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jeudi 28 novembre 2013

"LA BÊTE HUMAINE" (de Jean Renoir, 1938)



En quelques mots : Lantier est le conducteur d'un train qui relie régulièrement Paris au Havre. Victime de pulsions meurtrières, il a cessé de boire de l'alcool et ne semble apaisé que sur sa locomotive. Retenu en Normandie après une avarie, il tombe amoureux de la femme du sous-chef de la gare, lequel vient de tuer l'amant de celle-ci.

C'est toujours une grande joie de revoir, sur grand écran et en version restaurée, un film de Jean Gabin. Il y a quelques mois c'était La Grande Illusion (Renoir, 1937), aujourd'hui La Bête humaine est à l'honneur un peu partout en France pour accompagner la sortie du Blu-ray (StudioCanal). La scène d'ouverture n'a rien perdu de son souffle - la première image est une chaudière qui hurle, Gabin et Carette ne peuvent pas s'entendre et communiquent par signaux. A toute vapeur, la caméra nous plonge pendant une dizaine de minutes sur les derniers kilomètres du Paris-Le Havre dans les années 1930, à tel point que le spectateur peut croire sans mal qu'il est à l'intérieur de la locomotive. Le roman original de Zola est adapté par Jean Renoir, un peu rapidement parfois, et souffre aujourd'hui d'un classicisme encombrant : des scènes d'amour pudiques avec des fins où les deux personnages regardent vers l'horizon, joue contre joue ; des interprétations théâtrales de la part de Simone Simon ; une trame romanesque un peu longuette (propre aussi au roman). De quoi remettre en question le qualificatif de Chef d'oeuvre, rapidement évoqué dans la presse pour cette ressortie au cinéma. L'âge d'or du Cinéma Français n'ira pas jusqu'à là.



Toutefois, force est de reconnaître que La Bête humaine peut se targuer de nombreuses qualités, notamment sur la manière de filmer une classe sociale. Dès les premiers plans du film, on se croit et on se rêve cheminot, dans la suie, l'huile et l'enfer d'une locomotive à vapeur. Les films contemporains ne s'aventurent que très rarement à filmer des petites gens, des ouvriers, préférant la nouvelle petite bourgeoisie urbaine et fortunée. Chez Renoir, les hommes sont libres, face à leurs destins, dignes. De fait, l'excellent casting y participe : Julien Carette en compagnon de route, Fernand Ledoux en assassin brisé, Blanchette Brunoy pour quelques minutes de grâce à la campagne, Jean Renoir en ouvrier gueulard ou encore Marcel Pérès, éternel troisième couteau.

Jean Gabin trouve là l'un de ses meilleurs rôles, d'une intensité remarquable malgré des dialogues souvent mièvres. Sa folie est contenue - il n'a d'ailleurs rien d'une bête humaine - mais explose lorsqu'il approche du bonheur. Par son ascendance familiale (il est le fils de Gervaise et se fend d'une longue tradition d'alcoolisme), il est devenu un inadapté à tout ce que la société peut lui offrir de bon, sa vie se résume au train d'enfer qu'il conduit vers un seul endroit, son propre terminus. La manière dont Renoir filme d'ailleurs son suicide est remarquable car sans les fards d'une multitude de plans. Lantier a sauté en marche, avec allure. Et déjà il faut dégager la voie pour que tout continue.

vendredi 25 janvier 2013

"LA RÈGLE DU JEU" (de Jean Renoir, 1939)



En quelques mots : Alors qu'il vient de battre des records de vitesse, l'aviateur André Jurieux surprend tout le monde quand il se pose au Bourget en se déclarant triste que la femme qu'il aime ne soit pas là. Celle-ci est l'épouse du riche marquis de la Chesnaye, lequel s'apprête à rejoindre son château à la campagne avec des amis. Grâce à un ami de la famille, l'aviateur s'invite à la fête.

J'étais plus jeune la première fois que j'ai vu La règle du jeu à la télévision et je n'ai pas su saisir les enjeux de cette partie de campagne qui m'avait laissé un petit goût d'ennui malgré un casting intéressant et quelques bonnes situations. Pour tout vous avouer, on m'avait promis un chef d'oeuvre et j'étais bien heureux, du haut de mes premiers pas d'adulte, de pouvoir me détourner de l'avis général en arguant, jusqu'à il y a quelques semaines encore, que le film de Jean Renoir m'avait laissé indifférent. Par malice, et surtout par bêtise, je n'avais jamais revu le film, pour me complaire sans remords dans un souvenir mitigé - on tente toujours de se démarquer des autres comme on peut et dire du mal de l'un des films les plus appréciés de l'Histoire du cinéma me poussait probablement à croire que j'étais un cinéphile underground, un rien anticonformiste mais pourtant sincère. Hormis une réplique fameuse - Mais bon Dieu de bois, on est venu pour chasser, pas pour écrire nos mémoires - que j'essaye de replacer à chaque repas de famille, Renoir acteur m'avait paru cabotin, Toutain fade, Parély folle et Dalio sous-exploité.



