mercredi 15 janvier 2014

Entretien avec Hubert de Lapparent (1919)

A 94 ans, Hubert de Lapparent apparaît comme un témoin incontournable de l'âge d'or du Cinéma Français. Acteur de second plan au cinéma, enchaînant les silhouettes et les rôles aux côtés des plus grands, sous la houlette des meilleurs réalisateurs de son temps ; récurrent des séries télévisées des années 1970 et nom respecté du théâtre des années 1960, ce fils de grande famille passé par la Résistance et devenu comédien a accepté, avec la gentillesse qui caractérise les artistes les plus simples, d'évoquer avec nous son parcours, ses rencontres, ses souvenirs. S'il ne voit plus depuis plusieurs années, sa mémoire est restée intacte et c'est avec passion, à une vitesse prodigieuse, qu'il a bien voulu répondre à nos questions.



Hubert de Lapparent : Je suis né à Strasbourg, en 1919. Les Allemands avaient fait dans la ville une grande université et quand l'Alsace a été récupérée, les Français ont voulu créer l'équivalent. C'est Charléty qui a été nommé le premier recteur de Strasbourg et il a choisi pour les différents postes importants des scientifiques et des littéraires, dont mon père. Mon père était le fils du secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences et commençait à être reconnu dans son métier de minéralogiste. Ma mère est arrivée à Strasbourg deux mois avant ma naissance. J'ai été le premier garçon français né à Strasbourg : à l'époque on ne disait pas "garçon français" mais "vous êtes de l'intérieur". L'époque était très différente, nous n'étions pas des vrais alsaciens. On ne parlait pas la langue, cette langue que j'ai retrouvé de l'autre côté du Rhin pendant la guerre quand j'étais engagé dans la 1ère armée.

Julien Morvan : Vous avez donc grandi à Strasbourg dans les années 1920 et 1930. Aviez vous déjà des rêves artistiques ou étiez vous destiné à suivre une carrière comme votre père ?

HdL : Exactement. Nous étions destinés en principe à avoir des carrières scientifiques, nous étions ce que nous appellerions aujourd'hui des intellectuels. Mais ... j'étais paresseux ! (rires) Je ne faisais que les choses qui m'intéressaient, comme la littérature ou la chimie, dans lesquelles j'avais des prix. Mais je ratais mon baccalauréat sans cesse alors mes parents m'ont demandé ce que je voulais faire. J'avais fait du théâtre et de la peinture, mais comme les beaux-arts leur semblaient difficiles, ils m'ont inscrit au conservatoire de Strasbourg. Ce n'était pas une envie mais c'était une chose qui m'amusait.

Le Conservatoire de Strasbourg dans les années 1920.


JM : Alliez vous, à cette époque, au cinéma ou au théâtre ?

HdL : A Strasbourg on allait au cinéma naturellement mais nous n'allions pas beaucoup au théâtre. Mais j'ai eu l'occasion de voir deux ou trois pièces dont Volpone avec Charles Dullin et j'ai trouvé ça formidable. A Strasbourg, Charléty avait inventé les Cours Populaire de Langue Française où des amateurs montaient des pièces tous les ans pour que les Alsaciens apprennent le théâtre français et mon père a été un des metteurs en scène importants, parce qu'il aimait le théâtre. Alors moi j'ai commencé à jouer aux Cours Populaires. J'ai fait également du théâtre au lycée où les jésuites avaient créé un cours. Quand on m'a demandé ce que je savais faire, j'ai répondu : du théâtre et dessiner. Alors j'ai fait du théâtre !

JM : Votre passion pour la comédie, c'est avant tout le théâtre, plus que le cinéma et la télévision ...

HdL : De toute façon, tous les comédiens de mon époque, c'était le théâtre ! On faisait du cinéma ensuite. Alors aux débuts de la télévision, quand c'était en direct, ils appelaient uniquement les acteurs de théâtre capables de jouer du début jusqu'à la fin d'une pièce.

Charles Dullin dans Volpone fut un des premiers grands souvenirs de
théâtre de Hubert de Lapparent.
JM : Vous étiez jeune homme dans les années 1930. Étiez vous préoccupé par tous les grands événements internationaux ou nationaux, les bouleversements politiques ?

HdL : Nous étions plus intéressés par les mouvements littéraires, artistiques. Nous avons vécu la montée d'Hitler bien entendu mais nous n'étions pas politisés. Ils l'étaient beaucoup plus dans les classes populaires, moi j'appartenais aux classes dirigeantes. Il y avait des gens qui ça intéressait bien sûr ... vers 1936, je me souviens être allé avec mes jeunes frères à une réunion des jeunesses socialistes. Je les ai trouvé sympa ... mais ça m'a embêté ! Je n'étais inscris à rien.

JM : Je vous posais la question car, né en 1919, vous avez eu 20 ans l'année où s'est déclenchée la Seconde Guerre Mondiale.

HdL : 1939 n'est pas un bon souvenir. Mais j'étais au conservatoire, ça marchait bien et j'ai été engagé à Radio Luxembourg pour participer à quelques émissions. C'est comme ça que j'ai connu Blaise Cendrars d'ailleurs parce qu'ils avaient commencé à faire l'enregistrement d'une de ses œuvres qui s'appelait L'aurore.

JM : Vous nous aviez dit également avoir participé à la Résistance.

