samedi 26 octobre 2013
Bernard Le Coq dans "Les grandes vacances" (1967)
Nostalgie et transmission toujours. L'âge d'or du cinéma français fut aussi celui des naissances. J'évoquais les débuts de Johnny Hallyday il y a quelques jours, dans Les diaboliques (Clouzot, 1955), voici à présent ceux de Bernard Le Coq, formidable acteur - hélas sous-exploité au cinéma malgré quelques très beaux rôles - que tout le monde connaît. Dans Les grandes vacances (Girault, 1967), il est le jeune Jean-Christophe, élève timide qui vient d'obtenir difficilement son année. On le sent intimidé et pour cause ! Il était prévu que Bernard Le Coq dise quelques phrases face à Louis de Funès mais, paralysé de trac pour ce premier rôle face à l'un des acteurs les plus célèbres du cinéma français, il fut parfaitement incapable d'aligner correctement ses quelques répliques, ce qui explique qu'elles aient été coupées au montage !
lundi 21 octobre 2013
Bon anniversaire à ... Pierre Dux (1908-1990)
Pierre Dux aimait le théâtre, avant tout. Son autobiographie, dédiée à sa petite-fille, ne s'appelle-t-elle pas Vive le théâtre ! (Stock, 1985) ? Pour autant, il marqua de sa présence aristocratique, voire autoritaire, quelques très bons films du cinéma français, à commencer par Les Chouans (Calef, 1947), Monsieur Vincent (Cloche, 1947) ou Les grandes manœuvres (Clair, 1955). Comédie Française oblige, les réalisateurs firent appel à lui régulièrement pour des rôles de bonne tenue : ambassadeur, policier, médecin, homme politique, juriste etc. On le retrouve ainsi dans Le gorille vous salue bien (Borderie, 1958), Le jour et l'heure (Clément, 1962) ou Trois hommes à abattre (Deray, 1980). Pourtant, quand je pense à Pierre Dux, je repense immanquablement à ses prestations chez Costa-Gavras : en procureur général de la terrible Section Spéciale (1975) et en général impitoyable dans Z (1969). Il éclata dans ces drames politiques de tout son talent d'acteur de cinéma, au milieu d'une pléthore d'habituels seconds rôles invités cette fois à jouer les premiers.
Né le 21 octobre 1908 à Paris, Pierre Dux aurait fêté aujourd'hui ses 105 ans !
Décès de Georges Descrières (1930-2013)
Il était le gentleman cambrioleur le plus célèbre de la télévision française. Georges Descrières, héros pour jamais de la série Arsène Lupin (1971-1974), nous a quitté après une carrière bien remplie, notamment au théâtre. Au cinéma, il débuta dans Le rouge et le noir (Autant-Lara, 1954) et participa à quelques films, la plupart du temps face à une grande vedette : ainsi des Aristocrates (La Patellière, 1955), L'homme à la buick (Grangier, 1968) ou Le sucre (Rouffio, 1978). On le retrouve aussi dans plusieurs nanars dont le "classique" Mon curé chez les nudistes (Thomas, 1982) ainsi qu'en mousquetaire, compagnon de Gérard Barray, dans Les trois mousquetaires (Borderie, 1961). Sa voix et son élégante allure n'étaient pas sans rappeler celles de Pierre Fresnay et je suis convaincu que Georges Descrières aurait été excellent dans nombre de ses rôles. Il fut, hélas, sous employé au cinéma.
dimanche 20 octobre 2013
Jean Marais en DVD et Blu-Ray !
1. Cocteau-Marais
Difficile d'y échapper, d'autant qu'il y a souvent deux clans chez les aficionados de Jean Marais : les "aventuriers", admirateurs de l'époque cape et épée ; et les "poétiques", plutôt penchés sur sa relation artistique avec Jean Cocteau. La renommée de celui que Carole Weisweiller appelle le poète est toujours très vive, il est donc normal que sa carrière au cinéma soit parfaitement éditée en DVD/Blu-Ray. La belle et la bête (Cocteau, 1946), chef d'oeuvre intemporel reste le plus célèbre : une ressortie en salles et une nouvelle magnifique édition Blu-Ray et DVD éditée.
