Le Roi de France Louis XVI a été guillotiné il y a exactement 220 ans et son souvenir est encore célébré aujourd'hui, preuve en sont les nombreuses messes d'action de grâce partout en France ce 21 janvier. L'âge d'or du cinéma français s'interroge pour l'occasion sur les acteurs qui ont interprété Louis XVI à l'écran. Ils sont au final assez peu : dans le Napoléon Bonaparte d'Abel Gance (1927), c'est Louis Sance qui endosse le costume royal, quatre ans après L'enfant Roi de Jean Kemm, rôle qu'il ne tient plus en 1935 dans la nouvelle version de Napoléon Bonaparte par Abel Gance (le rôle échoue à Jack Rye).
Le premier acteur véritablement marquant à incarner Louis XVI au cinéma est Pierre Renoir dans La marseillaise de Jean Renoir (1938). Chez Marcel L'Herbier, pour L'affaire du collier de la Reine (1946), c'est Jean Hébey qui s'en charge ; dans Madame du Barry (Christian-Jaque, 1954), c'est au tour de Serge Grand. Le Roi apparaît par quatre fois chez Sacha Guitry, dans Remontons les Champs-Elysées d'abord en 1938, avec Jean Hébey, puis dans sa trilogie historique (Si Versailles m'était conté, Napoléon, Si Paris nous était conté) sous les traits de Gilbert Bokanowski. L'acteur propose un Louis XVI humain, tel que l'historiographie le considère largement aujourd'hui, loin d'un tyran, et compose une très jolie scène lorsqu'une parisienne révolutionnaire s'écroule devant lui, impressionnée.
Dans Marie-Antoinette, Reine de France (1956) de Jean Delannoy, Jacques Morel reste dans une interprétation à hauteur d'homme. Curiosité, c'est l'acteur de second plan, d'ordinaire habitué aux rôles virils de caïds, Albert Rémy, qui interprète le Roi martyr dans La Fayette (Jean Dréville, 1961). Dernière représentation, télévisée cette fois-ci, pour mon plaisir, celle de Pierre Mirat dans Le voyageur des siècles (1971).
Je ne peux m'empêcher de vous mettre à contribution : quel est votre Louis XVI préféré s'il en est un ? Evidemment, il y a autant d’interprétations du Roi dans des films étrangers, l'une des plus appréciables restant celle de Michel Piccoli dans La nuit de Varennes (Ettore Scola, 1982). On notera aussi que c'est l'excellent Jean-François Balmer qui endosse le rôle dans La Révolution Française de Robert Enrico en 1989, à qui succède Dominique Besnehard dans Beaumarchais l'insolent. Si le film de Edouard Molinaro est tout à fait honnête, l'interprétation de celui qui était alors l'un des agents artistique les plus célèbres de France est beaucoup plus discutable. Dans le Marie-Antoinette de Sofia Coppola c'est l'acteur Jason Schwartzman qui devient l'époux de la Reine, rôle à mon sens bien mieux assumé par Xavier Beauvois dans le récent et intéressant Les adieux à la Reine (2012).
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lundi 21 janvier 2013
dimanche 30 décembre 2012
"MACAO, L'ENFER DU JEU" (de Jean Delannoy, 1939)
En quelques mots : Werner von Krall, aventurier en Chine, est chargé d'acheter une importante cargaison d'armes qui doit servir à mener la guerre sino-japonaise. Dans un village dévasté, il rencontre une actrice française, Mireille, et l'emmène avec lui à Macao où il compte régler ses affaires avec le puissant Ying-Tchaï, marchand d'armes et propriétaire d'un casino.