HdL : J'ai fait partie de l'armée secrète. J'habitais Albi à ce moment là parce que j'y avais fait un peu de minéralogie et j'avais rencontré des gens sympas de l'armée secrète qui m'avaient dit qu'ils viendraient me chercher si besoin. Et effectivement, un jour ils sont arrivés. Je suis rentré dans un groupe mobile républicain, des sortes de gendarmes passés à la Résistance [à ne pas confondre avec les GMR, force de répression de Vichy, ndlr]. C'était totalement apolitique. Quand la Libération est arrivée, je suis passé à la 1ère armée. C'était l'Allemagne que je voulais abattre.

JM : Avez vous, pendant cette période d'avant-guerre, puis d'Occupation, tissez des liens avec des gens qui ont pu compter dans votre métier d'acteur ?

HdL : Pas du tout. Encore qu'un moment, la Radio Française était réfugiée à Marseille et quelqu'un m'a dit que je devrais aller y faire un essai. La première émission s'est très mal passée car je me suis retrouvé entouré de gens beaucoup plus professionnels que moi et j'ai paniqué.


~ Débuts au cinéma et au théâtre ~




HdL : Il y a eu la fondation du Centre Dramatique de l'Est à Colmar. J'étais élève du directeur de l'époque, Roland Piétri, qui m'a emmené avec lui. Puis je suis revenu à Paris où j'ai joué Les bas-fonds de Gorki. Petit à petit, je me suis mis à faire des choses un peu plus importantes.

JM : Comment êtes vous arrivé dans la distribution de Manon (Clouzot, 1948) ? A-t-on été vous chercher ou était-ce une initiative personnelle ?

HdL : C'était moi ! Il se trouve que le producteur de Clouzot, Paul-Edmond Decharme, avait réalisé une traversée du Sahara dans un autobus où se trouvait mon père, qui partait faire de la géologie du côté de Tamanrasset. Il réalisa par la suite une interview de mon père, qui était devenu quelqu'un de connu, pour une radio, à Strasbourg. Au lendemain de la guerre, Decharme est devenu producteur de cinéma et j'ai demandé à mon père, qui était au soir de sa vie, une lettre de recommandation. J'y suis allé et Clouzot m'a dit qu'il connaissait mon père, qu'il avait assisté à plusieurs conférences et qu'il était un merveilleux conférencier ! On m'a donc trouvé un petit rôle dans Manon.

JM : D'emblée, vous avez donc eu un bon contact avec ce metteur en scène exigeant.

HdL : J'ai toujours eu un bon contact avec Henri-Georges Clouzot et pourtant il ne l'a pas eu avec beaucoup de gens. C'était un très grand cinéaste, un personnage très curieux. Dans La Vérité (1960), il y avait une atmosphère invraisemblable : il était charmant avec certains et odieux avec d'autres. Il a fait pleurer une actrice qui jouait un des témoins, il l'a emmerdé, emmerdé ... ça a été insensé !

JM : On a à peu près la même anecdote avec Brigitte Bardot ...

HdL : Oui, Brigitte Bardot était gentille, pas embêtante. Je n'avais pas de vrais rapports avec elle puisque je n'avais pas un grand rôle. Je faisais l'huissier, ce n'était pas grand chose mais j'étais là tous les jours. Je n'ai jamais eu à me plaindre même si c'était souvent difficile financièrement. J'en ai bavé à certains moments mais je n'avais, dans mon enfance, jamais su ce que c'était que de bouffer de la vache enragée. J'appartenais à des familles où on ne savait pas ce que c'était. Donc pour moi c'étaient des choses qui allaient passer ... il suffisait que j'aille mieux, que j'aie des rôles plus importants.

JM : Vous n'avez jamais été malheureux dans votre métier ?

HdL : Non. Comme tous les acteurs qui débutent, j'ai pris des paires de claques, comme tout le monde. Mais dans l'ensemble, quand je jouais ou je tournais, j'étais bien. Par exemple, quand j'ai tourné Gervaise (Clément, 1956), j'étais passé à la production avec mon agent - qui n'était pas épatant mais bon ... - et j'avais fait des essais de photos. Un jour, il m'appelle et me dit que j'ai rendez-vous avec René Clément, chez lui. Je savais que c'était L'Assommoir, je l'ai lu dans la nuit et quand je suis arrivé chez Clément, je connaissais mon personnage ! Et Clément m'a distribué !



JM : Comment s'est passé le tournage ?

HdL : Très bien ! A la fin du tournage, Clément et Jean Aurenche [ndlr : le scénariste du film] m'ont dit : "Vous passez très bien. Si on avait su, on aurait agrandi votre rôle !" Mais j'avais un contrat de dix semaines, je l'ai dépassé.

JM : Vous étiez à l'écran le mari de Jany Holt, qui avait connu une jolie carrière avant-guerre.

HdL : Oui, c'est ça. J'étais naturellement beaucoup plus jeune qu'elle mais ça s'est très bien passé avec elle. Elle ne tournait plus beaucoup à cette époque pourtant elle était sympa, je m'entendais très bien avec elle. Le tournage de Gervaise fut très agréable : je connaissais déjà François Périer, on s'était rencontré dans d'autres films. C'était une ambiance de copains. Je me rappelle d'un jour où Jacques Hilling dit à René Clément "Vous ne venez jamais nous voir au théâtre !" et Clément de lui répondre "Mais mon pauvre vieux, si je ne venais pas au théâtre, vous ne seriez pas là, Lapparent non plus !". Il ne venait pas dans les loges après, c'est tout.