On trouve aussi sans problème L'aigle à deux têtes (Cocteau, 1948) en DVD, ainsi que Les parents terribles (Cocteau, 1948), parfois en coffret. Orphée (Cocteau, 1950) est également édité chez SNC ; Le testament d'Orphée (Cocteau, 1960) chez Studio Canal. L'éternel retour (Delannoy, 1943) est trouvable dans la jolie collection SNC, souvent agrémentée d'un bonus avec un historien. Ruy Blas (Billon, 1948), également scénarisé par Jean Cocteau, est disponible pour un prix avoisinant généralement la dizaine d'euros chez le même éditeur. Enfin, La princesse de Clèves (Delannoy, 1961), scénarisé et dialogué par le poète, est trouvable dans la collection rouge de Studio Canal (Classics) et Thomas l'imposteur (Franju, 1965) chez René Chateau. L'intégralité de la relation cinématographique Cocteau-Marais est donc disponible en DVD. Centenaire oblige, une grande partie de ces films sera présente dans un joli coffret SNC à paraître en novembre pour 80 euros environ.
2. Sans peur et sans reproche
L'image lui colle à la peau autant que ses costumes moulants. Jean Marais, pour beaucoup, reste ce héros d'une époque révolue, romantique un peu, idéaliste sûrement ; ici à chevaucher pour sauver une belle dame en détresse, là à ferrailler pour venger son honneur. Les titres sont nombreux et bien présents également dans les boutiques de DVD.
Comme pour SNC, il faut rendre hommage à Gaumont qui a eu la bonne idée de ressortir un certain nombre de films de Jean Marais (et pas que !) : Le Bossu (Hunebelle, 1960) en tête, dans une superbe édition Blu-Ray ou DVD, restauré et documenté. De même pour Le masque de fer (Decoin, 1962) et Les mystères de Paris (Hunebelle, 1962), disponibles dans de très belles copies en haute définition. Le Capitan (Hunebelle, 1960), autre classique du cape et d'épée à la française est désormais trouvable chez Pathé en Blu-Ray.
Je n'ai pas eu l'occasion de tester ou d'entendre parler de la qualité de la restauration, je ne connais, quant à moi, que l'édition René Chateau (épuisée ?). Chez l'éditeur historique de la mémoire du cinéma français, on trouve deux films d'aventures : Le Capitaine Fracasse (Gaspard-Huit, 1961) et La Tour, prends garde ! (Lampin, 1957). Les Chouans (1947), bon film d'Henri Calef existe dans la collection SNC, dans une très bonne copie, de même que Nez-de-Cuir, gentilhomme d'amour (Allégret, 1951). Le Miracle des loups (Hunebelle, 1961) n'a, semble-t-il, pas été édité en DVD alors qu'il existait en VHS chez René Chateau. On peut toutefois se le procurer neuf grâce à une collection Cape et épée des Editions Atlas, sur des sites de ventes aux enchères notamment. Peut-être peut-on considérer Peau d'âne (Demy, 1970), comme un film historique ? Toujours est-il qu'il existe encore en DVD, image restaurée, mais à des prix assez improbables (édition épuisée probablement).
Côté seconds-rôles historiques, il est possible sans problèmes de trouver Austerlitz (Gance, 1960) chez Studio Canal Classics. Pour les fresques de Sacha Guitry, Si Versailles m'était conté (1954), Napoléon (1955) et Si Paris nous était conté (1956), il faut se rendre chez René Chateau, pour d'honnêtes copies. Les misérables (Lelouch, 1994) est disponible, souvent pour quelques euros, chez TF1 Vidéos.
3. L'aventurier
Le sourire ravageur, le costume bien taillé et parfois même le chapeau melon ? Jean Marais était un gentleman, à la ville comme à l'écran ; c'est tout naturellement qu'il a endossé plusieurs fois ce rôle de bel homme viril, jamais en retard pour une bagarre, un baiser volé ou une scène d'action.
