dimanche 24 novembre 2013

"LADY PANAME" (de Henri Jeanson, 1950)



En quelques mots : Caprice est une jeune et jolie chanteuse de cabaret mais sans emploi. Par miracle, elle trouve un remplacement à faire à l'Olympia et un tour de chant, où se trouve une chanson prétendument maudite ... qui va lui porter chance. Aidée par une amie et par un vieux photographe anarchiste, Caprice devient bientôt une star sous le nom de Lady Paname.

Lady Paname est l'unique film réalisé par le scénariste et dialoguiste Henri Jeanson et Gaumont nous permet depuis quelques temps déjà de le redécouvrir en DVD dans la fameuse collection rouge. Sans être tout à fait original, brillant ou carrément mauvais, il a l'intérêt d'exister et d'offrir au spectateur un beau divertissement servi par les artistes qu'on aime : Suzy Delair, Louis Jouvet, Raymond Souplex, Henri Crémieux, Jane Marken ... A titre de comparaison, ce film m'a fait penser au plus récent Faubourg 36 (Barratier, 2008) dans son évocation nostalgique mais inoffensive de l'entre-deux-guerres. On retrouve dans l'oeuvre de Jeanson des morceaux musicaux très agréables - dont Moi j'ai du t'ça, interprété par Suzy Delair, jolie résonance à son Tralala de 1947 - et des personnages convenus : la jolie chanteuse qui est vite repérée accompagnée de sa fidèle amie dénuée de tout talent, le beau parolier qui fait chavirer les cœurs, le vieux chanteur sur le déclin, la mère possessive et le marginal protecteur (excellent Louis Jouvet, comme toujours un rien cabotin).


Le scénario est convenu et manque curieusement de répliques cinglantes, propres à son auteur. Jeanson s'accorde toutefois quelques jolies séquences de cinéma, telle la démonstration de Louis Jouvet que l'amour n'atteint pas aux frontières du temps ou la longue séquence musicale de la première à l'Olympia, pimentée par les tenues très légères de Suzy Delair et les délires sur la vertu d'un illuminé. Lady Paname reste un film propre à faire sourire les inconditionnels de toute cette bande d'excellents acteurs ; les autres n'y verront qu'un moindre intérêt.

samedi 23 novembre 2013

"LE SEPTIÈME JURÉ" (de Georges Lautner, 1962)



En quelques mots : Un dimanche où tous les notables de Pontarlier se retrouvent au bord d'un lac, le paisible pharmacien Grégoire Duval, pris d'une pulsion, assassine une jeune fille qui prenait un bain de soleil. Son amant, que tout accuse, est aussitôt soupçonné de meurtre et jugé. Monsieur Duval se retrouve le 7ème juré du procès du jeune homme et doit décider de la peine à lui infliger.

Pour saluer à nouveau la mémoire de Georges Lautner, j'ai découvert hier soir, après l'annonce de son décès, ce film qui m'intriguait depuis longtemps. Sixième long métrage du réalisateur, et un de ses favoris, Le 7ème juré est une terrifiante plongée au cœur de la petite bourgeoisie citadine de province ; par l'intermédiaire et la voix-off de Grégoire Duval/Bernard Blier, nous sommes associés au conformisme des bonnes apparences, à l'injustice des petits cercles. Un pharmacien assassin que personne ne peut soupçonner, même quand il fait tout pour - même quand il se dénonce ! - face à un jeune homme que tout accuse. Et ce brave notable qui devient, ironie du sort, juré du procès dont il est responsable. Tout est tragique dans cette histoire, admirablement filmée par Georges Lautner et dialoguée par Pierre Laroche. Rarement Bernard Blier n'a été aussi profond qu'en bon père de famille, marié à une jolie femme - sublime Danièle Delorme - portant sur lui le poids de la bonne société, d'un vieux chagrin d'amour gâché par la lâcheté et d'un meurtre.

Réalisé au début des années 1960, Le 7ème juré a toutes les apparences d'un film de la Nouvelle Vague : un jeune metteur en scène filmant frontalement les méandres de la bonne bourgeoisie, l'utilisation de la voix off, un rapport à la ville comme personnage à part entière et un héros en passe de devenir un marginal de sa petite société. Tout le talent du dialogue, et de la mise en scène, est d'inscrire cette base cinématographique récente dans une continuité plus classique, notamment par sa sévère dramaturgie et l'utilisation de seconds-rôles comme premiers (formidables Albert Rémy, Robert Dalban, Henri Crémieux, Yves Barsacq, Jacques Monod, Maurice Biraud). A l'image de certains films de Raymond Bernard ou Julien Duvivier, les stars du films (Blanche, Delorme, Blier) sont parfois éclipsées.