JM : C'est intéressant de voir que Clément pouvait recruter des gens qu'il avait vu au théâtre. Aujourd'hui, un autre metteur en scène réputé, Bertrand Tavernier, affirme préférer voir des acteurs sur scène plutôt que de passer par des directeurs de castings pour ses films.

HdL : Oui ! D'ailleurs Tavernier me connaissait mais ne m'a jamais distribué. De même, il y avait un gars que je connaissais très bien, c'était Alain Resnais. Je l'ai vu souvent, c'est un curieux personnage. Il ne m'a jamais fait tourner en me disant "J'avais pas de rôles pour toi, tu es un personnage particulier avec une voix particulière."

JM : Est-ce que vous considérez que vous avez créé un personnage dans le cinéma français, avec des allures, intonations et signes particuliers ? Par exemple, Jacques Marin avait un vrai personnage la plupart du temps, souvent de français moyen, un peu râleur.

HdL : Non. Peu importe que le rôle soit sympathique ou antipathique, ce qui m'intéressait c'était de créer un personnage. J'aimais jouer ! Physiquement, vocalement, intellectuellement, je n'étais pas un acteur qui pouvait se choisir une formule. J'ai joué beaucoup de rôles, et différents. Et c'est quand même au théâtre et à la télévision que j'ai fait les choses les plus intéressantes. A la radio également, beaucoup de choses très intéressantes !

JM : De fait, vos rôles au cinéma étaient un peu secondaires ?

HdL : Oui, à part Gervaise, à part L'eau vive (Villiers, 1958) et le film de Jacques Becker où j'avais un rôle convenable [ndlr : Les aventures d'Arsène Lupin, 1957]. Le cinéma j'aimais bien ... et puis je gagnais bien ! C'était mieux payé au cinéma qu'à la télévision. J'ai tourné avec Becker, Delannoy, Renoir ...

JM : Et Jean-Paul Le Chanois, qui semblait vous apprécier puisque vous avez tourné plusieurs fois avec lui.

HdL : Il était très communiste et avait tourné un film au lendemain de la guerre sur le communisme pendant la guerre, pas très bon d'ailleurs. Je l'avais connu quand j'étais au Centre Dramatique de l'Est, on avait été le voir quand il préparait un film et on avait laissé une photo. J'ai été convoqué pour ... Sans laisser d'adresse (Le Chanois, 1952) où je jouais le rôle d'un balayeur à l'hôpital. Je n'ai jamais eu à me plaindre vous savez, même quand j'ai tourné avec Gabin. Parce que Gabin, c'était quand même une espèce de chieur.

JM : C'est un peu sa réputation aujourd'hui ...

HdL : Oui mais il fallait lui foutre la paix ! Il fallait être à l'heure, savoir son texte, pas l'embêter. A partir de ce moment là il devenait agréable. Dans En cas de malheur (Autant-Lara, 1958), j'avais un tout petit rôle mais Gabin s'est tourné vers Autant-Lara et lui a dit "Mais tu pourrais faire un gros plan de Lapparent !". Il a dit "Oui, d'accord". Fernandel, lui, ne voulait pas que l'on fasse des gros plans des autres.



JM : Des petits rôles mais qui restent parfois associés à des classiques du cinéma français ! Par exemple, tout le monde se souvient de votre apparition dans La traversée de Paris (Autant-Lara, 1956).

HdL : C'est Aurenche qui m'a imposé sur ce film ! Il a dit à Autant-Lara "On a découvert un acteur dans Gervaise, démerdes toi pour le distribuer dans La Traversée de Paris !". Il n'y avait pas grand chose mais j'ai été engagé pour jouer dans les résistants arrêtés. On me mettait toujours au premier rang ! Je sentais que Autant-Lara me surveillait ! Et un jour, il me dit "C'est à toi !". Il m'a expliqué la scène, j'ai joué et Gabin est resté, il était là pour la voir ! C'était une scène violente.

JM : Et Claude Autant-Lara vous a engagé de nouveau par la suite.

HdL : Oui. J'ai eu une bonne relation avec lui, c'était également un curieux personnage. Un homme de gauche passé à l'extrême droite. Moi, je m'entendais très bien avec lui mais je vais vous dire ... je me suis toujours très bien entendu avec tout le monde !


~ Une carrière auprès des plus grands ~



HdL : Je n'essayais pas d'emmerder les gens, je ne faisais pas le malin. Par exemple, la façon dont j'ai connu Renoir ... c'est invraisemblable. Je venais de tourner une petite scène dans un court-métrage et la production me dit qu'elle fait des essais pour Le carrosse d'or. On me présente à Renoir qui me donne un texte à apprendre. Au bout d'un moment, il me demande si je suis prêt et tourne la scène ... sauf qu'il la tourne vraiment, ce n'était pas un essai ! Hélas, la production française a fait faillite et tout la partie française a été faite par des anglais. Mais Renoir a quand même insisté pour que je double mon personnage. Il m'a engagé de nouveau après pour Elena et les hommes (1956). C'était un metteur en scène qui vous laissait aller en disant "C'est très bien mais on va peut-être en faire une autre". Il donnait des idées et décidait finalement aux rushes. Mais j'ai aussi tourné des nanars ... du genre Mon curé chez les pauvres !

JM : Justement, je voulais vous parler de ce film car il est réalisé par un grand metteur en scène d'avant-guerre, Henri Diamant-Berger.