SOS Noronha (Rouquier, 1957) existe en DVD chez les excellents Documents cinématographiques, qui n'ont jamais aussi bien portés leur nom - il faut aimer Jean Marais ! Chez René Chateau, on trouve L'honorable Stanislas, agent secret (Dudrumet, 1963) et Pleins feux sur Stanislas (Dudrumet, 1965). Chez Gaumont Classiques, deux raretés, Le gentleman de Cocody (Christian-Jaque, 1965) et Le Paria (Carliez, 1968). Chez LCJ Editions (Les Films du Collectionneur), Le Saint prend l'affût (Christian-Jaque, 1965).
4. Comédies et romances
J'aurais pu commencer par là pour compléter mon modeste hommage à la série littéraire des Fantômas. La trilogie de Hunebelle, Fantômas (1964), Fantômas se déchaîne (1965) et Fantômas contre Scotland Yard (1967) existent dans un joli coffret DVD et, depuis peu, dans un coffret Blu-Ray. Attention toutefois, certaines éditions Blu-Ray (les plus anciennes) proposent une image semblable à celle d'un DVD ... pour un prix plus élevé.
Carmen (Christian-Jaque, 1942) existe depuis peu, à faible tirage, chez Cristaldi Films. En outre, Voyage sans espoir (Christian-Jaque, 1943) est édité par M6 Vidéo, dans la collection SNC et Le secret de Mayerling (Delannoy, 1948) et Les miracles n'ont lieu qu'une fois (Allégret, 1950) sont chez René Chateau. Gaumont propose, en exclusivité FNAC, un beau coffret Jean Marais, avec six films pour 30€ dont Le château de verre (Clément, 1950) et 7 hommes et une garce (Borderie, 1966).
Julietta (Allégret, 1953) existe dans la collection SNC, tout comme Futures vedettes (Allégret, 1955). Depuis plusieurs années également, on trouve chez LCJ Editions les rares Les amants de minuit (Richebé, 1953) et Goubbiah mon amour (Darène, 1955), dans des copies que j'imagine tout à fait honnêtes. Tous les films de Jean Marais édités chez LCJ sont d'ailleurs disponibles dans un coffret (Inoubliable Jean Marais, 2013), idéal pour les fêtes de Noël. Elena et les hommes (Renoir, 1956) a été édité il y a quelques temps chez Gaumont en DVD et Blu-ray dans une très belle copie restaurée. Chez René Chateau encore, on retrouve La vie à deux (Duhour, 1957) et Chaque jour a son secret (Boissol, 1958). Enfin, Parking (Demy, 1985) existe en DVD mais je ne l'ai pas trouvé autre part que dans un imposant coffret consacré à son réalisateur, et Beauté volée (Bertolucci, 1995) se trouve pour quelques euros chez DVDY Films.
5. La dolce vita
Comme quelques acteurs français de sa génération, Jean Marais a été appelé à jouer en Italie. Difficile de trouver de très grands films en règle générale, à quelques exceptions. Nuits blanches (Visconti, 1957) s'achète sur Amazon pour une poignée d'euros, tout comme Ponce Pilate (Callegari, 1962), chez Studio Canal.
6. Wanted !
Osons le dire, car ce n'est pas toujours le cas, les inconditionnels de Jean Marais pourrons, après lecture attentive de cet article, cela va de soi, se procurer 49 films en DVD ou Blu-ray pour se construire une très solide collection. Si on part du principe que l'acteur est à l'affiche de 80 films en tant qu'interprète - courts-métrages et téléfilms exclus, et qu'il apparaît une dizaine de fois en tant que figurant, c'est déjà beaucoup !