L'imposante biographie de Jean Renoir par Pascal Mérigeau (Flammarion, 2012) m'a forcé à revoir mon jugement sur le film. Un nouveau visionnage m'a offert de redécouvrir complètement cette oeuvre forte, et d'en saisir un peu mieux les contours. Je n'avais pas compris à quel point montrer de la bourgeoisie d'avant guerre un visage frivole et désabusé était audacieux quelques semaines avant une le déclenchement d'une guerre avec l'Allemagne - dont on ne pouvait même pas imaginer qu'elle serait éclair. Pas étonnant dès lors de lire les plus virulentes critiques dans la presse de droite de l'époque, mécontente par ailleurs de voir un juif marquis de France marié à une autrichienne.

La règle du jeu, celle que les hommes et femmes en société doivent suivre s'ils ne veulent pas sortir du chemin, est un film crépusculaire, à l'image de la Danse macabre de Saint-Saëns que l'on entend dans le film lors d'une étonnante scène fantomatique. Pourtant joyeux (un drame gai), le film est le dernier tour de piste de l'élite d'une France qui s'éteint, gonflée de l'orgueil d'Austerlitz et de la victoire de 14 qui l'aveuglent d'une terrible défaite à venir. Quand ils choisissent de présenter un petit spectacle à leurs invités, les hôtes, menés par Dalio, chantent d'ailleurs un succès de la fin du XIXe siècle, En revenant de la revue (Gais et contents, nous marchons triomphants, en allant à Longchamp, le coeur à l'aise, sans hésiter, car nous allions fêter, voir et complimenter l'armée française), aux références évidentes au nationalisme boulangiste. De fait, l'aristocratie française des années 1930 est peut-être, pour une part, restée au XIXe siècle et l'heure n'est pas au bilan. Pourtant, il est intéressant de se demander si la persistance de l'Ancien Régime, du nom de l'ouvrage majeur de Arno Meyer sur la prolongation républicaine du pouvoir des élites nobiliaires, ne prend pas fin dans cette insouciance festive suivie de la défaite de 1940. Peu amène avec l'aristocratie dominante, le film n'épargne non plus les domestiques, issus du peuple, qui ne pensent qu'à reproduire les modèles de leurs maîtres, entre hiérarchie, désir d'ascension sociale (Carette veut être domestique pour avoir un uniforme) et extraconjugalité.

Cette fin d'un monde en forme de weekend champêtre ne pouvait séduire le public de 1939, aussi inquiet que l'était pourtant Jean Renoir (le film est réalisé après la conférence de Munich) et peu disposé à suivre les turpitudes amoureuses et sociales (une superbe et cruelle scène de chasse) de privilégiés en Sologne. Après La grande illusion, le public attendait peut-être un film mordant de la part du réalisateur qui prit aussi le risque de se mettre en scène, d'écrire et de produire son film - faits extrêmement rares - ce qui ne manqua pas de déclencher les quolibets d'une partie de la presse à chacune de ses apparitions à l'écran. Ce Jean Renoir que je trouvais mauvais à la première vision m'apparaît aujourd'hui très drôle, avec une voix éraillée superbe, et l'on ne peut s'empêcher d'y voir sa propre représentation (Pascal Mérigeau y revient longuement dans un très beau passage).



La règle du jeu est l'un des films qui a déchaîné le plus les passions des cinéphiles et l'on compte nombre d'analyses à son sujet - le film est même régulièrement classé parmi les plus grands films de tous les temps. Si Renoir écrit dans le générique que le film ne se veut pas une étude de moeurs, il serait heureux, à mon sens, de préciser qu'il est un incontestable chef d'oeuvre a posteriori, Renoir ne pouvant prévoir avec certitude les faits à suivre lorsqu'il le réalisa et, de fait, le caractère anthropologique de son scénario marivaudien. On ne pourrait donc totalement blâmer les critiques négatives de l'époque (Mérigeau rappelle toutefois qu'elles furent partagées avec des papiers dithyrambiques) bien que certaines étaient fondées sur d'autres aspects plus politiques.

