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samedi 23 novembre 2013

"LE SEPTIÈME JURÉ" (de Georges Lautner, 1962)



En quelques mots : Un dimanche où tous les notables de Pontarlier se retrouvent au bord d'un lac, le paisible pharmacien Grégoire Duval, pris d'une pulsion, assassine une jeune fille qui prenait un bain de soleil. Son amant, que tout accuse, est aussitôt soupçonné de meurtre et jugé. Monsieur Duval se retrouve le 7ème juré du procès du jeune homme et doit décider de la peine à lui infliger.

Pour saluer à nouveau la mémoire de Georges Lautner, j'ai découvert hier soir, après l'annonce de son décès, ce film qui m'intriguait depuis longtemps. Sixième long métrage du réalisateur, et un de ses favoris, Le 7ème juré est une terrifiante plongée au cœur de la petite bourgeoisie citadine de province ; par l'intermédiaire et la voix-off de Grégoire Duval/Bernard Blier, nous sommes associés au conformisme des bonnes apparences, à l'injustice des petits cercles. Un pharmacien assassin que personne ne peut soupçonner, même quand il fait tout pour - même quand il se dénonce ! - face à un jeune homme que tout accuse. Et ce brave notable qui devient, ironie du sort, juré du procès dont il est responsable. Tout est tragique dans cette histoire, admirablement filmée par Georges Lautner et dialoguée par Pierre Laroche. Rarement Bernard Blier n'a été aussi profond qu'en bon père de famille, marié à une jolie femme - sublime Danièle Delorme - portant sur lui le poids de la bonne société, d'un vieux chagrin d'amour gâché par la lâcheté et d'un meurtre.

Réalisé au début des années 1960, Le 7ème juré a toutes les apparences d'un film de la Nouvelle Vague : un jeune metteur en scène filmant frontalement les méandres de la bonne bourgeoisie, l'utilisation de la voix off, un rapport à la ville comme personnage à part entière et un héros en passe de devenir un marginal de sa petite société. Tout le talent du dialogue, et de la mise en scène, est d'inscrire cette base cinématographique récente dans une continuité plus classique, notamment par sa sévère dramaturgie et l'utilisation de seconds-rôles comme premiers (formidables Albert Rémy, Robert Dalban, Henri Crémieux, Yves Barsacq, Jacques Monod, Maurice Biraud). A l'image de certains films de Raymond Bernard ou Julien Duvivier, les stars du films (Blanche, Delorme, Blier) sont parfois éclipsées.



Les films sur la petite bourgeoisie de province ont souvent donné de grandes œuvres de cinéma ; filmer leur opportunisme, leur conscience de classe ou leur volonté hors du commun à sauver les apparences brosse en creux les difficultés d'une société sclérosée où tout le monde pense vivre dans le meilleur des mondes. Bernard Blier, prisonnier de son cadre de vie, trouve peut-être dans l'assassinat un moyen de fuir. Hélas, la très belle fin du film lui prouve que c'est perdu d'avance. Condamné à une folie de bon aloi qui arrange tout le monde, Grégoire Duval, honnête pharmacien respecté de tous, pense payer les frais de sa lâcheté d'autrefois envers une femme qu'il aimait. Le 7ème juré est un film lié à son époque historique - l'éclatement progressif d'une société traditionnelle, qui pourtant existe toujours différemment aujourd'hui - et cinématographique, où la vieille aristocratie paye le prix de ce qui fait tout le miel des jeunes loups du cinéma, la jeunesse aventureuse, insouciante, éprise de liberté.

dimanche 10 mars 2013

L'âge d'or du Cinéma Français ... très très chaud !



