dimanche 21 juillet 2013

Décès du cinéaste Denys de la Patellière (1921-2013)

Nous apprenons à l'instant, avec peine, la mort du réalisateur français Denys de la Patellière. L'âge d'or du cinéma français lui avait fêté son anniversaire le 8 mars dernier, arguant qu'il était l'un des derniers cinéastes encore en vie de notre époque privilégiée. Il s'est éteint à quelques kilomètres de chez moi, en Bretagne.



Fidèle à ses acteurs et à une mise en scène classique, académique mais au service de l'histoire, il fut le réalisateur célèbre d'Un taxi pour Tobrouk (1960) et du Tatoué (1968), où la rencontre Gabin-Funès fait, aujourd'hui encore, couler beaucoup d'encre. Outre ses deux grands succès passés à la postérité, on lui doit une histoire d'Aristocrates avec Pierre Fresnay (1955, son premier film), Rue des prairies (1959) avec Jean Gabin, Le tonnerre de Dieu (1964), Du rififi à Paname (1965), un étonnant Voyage du père avec Fernandel (1966) et un remake du laborieux Caroline Chérie de Richard Pottier.

Mon film préféré de Denys de la Patellière reste, comme beaucoup, Les grandes familles (1958), excellente histoire familiale où s'affrontent Jean Gabin et Pierre Brasseur, servis par quelques très bonnes répliques et un par un scénario sombre et sans concessions.

"PAMELA" (de Pierre de Hérain, 1945)



En quelques mots : Sous le Directoire, le jeune dauphin, fils de Louis XVI, reste prisonnier dans une cellule de la prison du Temple. Paul Barras est l'homme fort du moment et exerce, par son autorité et son intelligence, un pouvoir mesuré face aux intrigues royalistes visant à faire échapper l'héritier au trône de France. Paméla, une commerçante pleine de charme, se rallie à la cause loyaliste et use de ses charmes pour piéger Barras.

Paméla apparaît un titre bien mal choisi pour cette intrigue historique que l'on aurait préféré nommée, à l'image du sous-titre de l'affiche, L'énigme du Temple. L'un des grands intérêts du film est, en effet, d'évoquer les mystères qui entourent l'existence du fils de Louis XVI et Marie-Antoinette, le jeune Louis-Charles, que l'on connaît également comme Louis XVII, puisque successeur de droit à son défunt père. Emprisonné au Temple, le jeune garçon fut l'objet de toutes les convoitises : des républicains qui voulaient conserver cette graine de tyran dans ses geôles ; des royalistes qui voyaient en lui le Roi de France légitime. L'argument du film est l'exploration romancée d'une rumeur selon laquelle le jeune Dauphin aurait été libéré par des partisans et considéré comme mort puisque remplacé par un autre petit garçon, décédé dans sa cellule en 1795. Nous savons aujourd'hui, par des analyses ADN que Louis XVII est bien mort dans sa prison - son cœur repose dans la basilique Saint-Denis - mais le film, réalisé au milieu des années 1940, pouvait encore se permettre de croire à cette substitution historique.


Romancée et parsemée d'incohérences, l'histoire de Paméla n'en demeure pas moins prenante, malgré de longues séquences mondaines inutiles. Le réalisateur Pierre de Hérain, aujourd'hui plus célèbre pour être le gendre du Maréchal Pétain que pour son oeuvre, met en scène quelques beaux moments de cinéma, bien éclairés, réunissant pour l'occasion un Fernand Gravey impeccable en Barras manipulateur et Renée Saint-Cyr en Paméla intrépide et rusée. René Génin, Gisèle Casadesus (Joséphine de Beauharnais), Jeanne Fusier-Gir, Georges Marchal (inexploité) et Raymond Bussières (très bon) complètent la distribution.

Le film est daté pour plusieurs raisons de circonstance - la thèse de départ, les moyens de production, les accents théâtraux de certains acteurs, la pauvreté des décors - mais ne mérite pas une opprobre qui serait bien injuste. Tout passionné d'Histoire trouvera un intérêt dans ce film de 1945 qui oppose deux France, sans que l'on retrouve pour autant la force cinématographique et métaphorique des Chouans de Henri Calef (1946).

samedi 20 juillet 2013

Bon anniversaire à ... Mireille Balin (1909-1968)

Mireille Balin appartient à la légende du Cinéma Français, par son étonnante et courte carrière, pourtant parsemée de plusieurs chefs d’œuvres ; par son terrible destin, à l'image de la femme qu'elle représentait, typiquement cinématographique, dramatique. Pour lui rendre un hommage, que l'on retrouve assez peu sur internet, j'avais représenté toute sa carrière sur grand écran grâce aux affiches de ses films.