Le film reste aussi aujourd'hui un merveilleux film choral : si mes doutes sur Mila Parély n'ont, en revanche, pas évolués, difficile de rester de marbre devant les talents réunis de Julien Carette en braconnier coureur de jupons, Gaston Modot en garde chasse cocu, Jean Renoir en invité mondain excentrique, Pierre Magnier en général strict et respecté, Paulette Dubost en domestique de chambre charmeuse (elle était surnommée Des seins animés sur le tournage, par les techniciens), Roland Toutain en aviateur un peu effacé mais bondissant dès qu'il le peut, et Marcel Dalio en représentant de la classe aristocratique, impérial si j'ose dire.

jeudi 22 novembre 2012

"LE CAPORAL ÉPINGLÉ" (de Jean Renoir, 1962)

En quelques mots : 1940, l'armistice est signée avec l'Allemagne et la France connaît l'humiliation de la défaite. Les soldats prisonniers ne songent qu'à une seule chose : s'évader, le Caporal (J.-P. Cassel) en tête. Mais si les plans sont faciles à élaborer, l'action est plus délicate et toutes ses tentatives échouent lamentablement. Il est envoyé en camp de discipline pendant deux mois éprouvants et retrouve ses camarades heureux de leur sort.

Le caporal épinglé est le dernier véritable film réalisé pour le cinéma par Jean Renoir - Le Petit théâtre de Jean Renoir (1971) est une succession de sketchs initialement prévus pour la télévision. On aurait aimé une fin de parcours digne de l'importante carrière de celui qui est considéré comme l'un des metteurs en scènes les plus influents du cinéma français, hélas il n'en est rien puisque cette gentille comédie construite autour d'un petit groupe de prisonniers de guerre se contente d'enchainer les séquences plus ou moins comiques avec de jeunes acteurs très convaincants.
J'ai découvert ce film au cinéma (au Tambour, à l'université Rennes 2) dans une soirée à thème composée par le critique Jean-François Rauger qui nous a expliqué en introduction à quel point ce film était profond. Avec tout le respect que je dois au directeur de programmation de la Cinémathèque Française, cela me semble passablement exagéré.



Si on peut trouver d'énormes qualités au personnage de Claude Rich, toujours formidable, dans sa manière d'aborder l'emprisonnement comme une forme de liberté de son humiliant quotidien (il se fabrique un "donjon" au dessus de la masse de ceux qui rampent), le reste est assez convenu, entre personnages de jeunes premiers plus ou moins héroïques (Jean-Pierre Cassel, Claude Brasseur) et des éléments comiques qui sauvent le film de l'ennui (formidables Mario David, Lucien Raimbourg et Jacques Jouanneau, amusant Guy Bedos) qui se confrontent dans un enchainement de situations qui parfois virent au grotesque (la petite allemande qui déclare à Cassel "J'aime un homme qui n'est pas un esclave !").

On retrouve dans une très belle scène la passion de Jean Renoir pour le théâtre et la mise en scène de la vie quand Claude Rich décide d'aller découvrir la liberté ailleurs, seul. C'est d'ailleurs le thème de cette comédie sombre, la recherche de la liberté et la certitude qu'elle n'est pas forcément derrière les barbelés mais qu'elle peut se trouver à l'intérieur - la séquence de fin est, de ce point de vue, très réussie. Hélas, le metteur en scène s'égare dans des moments parfaitement inutiles et pompiers (l'évasion de Jean Carmet avec sa valise) qui alourdissent un peu un propos intéressant.

mardi 13 novembre 2012

Jean Gabin lève la jambe pour le French Cancan !

Les moments forts de ce magnifique film de Jean Renoir sont nombreux, mais le premier qui me revient toujours en mémoire est cette présence de Jean Gabin, en coulisses, soucieux du bon déroulement de son spectacle, qui sourit quand les gens applaudissent et qui lève la jambe au rythme du French Cancan. On n'a rarement l'occasion de voir Gabin ainsi, alors profitons-en.


French Cancan (1954), le film qui réconcilia Jean Gabin et Jean Renoir, a été magnifiquement restauré par Gaumont et toujours disponible en Blu-ray !

samedi 20 octobre 2012

De quelle "grande illusion" parlait Jean Renoir ? (en images)

Jean Renoir déclara qu'il avait appelé ce film ainsi "parce qu'il ne signifiait rien". On retrouve pourtant ce titre dans l’œuvre de l'écrivain britannique Norman Angell ("The Great Illusion : A Study to the Relation of Military Power to National Advantage", 1911), qui ne voulait pas croire qu'une guerre puisse éclater entre les puissances européennes au début du siècle. La suite lui a donné tort. Peut-être le metteur en scène français a-t-il voulu croire lui aussi, en 1937, qu'une nouvelle guerre n'était pas possible et ne pouvait pas embraser l'Europe et le reste du monde.