Reste donc une trentaine de films absents ; parfois trop rares pour apparaître au souvenir des distributeurs, parfois de manière assez incompréhensible, on peine à mettre la main sur Le comte de Monte-Cristo (Vernay, 1954), disponible en VHS d'occasion chez René Chateau. En VHS d'occasion toujours, on retrouve L'enlèvement des sabines (Pottier, 1961), Napoléon II l'Aiglon (Boissol, 1961), Train d'enfer (Grangier, 1965) ou L'amour madame (Grangier, 1951). Des collectionneurs de VHS doivent posséder sur des enregistrements personnels ces quelques films, ou peut-être même L'appel du destin (Lacombe, 1952), Toute la ville accuse (Boissol, 1955), Amour de poche (Kast, 1957), Le guérisseur (Yves Ciampi), Typhon sur Nagaski (Ciampi, 1957) ou même Cherchez l'idole (Boisrond, 1963). Il en va de même de certains films italiens, totalement introuvables en France. L'année 2013 n'est pas encore terminée. Réservera-t-elle de jolies surprises ?
samedi 19 octobre 2013
Bon anniversaire à ... Micheline Francey (1919-1969)
Les internautes fidèles connaissent ma fascination pour l'actrice Micheline Francey, une des récurrentes du blog L'âge d'or du Cinéma Français. Son anniversaire de naissance est l'occasion pour moi d'y revenir à nouveau et de vous annoncer, si vous n'étiez pas encore au courant, que j'ai créé il y a quelques mois une page Facebook où il est possible de manifester son attachement à l'actrice, ainsi que de découvrir des photos de films (plus nombreuses que sur le présent blog) et des documents d'époque. N'hésitez pas à parcourir cette page et à y participer ! ... [Micheline Francey sur Facebook]
Un peu solitaire dans mon admiration, je me suis peiné de voir à quel point le souvenir de Micheline Francey est tombé dans l'oubli. Comme bien d'autres, il ne reste d'elle que quelques informations, quelques mots sur internet et des photos de ses films les plus célèbres. Alors, en bon historien, je cherche. A la manière d'Alain Corbin, je tente de découvrir un monde retrouvé de Micheline Francey qui, sait-on jamais, paraîtra peut-être un jour dans les librairies sous la forme d'une enquête biographique. Me rendre sur sa tombe en juillet dernier a été une épreuve ; non loin de Charpin et Ray Ventura, une petite sépulture abandonnée, sans fleurs ni souvenirs, rappelle que Micheline Francey s'est éteinte il y a plus de quarante ans.
Reconstituer sa filmographie n'est pas simple : outre les classiques, tels La charrette fantôme (Duvivier, 1939), Le corbeau (Clouzot, 1943) ou La cage aux rossignols (Dréville, 1945) et quelques ressorties occasionnelles, prétextes à célébrer un peu plus la gloire de Tino Rossi (Destins, 1946) ou Luis Mariano (Violettes impériales, 1952), il est difficile de se procurer des films intrigants ou qui jouissent déjà d'une bonne réputation (Monsieur La Souris, 1942). Alors il faut être patient ... ou insistant. C'est ce qui anime chaque jour des dizaines de passionnés de mon genre, garants de la mémoire d'un acteur ou d'une actrice, qui s'efforcent de faire connaître leurs carrières, parfois passées dans l'ombre. Mais où est l'ombre ? Où est la lumière ?
Un peu solitaire dans mon admiration, je me suis peiné de voir à quel point le souvenir de Micheline Francey est tombé dans l'oubli. Comme bien d'autres, il ne reste d'elle que quelques informations, quelques mots sur internet et des photos de ses films les plus célèbres. Alors, en bon historien, je cherche. A la manière d'Alain Corbin, je tente de découvrir un monde retrouvé de Micheline Francey qui, sait-on jamais, paraîtra peut-être un jour dans les librairies sous la forme d'une enquête biographique. Me rendre sur sa tombe en juillet dernier a été une épreuve ; non loin de Charpin et Ray Ventura, une petite sépulture abandonnée, sans fleurs ni souvenirs, rappelle que Micheline Francey s'est éteinte il y a plus de quarante ans.