Les films sur la petite bourgeoisie de province ont souvent donné de grandes œuvres de cinéma ; filmer leur opportunisme, leur conscience de classe ou leur volonté hors du commun à sauver les apparences brosse en creux les difficultés d'une société sclérosée où tout le monde pense vivre dans le meilleur des mondes. Bernard Blier, prisonnier de son cadre de vie, trouve peut-être dans l'assassinat un moyen de fuir. Hélas, la très belle fin du film lui prouve que c'est perdu d'avance. Condamné à une folie de bon aloi qui arrange tout le monde, Grégoire Duval, honnête pharmacien respecté de tous, pense payer les frais de sa lâcheté d'autrefois envers une femme qu'il aimait. Le 7ème juré est un film lié à son époque historique - l'éclatement progressif d'une société traditionnelle, qui pourtant existe toujours différemment aujourd'hui - et cinématographique, où la vieille aristocratie paye le prix de ce qui fait tout le miel des jeunes loups du cinéma, la jeunesse aventureuse, insouciante, éprise de liberté.

Décès de Georges Lautner (1926-2013)

Il y a des jours cruels pour le cinéma français et le titre de cette rubrique - série noire - n'a jamais aussi bien porté son nom, puisqu'il s'agit du troisième article que je consacre en forme d'hommage à un artiste décédé en deux jours. J'apprends donc à l'instant la disparition d'un artisan incontournable à la production cinématographique française, Georges Lautner. Et je dois avouer que c'est encore un peu de ma jeunesse qui s'en va avec ce réalisateur fécond, dont les classiques s'accumulent.



Fils de l'excellente actrice Renée Saint-Cyr, qu'il contribua à sortir de sa difficile période d'après-guerre, Georges Lautner débuta sa carrière avec des films que l'on peut aujourd'hui découvrir en DVD, La môme aux boutons (1958), Marche ou crève (1959) ou Arrêtez les tambours (1960). Dès lors, tous ses films sont presque susceptibles d'êtres revus, à commencer par la série d'espionnage mettant en scène Paul Meurisse en espion flegmatique, le Monocle noir (1961), L’œil du monocle (1962) ou Le monocle rit jaune (1964). Le septième juré (1961), au sujet très fort, avec Bernard Blier, était un de ses films préférés. Quelques films moins notables, tels que Les pissenlits par la racine (1963) ou Les bons vivants (1965), nous permettent quand même de revoir Louis de Funès, Andréa Parisy, Dany Saval ou Mireille Darc dans leur jeunesse. La vie dissolue de Gérard Floque (1986) est un témoignage de la fin d'une époque.


 Je ne sais plus par où j'ai découvert Georges Lautner, mais quand je pense à lui, c'est immédiatement les films de Jean-Paul Belmondo qui me viennent à l'esprit, curieusement. La musique de Flic ou voyou (1979) m'obsède depuis quelques minutes ; depuis que j'ai appris le décès de Lautner. Pourtant, si le film se regarde encore avec délice grâce aux dialogues de Michel Audiard et à la présence charismatique de Belmondo, la mise en scène est passée. Un des traits caractéristiques de Georges Lautner, réalisateur, est à mon sens sa capacité d'adaptation à son époque, avec plus ou moins de bonheur. Un académisme de bon ton mêlé à la mode du moment : ainsi des ralentis ou des trois vues différentes d'un même plan de Flic ou voyou, terriblement datés - ou des gros plans du Professionnel (1981), toujours efficaces trente ans plus tard. Je ne me lasse pas de revoir Le Guignolo (1980) malgré les évidentes lacunes du film, tout comme Joyeuses Pâques (1984), adaptation rythmée de la pièce de Jean Poiret. Je n'ai toujours pas vu L'inconnu dans la maison (1992), son dernier film, terrible échec en son temps.