Son magnétisme, sa beauté sont inoubliables. Ses airs de Marlène Dietrich et son phrasé sans fards, presque populaire, firent d'elle une des actrices françaises les plus emblématiques du cinéma français des années 1930. Personne n'a oublié ses compositions de vamps face à Jean Gabin dans Pépé le Moko (Duvivier, 1936), Gueule d'amour (Grémillon, 1937). Un simple regard éclairé par les reflets du soleil asiatique dynamite littéralement l'ouverture dramatique de Macao, l'enfer du jeu (Delannoy, 1940), illumination que l'on retrouve à la fin de L'assassin à peur la nuit (Delannoy, 1942). A la Libération, elle fut victime de ses amours étrangers : violée et battue par des résistants, sa carrière fut brisée et elle termina sa vie dans la misère et l'alcoolisme.

Née le 20 juillet 1909 à Monte-Carlo, Mireille Balin aurait fêté aujourd'hui ses 104 ans !

vendredi 19 juillet 2013

"DESTINS" (de Richard Pottier, 1946)

En quelques mots : André Cartier, célèbre chanteur qui a fait fortune aux Etats-Unis, revient en France et entame un tour de chant dans une grande salle parisienne. Au même moment, Fred, son frère jumeau sort de prison et, face à la pression de son intrigante fiancée, décide d'obtenir de l'argent de son richissime frère. D'abord conciliant, le chanteur cède puis refuse de payer.

D'emblée, je dois préciser que cet achat chez René Chateau n'est motivé que par la présence de Micheline Francey au générique et par la curiosité de voir Tino Rossi faire l'acteur devant la caméra. Destins lui est tout entier dévoué et n'est qu'un prétexte à contenter les aficionados du chanteur, qui enchaîne cinq ou six chansons, dont son célèbre Petit Papa Noël. L'histoire se résume à une classique rivalité entre frères jumeaux (quelques séquences réussies par ailleurs) et à un enlèvement convenu, servis par une mise en scène pantouflarde de Richard Pottier, qui n'a d'autre choix que de subir l'omniprésence de sa vedette. Le projet est tellement peu crédible que personne ne s'embarrasse, par exemple, de cette interminable scène de chanson dans un parc, où plusieurs midinettes entonnent Y'a d'l'amour, en marge de l'histoire, de toute cohérence scénaristique. Seule la version live de Petit Papa Noël (que l'on entend quand même trois fois dans le film !), mélancolique, reste appréciable aujourd'hui.



Du reste, Destins se suit quand même sans déplaisir. Tino Rossi assure correctement son double rôle, sans éclat mais avec sa présence habituelle. Les seconds rôles ne sont pas gâtés par la faiblesse du scénario mais je retrouve avec plaisir Micheline Francey en secrétaire fidèle - ainsi que son fils Thierry qui interprète le petit Jackie - et Mila Parély, seul rôle un peu intéressant, en garce manipulatrice et intéressée. A noter également, la jolie composition de Armand Bernard, en imprésario au bord de la crise de nerf. A réserver principalement aux inconditionnels de Tino Rossi.

mercredi 12 juin 2013

Quelques nouvelles de juin !

Non, le blog n'est ni mort, ni abandonné ! C'est un fait, voilà quelques temps qu'il n'a plus été mis à jour mais que voulez vous, je suis encore un peu étudiant, peut-être futur professeur d'Histoire, et je manque parfois de temps pour voir des films et les commenter sur le blog. Publier une critique propre et détaillée, rédigée correctement, illustrée avec des captures d'images est un travail de longue haleine que je ne veux pas sacrifier au profit de la médiocrité. Vos commentaires, dans l'ensemble élogieux, sur le blog et sur la page Facebook du blog, me poussent à croire que vous appréciez mon travail. Je vous en remercie encore !

Sociabilités

Je le disais donc, malgré le manque de mises à jour récentes - ce qui ne va pas durer, rassurez vous, l'été arrive avec sa période de repos estudiantine - vous êtes de plus en plus nombreux sur la page Facebook du blog, toujours disponible à cette adresse. On y échange un peu, on lit beaucoup et on se donne des adresses intéressantes. Si vous désirez suivre l'évolution du blog au quotidien, c'est l'adresse idéale. En ce qui concerne Twitter, je n'en vois pas réellement l'intérêt pour le moment. Toutefois, si vous êtes nombreux à me demander l'ouverture d'un compte dédié au cinéma français, je l'ouvrirai. Avis aux twittos, le profil de notre ami Philippe Morisson relaye beaucoup d'informations intéressantes. N'hésitez pas à y faire un tour !