HdL : On tournait en quinze jours. Le chef opérateur ne faisait pas d'effets de lumière mais tous les comédiens étaient bons. C'était un très bon metteur en scène, qui connaissait les comédiens. On allait très vite, c'est pour ça qu'il fallait des bons comédiens, pour ne pas multiplier les prises. Diamant-Berger était très connu dans le milieu, on savait que ça tenait le coup.

JM : Dans les années 1960, le cinéma français a produit des films sur l'Occupation et la Résistance, auxquels vous avez pu participer. Quel point de vue pouvait être le vôtre, vous qui aviez participé de près aux événements réels ?

HdL : Ça n'avait rien à voir avec mon expérience. Dans Le jour et l'heure (Clément, 1963), j'avais un petit rôle que Clément m'avait proposé. J'ai dit oui puisque c'était lui qui m'avait donné mon premier vrai rôle au cinéma. Mais le rôle n'était pas si facile que ça ! L'armée des ombres (Melville, 1969), c'était très différent. Je jouais le rôle d'un instituteur arrêté par les Allemands.

JM : Un cinéaste qui, comme Clouzot, a une réputation contrastée aujourd'hui.

HdL : Oui mais il n'était pas désagréable. Mais le film a été une escroquerie pour des gens comme moi car c'est tout juste si on nous a payé. On nous a dit "Ne vous inquiétez pas, Melville a un nouveau film !". Ce qu'on m'a proposé après était tellement inintéressant que j'ai refusé. Melville n'avait qu'à me distribuer un vrai rôle.

JM : La même année, vous retrouvez Autant-Lara pour Les patates (1969).

HdL : Oui. Nous avions tourné au mois d'août dans les Ardennes et le temps était glacial ! Mais nous avions un petit hôtel très agréable où on bouffait bien ! Surtout Pierre Perret et moi d'ailleurs (rires). Voyez, je n'ai aucun mauvais souvenir de tournage.

JM : Même quand les rôles ne vous intéressaient pas, tel Fantômas contre Scotland-Yard (1967) ?

HdL : Sur Fantômas, c'était trois fois rien mais Hunebelle voulait absolument m'avoir, alors on m'a très bien payé. Il m'avait vu dans d'autres films et il voulait Lapparent ! (rires) Avec Jean-Roger Caussimon, j'avais fait plein de choses très intéressantes, à la radio notamment, d'égal à égal.

JM : Vous jouez aussi face à Bourvil dans un petit rôle pour Trois enfants dans le désordre (Joannon, 1966).

HdL : Oui ... mais ça n'a pas marché avec Bourvil. Il m'emmerde moi, Bourvil. Pour moi, ce n'est pas un acteur.

JM : C'est intéressant d'avoir ce point de vue, assez rare. Vous devez être une des seules personnes en France à ne pas apprécier Bourvil ! (rires)



HdL : C'était un faux gentil. Je jouais en même temps Le goûter des généraux de Boris Vian au théâtre avec Paul Crochet. Je connaissais bien Paul, il était merveilleux. Je l'ai dit à Bourvil en lui proposant de venir nous voir puisqu'il venait de finir un film avec Paul, dans les Vosges [ndlrLes grandes gueules, Enrico 1965]. Il est venu dans la loge nous voir après la pièce pour parler avec Paul Crochet. Il n'a pas dit un seul mot sur la pièce ... Pas un mot ! D'ailleurs, il avait dit un jour "Molière m'emmerde". Moi je ne trouve pas que Bourvil soit un comédien formidable. C'était pas un acteur de théâtre mais un acteur d'opérette.

JM : La même année, vous retrouvez aussi un grand acteur que vous aimez, Bernard Blier, dans Un idiot à Paris (Korber, 1967).

HdL : Ah ... alors Bernard Blier, c'est tout à fait différent. Bernard Blier, c'était un sale con, une peau de vache. Il était méchant ... mais pas avec moi. J'ai fait une tournée avec lui, Le Nombril (de Jean Anouilh) en 1983. La plupart des acteurs ne voulait pas faire la tournée parce que Blier avait été odieux avec eux. C'était un rôle très important et il insista pour m'avoir. Je n'aimais pas trop les tournées et il a commencé à m'emmerder, comme tout le monde. Il était emmerdant comme la pluie au théâtre alors qu'au cinéma, ça s'était toujours très bien passé. Finalement, devant les menaces de la production, il a été gentil avec moi. Mais il était odieux avec les filles qui avaient des rôles secondaires. Je ne comprends pas que cet acteur, qui a fait une si belle carrière, était si méchant avec des gens comme ça. C'était un formidable comédien, c'était très agréable de jouer avec lui.

JM : J'aimerais revenir sur L'eau vive où vous trouvez un rôle important.

HdL : Je me souviens que ce film avait obtenu un Golden Globe [ndlr : Golden Globe du meilleur film en langue étrangère] ! J'ai tourné trois mois dans ce film, c'était un très beau film. J'étais prévu pour un petit rôle de notaire et lorsque je me suis rendu aux essais, Jean Giono, le scénariste et dialoguiste, qui venait de voir Gervaise, a insisté pour me faire jouer un rôle plus important. Je n'ai pas été copain avec le metteur en scène du film, il m'en a toujours voulu que je sois imposé par Giono.

JM : Finalement, Gervaise a été un tremplin important dans votre carrière.

HdL : Il m'a permis de faire d'autres films ! Je me souviens de Suzy Delair ... j'étais juste à côté d'elle dans une scène et de l'autre côté, il y avait Maria Schell. Or ... elles se détestaient ! Elles me prenaient à témoin, j'étais entre les deux.