Georges Lautner était aussi l'un des metteurs en images les plus proches de Michel Audiard et c'est sans doute avec une bonne intention que les médias, en hommage, nous repasserons en boucle la scène de la cuisine des Les tontons flingueurs (1963), probablement son film le plus célèbre, à juste titre un chef d'oeuvre de la comédie française, presque tout autant que Les barbouzes (1964). Ne nous fâchons pas (1966), La grande sauterelle (1967) et Laisse aller c'est une valse (1970) complètent cette période bénie, qui s'achève avec l'arrivée des grandes stars, à l'américaine. Alain Delon d'abord, avec ses exigences absurdes (Georges Lautner se souvient d'avoir été obligé de démonter un travelling complexe pour que le chauffeur de Delon puisse garer la voiture de la star) ; Belmondo ensuite. En passant par Gabin (Le pacha, 1968), Pierre Richard (On aura tout vu, 1976), Michel Serrault (La cage aux folles 3, 1985) et même Robert Mitchum (Présumé dangereux, 1989), on pourrait dire que Georges Lautner doit sa carrière aux noms du haut de l'affiche. Cela serait, à mon sens, un peu rapide et j'aurais tendance à penser comme beaucoup que le réalisateur peut faire les vedettes tout aussi bien que l'inverse.

Georges Lautner fut un grand artisan du cinéma français - en témoignent des scènes légendaires des Tontons flingueurs, des Barbouzes, des Belmondo, des Delon et des autres ... un de mes films favoris n'est-il pas Quelques messieurs trop tranquilles (1972) ? Celui qui fut l'un des réalisateurs les plus prolifiques et les plus rentables du cinéma français avait laissé un livre de mémoires, sous forme d'abécédaire (On aura tout vu, Flammarion) dont j'avais déjà parlé sur ce blog. Avec lui s'éteignent quelques fragments de notre jeunesse, quelques souvenirs cinéphiles et beaucoup de plaisirs en forme d'éclats de rires. De là à citer les Tontons, il n'y aurait qu'une facilité ... mais si juste pour résumer cet hommage. Toute une époque ...


Georges Lautner et Mireille Darc (bonus du DVD des Barbouzes)

vendredi 22 novembre 2013

Bon anniversaire à ... Piéral (1923-2003)



"La nature m'a joué un mauvais tour, je n'ai pas fini de lui rendre !" déclarait, non sans ironie, le terrifiant alchimiste du Capitan (Hunebelle, 1960), incarné par Pierre Aleyrangues dit Piéral. Cet acteur de petite taille, d'abord artiste de cirque et de music-hall, débuta au cinéma avec Marcel Carné dans Les visiteurs du soir en 1942 et enchaîna une vingtaine de rôles chez Delannoy (L'éternel retour, 1942 ; Notre Dame de Paris, 1956), Prévert (Voyage surprise, 1947), Ophüls (Lola Montès, 1955), Autant-Lara (Vive Henri IV, vive l'amour, 1961) ou Bunuel (Cet obscur objet du désir, 1977), avec une prédisposition pour les films historiques. Il publia ses mémoires, Vu d'en bas, et trouva la mort, comme beaucoup de seconds rôles de sa génération, dans l'anonymat d'un hôpital parisien.

Né le 22 novembre 1923 à Levallois-Perret, Piéral aurait fêté aujourd'hui ses 90 ans !

Décès de Erik Colin (1947-2013)



Décidément, les jours du doublage français sont bien mornes. Après Maurice Sarfati, je viens d'apprendre le décès du comédien Erik Colin, survenu il y a quelques jours déjà, sans la moindre effusion médiatique. Or, si sa carrière cinématographique est plutôt restreinte - une poignée de films - il est entré dans la légende de la comédie à la française grâce à son rôle de Lieutenant Duvauchelle dans Mais où donc passée la 7ème compagnie (Lamoureux, 1973) et dans la suite, où il est fait prisonnier, On a retrouvé la 7ème compagnie (Lamoureux, 1975). Il est également au casting de deux films de Patrick Schulmann, Et la tendresse ? Bordel ! (1979) et Rendez moi ma peau (1980).

A la télévision, il trouva quelques rôles dans les années 1970 et 1980 et prêta sa voix à de nombreux films et téléfilms : il fut notamment la voix française de Michael Douglas dans A la poursuite du diamant vert (Zemeckis, 1984) ou de l'étoile de mer dans Bob l'éponge.

Décès de Maurice Sarfati (1931-2013)



Nous apprenons aujourd'hui la mort à 82 ans du comédien Maurice Sarfati, sympathique figure que l'on retrouve en troisième couteau dans les années 1950 et 1960, notamment dans L'air de Paris (Carné, 1954), OSS 117 n'est pas mort (Sacha, 1956), Notre Dame de Paris (Delannoy, 1956) ou dans Maigret tend un piège (Delannoy, 1958) face à Jean Gabin. Sa carrière à la télévision fut plus prolifique, à l'instar de son rôle face à Jean Gaven dans Maurin des Maures dans les années 1970. Maurice Sarfati était également connu pour sa voix et ses talents en doublage : il fut notamment la voix française de Tony Danza, Robert de Niro ou Dustin Hoffman.