Quelques sorties DVD

Gaumont n'en fini pas de nous étonner et sort à un très bon rythme des classiques et inédits du cinéma français, devenant petit à petit un éditeur de référence pour tous les cinéphiles.


Citons ainsi Le fil à la patte (1955), que j'avais évoqué il y a quelques temps sur ce blog, bonne comédie de Guy Lefranc, interprétée par une belle bande de comédiens dont Noël-Noël, Suzy Delair et Bourvil. Gaumont en a d'ailleurs profité pour bloquer mon extrait vidéo de ce film sur YouTube mais qu'importe ... De 1956, Paris Palace Hôtel de Henri Verneuil avec Charles Boyer, Françoise Arnoul et Julien Carrette ; et Le diable probablement de Robert Bresson (1977) pour les amateurs.

Dans les trésors de la télévision, notons la sortie de l'intégrale Maurin des Maures, série télévisée des années 1970 avec Jean Gaven en tête d'affiche, accompagné de Albert Dinan et Maurice Sarfati. Jean Gaven fut un second rôle actif à partir des années 1950 et j'ai eu la chance d'avoir de ses nouvelles récentes : à 91 ans, il est toujours marié à la charmante Dominique Wilms et se réjouit de savoir que l'on s'intéresse toujours à lui ! Ce coffret, qui vient de sortir, doit le ravir.

Livres

Outre quelques intéressantes sorties consacrées au cinéma américain (Cecil B. DeMille, Kirk Douglas ...), pas grand chose à déclarer du côté du cinéma français, si ce n'est des curiosités : les mémoires de Line Renaud d'une part, pour ceux que ça intéresse ; une étude sur le réalisateur Jean-Claude Biette d'autre part, critique des Cahiers du Cinéma. Un énième livre sur Lino Ventura a été publié en avril dernier (par Pascal Djeema, sobrement intitulé Le grand acteur de Perce-Neige).


Plus intéressant, un livre sur Fernand Raynaud, que je n'ai pas encore consulté, écrit par son meilleur ami et compagnon de route. Son oeuvre cinématographique n'est pas aussi réputée que ses sketchs, à juste titre, mais il faudrait surement les revoir pour s'en assurer. Notons aussi une curiosité qu'il faudrait survoler, Les enfants du cinéma, par François-Guillaume Lorrain qui s'intéresse aux destins des principaux enfants devenus célèbres chez les cinéphiles pour un rôle de légende.

Enfin, et ce fut un plaisir de le revoir lors de l'hilarante conférence de presse de Jerry Lewis au dernier festival de Cannes, un ouvrage sur l'oeuvre méconnue de Pierre Etaix, qui semble très complet en documents et entretiens. Un acteur réalisateur qu'il faudra réhabiliter.

Mémoire du cinéma français

Le Musée de Louis, consacré à Louis de Funès, dans son petit village du Cellier (Loire Atlantique), dont je vous avais parlé, continue de faire parler de lui avec succès. Une première soirée autour de La folie des grandeurs (Oury, 1971) a été organisée et a enchantée le public présent. Prochaine soirée, pour les amateurs de comédie ou ceux qui voudraient découvrir les bords de Loire, le 5 juillet, avec une projection du Petit Baigneur (Dhéry, 1968).


Pour les parisiens, la Cinémathèque Française propose ce mois de juin une rétrospective en hommage au réalisateur René Clément avec un certain nombre de films dont Gervaise (1955), Jeux interdits (1951) et l'excellent film Les Maudits (1946), un des rares films de sous-marin français.


Enfin, à partir du 19 juin, l'excellent cinéma de Nantes, Le Cinématographe, bien connu des cinéphiles, propose une rétrospective Jean Renoir avec la projection de 17 films et un documentaire de Jacques Rivette, l'occasion de revoir des classiques et des films rares (dont son Tire au flanc) sur grand écran.

mardi 26 mars 2013

"DYNAMITE JACK" (de Jean Bastia, 1961)



En quelques mots : De France, Antoine Espérandieu arrive en Arizona pour faire fortune. Hélas son ami français est mort, tué par le redoutable Dynamite Jack, terreur de la région et fin tireur. Antoine, plein d'inconscience, se rend compte trop tard qu'il est l'exact sosie de Dynamite Jack et s'expose à de grands dangers ... et à l'amour de jolies femmes !