Peut-être vous souvient-il d'un article, pas si lointain, où je m'excusais à peine de titrer mon sujet "On veut voir le porno de Bourvil !" dans le but très opportuniste d'attirer les internautes qui ne se contentent que d'une seule recherche sur le net : sexe. Mon ami Alexandre Liéthard, ci-dessus en photo (qui ressemble beaucoup à Bernard Blier dans Elle boit pas, elle fume pas... je vous l'accorde), guichetier de son état et obsédé sexuel notoire, s'occupe tous les jours des statistiques de mon blog. Son dernier bilan est accablant ! Vous êtes de plus en plus nombreux à venir visiter mon blog - et à y revenir - ce dont je vous remercie ... MAIS ... les recherches qui aboutissent sur ces pages et les mots clefs correspondant ont de quoi faire sourire. Voici quelques recherches Google qui aboutissent sur L'âge d'or du Cinéma Français :

fessée déculottée - fessée - fessée actrice - porno âge - porno cinéma français - porno acteur français - porno fessée ... et un collector : fessée jean marais !

Vous remarquez aussi que l'article que vous avez le plus aimé est ... Une fessée déculottée pour Suzy Delair. Mon opportunisme sur l'article de Bourvil semble donc payer ! Et c'est à nouveau par pur intérêt que je consacre un article entièrement à ce phénomène. De là à ce que je rajoute le mot sexe dans une phrase juste par plaisir, il n'y a qu'à un pas ... que je n'oserai franchir. Mais vous devez surement vous demander ce que regarde notre ami Alexandre avec ce regard coquin ? Je vous le donne en mille ...


samedi 9 mars 2013

"LE MONOCLE NOIR" (de Georges Lautner, 1961)



En quelques mots : Dans un vieux château breton se tient une réunion secrète. Des partisans de l'ordre, nostalgiques du IIIe Reich, se retrouvent discrètement en l'honneur d'un compagnon de route de Hitler qui doit prendre la tête de leur réseau. Le vieux marquis, propriétaire de la demeure, accueille alors un allemand, un italien et un mystérieux aveugle au monocle noir. Mais il semblerait que des espions rôdent autour du château.

Le monocle noir est un des premiers films de Georges Lautner - son cinquième - et le premier volet de sa trilogie du Monocle, suivi de L'oeil du monocle (1962) et du Monocle rit jaune (1964), toujours avec Paul Meurisse. Ce premier opus s'ouvre par un avant-propos de Bernard Blier, qui demande au spectateur de ne pas prendre trop au sérieux cette histoire d'espionnage - la marque Lautner diront certains, le réalisateur ayant toujours mélangé avec bonheur la comédie et le drame. Dans ses mémoires (On aura tout vu, 2005), Georges Lautner raconte que le roman était inadaptable à l'écran (avec une scène d'avortement où le marquis breton faisait brûler le fœtus de sa fille dans la cheminée), ce dont était bien conscient l'auteur, le Colonel Rémy, célèbre résistant et écrivain à succès. Du livre d'origine, il ne reste que le titre, le château en Bretagne et le Monocle écrit-il avant d'ajouter Je me suis amusé à faire des scènes très influencées par Orson Welles. De fait, la mise en scène de Georges Lautner est travaillée, très fluide et propose un grand nombre de cadrages intéressants, notamment pour les séquences de poursuite dans les sous-terrains du château.



Mais ce qui fait vraiment toute la force de cette histoire d'espionnage, c'est l'épatant casting réuni par Georges Lautner : les femmes d'abord, de la magnifique Elga Andersen, qui n'est pas sans rappeler un autre charme venu de l'est (Maria Schell) à Catherine Sola en passant par la jeune Marie Dubois, dans un petit rôle sans intérêt, hélas ; Le monocle noir s'inscrit ensuite dans la tradition de ces films de casting, où les petits rôles volent la vedette aux têtes d'affiches : Jacques Marin et Albert Rémy sont formidablement utilisés, presque à contre emploi, le premier en espion, le second en jeune romantique (!) et, accompagnés de Jacques Dufilho en guide à l'accent rustique et Bernard Blier en commissaire, font jeu égal avec les stars que sont Paul Meurisse, impeccable de snobisme flegmatique, et Pierre Blanchar, dont c'est le dernier rôle à l'écran. On s'amuse beaucoup de penser que celui qui tourna des films en Allemagne dans les années 1930, s'exila pendant la guerre, résista, revint à Paris à la tête d'un comité d'épuration termine sa carrière en citant du Hitler, concluant sur un Ah ! Cher Adolf ! nostalgique.