Reconstituer sa filmographie n'est pas simple : outre les classiques, tels La charrette fantôme (Duvivier, 1939), Le corbeau (Clouzot, 1943) ou La cage aux rossignols (Dréville, 1945) et quelques ressorties occasionnelles, prétextes à célébrer un peu plus la gloire de Tino Rossi (Destins, 1946) ou Luis Mariano (Violettes impériales, 1952), il est difficile de se procurer des films intrigants ou qui jouissent déjà d'une bonne réputation (Monsieur La Souris, 1942). Alors il faut être patient ... ou insistant. C'est ce qui anime chaque jour des dizaines de passionnés de mon genre, garants de la mémoire d'un acteur ou d'une actrice, qui s'efforcent de faire connaître leurs carrières, parfois passées dans l'ombre. Mais où est l'ombre ? Où est la lumière ?
Micheline Francey aurait eu 94 ans aujourd'hui !
jeudi 17 octobre 2013
Johnny Hallyday dans "Les diaboliques" (1955)
En 1955, Jean-Philippe Smet avait 12 ans et commençait déjà son métier d'artiste. Difficile de faire de meilleurs débuts : une des premières apparitions à l'écran du futur Johnny Hallyday se fit entre Simone Signoret, Pierre Larquey et Michel Serrault, sous la caméra de Henri-Georges Clouzot dans Les diaboliques (1955) ! Son rôle n'est guère important, il s'agit plus de figuration, mais on reconnaît sans mal les traits d'une des figures les plus célèbres de la francophonie depuis plusieurs décennies.
Jean Gabin et Fréhel dans "Pépé le Moko" (1937)
Chef d'oeuvre du cinéma français, Pépé le Moko (Julien Duvivier, 1937) l'est incontestablement, et on pourrait à loisir disserter sur des scènes devenues légendaires, à l'image du final poignant entre Jean Gabin et Mireille Balin. Quand je repense à ce film, un petit moment me revient toujours en mémoire ; cette courte scène entre Gabin et la chanteuse Fréhel, où la mélancolie s'installe dans un magnifique gros plan.
Pépé ne peut pas quitter Alger et sa Casbah - il sait quel sort l'attend si on l'arrête. En une scène de quelques minutes, Julien Duvivier parvient à filmer une réalité méconnue, oubliée, que l'on retrouve trop peu dans les films coloniaux : la nostalgie du colon. Loin de l'image d’Épinal du fier soldat qui s'engage dans la Coloniale ou du bel aventurier parti explorer des mondes inconnus (image par ailleurs nuancée dans Les aventuriers du Mékong avec le personnage de Jean Gaven), une grande part des colons européens sombraient dans l'ennui, la solitude, l'alcoolisme, à tel point que des images nous reviennent en mémoire, terriblement risibles à notre époque, comme cette radio française qui diffusait en Afrique ... du musette, pour que les déracinés le soient un peu moins. L'épopée colonialiste des XIXe et XXe siècles fut marquée par cette réalité - s'explique ainsi, parfois, l'architecture improbable de villes asiatiques ou africaines, entre quartiers indigènes traditionnels et quartiers à l'européenne.
Quand Fréhel enclenche le disque et se met à chanter par dessus sa voix de jeunesse, c'est toute l'aventure coloniale qui est remise en question : les européens ne se sont jamais vraiment habitués à leurs nouvelles contrées. La vieille chanteuse ne pleure pas que sa gloire passée, elle pleure son Paris, si loin d'elle : Où est-il donc ? Où est-il mon moulin d'la place blanche ? Où sont-ils les amis, les copains ? Où sont-ils tous mes vieux bals musettes ? Pépé ne dit pas un mot, il écoute. Gabin ne pleure que rarement. Ici, la nostalgie est intérieure, contenue, à l'instar de sa condition de prisonnier de la Casbah.
Cette petite scène, que je vous propose de redécouvrir ici en vidéo, est une de mes préférées dans le cinéma français et je me désole qu'il n'en existe plus beaucoup aujourd'hui, tout en simplicité et en pudeur. Troisième nostalgie, contemporaine. Alors comme Fréhel, "Quand j'ai trop le cafard ... je change d'époque."
mardi 15 octobre 2013
Bon anniversaire à ... André Gabriello (1896-1975)
Quand je pense à André Gabriello, c'est immédiatement sa composition loufoque et comique, très personnelle aussi, de l'inspecteur Lucas, fidèle compagnon du commissaire Maigret dans la trilogie avec Albert Préjean. Dans Picpus (Pottier, 1943), Cécile est morte (Tourneur, 1944) et Les caves du Majestic (Pottier, 1945), Gabriello impose sa franche bonhomie et participe pour beaucoup du plaisir que je prends à revoir ces films.
