lundi 6 janvier 2014

Bon anniversaire à ... Andréa Ferréol (1947-...)

J'ai rencontré Andréa Ferréol pour la première fois dans Les galettes de Pont-Aven (Seria, 1975) ! C'est dire l'image que j'ai pu avoir de cette merveilleuse actrice pendant quelques temps. Je n'aurais osé imaginer quelle carrière se cachait derrière se personnage grivois, très amusant du reste.



Quelle carrière dans les années 1970 ! Des rôles La Scoumoune (Giovanni, 1972) ou Elle court, elle court la banlieue (Pirès, 1973) avant l'explosion dans La grande bouffe (Ferreri, 1973). Andréa Ferréol se refait cantatrice dans L'incorrigible (Broca, 1975) face à un Belmondo intenable, retourne pour Joël Seria (Marie Poupée, 1976) et participe à la Palme d'Or de Volker Schlöndorff pour Le Tambour (1979). Elle devient l'actrice des plus grands metteurs en scène : Enrico (L'emprunte des géants, 1980), Wajda (Le chef d'orchestre, 1980), Truffaut (Le dernier métro, 1980), Mocky (Y'a-t-il un français dans la salle ?, 1982), Scola (La nuit de Varennes, 1982), Boisset (Le prix du danger, 1983). Depuis, si elle n'a jamais cessé de tourner, les rôles marquants se sont fait plus rares.

C'est un grand plaisir de souhaiter aujourd'hui un très joyeux anniversaire à Andréa Ferréol !

samedi 4 janvier 2014

"Y'A-T-IL UN FRANÇAIS DANS LA SALLE ?" (de Jean-Pierre Mocky, 1982)



En quelques mots : Le puissant président d'un parti politique apprend la mort d'un vieil oncle, qui l'avait élevé. Face à ce suicide imprévu, il cherche à récupérer une lettre du défunt qui pourrait révéler son lourd passé pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais il n'est pas seul à s'y intéresser : un policier pervers et un journaliste en quête de scoop épient le politicien.

Quand la France salace et corrompue de Frédéric Dard rencontre l'univers explosif de Jean-Pierre Mocky, on peut prévoir des embolies. L'évidence de cette rencontre est presque tardive en 1982, qu'importe puisque le résultat n'en fini de pas déconcerter. J'ai revu ce film hier soir avec la petite appréhension de ne pas être aussi enthousiasmé que la première fois ... idée vite dissipée dès lors que l'infernale machine de destruction se met en marche. Certes, les grivoiseries ne sont pas toutes du plus bon effet dans les premières séquences et gâchent presque un film qui pourrait faire référence en matière de drame politique. Mais Mocky sera toujours Mocky et on s'habitue à ces voix-off perverses, reflets très terre-à-terre des pensées de tous lors d'un enterrement, d'une entrevue ministérielle etc. Si cet ornement est une des pattes du metteur en scène, le principal est ailleurs : adapté d'un roman de Frédéric Dard (dont je connais très mal l'oeuvre, hélas), Y'a-t-il un français dans la salle ? s'inscrit dans la série des plus grandes réussites de Jean-Pierre Mocky en matière de jeu de massacre (avec L'ibis rouge ou A mort l'arbitre notamment). Là encore, personne n'est épargné, du cheminot idolâtre de Georges Marchais au président de parti politique corrompu en passant par la voisine épieuse, le journaliste fouille-merde, le flic pervers ou l'oncle geôlier. Avec les plus grands acteurs (Victor Lanoux, Jacqueline Maillan, Jean-François Stévenin, Jacques Dutronc, Andréa Ferréol, Dominique Lavanant, Emmanuelle Riva, Dominique Zardi, Michel Galabru ou Alexandre Rignault dans un de ses derniers rôles), Mocky filme une société à la dérive, pourrie, irrécupérable.



Le personnage interprété par Jacques Dufilho est tout à fait étonnant : maître chanteur séquestré depuis près de deux décennies dans la petite maison de l'oncle décédé, il est celui qui détient le secret (le brillant politique dénonça des juifs pendant la guerre) et fait office de bonne conscience qu'il faut nourrir. Presque fantasmé ou rêvé, ce personnage improbable permet à Victor Lanoux de se réveiller par une tirade miraculeuse dont l'écho résonne toujours depuis trente ans : "Bien que maître-chanteur professionnel, je reste citoyen français. Ce qui m'a frappé c'est que ... personne ne croit plus en rien. Je les écoute tous sur mon transistor. Au milieu des invectives de l'assemblée, je me suis brusquement demandé : y'a-t-il ... un français dans la salle ? Un seul ? Un vrai ? ... Votre bannière c'est la SOFRES, votre patrie c'est la télévision."