Le western français est un sous-genre qu'il serait bon d'étudier, ne serait-ce que pour rendre compte de la diversité insoupçonnée des productions, de Joe Hamman et Jean Durand à Fernand Reynaud et Robert Hossein. Fernandel s'y est aventuré, c'est le cas de le dire, plusieurs fois : avec La terreur de la pampa (Cammage, 1932) ou Ernest le rebelle (Christian-Jaque, 1938). Dynamite Jack, tourné au début des années 1960, quelques années avant les débuts réels du western européen, dont le spaghetti est le plus fameux, est tout de même le plus célèbre et le plus assumé. Le résultat est catastrophique, difficilement visible pour plusieurs raisons : la mise en scène de Jean Bastia est d'une lenteur insupportable, sans aucun rythme et réduit à néant toute tentative de gag (la longue scène de poker entre Fernandel et son double) ; les décors, trouvés en Camargue probablement, sonnent faux - un cactus dans chaque coin d'angle pour montrer qu'on est dans le Sud des Etats-Unis ne rend pas plus crédible cette histoire que les intérieurs de pacotille (quoique le saloon soit appréciable) ; Fernandel enfin n'est fait pas assez, étonnamment (!), pour sauver ce nanar de l'ennui total passées les vingt premières minutes. Son personnage de hors-la-loi laconique lui va mal et il faut une sacrée admiration pour oser aller au bout de cette histoire à rebondissements.



Avec un peu de bonne volonté, on peut quand même s'amuser - pour passer le temps du film - à noter les quelques références aux classiques du genre : un gunfight de saloon dans le noir, à la lueur des balles, rappelle (surement involontairement) Le Cavalier de la mort (De Toth, 1951), en moins bien ; le vieux personnage interprété avec entrain par Lucien Raimbourg peut évoquer le Stumpy/Brennan de Rio Bravo (Hawks, 1959). Mais le plus amusant est le caractère avant-gardiste de Dynamite Jack puisqu'il devance d'une année l'une des scènes les plus célèbres de l'histoire du western, le duel à trois de L'homme qui tua Liberty Valance (Ford, 1962) où celui qui tue le méchant n'est pas celui qu'on croit, appliquant ainsi avant l'heure la formule selon laquelle quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende.

lundi 25 mars 2013

Découvertes et coup de gueule !

Internet

Au gré de mes soirées, quand elles ne sont pas consacrées à la géographie ou l'Histoire, je peux découvrir quelques sites dignes d'intérêt. En témoigne le blog officiel des Amis de Jean Delannoy, consacré au célèbre réalisateur régulièrement mis à l'honneur sur L'âge d'or du Cinéma Français, qui vous offre de nombreuses informations sur l'actualité de l'association et continue à faire vivre la mémoire de Jean Delannoy, cinéaste un peu tombé en désuétude hélas.

Leurs liens m'informent également de l'existence d'un site officiel du Comité Jean Cocteau, largement documenté et qui peut même vous proposer des expertises sur demande. A visiter absolument !

Autre découverte, hélas plus triste, un site consacré à l'acteur Fransined, le frère méconnu de Fernandel, comme un hommage. Francis Contandin, qui est apparu dans une trentaine de films (jamais avec son frère) dont Borsalino (Deray, 1970), Jean de Florette (Berri, 1985) ou Le garçon sauvage (Delannoy, 1951), est, en effet, décédé à Marseille en octobre 2012 dans l'indifférence. Ceux qui l'ont connu ou qui voudrait lui rendre hommage peuvent aller sur le site Fransined.com

Le château de Louis de Funès est aujourd'hui presque aussi célèbre que son ancien illustre propriétaire et le petit village du Cellier, non loin de Nantes, accueille toujours beaucoup de visiteurs admirateurs de l'acteur. La preuve, j'y suis allé il y a quelques années ! Dans quelques temps, la commune possédera un Musée consacré à l'acteur comique, apparemment en lien avec la nature environnante, le théâtre, la danse, le jardinage ... Une interactivité appréciable qui se précise jour après jour. Pour les plus curieux, visitez le site officiel ou la page Facebook (pour les toutes dernières informations).