"UNE JOURNÉE BIEN REMPLIE" (de Jean-Louis Trintignant, 1973)

En quelques mots : Un boulanger, accompagné par sa vieille mère, décide de tuer les neuf jurés qui ont condamné son fils à la peine capitale. A moto et en une seule journée, il exécute les neufs individus de neuf manières différentes. La police fait vite le lien entre les disparus et se lance à la poursuite du tueur.

Sous-titré Neuf meurtres insolites dans une même journée par un seul homme dont ce n'est pas le métier, cet étrange objet cinématographique, qui plus est signé par le sérieux Jean-Louis Trintignant, a de quoi surprendre. L'intrigue originale, l'affiche, la bande annonce laissent entrevoir un récit délirant pour un film mystère. Le visionnage terminé, difficile même de se prononcer. Le réalisateur s'offre visiblement une récréation en filmant l'odyssée macabre de ce paisible boulanger, désireux de venger la mort - qu'il doit juger injuste - de son fils d'une vingtaine d'années. Avec toujours le même rituel : une exécution réfléchie (étranglement médical, fleurs mortelles, explosions chocolatées, revolver aquatique ou tir au pigeon) suivie d'un face à face funeste avec la photo du défunt adolescent. On sent dans cette Journée bien remplie une complète liberté artistique qui permet à Jean-Louis Trintignant de naviguer avec plus ou moins de bonheur entre la farce et le drame. Le début du film est quasi muet et chorégraphié comme dans un Chaplin ; les personnages semblent sortir d'un (mauvais) rêve.

Avec ce décalage, on suit l'aventure rocambolesque de ce boulanger vengeur pendant une longue heure - jusqu'à un meurtre qui s'éternise. Mais par enchantement, le rythme change et Trintignant se permet des folies narratives dans la dernière demi-heure : une voix off d'un technicien qui rate une prise ; un personnage caricatural qui s'adresse directement au spectateur ; une scène cartoonesque avec des CRS ; une radio qui annonce "Vous venez d'entendre le thème du film Une journée bien remplie, c'était le thème du chasseur. A suivre le thème de la mort du chasseur". Le film n'en sort pas meilleur mais se classe, de fait, à part - si ce n'est quelques plans (ralentis ou arrêts sur images) qui rappellent péniblement les années 1970. Jacques Dufilho, que j'adore absolument, ne prononce que quelques phrases, à l'image des autres acteurs, Vittorio Caprioli en tête et Jean-Louis Trintignant dans une petite apparition de dos. A voir pour la curiosité cinéphile.

A noter la très belle, et omniprésente, musique de Bruno Nicolai, qui accompagne à merveille ce film souvent muet. Peut-être suis-je le seul aussi à m'être fait la réflexion qu'un des thèmes ressemble étrangement à celui de Papy fait de la résistance (Poiré, 1983) ?

dimanche 27 octobre 2013

Albert Préjean : "La crise est finie !"

Il faut bien le dire, il devient de plus en plus pénible de regarder ou de lire un journal, d'entendre chaque jour les effets néfastes de la Crise. Voilà le mot que nous prononçons presque tous les jours, comme un Grand Mal absolu, invisible mais présent partout, tout le temps. En 1934, Albert Préjean tournait, sous la direction de Robert Siodmak, un grand film musical intitulé La crise est finie !


Pour fêter avec vous, comme j'en ai l'habitude, l'anniversaire de naissance d'Albert Préjean - qui aurait eu aujourd'hui 119 ans - je vous propose de revoir en vidéo les dernières minutes du film, ainsi que la formidable chanson qu'interprète l'acteur, en version longue ! Pour une fois, vous me pardonnerez, j'ai été obligé de reprendre l'extrait en question à partir d'une vidéo déjà existante sur YouTube - l'auteur voudra bien, j'espère, me pardonner.

Il n'est pas forcément question de la même crise, économique, encore que ... On ne peut que rire jaune en écoutant ces formidables artistes des années 1930 nous crier que la crise est finie ! Ou alors, on peut s'en inspirer, tant bien que mal.

"LE NAÏF AUX 40 ENFANTS" (de Philippe Agostini, 1957)



En quelques mots : Jean-François Roubignac est un jeune professeur de français, comblé d'effectuer sa première rentrée, qui plus est comme professeur d'une classe de troisième dans un beau lycée. Plein de vie et d'idées, il doit pourtant faire face à une administration poussiéreuse et des parents d'élèves parfois trop présents. Dans le même temps, il tombe sous le charme de la mère d'un garçon à qui il donne des cours particuliers.