Les films d'aventures en Asie sont souvent prétextes à mettre en scène des marchands d'armes - on se souvient de l'excellent Gary Cooper en trafiquant au grand coeur dans Le général est mort à l'aube (L. Milestone, 1936). Dans ce Macao de Jean Delannoy, les roulettes du casino servent de métaphore au jeu cruel et risqué auquel se livrent Erich von Stroheim en trafiquant d'armes, Mireille Balin en actrice faire-valoir et Sessue Hayakawa en maître de la ville. Une première histoire mêle ses trois personnages qui, chacun, veulent s'utiliser pour les propres intérêts - on connaît l'issue de ce petit jeu, et la fin du film est étonnamment dramatique, ce qui ajoute à sa force. Une romance parallèle vient se greffer au scénario, avec un jeune journaliste bondissant (Roland Toutain) qui tombe amoureux de la fille de celui qui a tenté de l’assassiner parce qu'il gagnait trop aux jeux (Louise Carletti), sans grande utilité sinon d'être la pierre angulaire du suspens final et le prétexte à quelques séquences cocasses avec un petit indicateur local prêt à tout pour gagner 50$.
L'ouverture a tout pour captiver et offre le souvenir d'une très jolie scène où la magnifique Mireille Balin reprise ses bas cependant que la ville est bombardée et Erich von Stroheim tente de négocier quelques dollars pour acheter des armes. Si on peut reprocher le traitement extrêmement classique de Delannoy et des scénaristes pour cette histoire (avec une mise en scène fluide toutefois), elle se laisse regarder sans déplaisir jusqu'à la fin, notamment grâce à ses acteurs.
Je ne me lasse pas de découvrir des films avec la superbe Mireille Balin qui impose son jeu naturel (sa façon de décocher des "Sans blagues !" est savoureuse) et sa beauté à un Erich von Stroheim plus contrasté que d'ordinaire, qui se retrouve à plusieurs reprises dans des situations qui lui échappent et, ce n'est pas courant, s'amourache d'une femme au point de devenir jaloux - il inflige une paire de gifles mémorable à Mireille Balin avant de se confondre en excuses.
Puisque le génial acteur d'origine austro-hongroise était censuré par l'Allemagne nazie, le film le fut aussi et Delannoy, pour assurer la survie de ses négatifs, retourna toutes les séquences de von Krall avec un acteur français "admis", Pierre Renoir (photo ci-contre). Le film fut distribué et se trouva un fervent défenseur en la personne de Jean Cocteau qui, selon les dires du réalisateur, le visionna une dizaine de fois, souvent en séances privées. De là serait née leur collaboration (L'éternel retour, 1943). Au sortir de la guerre, les séquences originales avec von Stroheim furent réintégrées et c'est cette version que l'on peut découvrir avec plaisir aujourd'hui.
A noter également le très beau travail du chef décorateur Serge Pimenoff qui reconstitua Macao ...à Nice, où le film fut tourné presque intégralement.
vendredi 28 décembre 2012
mercredi 24 octobre 2012
dimanche 7 octobre 2012
"LA DAME D'ONZE HEURES" (de Jean Devaivre, 1948)
En quelques mots : Stanislas-Octave Seminario (P. Meurisse), dit SOS, retrouve la famille Pescara, à son retour d'Afrique. Il découvre, par l'intermédiaire de la jolie Muriel (M. Francey), que la famille reçoit depuis plus d'un an des lettres anonymes de menaces. Il mène tranquillement son enquête jusqu'au jour où le fils de la famille, Charles, meurt dans d'étranges circonstances, non sans lui avoir révélé un certain nombre d'éléments.
Les droits de La dame d'onze heures semblent bloqués à l'heure où j'écris cet article, et il est impossible de le voir en DVD, ni même à la télévision. Seules quelques copies VHS trainent sur le net, vendues à prix d'or. Ce constat est bien triste, tant ce film mérite d'être redécouvert par le plus grand nombre, tant il s'inscrit dans une excellente tradition de film policier français, agrémenté d'une mise en scène particulièrement efficace.
D'emblée, il y a de quoi faire envie : Paul Meurisse en tête d'affiche, c'est l'assurance d'un premier rôle de choix, et quelle joie de voir au générique les excellents Pierre Renoir, Jean Tissier et Jean Brochard, merveilleux seconds rôles ; Gilbert Gil en fils à papa qui mène son enquête, et bien sûr la magnifique Micheline Francey dont je me fais, depuis les débuts de ce blog, l'ardent défenseur.