Un blog qui est partenaire de L'âge d'or du Cinéma Français depuis plusieurs mois mais dont je n'avais pas encore parlé dans un article, enfin. Sobrement intitulé Cinéma Français, il est un formidable agenda télévisé et vous rappelle quels films français passent à la télévision prochainement, avec un petit résumé et quelques informations techniques. Incontournable également. N'hésitez pas à rejoindre le groupe Facebook.

Livres

Qu'on se le dise, je n'ai rien contre Marilyn Monroe, bien au contraire, mais ce n'est plus possible. Plus les années passent, plus le nombre de monographies aussi barbantes qu'inutiles envahissent les rayons cinéma des grandes surfaces, déjà assez monotones dans leurs choix. Ce soir, pas moins de douze ouvrages sur la belle blonde, dans un centre Leclerc de Rennes ! Avec malice, je me suis toutefois permis de les cacher derrière une imposante biographie de Clint Eastwood par Patrick McGilligan. Que je ne puisse choisir un livre sur le cinéma français à mettre en avant est assez révélateur ... Un coup d'oeil au sommaire de l'ouvrage de Christophe Geudin et Jérémie Imbert, Les comédies à la française - 250 films incontournables du cinéma français ! est aberrant : deux pages seulement pour résumer le cinéma comique des années 1930 et 1940, une quinzaine pour les années 1950 - et n'espérez pas sortir des Fernandeleries. Tout juste un Mocky pourra probablement sembler intrépide, un rien underground, aux auteurs. Pauvres Georges Milton, Pauline Carton, Saturnin Fabre, Max Linder et autres Raymond Cordy, ils ne sont pas prêts de sortir de leur oubli. Le livre se contente d'accumuler les clichés, faisant la part belle à Louis de Funès et Bourvil, jusqu'à Dany Boon et Bienvenue chez les ch'tis. Pierre Richard se charge d'une courte préface assez révélatrice du reste : lui non plus n'a pas grand chose à dire de nouveau. 25€ le plat réchauffé, c'est cher.

Le petit Gabin illustré par l'exemple (Philippe Durant, Nouveau Monde) semble plus intéressant sur le principe, quoique là aussi assez limité dans les clichés. Il fait écho au Petit Audiard illustré par l'exemple (2011) du même auteur, ramassis insolent et inutile de bons mots de l'auteur (mieux vaut revoir les films ou reprendre l'ouvrage édité chez René Chateau, Audiard par Audiard). Une quinzaine d'euros à débourser pour un travail sans saveur. Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas eu le temps de me faire un avis sur Fernandel, le rire aux larmes de André Ughetto dont le titre pompier ne me plaît guère, ni même sur Les grandes gueules du cinéma français (Philippe Lombard, 2012). Le sponsor Studio CinéLive de ce dernier me fait peur, je dois l'avouer ... Le Jean Renoir de Pascal Mérigeau est toujours en rayons, bien propre dans son papier d'emballage.

Je l'avais évoqué dans un article précédent, l'autobiographie de Roland Giraud (En toute liberté, 2013) propose quelques bons moments, dont l'un qui m'est cher, sa rencontre avec Pierre Fresnay. Je ne voudrais pas vous ôter le plaisir des deux pages consacrées à l'acteur et vous incite donc à cet achat.

mercredi 20 mars 2013

"MA POMME" (de Marc-Gilbert Sauvageon, 1950)



En quelques mots : Maurice Vallier, un clochard surnommé "Ma Pomme" vivote avec son ami Fricotard, chantant pour quelques pièces. Quand on lui apprend qu'il est l'héritier d'un lointain corsaire et propriétaire d'un trésor de plusieurs milliards, il ne s'emballe pas et demande à voir si les deux autres bénéficiaires méritent l'argent. D'attraction pour les bourgeois, le clochard devient l'objet de toutes les attentions.

Après Bal Cupidon (1949), Ma Pomme ... rassurez-vous, je ne commence pas une improbable intégrale de la courte carrière du réalisateur Marc-Gilbert Sauvageon, scénariste prolifique dans la quantité, passé metteur en scène le temps de cinq films entre 1949 et 1951. Il s'agit de hasard, comme souvent. Toutefois, ma volonté de retrouver Maurice Chevalier, que j'aime tant, au cinéma, était bien volontaire. J'avais eu en main le DVD de Ma Pomme il y a quelques mois et, découragé par des critiques massivement négatives, j'avais moi même oublié de le regarder. C'est à présent chose faite et je ne saurais dire si je regrette. Ceux qui ne considèrent Maurice de Paris que pour Gigi (Minnelli, 1958) ou Ariane (Wilder, 1957) seront cruellement déçus ; les autres, nostalgiques du petit gars de Ménilmuche, y trouveront leur "conte", pas jobard mais plaisant à condition de supporter de terribles longueurs et une mise en scène datée. C'est aussi une bonne occasion de retrouver d'excellents comédiens : la jolie Sophie Desmarets et son regard espiègle, sous exploitée hélas, tout comme Jane Marken, réduite à quelques scènes d'agonie. Raymond Bussières s'impose difficilement comme accordéoniste face à Maurice Chevalier ; le jeune Jacques Dynam interprète l'amoureux déçu de Claire / Véra Norman.