Heureux de trouver un film qui coïncidait un peu avec ma situation professionnelle, j'ai commencé à regarder ce film le jour de la rentrée scolaire, début septembre, mais, fatigué, j'ai dû remettre le visionnage de la fin du film au lendemain. Si je publie cet article aujourd'hui, presque début novembre, c'est parce que je viens juste d'achever ce Naïf aux 40 enfants, ce qui vous donne, je pense, une bonne idée de l'impatience que j'avais à le terminer. En effet, difficile, passées les premières vingt minutes (et encore), de s'intéresser de près ou de loin à cette histoire d'amour désuète au possible, caricaturale et ennuyeuse, à tel point que j'ai repoussé, encore et encore, la lecture du DVD pour connaître la fin du film, sans intérêt. Rien n'est à sauver dans cette comédie légitimement oubliée, si ce n'est le beau sourire de Sylva Koscina et les regards sincères de Michel Serrault devant sa première classe de troisième. Le duo Poiret/Serrault est inexistant, se résume à quelques scènes prévisibles ; Darry Cowl vient cachetonner en roue libre dans une séquence interminable. Il vous faudra bien du courage pour aller au devant de cette comédie romantique. On n'est pas loin du nanar !


"LE COUPABLE" (de Raymond Bernard, 1937)

En quelques mots : Jérôme Lescuyer est l'héritier d'une importante famille de juristes caennaise. Alors qu'il fait ses études à Paris, il tombe amoureux d'une jeune fleuriste, laquelle tombe enceinte rapidement. Lâche et lucide sur les termes d'une telle union, Jérôme profite de la guerre pour abandonner la mère et le nouveau né. Des années après, ils vont se retrouver dans une terrible affaire de meurtre.

Le coupable est la seconde adaptation au cinéma du roman éponyme de François Coppée (1896), après celle de André Antoine en 1917 avec la jeune Sylvie. Cette version signée Raymond Bernard avait de quoi séduire mais laisse, hélas, un petit sentiment de regret, celui de n'avoir pas vu le grand film qu'il aurait dû être. Mélodrame classique sur le fond - avec un trio de personnages qui s'aiment, se détestent, se retrouvent - et sur la forme - la mise en scène peut souvent sembler balourde, le cadrage hasardeux -, Le coupable ne parvient jamais à captiver le spectateur totalement. Il faut d'ailleurs attendre beaucoup trop longtemps qu'il se passe (enfin) quelque chose. L'intrigue forte - un avocat général découvre qu'il doit plaider la mort de son fils - est réduite à une seule petite scène où Pierre Blanchar affirme qu'il est le véritable coupable, d'avoir abandonné son fils. Elle semblerait aujourd'hui presque grotesque à tous ceux qui répugnent déjà de voir un "vieux film en noir et blanc" tant elle arrive comme un cheveu sur la soupe, sans articulation dramatique. La fin n'est que complaisance scénaristique, niaise à souhait et dénuée de toute émotion (même les acteurs n'y croient pas). Elle ne pouvait, de toute manière, passer comme telle qu'après deux heures d'intensité dramatique, ce qui n'est pas le cas.



Restent quelques très bonnes situations sur la bourgeoisie française du début XXe - formidablement incarnée ici par Gabriel Signoret, dont c'est l'avant dernier film, et Marguerite Moreno, toujours sur le fil. Le scénariste Bernard Zimmer se permet (peut-être avec l'appui du livre, que je n'ai pas lu) de jolies répliques :
- "Tu devrais parler à Marie-Louise ce soir. Une petite déclaration ...
- Quoi, lui dire que je l'aime ?
- N’exagérons rien. Que tu l'épouses ...
- Ah !"



Il faut reconnaître également un talent, peut-être passé de mode, aux actrices Junie Astor et Suzet Maïs, fraîches mais sous-exploitées, et à Pierre Blanchar, que j'adore. Certes, son jeu n'a pas l'apanage des grands vins, il vieillit mal - en témoigne sa plaidoirie, tragique à outrance mais probablement assez réaliste quant à l'élocution bourgeoise de l'époque. Pourtant, je ne cesse de le défendre et me plaît à penser qu'il fut un très grand acteur, comique de surcroît, parfois involontairement : la très courte scène des patins dans l'appartement, au début du film, en témoigne.
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