Ce petit monde se retrouve au centre d'une étrange affaire policière, menée de main de maître par Paul Meurisse, où les membres de la famille Pescara semblent les proies de graves menaces. L'ouverture du film est absolument notable : elle montre en plans très rapides les grandes étapes du film, brouillant les pistes sans ne donner aucun indice, mais elle met en appétit en présentant les personnages, tirés par les ficelles d'une main (celle du diable ?). Une sorte de bande-annonce du film. L'originalité vient de son montage - normal puis inversé - que l'on voit assez rarement en introduction d'un film policier (les metteurs en scène préfèrent la plupart du temps un meurtre avec des plans sur une main, des pieds ...). Jean Devaivre, qui fut un excellent assistant-réalisateur pendant l'Occupation, notamment auprès de Maurice Tourneur ou Richard Pottier, s'impose ici comme un très bon metteur en scène. A plusieurs reprises, il utilise ses acteurs et sa caméra de telle manière que l'on pense qu'ils s'adressent à nous - à tort : ainsi de la lettre anonyme où Pierre Renoir parle à la caméra - en réalité subjective -, du dossier ouvert par Paul Meurisse où les témoins de l'affaire parlent face caméra.
L'enquête est banale et pas franchement intéressante, le dénouement attendu ... et pourtant, impossible de décrocher. Jean-Paul Le Chanois signe un scénario et des dialogues qui permettent à Jean Devaivre d'en faire ce qu'il veut - est-ce ainsi que l'on reconnait un auteur ? -, avec une mise en scène enlevée, un rythme rapide et des acteurs à leurs aises (Jean Tissier pourrait agacer, car il en fait des tonnes comme toujours, mais il contribue ainsi à créer le mystère autour de son personnage).
Le rythme faiblit légèrement dans la dernière partie du film, qui devient tout à coup conventionnelle - comme si Devaivre voulait à tout prix offrir une fin classique à son film -, quoiqu'il n'y a aucune fioriture lors de la dernière séquence, tout ce qui doit se passer après est parsemé dans diverses séquences pendant le film (histoire d'amour ...).
Je vous présente ici un extrait vidéo, comme la plupart du temps quand je peux le faire, avec cette particularité qu'il s'agit là de l'ouverture dont j'ai parlé plus haut. J'ose ainsi espérer vous donner envie de voir la suite ...
Les droits de La dame d'onze heures semblent bloqués à l'heure où j'écris cet article, et il est impossible de le voir en DVD, ni même à la télévision. Seules quelques copies VHS trainent sur le net, vendues à prix d'or. Ce constat est bien triste, tant ce film mérite d'être redécouvert par le plus grand nombre, tant il s'inscrit dans une excellente tradition de film policier français, agrémenté d'une mise en scène particulièrement efficace.
D'emblée, il y a de quoi faire envie : Paul Meurisse en tête d'affiche, c'est l'assurance d'un premier rôle de choix, et quelle joie de voir au générique les excellents Pierre Renoir, Jean Tissier et Jean Brochard, merveilleux seconds rôles ; Gilbert Gil en fils à papa qui mène son enquête, et bien sûr la magnifique Micheline Francey dont je me fais, depuis les débuts de ce blog, l'ardent défenseur.
Ce petit monde se retrouve au centre d'une étrange affaire policière, menée de main de maître par Paul Meurisse, où les membres de la famille Pescara semblent les proies de graves menaces. L'ouverture du film est absolument notable : elle montre en plans très rapides les grandes étapes du film, brouillant les pistes sans ne donner aucun indice, mais elle met en appétit en présentant les personnages, tirés par les ficelles d'une main (celle du diable ?). Une sorte de bande-annonce du film. L'originalité vient de son montage - normal puis inversé - que l'on voit assez rarement en introduction d'un film policier (les metteurs en scène préfèrent la plupart du temps un meurtre avec des plans sur une main, des pieds ...). Jean Devaivre, qui fut un excellent assistant-réalisateur pendant l'Occupation, notamment auprès de Maurice Tourneur ou Richard Pottier, s'impose ici comme un très bon metteur en scène. A plusieurs reprises, il utilise ses acteurs et sa caméra de telle manière que l'on pense qu'ils s'adressent à nous - à tort : ainsi de la lettre anonyme où Pierre Renoir parle à la caméra - en réalité subjective -, du dossier ouvert par Paul Meurisse où les témoins de l'affaire parlent face caméra.