JM : Leur animosité a pu servir le film alors. Car elles se détestent à l'écran !

HdL : Mais Clément l'avait prise un peu pour ça ! Dans la scène du lavoir, elles se tapaient vraiment dessus, elles se détestaient. Suzy Delair, c'est une très bonne comédienne. C'était un curieux personnage vous savez, elle était mal avec toutes les habilleuses, avec tout le monde. Mais avec moi et les autres comédiens, elle était très bien. En général, les bons hommes, elle était bien avec eux !



~ Une autre carrière et la postérité ~

HdL : Ça m'épate que vous m'appeliez aujourd'hui, car je n'ai rien fait pour cette reconnaissance.

JM : Je crois que la gentillesse avec laquelle vous nous parlez aujourd'hui se ressent dans vos rôles. J'ai 25 ans et je vous connais depuis longtemps. Et je ne suis pas le seul. Vous restez aujourd'hui un comédien populaire et très apprécié des cinéphiles.

HdL : Le public qui vient au théâtre, on ne le connait pas. Les gens n'osent pas trop venir nous voir à la fin de la pièce. Un peu plus dans les festivals, on rencontre les gens dans la rue, dans la journée. Mais c'est à peu près tout ...

JM : Vous avez pris votre retraite théâtrale et télévisée à la fin des années 1980. Est-ce que le manque s'est fait sentir ou étiez vous heureux d'accéder à une retraite méritée ?

HdL : Ça m'a manqué mais j'ai pu continuer à faire de la peinture et de la sculpture, je me suis complètement investi dans ces autres passions. J'ai fait beaucoup de sculpture, j'ai exposé dans les grands salons d'art contemporain, Réalité Nouvelle notamment. J'ai travaillé avec une galerie, en Belgique, au Luxembourg ; je n'ai jamais arrêté de travailler. Ma dernière sculpture date de 2006 et ma dernière exposition de 2003. A partir du moment où j'ai vraiment perdu la vue, j'ai stoppé. (Un silence) Je dois dire que si je fais le bilan de ma vie, toutes les époque j'ai traversé, je suis quand même un chanceux de la vie ! Je vous remercie de votre démarche, je n'imaginais que j'avais pu laisser un souvenir comme ça. Vous remercierez de ma part tous les gens qui pensent encore à moi.

JM : Vous n'avez pas fait tout ça pour rien, je vous l'assure.

HdL : C'est ça qui est important je pense. Quand on vit, il faut, autant que possible, laisser quelque chose.

Lundi 13 janvier 2014, Paris

samedi 11 janvier 2014

Bon anniversaire à ... Jacqueline Maillan (1923-1992)



Dans l'excellente bande-annonce d'époque de Papy fait de la résistance (Poiré, 1983), quand il est question d'évoquer celle qui incarne avec talent Madame Bourdelle, la voix-off de Christian Clavier évoque "la toujours simple ... Jacqueline Maillan". C'est peu dire que cette grande actrice avait des airs distingués qui lui servirent à composer des prestations bourgeoises dans Ah ! les belles bacchantes ! (Loubignac, 1954), Archimède le clochard (Grangier, 1959), Les héritiers (Laviron, 1960) ou Pouic-Pouic (Girault, 1963). Elle trouva, grâce à Jean-Pierre Mocky, de nouveaux rôles plus noirs à la fin de sa carrière : de la voisine épieuse de Y'a-t-il un français dans la salle ? (1982) à Une nuit à l'Assemblée Nationale (1988), Les saisons du plaisir (1988) et Ville à vendre (1992), son dernier rôle à l'écran quelques semaines avant sa mort brutale. Ses plus grands succès furent sur scène, où sa drôlerie et sa fantaisie enchantèrent des milliers de spectateurs.

Née le 11 janvier 1923, Jacqueline Maillan aurait fêté ses 91 ans aujourd'hui !

mardi 7 janvier 2014

Bon anniversaire à ... Robert Le Vigan (1900-1972)

Marcel L'Herbier déclara en 1978 à propos de celui qui fut son interprète dans La Citadelle du silence (1937) qu'il n'avait "jamais vu un visage d'acteur aussi moderne qui, plus que le sien, parvienne à se faire masque pour exprimer par ses traits mêmes le caractère typologique de ce qu'il disait ou faisait dans son rôle." A propos des Bas-fonds (1936), Jean Renoir ajouta la même année que "le public était ravi : Shakespeare et Gorki dans un même rêve, je devrais dire hallucination, un festin dans un ciel étoilé."



Robert Le Vigan reste inoubliable dans la plupart de ses rôles ; son destin tragique en fait un maudit du cinéma français. Pourtant, preuve que le talent prime sur le reste pour la postérité, la plupart des cinéphiles préfère se souvenir du docteur du Chien jaune (Tarride, 1932), du saboteur du Tunnel (Bernhardt, 1933), du marchand de tissus de Madame Bovary (Renoir, 1933), du provocateur de La Bandera (Duvivier, 1935). Le Vigan considérait, à juste titre, qu'il n'avait pas les rôles à la mesure de son talent, toujours second. Toutefois, ses compositions de personnages sur le fil, toujours prêts à sombrer dans la folie, restent dans les mémoires : le comte de L'homme de nulle part (Chenal, 1937), le "passe-muraille" des Disparus de Saint-Agil (Christian-Jaque, 1938), le peintre désenchanté du Quai des brumes (Carné, 1938), le maître-chanteur du Dernier tournant (Chenal, 1939), l'instituteur de L'assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941) ou le Goupi-Tonkin de Goupi Mains-Rouges (Becker, 1943). Il devait même être un des Enfants du Paradis (Carné, 1944).