Pessimiste dans l'âme - à moins qu'il ne s'agisse d'une cruelle lucidité -, Jean-Pierre Mocky n'épargne pas ses personnages. Si le politique change de registre, avec un petit succès, ce n'est pas sans être puni de ses lâchetés : son monde s'écroule, sa conscience disparaît dans les flammes. "Pas d'autres victimes ?"

vendredi 3 janvier 2014

"LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR" (de Jean-Pierre Mocky, 1964)



En quelques mots : Les inspecteurs Triquet et Virgus arrêtent à Paris un redoutable faux-monnayeur, lequel échappe de justesse à la guillotine en s'échappant. Les deux policiers se lancent à sa poursuite, chacun de leur côté. C'est ainsi que Triquet débarque dans la petite cité de Barges où règne un épouvantable malaise dans la population locale, harcelée par une bête mystérieuse.

Si je voulais être pompeux, et audacieux, je dirais que La Cité de l'indicible peur (titré La grande frousse à sa sortie en 1964, pour des raisons commerciales) est un mélange réussi des Contrebandiers de Moonfleet (Lang, 1955) et de L'assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941). Adapté du roman de Jean Rey, le sixième long métrage de Jean-Pierre Mocky s'inscrit dans la jolie tradition du cinéma fantastique français, où les personnages, plus que des monstres ou créatures de cauchemars, créent l'ambiance mystérieuse qui entoure l'intrigue. Mais fidèle à l'univers unique qu'il va mettre en place tout au long de cinq décennies de cinéma, Jean-Pierre Mocky ajoute à cette histoire, servie par un casting impressionnant, des touches d'absurdité comique, parfois même de burlesque, qui font du film un objet à part. On se perd volontairement à chercher où se situe l'intérêt : est-ce que la traque ? le destin des citoyens ? l'aventure de Triquet ? les découvertes à venir ? Une même séquence peut exploser de toutes ses fantaisies pour le plus grand plaisir du spectateur : des étonnements béats de Bourvil à la froideur rigide de Jean-Louis Barrault entouré d'une cohorte d'huissiers silencieux dans une mairie musée où le maire, souriant à outrance, ponctue ses phrases avec des "Quoi ?". Du pur Mocky !



Du reste, La cité de l'indicible peur est une autre dénonciation du conformisme petit-bourgeois provincial français. Le septième juré (Lautner, 1962) l'évoquait dramatiquement peu avant mais Jean-Pierre Mocky s'attache à n'épargner personne. Si les coupables principaux sont bien les petites élites locales (le maire, le secrétaire de mairie, le pharmacien etc.), les petites gens, d'ordinaire bien traitées, sont ici les mesquins et lâches colporteurs de ragots et autres légendes populaires, quitte à se grimer eux-mêmes en terrifiantes bêtes. Le seul épargné semble être le policier incarné par Bourvil, candide et bon enfant, qui ne veut arrêter personne et s'excuse de découvrir des morts. Pourtant, Mocky s'amuse à faire mentir cette image dans les derniers plans du film, quand un petit garçon se vante qu'il ne sera ni policier, ni voleur mais un honnête homme. Quand on a vu le comportement des honnêtes hommes tout au long du film, on se dit que le pessimisme du réalisateur insoumis n'a pas attendu les années 1970 pour éclore.