L'enquête est banale et pas franchement intéressante, le dénouement attendu ... et pourtant, impossible de décrocher. Jean-Paul Le Chanois signe un scénario et des dialogues qui permettent à Jean Devaivre d'en faire ce qu'il veut - est-ce ainsi que l'on reconnait un auteur ? -, avec une mise en scène enlevée, un rythme rapide et des acteurs à leurs aises (Jean Tissier pourrait agacer, car il en fait des tonnes comme toujours, mais il contribue ainsi à créer le mystère autour de son personnage).
Le rythme faiblit légèrement dans la dernière partie du film, qui devient tout à coup conventionnelle - comme si Devaivre voulait à tout prix offrir une fin classique à son film -, quoiqu'il n'y a aucune fioriture lors de la dernière séquence, tout ce qui doit se passer après est parsemé dans diverses séquences pendant le film (histoire d'amour ...).
Je vous présente ici un extrait vidéo, comme la plupart du temps quand je peux le faire, avec cette particularité qu'il s'agit là de l'ouverture dont j'ai parlé plus haut. J'ose ainsi espérer vous donner envie de voir la suite ...
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mardi 14 août 2012
"KNOCK" (de Guy Lefranc, 1951)
En quelques mots : A Saint-Maurice, toute la population se porte bien, et le docteur du village n'est payé qu'une seule fois par an pour ses rares consultations. Lorsque le docteur Knock, pour qui "tout bien portant est un malade qui s'ignore", arrive en ville, tout change radicalement. Les habitants se découvrent des maladies, s'alitent et font fructifier les affaires de Knock et du pharmacien.
Alors que deux dentistes viennent récemment d'être condamnés parce qu'ils abîmaient volontairement les dents de leurs patients pour leur facturer des soins, la redécouverte de Knock, et de sa vision particulière de la médecine, peut faire froid dans le dos, ou rire jaune.
Comme César reste lié à Raimu et Rhett Butler à Clark Gable, on n'imagine mal le docteur Knock sous des traits différents que Louis Jouvet, les cheveux plaqués en arrière, parfois recouverts d'un chapeau melon, ses petits yeux cachés derrière des lunettes rondes. Pourtant voilà, plus qu'un autre, un film où les détracteurs de l'acteur se régaleront à argumenter que Jouvet déclame son texte comme un comédien sur scène, sans naturel, avec une intonation insupportable. Les autres, et j'en fais partie, répèteront à qui veut l'entendre que Jouvet était vraiment un des plus grands.
Objet de discordes entre les cinéphiles le docteur Knock ? Il fut déjà pendant son tournage l'enjeu de toutes les convoitises, puisque "tout Paris" voulait être de cette aventure, annoncée fameuse. Jouvet lui-même engagea quelques un de ses protégés, comme le jeune Jacques Monod, et se chargea de la direction artistique. Un des biographes de Louis de Funès, Jean-Jacques Jelot-Blanc*, rapporte que le tournage, de fait, fut houleux, entre un acteur "perdant son temps au cinéma" mais se mêlant constamment de la mise en scène, et un jeune réalisateur qui aurait bien aimé faire son travail. Jacques Becker, voisin de tournage, vint même parfois sur le plateau pour tenter de réconcilier les deux hommes, en vain !
Extrait audio : "J'ai perdu 100 grammes !" (Louis de Funès)
Les fils de Louis de Funès ont rappelé il y a quelques années à quel point leur père fut énervé par l'attitude des distributeurs qui ressortaient des films où il faisait une apparition alors qu'il était devenu une vedette. De fait, il n'est pas rare de trouver des affiches de Knock annonçant son nom dans les seconds rôles, alors qu'il n'apparaît que ... 10 secondes à l'écran. Jean Carmet quant à lui, a un vrai rôle, celui du moqueur qui devient infirmier. Le film est donc l'occasion de retrouver quelques bons acteurs, tels que Pierre Renoir en pharmacien soudain débordé, Pierre Bertin en instituteur candide, persuadé d'être porteur de germes, ou Jean Brochard en médecin confrère de Louis Jouvet. Ce personnage central de l'histoire est censé être le plus honnête docteur, veillant à la bonne santé de ses concitoyens, même si au début de l'histoire il vend son cabinet en arguant qu'il est très rentable.