André Gabriello a promené son imposante silhouette de français moyen et sa diction approximative, où les mots semblent vouloir sortir d'un seul et même souffle, au risque de l'incompréhension comique, chez des réalisateurs réputés, tels Ophüls (Divine, 1935), Renoir (Partie de campagne, Les bas-fonds, 1936). On le retrouve en flic chahuté dans L'assassin habite au 21 (Clouzot, 1942) et de nouveau face à Pierre Fresnay dans La main du diable (Tourneur, 1943). Très actif sous l'Occupation, il s'offre une carrière d'après-guerre moins pertinente. On le voit dans beaucoup de mauvais films, les réalisateurs prenant peut-être peur de ce personnage si atypique, difficile à intégrer. C'est encore La rue sans loi (Gibaud, 1950), La Tour de Nesle (Gance, 1955) ou Le diable et les dix commandements (Duvivier, 1962). Dernier tour de piste dans le "Mocky's Circus", tel qu'il est nommé par Serge Regourd, en 1966 dans le méconnu La bourse et la vie, où il interprète un frère jumeau de Remoleux et Gualdi (les Robinhoude !). Un excentrique par excellence.
André Gabriello a promené son imposante silhouette de français moyen et sa diction approximative, où les mots semblent vouloir sortir d'un seul et même souffle, au risque de l'incompréhension comique, chez des réalisateurs réputés, tels Ophüls (Divine, 1935), Renoir (Partie de campagne, Les bas-fonds, 1936). On le retrouve en flic chahuté dans L'assassin habite au 21 (Clouzot, 1942) et de nouveau face à Pierre Fresnay dans La main du diable (Tourneur, 1943). Très actif sous l'Occupation, il s'offre une carrière d'après-guerre moins pertinente. On le voit dans beaucoup de mauvais films, les réalisateurs prenant peut-être peur de ce personnage si atypique, difficile à intégrer. C'est encore La rue sans loi (Gibaud, 1950), La Tour de Nesle (Gance, 1955) ou Le diable et les dix commandements (Duvivier, 1962). Dernier tour de piste dans le "Mocky's Circus", tel qu'il est nommé par Serge Regourd, en 1966 dans le méconnu La bourse et la vie, où il interprète un frère jumeau de Remoleux et Gualdi (les Robinhoude !). Un excentrique par excellence.
Né le 15 octobre 1896 à Paris, André Gabriello aurait fêté aujourd'hui ses 117 ans !
samedi 27 juillet 2013
Bon anniversaire à ... Bourvil (1917-1970)
Le hasard fait toujours bien les choses sur L'âge d'or du Cinéma Français ! Puisque je dispose d'un peu de vacances estivales, un petit tour en Normandie s'impose ; et quelle plus belle occasion pour se rendre à Prétot-Vicquemare et Bourville (Seine Maritime), villages d'enfance de André Raimbourg, dit Bourvil, que cette promenade ?
Bourvil reste l'un des acteurs les plus populaires de l'histoire du cinéma français, faisant presque l'unanimité auprès du public - à croire même, qu'à la différence de Louis de Funès et Fernandel, plus sujets à des réticences, personne ne le déteste parfaitement. Inégalé et incontournable depuis les années 1950, il a laissé derrière lui un vide que seuls ses films peuvent maigrement combler : des gentilles comédies, Le passe muraille (Boyer, 1951), Poisson d'avril (Grangier, 1954), La grosse caisse (Joffé, 1965) ; des films noirs ou dramatiques, Le miroir à deux faces (Cayatte, 1958), Fortunat (Joffé, 1960), Le cercle rouge (Melville, 1970), sans compter les classiques du cinéma français que sont La traversée de Paris (Autant-Lara, 1956), Le Corniaud (Oury, 1965) et La grande vadrouille (Oury, 1966). Énumérer ses réussites serait trop long.