Le film, comme souvent chez Jean-Pierre Mocky, fut un échec cinglant à sa sortie - mais trouva une nouvelle carrière quelques années plus tard lors des ressorties. Il y a de quoi aujourd'hui s'extasier devant un tel casting, digne des ambitions du réalisateur à s'entourer des grandes vedettes de l'époque, accompagnées des meilleurs seconds rôles du cinéma français : autour d'un excellent Bourvil transfiguré, on retrouve Jean Poiret en policier en proie à des tics buccaux ; Jean-Louis Barrault, froid et énigmatique admirateur des légendes locales ; l'excellent Raymond Rouleau et ses "Quoi ?" à chaque phrase ; Marcel Pérès en flic parisien (dans un grand rôle, pour une fois !) ; Jacques Dufilho en hôte peureux et causant ; Francis Blanche en épieur cardiaque ; Victor Francen en médecin alcoolique obsédé par la calvitie ; Roger Legris en pharmacien peureux ; Dominique Zardi en agent ou Pasquali en chef de la police. On retrouve aussi la jolie Véronique Nordey, habituée des premiers films de Jean-Pierre Mocky.

jeudi 2 janvier 2014

Des nouvelles récentes du voyage dans le cinéma français de Bertrand Tavernier !

2014 sera-t-elle l'année des nouveautés ? Il faut croire que tous les ans, les premières journées de janvier sont propices à toutes les bonnes résolutions, tous les projets. Celui de réaliser pour L'âge d'or du Cinéma Français quelques entretiens et interviews me tient pourtant à cœur depuis plusieurs mois et les quelques contacts déjà réalisés sont plus qu'encourageants ! Voici pour l'heure des bonnes nouvelles d'un projet que Bertrand Tavernier porte en lui depuis longtemps, celui de réaliser - à l'instar du Voyage à travers le cinéma italien (1995)  de Martin Scorsese - un Voyage à travers le cinéma français. Je ne vous cacherai pas que j'ai tenté modestement d'emprunter les mêmes voies pour créer ce blog.

Je n'ai pas interviewé Bertrand Tavernier à proprement parler mais j'ai pu, à l'occasion d'une première de Quai d'Orsay (2013), lui poser la question de l'avancement de son projet. Voici sa réponse :

"Il va sans doute se concrétiser ! J'ai commencé, c'est signé avec Gaumont et Pathé mais j'ai perdu deux ans à attendre de ce côté là. Je pensais bêtement que l'idée de faire un film sur le cinéma français avec des gens qui avaient un catalogue énorme de films français serait facile, puisque cela valoriserait leur catalogue. Ils possèdent des films dont ils ne savent même pas qu'ils en ont les droits ! Mais bizarrement, je n'ai jamais réussi à rencontrer qui que ce soit pour expliquer le projet, avoir des rendez-vous ... Mais là brusquement, les gens de Gaumont et Pathé sont enthousiasmés donc ça va commencer à se faire !"

mercredi 1 janvier 2014

Bonne année 2014 !



Si vous aussi, tel Robert Le Vigan, êtes peut-être en train de vous prélasser dans un canapé, un verre à la main devant un grand film que vous adorez ... si vous êtes tout simplement à évoquer vos bonnes résolutions éphémères ... à tous les lecteurs fidèles ou occasionnels du blog ...

L'âge d'or du Cinéma Français vous souhaite une très bonne année 2014 !

mardi 31 décembre 2013

Joyeux anniversaire Suzy Delair !



C'est toujours un immense plaisir de fêter l'anniversaire d'une idole toujours vivante, qui plus est adorée sur le blog L'âge d'or du cinéma français ! Suzy Delair fête aujourd'hui ses 96 ans !

Très joyeux anniversaire chère Suzy !

dimanche 29 décembre 2013

"PONTCARRAL, COLONEL D'EMPIRE" (de Jean Delannoy, 1942)

En quelques mots : Quelques semaines après la chute de Napoléon Ier, Pierre Pontcarral, un colonel fidèle à l'empereur sème la zizanie dans son petit village du Périgord. Des années plus tard, rien n'a changé ; Pontcarral voue toujours un culte à l'empereur, désormais mort, et attend le jour où il pourra à nouveau servir la France. Solitaire et acariâtre, il se rapproche pourtant des deux filles de son pire ennemi royaliste.

Pontcarral colonel d'empire, réalisé en pleine Occupation par Jean Delannoy, est une sorte de film légendaire. Il contribua largement à asseoir un peu plus la réputation du metteur en scène et de son acteur vedette, rencontra un immense succès populaire et on peut lire encore ça et là qu'il fut un film courageux, peut-être un des premiers films de Résistance. En outre, Pontcarral fut sélectionné par les autorités françaises pour être diffusé en Allemagne occupée après 1945. Aujourd'hui, cette bleuette historique paraît oubliée et reste quasi invisible puisqu'elle n'a jamais été éditée en DVD et que les rares possesseurs de la VHS originale chez René Chateau la vendent à prix d'or. Je dois le visionnage de ce film à la gentillesse d'un collectionneur passionné de cinéma français qui a bien voulu me faire une copie. Du reste, j'attendais beaucoup des aventures de ce colonel d'empire et, je dois bien l'avouer, j'ai été déçu.