Le texte est un classique du théâtre et l'adaptation cinématographique ne peut vraiment s'en démarquer, offrant souvent une succession de scènes, mais tellement réjouissantes qu'on oublie ce détail pourtant rédhibitoire dans bien des cas. La finesse des dialogues, leur humour noir et leurs réflexions cyniques sont un régal à écouter, d'autant que certains passages restent au delà de la farce des moments terriblement sombres et pessimistes quant à l'avenir des hommes face à la médecine (le passage près de la fenêtre entre Jouvet et Brochard).
La fin, sur un regard diabolique de Louis Jouvet, questionne encore : le médecin alité est-il le fruit de l'escroc Knock ou la preuve vivante de son génie de la médecine ?
* JELOT-BLANC, J.-J., Louis de Funès, une légende, Paris, Anne Carrière, 1993.
Alors que deux dentistes viennent récemment d'être condamnés parce qu'ils abîmaient volontairement les dents de leurs patients pour leur facturer des soins, la redécouverte de Knock, et de sa vision particulière de la médecine, peut faire froid dans le dos, ou rire jaune.
"Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous grattouille ?" (Louis Jouvet)
Comme César reste lié à Raimu et Rhett Butler à Clark Gable, on n'imagine mal le docteur Knock sous des traits différents que Louis Jouvet, les cheveux plaqués en arrière, parfois recouverts d'un chapeau melon, ses petits yeux cachés derrière des lunettes rondes. Pourtant voilà, plus qu'un autre, un film où les détracteurs de l'acteur se régaleront à argumenter que Jouvet déclame son texte comme un comédien sur scène, sans naturel, avec une intonation insupportable. Les autres, et j'en fais partie, répèteront à qui veut l'entendre que Jouvet était vraiment un des plus grands.
Objet de discordes entre les cinéphiles le docteur Knock ? Il fut déjà pendant son tournage l'enjeu de toutes les convoitises, puisque "tout Paris" voulait être de cette aventure, annoncée fameuse. Jouvet lui-même engagea quelques un de ses protégés, comme le jeune Jacques Monod, et se chargea de la direction artistique. Un des biographes de Louis de Funès, Jean-Jacques Jelot-Blanc*, rapporte que le tournage, de fait, fut houleux, entre un acteur "perdant son temps au cinéma" mais se mêlant constamment de la mise en scène, et un jeune réalisateur qui aurait bien aimé faire son travail. Jacques Becker, voisin de tournage, vint même parfois sur le plateau pour tenter de réconcilier les deux hommes, en vain !
Extrait audio : "J'ai perdu 100 grammes !" (Louis de Funès)
Les fils de Louis de Funès ont rappelé il y a quelques années à quel point leur père fut énervé par l'attitude des distributeurs qui ressortaient des films où il faisait une apparition alors qu'il était devenu une vedette. De fait, il n'est pas rare de trouver des affiches de Knock annonçant son nom dans les seconds rôles, alors qu'il n'apparaît que ... 10 secondes à l'écran. Jean Carmet quant à lui, a un vrai rôle, celui du moqueur qui devient infirmier. Le film est donc l'occasion de retrouver quelques bons acteurs, tels que Pierre Renoir en pharmacien soudain débordé, Pierre Bertin en instituteur candide, persuadé d'être porteur de germes, ou Jean Brochard en médecin confrère de Louis Jouvet. Ce personnage central de l'histoire est censé être le plus honnête docteur, veillant à la bonne santé de ses concitoyens, même si au début de l'histoire il vend son cabinet en arguant qu'il est très rentable.
Le texte est un classique du théâtre et l'adaptation cinématographique ne peut vraiment s'en démarquer, offrant souvent une succession de scènes, mais tellement réjouissantes qu'on oublie ce détail pourtant rédhibitoire dans bien des cas. La finesse des dialogues, leur humour noir et leurs réflexions cyniques sont un régal à écouter, d'autant que certains passages restent au delà de la farce des moments terriblement sombres et pessimistes quant à l'avenir des hommes face à la médecine (le passage près de la fenêtre entre Jouvet et Brochard).