Le monocle noir, rare en DVD (il a été édité chez Pathé) est une excellente petite comédie d'espionnage, moins caricaturale que Les Barbouzes (1964), peut-être moins drôle aussi, malgré quelques bons dialogues, et qui ne doit pas rester méconnue. Gros succès à sa sortie, Georges Lautner avoue que c'est le film qui lança définitivement sa carrière.

jeudi 10 janvier 2013

"L'HOMME A L’IMPERMÉABLE" (de Julien Duvivier, 1957)



En quelques mots : Puisque sa femme est partie quelques jours auprès d'un parent malade, le brave Albert Constantin, musicien au Théâtre du Châtelet, s'abandonne à visiter une jolie jeune fille à Montmartre. Mais il n'a pas le temps de s'en aller qu'elle est mystérieusement assassinée dans sa salle de bain. Le lendemain, le voisin de la défunte retrouve Albert et lui demande de l'argent en échange de son silence.

François Truffaut écrivit à la sortie du film que Fernandel ne le faisait plus rire, contrairement à un public moins exigeant, mais plus nombreux, qui continuait de se gondoler devant les pitreries de l'acteur marseillais. Étrange critique, car il serait d'autant plus faux d'affirmer ici qu'il s'agit d'une énième fernandelânerie sans mise en scène et sans histoire. Après une adaptation de Zola (Pot-Bouille, 1957), Julien Duvivier signa avec René Barjavel l'adaptation de ce roman policier de James Hadley Chase, sur un ton comique. Pas tout à fait comédie policière ni sombre polar, L'homme à l'imperméable mélange les genres. Fernandel, étonnant de retenue, y interprète un musicien du Théâtre du Châtelet qui fait la difficile expérience de l'infidélité, ou de l'intention - l'équipe tourna d'ailleurs plusieurs scènes dans les lieux qui étaient occupés par les membres de l'opérette Méditerranée, Fernandel se maquillant le jour dans la loge qu'occupait son ami Tino Rossi le soir. Après une excellente première partie où s'imposent un Fernandel sérieux et aimant, pris de remords lorsqu'il se retrouve dans la chambre d'une autre femme (la sublime Judith Magre), et un Bernard Blier excellent en maître-chanteur tranquille, le film retombe un peu dans les travers d'une intrigue parallèle pas très palpitante et d'une situation qui s'étire trop longtemps. Quelques rares moments de plaisir ponctuent cette comédie noire qui ne sait pas sur quel pied danser (la scène de nuit sous le pont est révélatrice de ce problème) et la fin, convenue, n'arrange rien. Le film jouit aujourd'hui d'une jolie popularité et j'avoue qu'elle me semble un poil surestimée. Si la mise en scène de Julien Duvivier est impeccable (avec une jolie photographie de la nuit) et l'interprétation sans fautes, il manque un petit quelque chose pour accrocher définitivement.



vendredi 23 novembre 2012

"LA SYMPHONIE FANTASTIQUE" (de Christian-Jaque, 1942)



En quelques mots : Paris, à la fin des années 1820. Hector Berlioz ne vit que pour la musique mais se heurte à l'incompréhension générale de la modernité et survit grâce à ses amis et son métier de critique. Amoureux d'une actrice à succès et rejeté par sa mère, il compose "La symphonie fantastique" et devra attendre bien des années pour connaître la gloire, toujours entachée des malheurs de sa vie.

Je m'étais toujours refusé à regarder ce film, tellement admirateur de l’œuvre de Hector Berlioz que la peur d'être déçu était plus forte que tout. Suite à quelques avis positifs, je me suis lancé avec une appréhension marquée d'emblée par le fait qu'au générique de début, Jean-Louis Barrault (Berlioz, personnage principal) n'apparaît qu'en troisième position ! Curieuse façon de concevoir un film biographique ... mais les premiers instants sont agréables et la personnification du génie de la musique classique est très crédible - cette ressemblance, confinant presque au mimétisme, s'accentue avec l'âge du compositeur. On retrouve avec grand plaisir une interprétation libre d'une anecdote savoureuse des Mémoires de Berlioz où, plein de fougue et d'admiration pour ses maîtres, le jeune musicien interrompt une représentation de Gluck à l'opéra parce que les cymbales ne sont pas parties à temps ! Hélas, le film pèche bien vite par son utilisation trop approximative de la géniale musique et par un excès de sentimentalisme qui occulte toute la création artistique de celui qui fut l'un des meilleurs représentants de la musique classique française.