Passée la formidable ouverture où Pierre Blanchar, maniant adroitement pistolets et sabres et jurant de chambouler comme il se doit la récente glorification de l'ancienne monarchie retrouvée, se rue sur un traître qui a oublié qu'il doit tout à l'empereur déchu, le scénario - adapté d'un roman d'Albert Cahuet de 1937 - se complaît dans une suite d'aventures amoureuses datées, théâtralement interprétées par Annie Ducaux et Suzy Carrier, où le colonel Pontcarral, fidèle bonapartiste se fend de rester droit dans ses bottes face au nouveau pouvoir qu'il juge illégitime. Les deux heures du film paraissent bien longues dans la dernière partie et le dénouement abrupte n'arrange rien. Pire, avec un tel montage, il rend l'intérêt général presque vain.



Si Pontcarral, colonel d'empire n'est pas totalement déplaisant à suivre, il le doit à la mise en scène efficace de Jean Delannoy et aux prestations des acteurs : outre Pierre Blanchar que j'adore, dans un rôle sur-mesure qui annonce un peu sa prestation du Bossu (Delannoy, 1944), notons les apparitions typiques d'Alexandre Rignault dans un rôle de félon qui lui sied bien, Charles Granval en digne marquis royaliste, Simone Valère dans un petit rôle d'aristocrate ou de Marcel Delaître en Austerlitz, fidèle compagnon et serviteur du colonel d'empire.

Reste la question du film Résistant. Dans une interview radiophonique des années 1950, Jean Delannoy affirmait que le film tentait "d'exalter certaines vertus qui n'étaient pas en faveur à cette époque là". De fait, le film fut censuré en partie et l'occupant supprima certains dialogues (rétablis à la Libération) tels que cette phrase de Louis-Philippe Ier : "Il est temps de sortir la France de ses humiliations, de rendre à son drapeau, le nôtre, un peu de gloire". Pontcarral fut l'un des plus grands succès cinématographiques de l'Occupation et certains publics applaudissaient lorsque Pierre Blanchar passait la trouve en revue ou se targuait de sa rébellion face au régime en place. Et pourtant ... la comparaison avec des titres tels que Les chouans (Calef, 1946) s'arrête là. Le prétexte historique, métaphore de l'actualité, utilisé dans le film de Henri Calef, n'est compréhensible pour Pontcarral qu'à posteriori et peut tout à fait s'appréhender dans l'autre sens ! Les vertus du courage, de la virilité (quand Pierre Blanchar déclame "Vous êtes ma femme ! Vous faites ce que je veux !"), la glorification du passé magnifique de la France étaient des thèmes inhérents à la Révolution Nationale de Vichy. Du reste, le film fut en partie financé par le ministère de l'information et projeté comme film de propagande. De quoi facilement remettre en question la légende dorée d'un film qui, décidément, n'a pas fini d'intriguer.

lundi 23 décembre 2013

Bon anniversaire à ... Julien Carette (1897-1966)

Avec sa gouaille parisienne et son élégance qui pouvaient lui faire incarner tous les rôles, Julien Carette fut sans conteste l'un des meilleurs seconds rôles du cinéma français, de l'entre deux guerres jusqu'au début des années 1960.



Carette fut l'un de ceux pour qui l'arrivée du parlant changea tout : sa voix populaire contribua à ses engagements au théâtre, puis au cinéma. On le retrouve aux seconds plans des Gaités de l'escadron (Tourneur, 1932), de Je te confie ma femme (Guissart, 1933), de Ferdinand le noceur (Sti, 1934) ou de Marinella (Caron 1937). Avec Jean Renoir, il s'impose comme un second rôle incontournable : il est l'acteur jovial et malicieux de La Grande Illusion (1937), un révolutionnaire de La Marseillaise (1938), l'ami cheminot de Jean Gabin dans La Bête humaine (1938), le braconnier coureur de La Règle du jeu (1939). Il tourne encore pendant la guerre, trouvant même un premier rôle dans l'étonnante Croisière Sidérale (Zwobada, 1942). On le retrouve encore après la guerre dans d'excellents rôles auprès des plus grandes vedettes : comme domestique dans Sylvie et le fantôme (Autant-Lara, 1946), en vendeur des Portes de la nuit (Carné, 1946), en voyageur de commerce tragi-comique d'Une si jolie petite plage (Allégret, 1948), en ivrogne dans La Marie du port (Carné, 1949), en aubergiste cruel dans L'auberge rouge (Autant-Lara, 1951). Chaque apparition est un florilège de son talent et il serait difficile de tout citer puisqu'il participa à près d'une centaine de films. L'âge d'or du Cinéma Français revient régulièrement sur ses interprétations au cinéma et ce n'est pas prêt de s'arrêter !