Ma Pomme est un film nostalgique : de la chanson éponyme, créée en 1936 et que Maurice Chevalier chantait déjà dans L'homme du jour (Duvivier, 1936) - que l'on entend à peine dans le film de Sauvageon, rageant ! De l'amour ensuite, qui nous offre cette fin très mélancolique, assez réussie même si elle est pompière ; le personnage de "Ma Pomme" lorgne un peu sur le rire aux larmes de Charlot, sans y parvenir.

Enfin, le film permet de s'interroger sur l'image du vagabond dans le cinéma français de l'après-guerre. "Ma Pomme" est antimilitariste, rejette la société de consommation, se moque de la politique et passe son temps à la belle étoile, à chanter. Vision idéaliste, idéalisée, d'une précarité qui, peut-être, faisait moins peur et d'une liberté que l'on sait parfaitement illusoire. Ce genre de films, et de personnages, ne pourrait plus exister aujourd'hui, et c'est probablement pourquoi il vieillit mal - c'est aussi ce qui fait son charme. Maurice Chevalier, difficilement crédible, apparaît pourtant l'interprète idéal pour cet emploi (comme Gabin dans Archimède le clochard, Grangier, 1959) qui n'est que déformation de l'image quasi mythique du titi parisien qui drague les souris aussi bien qu'il manie l'argot des faubourgs. Sur un trottoir, ce clochard aux yeux doux ... ça sent si bon la France !

mardi 19 mars 2013

"Je suis ministre, je ne sais rien faire !"

Jérôme Cahuzac, éphémère ministre du Budget, vient donc de tomber en disgrâce et d'être remplacé sur le champs dans ses fonctions. Cela ne vous rappelle rien ? Il y a quelques décennies déjà, Don Salluste, ministre incorruptible et adoré de son peuple, était injustement révoqué de la Cour du Roi d'Espagne. On se souvient tous, avec émotion, de l'instant où il apprit la triste réalité.



Extrait audio : "Qu'est-ce que j'ai fait ?!"


Certes, les choses se passent plus calmement aujourd'hui pour les ministres de la République et Mediapart a remplacé les enfants illégitimes, mais la folie des grandeurs est intacte ! A cette différence que les barbaresques ont les plus parfums plus chocolatés de la Suisse. Les époques passent, les méthodes restent. Et les répliques de garder leurs effets ...

Qu'est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire !


Bon anniversaire à ... Simone Renant (1911-2004)



Ce n'est pas la première fois que le hasard fait bien les choses et me permet d'évoquer une actrice ou un acteur juste après avoir vu un de ses films. Simone Renant ne fut jamais véritablement une star de cinéma mais elle a laissé son joli sourire et son tempérament affirmé dans plusieurs films : comtesse du Barry dans Les perles de la couronne (Guitry, 1937), maîtresse de Jean Marais dans Voyage sans espoir (Christian-Jaque, 1943), ange du Paradis dans La tentation de Barbizon (Stelli, 1946), elle forme un duo vedette par deux fois avec Pierre Blanchar dans Après l'amour (Tourneur, 1948) et Bal Cupidon (Sauvageon, 1949). Elle est encore tête d'affiche de Sans famille à la fin des années 1950, avec Pierre Brasseur, mais les rôles se font plus rares : Les liaisons dangereuses (Vadim, 1959), chanteuse dans L'homme de Rio (Broca, 1964) et enfin une apparition dans Trois hommes à abattre (Deray, 1980).

Son rôle le plus marquant reste probablement celui de Dora, la photographe du Quai des orfèvres (Clouzot, 1947), ange-gardien du couple Blier/Delair, prête à se dénoncer à leur place.

Née le 19 mars 1911 à Amiens, Simone Renant aurait fêté aujourd'hui ses 102 ans !


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