert dans Le coup du parapluie (1980) lorsque sa voiture (avec Gérard Jugnot au volant) quitte la chaussée pour dévaler une longue pente et s'arrêter sur une plage !

De là à penser que Gérard Oury en avait après les voitures, il n'y a qu'à un pas ... ou plutôt qu'une vitesse !

"LES CHOUANS" (de Henri Calef, 1946)



En quelques mots : En 1799, après les échecs de la Vendée militaire, le marquis de Montauran revient en Bretagne prendre le commandement des derniers fidèles royalistes prêts à lever les armes contre la République. Alors qu'il attend une importante somme d'argent, il fait la rencontre de Marie de Verneuil, républicaine convaincue, qu'il se propose pourtant d'accompagner à Fougères. Comme il lui offre l'hospitalité, les chouans massacrent son escorte.

Après son second film et premier chef d'oeuvre, Jericho (1945), Henri Calef poursuit sa représentation sur grand écran de la société française de l'après guerre, avec pour cadre historique une autre époque de quasi guerre civile, la fin de la Révolution Française. Les Chouans, adapté du roman de Honoré de Balzac, est plus un film contemporain qu'historique, et montre par la métaphore l'affrontement entre la légitimité et la contestation, à cette différence que la fin du XVIIIe siècle était plus floue : les royalistes peuvent se targuer d'être les représentants de la tradition comme de la contestation, autant que les républicains légitimes dans leur nouveau régime et révolutionnaires dans l'Histoire de France. Comme dans Jericho, Calef s'éloigne des carcans du tout noir ou tout blanc, nuance sa vision, à l'image de cette rencontre entre les chefs de la révolte royaliste et les meneurs des représailles républicaines, qui se disent chacun servir leurs idéaux, quitte à se faire la guerre. En cela, toutes les séquences politiques sont parfaites, comme autant de rappels à l'ambiance nauséabonde de l'épuration des années 1944-1947.

Les attentistes ne sont pas non plus oubliés, symbolisés par ce patron d'auberge qui se déclare ni d'un bord, ni de l'autre. A partir de la trame originelle du roman, le scénariste Charles Spaak brode entre Jean Marais, Madeleine Robinson et Madeleine Lebeau une histoire d'amour un peu pénible, car conventionnelle et teintée des plus nobles sentiments, compromis obligatoire au film d'époque classique. Les atermoiements de Jean Marais plombent le film mais n'empêchent pas le réalisateur, aux commandes avec l'excellent Claude Renoir en directeur de la photographie, de lui offrir une de ses plus belles entrées et une de ses plus belles sorties, dans une ambiance brumeuse qui sied bien au contexte de l'histoire. Henri Calef se garde bien de juger ses personnages et ne prend parti pour aucun camp, y compris pour son héros romantique à qui l'on peut reprocher sa faiblesse ou admirer sa raison.


Si l'histoire minaude un peu, on se raccroche à l'intrigue grâce à l'épatant casting : outre un Jean Marais en pleine possession de ses moyens, ténébreux et passionné, on retrouve Madeleine Robinson en chef exaltée de la révolte royaliste, Madeleine Lebeau en républicaine dont le coeur balance - un personnage bien plat mis en valeur par sa beauté -, et des seconds rôles efficaces : Jean Brochard en chouan acariâtre, Louis Seigner en ecclésiastique guerrier, Paul Amiot en aristocrate, Léo Lapara en paysan, Howard Vernon en capitaine républicain tombé dans une embuscade. Un savoureux duo se distingue dans le camp des bleus : Pierre Dux, fougueux officier républicain aux ordres du mystérieux et sarcastique Marcel Herrand, inquiétant au possible, mais tempéré par une volonté d'épargner le sang des français.

A noter que le film existe dans une très bonne édition DVD, chez SNC, à l'image restaurée, avec un long bonus en compagnie de Claude Carliez, le maître d'arme du cinéma français.

Bon anniversaire à ... Claude Giraud (1936)

Claude Giraud reste pour beaucoup l'homme d'un seul film : dans Les aventures de Rabbi Jacob (Oury, 1973) il est Mohamed Larbi Slimane, leader révolutionnaire arabe qui croise le chemin de Victor Pivert alias Louis de Funès. Pourchassé par Farès (c'est effarant !), il se déguise en rabbin puis devient le Président de son pays, accueilli en grande pompe par les autorités françaises, aux Invalides.



Dans les années 1960, il fut un second rôle récurent de la série des Angélique dans le rôle de Plessis-Bellières. Il a terminé sa carrière l'année dernière dans un petit rôle de romain dans le mauvais Astérix et Obélix : au service de sa majesté (Tirard, 2012). Les amateurs de doublage, et plus particulièrement du cinéma américain, le connaissent bien : il est la voix française de nombre de films de Tommy Lee Jones, Robert Redford et, pour les inconditionnels de mon genre, de Jeffrey Jones, l'empereur mélomane dans Amadeus (Forman, 1984).

Jeune retraité, Claude Giraud fête aujourd'hui ses 77 ans ! Joyeux anniversaire !
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