Né le 23 décembre 1897 à Paris, Julien Carette aurait fêté aujourd'hui ses 116 ans !

dimanche 22 décembre 2013

Décès de Jacques Besnard (1929-2013)

J'apprends, avec plus d'un mois de retard, la disparition discrète du réalisateur Jacques Besnard qui trouve sa petite postérité cinématographique parce qu'il réalisa en 1967 Le Grand restaurant, avec Louis de Funès en tête d'affiche. On sait par nombre de témoignages et de biographies de l'acteur que le réalisateur fut un technicien au service de la vedette comique, qui improvisait sans cesse avec génie. Toutefois, le film reste très honnêtement mis en scène. Difficile d'en dire autant du Fou du labo 4 (1967), de La situation est grave ... mais pas désespéré (1975) ou du Jour de gloire (1976), nanars pourtant pimentés par les présences talentueuses de Michel Serrault, Pierre Brasseur, Bernard Blier ou Michel Galabru. Reste C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule (1974), pas plus reluisant du reste, mais que j'aime infiniment, pour les dialogues et le jeu exagéré des acteurs.


mercredi 18 décembre 2013

Bon anniversaire à ... Raimu (1883-1946)

En marge du centième anniversaire de la naissance de Jean Marais et du cent-dixième de Fernandel, il ne faudrait pas oublier le souvenir d'un autre acteur qui marqua à jamais le cinéma français, Jules Muraire dit... Raimu.



Bref sociétaire de la Comédie Française où Marcel Pagnol considérait qu'il avait renoncé à toute ambition, Raimu fut l'acteur d'une cinquantaine de films de l'entre deux guerres, dont beaucoup restent inscrits dans la mémoire du public : ses personnages, à son image, sont souvent démesurés, hors normes et intemporels, des Gaietés de l'escadron (Tourneur, 1932) où il incarne le fameux capitaine Hurluret, à Tartarin de Tarascon (Bernard, 1934 dialogué par Pagnol) en passant par L'étrange Monsieur Victor (Grémillon, 1938), Les inconnus dans la maison (Decoin, 1942) et son personnage d'avocat alcoolique, Monsieur la souris (Decombe, 1942), Le colonel Chabert (Le Hénaff, 1943) ou L'homme au chapeau rond (Billon, 1946).

Mais il y a fort à parier que Raimu reste pour beaucoup l'homme qui fit chanter les dialogues de son ami Marcel Pagnol, avec un accent signature presque patrimoine immatériel du sud de la France. Il fut son interprète fétiche, à travers la trilogie marseillaise : Marius (Korda, 1931), Fanny (Allégret, 1932) et César (Pagnol, 1936) où il composa l'un des personnages les plus emblématiques de sa carrière, et même du cinéma français. A l'image des ouailles de Michel Audiard dans les années 1950 et 1960, Raimu ne manquait pas de verve et servait des dialogues tels que "Quand on fera danser les couillons, tu ne seras pas à l'orchestre !" et rendait légendaire, par son intonation, une phrase banale ("Tu me fends le coeur !"). De même, il fut l'un des plus célèbres interprètes de La femme du boulanger (Pagnol, 1938) et de La fille du puisatier (Pagnol, 1940). Adulé du public et du métier de son vivant, Raimu continue d'inspirer aujourd'hui, presque soixante-dix ans après sa mort, survenue par un coquin de sort au sortir de la guerre, lors d'une banale intervention chirurgicale.


Né le 18 décembre 1883 à Toulon, Raimu aurait fêté aujourd'hui ses 130 ans !
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