Jean-Louis Barrault est pourtant un impeccable Hector Berlioz, tourmenté et débordant de créativité, confronté à l'archaïsme des représentants d'une musique dont il s'inspirait pourtant, en la renouvelant. Jules Berry est le premier de ceux-là, éditeur qui reconnait le talent mais ne veut pas risquer de l'aider, suivi de près par Louis Seigner en chef d'orchestre à l'ancienne. Bernard Blier, excellent, est quant à lui l'ami intime qui sacrifie son amour pour le bonheur et la réussite de son camarade compositeur. Les personnages féminins sont tout aussi attachants, entre Lise Delamare (Harriet Smithson) et la jolie Renée Saint-Cyr (Marie), mais beaucoup trop romancés, à l'image de cette œuvre réalisée en pleine Occupation par la Continental.



Ce qui frappe toujours dans les films produits par cette firme, c'est l'importance des moyens développés - ici de superbes scènes d'opéra ou le Requiem aux Invalides - et le message que l'on peut toujours lire entre les lignes d'une fresque à grand spectacle (l'exaltation de la France par ses artistes ou ses grands hommes contre l'obscurantisme, la domination des vieilles idées), qui pousse peut-être à trop romancer une vie qui était déjà assez agitée et se garder de l'ancrer dans la réalité politique changeante du XIXe siècle, ce qui est bien regrettable.

Une Symphonie Fantastique en demi-teinte qui n'est pas aidée par la mise en scène balourde de Christian-Jaque (incapable de filmer une séquence musicale) et des choix un peu simplistes dans les œuvres de Berlioz (on entend les plus célèbres extraits de la Symphonie fantastique, de La Damnation de Faust et du Requiem et c'est à peu près tout). Restent des jolies séquences et une évocation lyrique, très cinématographique finalement, d'un compositeur majeur.

A noter une apparition effacée de Gilbert Gil et un rôle comique pour Noël Roquevert en gendarme !

lundi 19 novembre 2012

"DÉDÉE D'ANVERS" (de Yves Allégret, 1948)

En quelques motsÀ Anvers, Dédée (Signoret) est prostituée dans un petit bar de marin tenu par un homme sévère, Monsieur René (Blier) et entièrement soumise à son mac Marco, portier du bar et trafiquant à la petite semaine (Dalio). Un soir, elle croise dans le port un capitaine au long cours qui la fascine. Elle apprend qu'il s'agit d'un vieil ami de René, venu en Belgique pour faire des affaires.

J'avais envie depuis très longtemps de voir ce film que je ne connaissais que par ses affiches et son casting ! Cruelle déception, cette Dédée d'Anvers n'a pas été à la hauteur de mes espérances, probablement parce que le film s'inscrit dans une grande lignée de qualité française qu'il ne parvient pas à égaler, à peine à imiter. De cette œuvre de 1948, on pense très vite aux grands succès d'avant-guerre de Marcel Carné, notamment Hôtel du Nord (1938) et Le Quai des brumes (1938), par l'ambiance brumeuse du port d'Anvers, ces petits caïds qui n'impressionnent personne et ces personnages ancrés profondément dans un quotidien, voilés d'un mystère qui les rend très charismatiques (formidable Bernard Blier), la majorité de l'action se déroulant dans un bistrot où l'on monte et on descend au gré des humeurs. Le pastiche est parfois grotesque, à l'image de Simone Signoret "déguisée" en Michèle Morgan avec son béret et son imperméable en cuir. D'ailleurs, on ne peut pas s'y tromper, le scénariste et dialoguiste Jacques Sigurd travailla par la suite avec Marcel Carné.