Robert Le Vigan est né dans les tous premiers jours du XXe siècle et a marqué de son immense talent la première moitié de celui-ci sur les grands écrans du cinéma français. Il aurait fêté aujourd'hui ses 113 ans !

lundi 6 janvier 2014

Bon anniversaire à ... Andréa Ferréol (1947-...)

J'ai rencontré Andréa Ferréol pour la première fois dans Les galettes de Pont-Aven (Seria, 1975) ! C'est dire l'image que j'ai pu avoir de cette merveilleuse actrice pendant quelques temps. Je n'aurais osé imaginer quelle carrière se cachait derrière se personnage grivois, très amusant du reste.



Quelle carrière dans les années 1970 ! Des rôles La Scoumoune (Giovanni, 1972) ou Elle court, elle court la banlieue (Pirès, 1973) avant l'explosion dans La grande bouffe (Ferreri, 1973). Andréa Ferréol se refait cantatrice dans L'incorrigible (Broca, 1975) face à un Belmondo intenable, retourne pour Joël Seria (Marie Poupée, 1976) et participe à la Palme d'Or de Volker Schlöndorff pour Le Tambour (1979). Elle devient l'actrice des plus grands metteurs en scène : Enrico (L'emprunte des géants, 1980), Wajda (Le chef d'orchestre, 1980), Truffaut (Le dernier métro, 1980), Mocky (Y'a-t-il un français dans la salle ?, 1982), Scola (La nuit de Varennes, 1982), Boisset (Le prix du danger, 1983). Depuis, si elle n'a jamais cessé de tourner, les rôles marquants se sont fait plus rares.

C'est un grand plaisir de souhaiter aujourd'hui un très joyeux anniversaire à Andréa Ferréol !

samedi 4 janvier 2014

"Y'A-T-IL UN FRANÇAIS DANS LA SALLE ?" (de Jean-Pierre Mocky, 1982)



En quelques mots : Le puissant président d'un parti politique apprend la mort d'un vieil oncle, qui l'avait élevé. Face à ce suicide imprévu, il cherche à récupérer une lettre du défunt qui pourrait révéler son lourd passé pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais il n'est pas seul à s'y intéresser : un policier pervers et un journaliste en quête de scoop épient le politicien.

Quand la France salace et corrompue de Frédéric Dard rencontre l'univers explosif de Jean-Pierre Mocky, on peut prévoir des embolies. L'évidence de cette rencontre est presque tardive en 1982, qu'importe puisque le résultat n'en fini de pas déconcerter. J'ai revu ce film hier soir avec la petite appréhension de ne pas être aussi enthousiasmé que la première fois ... idée vite dissipée dès lors que l'infernale machine de destruction se met en marche. Certes, les grivoiseries ne sont pas toutes du plus bon effet dans les premières séquences et gâchent presque un film qui pourrait faire référence en matière de drame politique. Mais Mocky sera toujours Mocky et on s'habitue à ces voix-off perverses, reflets très terre-à-terre des pensées de tous lors d'un enterrement, d'une entrevue ministérielle etc. Si cet ornement est une des pattes du metteur en scène, le principal est ailleurs : adapté d'un roman de Frédéric Dard (dont je connais très mal l'oeuvre, hélas), Y'a-t-il un français dans la salle ? s'inscrit dans la série des plus grandes réussites de Jean-Pierre Mocky en matière de jeu de massacre (avec L'ibis rouge ou A mort l'arbitre notamment). Là encore, personne n'est épargné, du cheminot idolâtre de Georges Marchais au président de parti politique corrompu en passant par la voisine épieuse, le journaliste fouille-merde, le flic pervers ou l'oncle geôlier. Avec les plus grands acteurs (Victor Lanoux, Jacqueline Maillan, Jean-François Stévenin, Jacques Dutronc, Andréa Ferréol, Dominique Lavanant, Emmanuelle Riva, Dominique Zardi, Michel Galabru ou Alexandre Rignault dans un de ses derniers rôles), Mocky filme une société à la dérive, pourrie, irrécupérable.



Le personnage interprété par Jacques Dufilho est tout à fait étonnant : maître chanteur séquestré depuis près de deux décennies dans la petite maison de l'oncle décédé, il est celui qui détient le secret (le brillant politique dénonça des juifs pendant la guerre) et fait office de bonne conscience qu'il faut nourrir. Presque fantasmé ou rêvé, ce personnage improbable permet à Victor Lanoux de se réveiller par une tirade miraculeuse dont l'écho résonne toujours depuis trente ans : "Bien que maître-chanteur professionnel, je reste citoyen français. Ce qui m'a frappé c'est que ... personne ne croit plus en rien. Je les écoute tous sur mon transistor. Au milieu des invectives de l'assemblée, je me suis brusquement demandé : y'a-t-il ... un français dans la salle ? Un seul ? Un vrai ? ... Votre bannière c'est la SOFRES, votre patrie c'est la télévision."