Personne ne l'a jamais critiqué et son succès reste complet, encore aujourd'hui, à croire que dans le cas de Bourvil, nul besoin d'imprimer une légende qui surpasserait la vérité. Son comique et sa gentillesse n'étaient pas feintes, leur postérité répare l'injustice qui frappa l'acteur un soir de septembre 1970.
Bourvil reste l'un des acteurs les plus populaires de l'histoire du cinéma français, faisant presque l'unanimité auprès du public - à croire même, qu'à la différence de Louis de Funès et Fernandel, plus sujets à des réticences, personne ne le déteste parfaitement. Inégalé et incontournable depuis les années 1950, il a laissé derrière lui un vide que seuls ses films peuvent maigrement combler : des gentilles comédies, Le passe muraille (Boyer, 1951), Poisson d'avril (Grangier, 1954), La grosse caisse (Joffé, 1965) ; des films noirs ou dramatiques, Le miroir à deux faces (Cayatte, 1958), Fortunat (Joffé, 1960), Le cercle rouge (Melville, 1970), sans compter les classiques du cinéma français que sont La traversée de Paris (Autant-Lara, 1956), Le Corniaud (Oury, 1965) et La grande vadrouille (Oury, 1966). Énumérer ses réussites serait trop long.
Personne ne l'a jamais critiqué et son succès reste complet, encore aujourd'hui, à croire que dans le cas de Bourvil, nul besoin d'imprimer une légende qui surpasserait la vérité. Son comique et sa gentillesse n'étaient pas feintes, leur postérité répare l'injustice qui frappa l'acteur un soir de septembre 1970.
Né le 27 juillet 1917, Bourvil aurait fêté aujourd'hui ses 96 ans !
vendredi 26 juillet 2013
Décès de l'actrice Bernadette Lafont (1938-2013)
Le sourire espiègle et le beau regard de Bernardette Lafont vont manquer à beaucoup de cinéphiles. Si les médias ont voulu rappeler son actif dans les films de la Nouvelle Vague, toujours considérée comme synonyme de haute qualité lors d'un décès, dont l'éprouvant Beau Serge (Chabrol, 1958), Le voleur (Malle, 1967), Une belle fille comme moi (Truffaut, 1972) ou La maman et la putain (Eustache, 1973), ils ont oublié de rappeler l'éclectisme de la belle actrice, aussi à l'aise chez les metteurs en scène bannis des Cahiers du cinéma.
Dès lors, il ne faudrait pas oublier Les bons vivants (Lautner, 1965), Un idiot à Paris (1967), L'ordinateur des pompes funèbres (Pirès, 1976) et l'amusant Retour en force de Jean-Marie Poiré (1980). Bernardette Lafont, entre une énigmatique Fiancée du pirate (Kaplan, 1969) - qui ne m'avait pas laissé un grand souvenir - et une Violette Nozière (Chabrol, 1978) de très bonne facture, se laissa appeler par le doux chant des Raoul André (Les femmes d'abord, 1963), Michel Caputo (Arrêtes de ramer, t'attaques la falaise !, 1979), Max Pécas (On n'est pas sorti de l'auberge, 1982) et Raoul Foulon (Le trouble-fesses, 1976). Un multiculturalisme payant puisqu'elle demeura une actrice populaire, récemment retrouvée grand-mère dans La première étoile (Jean-Baptiste, 2008) ou le décevant Paulette (Enrico, 2012).
Preuve s'il en fallait encore que les carrières ne se font pas que devant les caméras des jeunes loups et que les choix populaires de Bernadette Lafont lui permirent de rester, de 1958 à 2013, en bonne place sur les affiches du cinéma français. L'hommage unanime qui lui est rendu aujourd'hui n'est pas volé, Bernardette Lafont fut une actrice unique, amusante et dramatique - quand elle ne fut pas les deux - parfaitement consciente de l'intérêt divertissant de son art, qu'elle ne voulait pas élitiste.
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