Hélas, la sauce ne prend rarement, épisodiquement dans quelques bonnes scènes (le repas du début, les envolées d'autorité de Blier ou le pathétique de Dalio qui tente de brider Signoret) mais ne provoquent la plupart du temps qu'un ennui couvert d'un certain charme esthétique. Toutes les séquences avec Marcello Pagliero sont laborieuses car artificielles, dénuées de toute humanité, ce qui impute au film une part de son efficacité. La mise en scène de Yves Allégret ne sauve rien à l'affaire, malgré des bonnes idées de cadrage, particulièrement sur les dernières minutes du film.


Restent les acteurs qui suffisent à susciter l'intérêt pour cette histoire qui en intéresse peut-être certains. Elle n'est pas dénuée d'un certain charme, traité avec une noirceur exagérée.

mardi 6 novembre 2012

"L'ASSASSINAT DU PÈRE NOËL" (de Christian-Jaque, 1941)

En quelques mots : Dans un paisible petit village de Savoie, à Noël. Le curé installe comme tous les ans à la vénération des fidèles un précieux anneau en or, le jour même ou le baron Roland s'en revient dans son château, après 10 ans d'absence. Un vieux fabriquant de mappemondes, Cornusse, s'apprête à endosser une fois de plus le costume du Père Noël. Mais après la messe traditionnelle, l'anneau disparait et le Père Noël est retrouvé mort dans la montagne.

L'assassinat du Père Noël est la première production de la Continental-Films, créée en 1940 par Joseph Goebbels et dirigée par Alfred Greven. Avec des moyens importants et un très beau casting, le réalisateur Christian-Jaque s’attèle à filmer un scénario écrit et dialogué par Charles Spaak, avec beaucoup d'efficacité et une superbe photographie de Armand Thirard.

Le film met pourtant du temps à commencer et installe doucement ses personnages : Robert Le Vigan en instituteur romantique, Harry Baur en fabriquant de mappemondes rêveur et conteur - qui se déguise en Père Noël tous les ans et fait le tour des maisons de son village -, Renée Faure en adolescente rêveuse, extrêmement belle et fragile, Jean Brochard en pharmacien inquiétant et Raymond Rouleau en châtelain lépreux. Il y a une drôle d'ambiance dans ce petit village coupé du monde, entre une pauvre folle qui cherche son chat (la mère Michelle), des enfants qui cherchent le Père Noël et les autres qui cherchent l'amour.

Le petit village de montagne est ainsi présenté comme une représentation miniature de la société, comme souvent dans les "films chorals", microcosme de caractères et de sentiments variés où l'on retrouve le jeune fougueux, le vieux sage, la représentation de l'autorité (le maire, très bon Fernand Ledoux) ou la bonhomie à la française, finalement rassurante (ici campée par deux joueurs de belote que rien ne détourne de leur jeu). Filmé comme un conte, L'assassinat du père Noël prend des dimensions autres puisque tourné au début de l'Occupation. Ainsi le méchant, fourbe et hautain, est démasqué mais à l'extérieur du village, hors même du champs d'action de la caméra, et le gentil petit blessé, peut-être une métaphore de la France à genoux mais pas morte, retrouve le sourire devant la mobilisation de la communauté en sa faveur.


Certes, on se plaît toujours à vouloir analyser quand il n'y a pas besoin de le faire, et nul doute que les motivations du scénariste et du metteur en scène étaient de divertir avant tout le spectateur, en lui offrant un charmant conte de Noël avec quelques grands acteurs populaires. Force est de reconnaître que l'objectif est largement atteint, l'humanité de Harry Baur (qui doit attendre un certain temps pour avoir de bonnes scènes) et le jeu spontané des enfants y étant pour beaucoup.

A noter un petit rôle très amusant de Bernard Blier (non crédité au générique !) qui incarne un gendarme pas si idiot que le maire a bien voulu nous le faire croire.

samedi 29 septembre 2012

"ELLE BOIT PAS, ELLE FUME PAS, ELLE DRAGUE PAS ... MAIS ELLE CAUSE !" (de Michel Audiard, 1970)


En quelques mots : Germaine (A. Girardot) est femme de ménage à Paris. Elle exerce son métier chez une ambitieuse vedette de la télévision (M. Darc), un employé de banque pervers (B. Blier) et un éducateur pour jeunes enfants qui se travestit la nuit venue (Sim). Tout se petit monde va être amené à se rencontrer et à se faire chanter, et le hasard n'y est pour rien !