Pessimiste dans l'âme - à moins qu'il ne s'agisse d'une cruelle lucidité -, Jean-Pierre Mocky n'épargne pas ses personnages. Si le politique change de registre, avec un petit succès, ce n'est pas sans être puni de ses lâchetés : son monde s'écroule, sa conscience disparaît dans les flammes. "Pas d'autres victimes ?"

vendredi 3 janvier 2014

"LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR" (de Jean-Pierre Mocky, 1964)



En quelques mots : Les inspecteurs Triquet et Virgus arrêtent à Paris un redoutable faux-monnayeur, lequel échappe de justesse à la guillotine en s'échappant. Les deux policiers se lancent à sa poursuite, chacun de leur côté. C'est ainsi que Triquet débarque dans la petite cité de Barges où règne un épouvantable malaise dans la population locale, harcelée par une bête mystérieuse.

Si je voulais être pompeux, et audacieux, je dirais que La Cité de l'indicible peur (titré La grande frousse à sa sortie en 1964, pour des raisons commerciales) est un mélange réussi des Contrebandiers de Moonfleet (Lang, 1955) et de L'assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941). Adapté du roman de Jean Rey, le sixième long métrage de Jean-Pierre Mocky s'inscrit dans la jolie tradition du cinéma fantastique français, où les personnages, plus que des monstres ou créatures de cauchemars, créent l'ambiance mystérieuse qui entoure l'intrigue. Mais fidèle à l'univers unique qu'il va mettre en place tout au long de cinq décennies de cinéma, Jean-Pierre Mocky ajoute à cette histoire, servie par un casting impressionnant, des touches d'absurdité comique, parfois même de burlesque, qui font du film un objet à part. On se perd volontairement à chercher où se situe l'intérêt : est-ce que la traque ? le destin des citoyens ? l'aventure de Triquet ? les découvertes à venir ? Une même séquence peut exploser de toutes ses fantaisies pour le plus grand plaisir du spectateur : des étonnements béats de Bourvil à la froideur rigide de Jean-Louis Barrault entouré d'une cohorte d'huissiers silencieux dans une mairie musée où le maire, souriant à outrance, ponctue ses phrases avec des "Quoi ?". Du pur Mocky !



Du reste, La cité de l'indicible peur est une autre dénonciation du conformisme petit-bourgeois provincial français. Le septième juré (Lautner, 1962) l'évoquait dramatiquement peu avant mais Jean-Pierre Mocky s'attache à n'épargner personne. Si les coupables principaux sont bien les petites élites locales (le maire, le secrétaire de mairie, le pharmacien etc.), les petites gens, d'ordinaire bien traitées, sont ici les mesquins et lâches colporteurs de ragots et autres légendes populaires, quitte à se grimer eux-mêmes en terrifiantes bêtes. Le seul épargné semble être le policier incarné par Bourvil, candide et bon enfant, qui ne veut arrêter personne et s'excuse de découvrir des morts. Pourtant, Mocky s'amuse à faire mentir cette image dans les derniers plans du film, quand un petit garçon se vante qu'il ne sera ni policier, ni voleur mais un honnête homme. Quand on a vu le comportement des honnêtes hommes tout au long du film, on se dit que le pessimisme du réalisateur insoumis n'a pas attendu les années 1970 pour éclore.



Le film, comme souvent chez Jean-Pierre Mocky, fut un échec cinglant à sa sortie - mais trouva une nouvelle carrière quelques années plus tard lors des ressorties. Il y a de quoi aujourd'hui s'extasier devant un tel casting, digne des ambitions du réalisateur à s'entourer des grandes vedettes de l'époque, accompagnées des meilleurs seconds rôles du cinéma français : autour d'un excellent Bourvil transfiguré, on retrouve Jean Poiret en policier en proie à des tics buccaux ; Jean-Louis Barrault, froid et énigmatique admirateur des légendes locales ; l'excellent Raymond Rouleau et ses "Quoi ?" à chaque phrase ; Marcel Pérès en flic parisien (dans un grand rôle, pour une fois !) ; Jacques Dufilho en hôte peureux et causant ; Francis Blanche en épieur cardiaque ; Victor Francen en médecin alcoolique obsédé par la calvitie ; Roger Legris en pharmacien peureux ; Dominique Zardi en agent ou Pasquali en chef de la police. On retrouve aussi la jolie Véronique Nordey, habituée des premiers films de Jean-Pierre Mocky.

jeudi 2 janvier 2014

Des nouvelles récentes du voyage dans le cinéma français de Bertrand Tavernier !

2014 sera-t-elle l'année des nouveautés ? Il faut croire que tous les ans, les premières journées de janvier sont propices à toutes les bonnes résolutions, tous les projets. Celui de réaliser pour L'âge d'or du Cinéma Français quelques entretiens et interviews me tient pourtant à cœur depuis plusieurs mois et les quelques contacts déjà réalisés sont plus qu'encourageants ! Voici pour l'heure des bonnes nouvelles d'un projet que Bertrand Tavernier porte en lui depuis longtemps, celui de réaliser - à l'instar du Voyage à travers le cinéma italien (1995)  de Martin Scorsese - un Voyage à travers le cinéma français. Je ne vous cacherai pas que j'ai tenté modestement d'emprunter les mêmes voies pour créer ce blog.

Je n'ai pas interviewé Bertrand Tavernier à proprement parler mais j'ai pu, à l'occasion d'une première de Quai d'Orsay (2013), lui poser la question de l'avancement de son projet. Voici sa réponse :

"Il va sans doute se concrétiser ! J'ai commencé, c'est signé avec Gaumont et Pathé mais j'ai perdu deux ans à attendre de ce côté là. Je pensais bêtement que l'idée de faire un film sur le cinéma français avec des gens qui avaient un catalogue énorme de films français serait facile, puisque cela valoriserait leur catalogue. Ils possèdent des films dont ils ne savent même pas qu'ils en ont les droits ! Mais bizarrement, je n'ai jamais réussi à rencontrer qui que ce soit pour expliquer le projet, avoir des rendez-vous ... Mais là brusquement, les gens de Gaumont et Pathé sont enthousiasmés donc ça va commencer à se faire !"

mercredi 1 janvier 2014

Bonne année 2014 !