La fin, sur un regard diabolique de Louis Jouvet, questionne encore : le médecin alité est-il le fruit de l'escroc Knock ou la preuve vivante de son génie de la médecine ?
* JELOT-BLANC, J.-J., Louis de Funès, une légende, Paris, Anne Carrière, 1993.
dimanche 5 août 2012
"LE MYSTERE SAINT-VAL" (de René Le Hénaff, 1945)
En quelques mots : Désiré Lesec, modeste employé au service de son oncle, remporte le premier prix du concours du détective amateur. Impressionné, son oncle le charge de mener une enquête au château de Saint-Val, où le maître de lieux vient d'être retrouvé mort dans d'étranges circonstances. Il y découvre bien vite six individus au comportement suspect.
Le mystère Saint-Val, que le biographe de Fernandel, Jacques Lorcey, qualifie très gentiment "d'honnête comédie policière", est le premier film tourné par la star après la Libération.
On sent d'emblée le manque de moyens évident de la production, qui n'utilise que peu de décors, assez pauvres, dans un studio qui ne semble pas chauffé - des nuages de vapeur d'eau se dégagent des bouches des acteurs dès qu'ils parlent. Pourtant, le film démarre comme une honnête petite comédie populaire, avec un Fernandel habituel, gaffeur et expressif, et des situations amusantes. Mais dès lors qu'il arrive au château de Saint-Val, le film devient la captation ratée d'une pièce de théâtre, pas franchement réussie. Les situations improbables s'enchainent sans logique, sans humour et il faut tout l’abatage de Fernandel pour ne pas s'endormir devant ces jeux démodés et cette mise en scène soporifique. Les dernières minutes révèlent le fin mot de l'intrigue et retrouvent un semblant d'intérêt parce qu'il se passe enfin quelque chose.
Le film existe chez René Chateau dans une édition DVD tout à fait correcte. Restaurée, cette version de 1945 ne présente que des défauts mineurs (même si on voit un petit bout de la pellicule brûler dans une scène !) sur l'image, et un son honnête. Toutefois, le DVD est vendu comme étant la version de 100 minutes, mais ne propose que celle de 82 minutes. Il semblerait que ce film ait été coupé (des scènes de chanson ?), d'où peut-être ce rythme très curieux et ces ellipses grotesques.
Acheter le DVD ici.
Le mystère Saint-Val, que le biographe de Fernandel, Jacques Lorcey, qualifie très gentiment "d'honnête comédie policière", est le premier film tourné par la star après la Libération.
On sent d'emblée le manque de moyens évident de la production, qui n'utilise que peu de décors, assez pauvres, dans un studio qui ne semble pas chauffé - des nuages de vapeur d'eau se dégagent des bouches des acteurs dès qu'ils parlent. Pourtant, le film démarre comme une honnête petite comédie populaire, avec un Fernandel habituel, gaffeur et expressif, et des situations amusantes. Mais dès lors qu'il arrive au château de Saint-Val, le film devient la captation ratée d'une pièce de théâtre, pas franchement réussie. Les situations improbables s'enchainent sans logique, sans humour et il faut tout l’abatage de Fernandel pour ne pas s'endormir devant ces jeux démodés et cette mise en scène soporifique. Les dernières minutes révèlent le fin mot de l'intrigue et retrouvent un semblant d'intérêt parce qu'il se passe enfin quelque chose.
Le film existe chez René Chateau dans une édition DVD tout à fait correcte. Restaurée, cette version de 1945 ne présente que des défauts mineurs (même si on voit un petit bout de la pellicule brûler dans une scène !) sur l'image, et un son honnête. Toutefois, le DVD est vendu comme étant la version de 100 minutes, mais ne propose que celle de 82 minutes. Il semblerait que ce film ait été coupé (des scènes de chanson ?), d'où peut-être ce rythme très curieux et ces ellipses grotesques.
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