Curieusement, je viens de découvrir ce film alors que j'ai vu depuis longtemps la grande majorité des films dialogués par Michel Audiard (y compris ceux qu'il réalisa, avec plus ou moins de bonheur). Certainement, je n'ai pas dû être attentif aux programmations de TCM ou W9 en fin de soirée, ou alors je n'ai jamais voulu voir ce film inconsciemment. Toujours est-il que c'est fait, et que je pourrais prendre plaisir à la revoir, tant il reste tout à fait amusant - si l'on met de côté la mise en scène épouvantable du scénariste qui n'était pas bon réalisateur.

Comme toujours, l'histoire met en images la vie de paumés, de pervers, de dégénérés, en tout cas de marginaux, avec beaucoup d'humour : il faut voir la première scène de Bernard Blier, au réveil, mettant une main au cul à sa femme de ménage (Annie Girardot) en lui disant "Un jour, je vous violerai sur la table à ouvrage ! J'y pense souvent, surtout dans l'autobus !"

Cette brave femme de ménage qui a trois clients réguliers va leur donner des informations intéressantes, si bien qu'ils vont tous trois se faire chanter pour de l'argent, faisant tourner le fric sans le savoir.



L'argument est assez faible évidemment, mais le savoir faire de Audiard pour les dialogues, et l'interprétation succulente des comédiens fait le reste, d'autant qu'ils jouent dans du sur-mesure : Mireille Darc joue une ancienne putain ambitieuse, Bernard Blier un petit escroc pervers, Sim un éducateur catholique qui se déguise en libellule dans les cabarets, Annie Girardot une femme de ménage qui écoute aux portes, Jean Le Poulain un banquier sinistre, Jean-Pierre Darras un ministre qui trompe sa femme, Jean Carmet un patron de bistrot et Robert Dalban est banquier.

Les inconditionnels d'Audiard se régaleront, les autres ne passeront pas un mauvais moment. Voici un petit extrait vidéo d'une scène sympathique où Annie Girardot regarde Mireille Darc (sorte de Jean-Luc Delarue des années 70) dans son émission télévisée, dans un décor qui nous semble aujourd'hui bien kitsch, où une adolescente confie ses problèmes ... pas banals. Qualité médiocre puisque, comme toujours, Gaumont bloque la diffusion sur Youtube.

jeudi 27 septembre 2012

Bernard Blier en guise de cadeau d'anniversaire !

Et oui, le 27 septembre - il fallait bien que ça arrive - est la date de mon anniversaire. Ainsi pour fêter mes 24 ans, je m'abandonne à vous parler à nouveau de C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule ! Voici un extrait amusant, pas forcément le meilleur toutefois, où l'on voit Bernard Blier déguisé en bavarois typique, aux accents nostalgiques de l'Occupation.


Une anecdote sur ce passage me revient en mémoire : je connais ce film par cœur depuis très longtemps (allez savoir pourquoi) et, il y a quelques années, alors que j'étais en 4ème, je ne sais quelle envie m'a pris d'arriver en cours de SVT en chantant Heidi Heido Heida comme Bernard Blier. J'aimais déjà l'Histoire mais, encore jeune, je n'étais pas très bien informé de tout. Vous imaginez alors la tête du professeur ...

mercredi 8 août 2012

"BONS BAISERS... A LUNDI" (de Michel Audiard, 1974)

En quelques mots : Trois braqueurs minables s'introduisent chez Frankie Strong, un homme riche et excentrique, pour le dévaliser. Manque de chance, ils débarquent en pleine soirée privée et personne n'a d'argent liquide. Frankie accepte de faire un chèque, mais les gangsters doivent attendre l'ouverture des banques et passer le weekend avec leurs otages. Une longue, pleine de rebondissements, s'annonce.