Si vous aussi, tel Robert Le Vigan, êtes peut-être en train de vous prélasser dans un canapé, un verre à la main devant un grand film que vous adorez ... si vous êtes tout simplement à évoquer vos bonnes résolutions éphémères ... à tous les lecteurs fidèles ou occasionnels du blog ...

L'âge d'or du Cinéma Français vous souhaite une très bonne année 2014 !

mardi 31 décembre 2013

Joyeux anniversaire Suzy Delair !



C'est toujours un immense plaisir de fêter l'anniversaire d'une idole toujours vivante, qui plus est adorée sur le blog L'âge d'or du cinéma français ! Suzy Delair fête aujourd'hui ses 96 ans !

Très joyeux anniversaire chère Suzy !

dimanche 29 décembre 2013

"PONTCARRAL, COLONEL D'EMPIRE" (de Jean Delannoy, 1942)

En quelques mots : Quelques semaines après la chute de Napoléon Ier, Pierre Pontcarral, un colonel fidèle à l'empereur sème la zizanie dans son petit village du Périgord. Des années plus tard, rien n'a changé ; Pontcarral voue toujours un culte à l'empereur, désormais mort, et attend le jour où il pourra à nouveau servir la France. Solitaire et acariâtre, il se rapproche pourtant des deux filles de son pire ennemi royaliste.

Pontcarral colonel d'empire, réalisé en pleine Occupation par Jean Delannoy, est une sorte de film légendaire. Il contribua largement à asseoir un peu plus la réputation du metteur en scène et de son acteur vedette, rencontra un immense succès populaire et on peut lire encore ça et là qu'il fut un film courageux, peut-être un des premiers films de Résistance. En outre, Pontcarral fut sélectionné par les autorités françaises pour être diffusé en Allemagne occupée après 1945. Aujourd'hui, cette bleuette historique paraît oubliée et reste quasi invisible puisqu'elle n'a jamais été éditée en DVD et que les rares possesseurs de la VHS originale chez René Chateau la vendent à prix d'or. Je dois le visionnage de ce film à la gentillesse d'un collectionneur passionné de cinéma français qui a bien voulu me faire une copie. Du reste, j'attendais beaucoup des aventures de ce colonel d'empire et, je dois bien l'avouer, j'ai été déçu.



Passée la formidable ouverture où Pierre Blanchar, maniant adroitement pistolets et sabres et jurant de chambouler comme il se doit la récente glorification de l'ancienne monarchie retrouvée, se rue sur un traître qui a oublié qu'il doit tout à l'empereur déchu, le scénario - adapté d'un roman d'Albert Cahuet de 1937 - se complaît dans une suite d'aventures amoureuses datées, théâtralement interprétées par Annie Ducaux et Suzy Carrier, où le colonel Pontcarral, fidèle bonapartiste se fend de rester droit dans ses bottes face au nouveau pouvoir qu'il juge illégitime. Les deux heures du film paraissent bien longues dans la dernière partie et le dénouement abrupte n'arrange rien. Pire, avec un tel montage, il rend l'intérêt général presque vain.



Si Pontcarral, colonel d'empire n'est pas totalement déplaisant à suivre, il le doit à la mise en scène efficace de Jean Delannoy et aux prestations des acteurs : outre Pierre Blanchar que j'adore, dans un rôle sur-mesure qui annonce un peu sa prestation du Bossu (Delannoy, 1944), notons les apparitions typiques d'Alexandre Rignault dans un rôle de félon qui lui sied bien, Charles Granval en digne marquis royaliste, Simone Valère dans un petit rôle d'aristocrate ou de Marcel Delaître en Austerlitz, fidèle compagnon et serviteur du colonel d'empire.

Reste la question du film Résistant. Dans une interview radiophonique des années 1950, Jean Delannoy affirmait que le film tentait "d'exalter certaines vertus qui n'étaient pas en faveur à cette époque là". De fait, le film fut censuré en partie et l'occupant supprima certains dialogues (rétablis à la Libération) tels que cette phrase de Louis-Philippe Ier : "Il est temps de sortir la France de ses humiliations, de rendre à son drapeau, le nôtre, un peu de gloire". Pontcarral fut l'un des plus grands succès cinématographiques de l'Occupation et certains publics applaudissaient lorsque Pierre Blanchar passait la trouve en revue ou se targuait de sa rébellion face au régime en place. Et pourtant ... la comparaison avec des titres tels que Les chouans (Calef, 1946) s'arrête là. Le prétexte historique, métaphore de l'actualité, utilisé dans le film de Henri Calef, n'est compréhensible pour Pontcarral qu'à posteriori et peut tout à fait s'appréhender dans l'autre sens ! Les vertus du courage, de la virilité (quand Pierre Blanchar déclame "Vous êtes ma femme ! Vous faites ce que je veux !"), la glorification du passé magnifique de la France étaient des thèmes inhérents à la Révolution Nationale de Vichy. Du reste, le film fut en partie financé par le ministère de l'information et projeté comme film de propagande. De quoi facilement remettre en question la légende dorée d'un film qui, décidément, n'a pas fini d'intriguer.

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