Michel Audiard n'a pas été un bon metteur en scène, et si drôle soient les dialogues de Faut pas prendre les enfants du bon Dieu..., Comment réussir dans la vie... ou Elle cause plus, elle flingue, la réalisation reste plate, souvent inerte et fait perdre beaucoup des qualités des films. Ce dernier long-métrage ne déroge pas à la règle, encore qu'il ne soit pas le pire de tous. C'est donc pour les acteurs et les dialogues qu'il faut voir Bons baisers... à lundi, et pour les quelques moments de pure comédie qu'ils renferment.



La première partie en huit clos est la moins digeste, malgré quelques bons moments. Il faut attendre le départ vers la maison de campagne pour savourer quelques très bons dialogues du maître - j'ai d'ailleurs sélectionné deux passages en vidéo pour ce blog, où l'on rigole dès qu'on entend la voix de André Pousse "Alors bande de ploucs, on sort le tracteur !" ; un second où Bernard Blier évoque une chaude soirée avec de jeunes nageuses. Le casting haut de gamme rehausse un peu l'ennui du film, et il est bon de retrouver Julien Guiomar, André Pousse ou Michel Bouquet dans des petits rôles amusants.
Bons baisers... à lundi est aussi l'occasion de voir la charmante et amusante Evelyne Buyle, que j'adore, qui livre ici un formidable, improbable numéro de chanson et de danse.


jeudi 2 août 2012

"LES GRANDES FAMILLES" (de Denys de la Patellière, 1958)

En quelques mots : Noël Schoudler (J. Gabin) règne sur un empire industriel familial en patriarche, et tente tant bien que mal de s'opposer aux vues réformatrices de son fils héritier (J. Desailly). Il décide même de lui donner une leçon de vie en lui confiant la responsabilité d'une partie de la société. Reste, en marge de la famille, un cousin excentrique (P. Brasseur), qui entend bien avoir sa part du gâteau.

On jubile d'avance à voir l'affiche et le casting de ce très bon film de Denys de la Patellière, regroupant autour de Jean Gabin, magistral, Pierre Brasseur dans le rôle du cousin "vilain petit canard", frivole et rusé, Jean Desailly et sa jeunesse aventureuse, Françoise Christophe en tendre épouse, Bernard Blier en secrétaire dévoué et Louis Seigner en banquier attiré par le gain. Le tout dialogué avec brio par Michel Audiard, d'après un roman de Maurice Druon.

Les grandes familles reste donc, on l'aura compris, un film de dialoguiste et d'acteurs - la mise en scène étant, comme toujours chez la Patellière, très sage (la présentation des personnages est l'illustration de cette lourdeur). Jean Gabin est évidemment tout trouvé pour ce rôle de patriarche imposant et respecté, tout comme Bernard Blier, encore habitué à cette époque aux personnages effacés et intelligents ; rôle qu'il fera évoluer quelques années plus tard, dans un même registre, avec Le Président (de Henri Verneuil, 1961), toujours face à Gabin.

Pierre Brasseur est l'élément comique du film, qui s'ouvre avec une scène très drôle dans une église, pour l'enterrement d'un personnage important de la famille, académicien. Le cousin indésirable arrive alors avec une femme à son bras, et s'installe derrière Gabin pour ironiser malicieusement de la situation. Le paroxysme est atteint lors de la quête, où il annonce, en lâchant quelques billets, "Laissez ! C'est ma tournée !"

Malgré ces quelques moments amusants, le film est grave, se concentrant sur la difficile relation père-fils (Gabin/Desailly) et sur les retors financiers d'une opération de restructuration de l'entreprise. En cette période de crise, Les grandes familles apparaît, à l'instar du film de Verneuil, encore plus intéressant, car largement en dessous de ce qui existe probablement aujourd'hui - les boursicoteurs et grands banquiers sont assez faciles à piéger.
La fin, classique, reste assez sobre et juste, après un tournant dramatique intense (où l'on voit même, fait rare, Gabin pleurer).

Extraits audio :
/ Pierre Brasseur sur les "Droites" :


/ Gabin/Desailly sur Picasso et la presse :


Bernard Blier et Jean Gabin dans Les grandes familles (1958)
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