Toujours est-il que La grande illusion dans le texte reste un mystère. A l'image de Citizen Kane, où le spectateur est entrainé dans la quête de sens d'un seul mot (devenu légendaire), Rosebud, celui du film de Jean Renoir ne trouvera jamais avec assurance la signification du titre de ce chef d'oeuvre du cinéma français.

Par l'image, histoire de se remémorer avant tout les bons moments du film, voici quelques tentatives d'explications.


1. Une "grande évasion" ?
Alors qu'il vient d'arriver dans le camp de prisonniers, un détenu informe Jean Gabin qu'un petit groupe tente de s'échapper, en creusant un trou tous les soirs, pour sortir derrière, dans un jardin. Un projet long et compliqué car le camp est bien gardé.

2. La fin de la guerre ?
Presque dans la même phrase, Gabin montre sa perplexité face à cet audacieux projet et pense sincèrement que la guerre sera terminée avant que le trou ne soit terminé. Ce à quoi son camarade lui répond "Tu te fais des illusions ..."


3. Une victoire française ?
Dans le camp de prisonniers où se trouvent Jean Gabin et Pierre Fresnay, dans la première partie du film, les français et anglais sont sensibles aux nouvelles du front. Une pancarte les informe régulièrement de l'état des batailles. Une victoire importante pourrait mettre un terme à cette guerre et à leur enfermement. L'épisode de la prise de Douaumont ne gâche pas une petite fête entre détenus, vite relevée par des informations heureuses sur l'avancée des troupes françaises.



4. Une nouvelle évasion ?
"36 mètres de hauteur" lâche laconiquement Erich von Stroheim à ses nouveaux prisonniers, pour les dissuader de tenter une nouvelle évasion, au terme d'une "visite du propriétaire". On apprend un peu avant que Gabin et Fresnay ont tenté plusieurs fois de s'échapper, sans succès. Cette nouvelle prison n'est plus un camp mais une véritable forteresse médiévale, très surveillée.





5. Une survivance des élites traditionnelles ?
Erich von Stroheim se prend d'affection pour Pierre Fresnay, aristocrate et militaire de carrière, comme lui, dont il respecte la personne. Dans une scène mémorable, il se demande si les peuples de la nouvelle Europe auront encore besoin d'eux, et s'ils ne sont pas condamnés à disparaître devant l'évolution des sociétés, et l'arrivée comme officiers de "Maréchal et Rosenthal", "jolis cadeaux de la Révolution Française".



6. La soumission de Pierre Fresnay ?
Pour que Gabin et Dalio puissent s'évader, Pierre Fresnay organise une diversion légendaire en jouant de la flûte. Trop impliqué, et pour être sûr que ses camarades puissent s'évader, il prolonge sa fuite en avant. Supplié par Stroheim de se rendre, de revenir à la prison, Fresnay déclare que "c'est impossible". Il complète ainsi le propos sur la disparition des élites traditionnelles, et se range de lui-même dans le futur, en l’occurrence sa mort. Stroheim est contraint de tirer, malgré lui, sur un homme qui représente ce qu'il admire encore le plus au monde.



7. Une allemande qui protège un juif ?
La dernière partie du film fait référence plus directement au contexte où il fut réalisé, l'entre deux guerres et la montée des tensions en Europe. Gabin et Dalio sont hébergés par une gentille fermière allemande mais ils savent que ça ne peut durer qu'un temps. Par la suite, cette partie fut censurée par l'Allemagne nazie au pouvoir, qui ne pouvait concevoir qu'une "bonne allemande" vienne en aide à un français échappé d'un camp de prisonnier et son camarade juif.




8. Un amour franco-allemand ?
Pendant son séjour chez la fermière qui les protège, Jean Gabin développe des sentiments à son égard. Une scène magnifiquement réalisée, autour d'un sapin de Noël, montre qu'ils sont réciproques. Hélas, Gabin sait qu'il ne pourra pas rester, qu'il doit retrouver la France. Quelques temps après, il annonce à Elsa son départ et lui promet de revenir après la guerre.




 
9. La der des der ?
"Il faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre, en espérant que c'est la dernière". Illusion du personnage de Gabin ou du metteur en scène Renoir ? Cette scène sublime résume toute l'ambiguïté du titre et de sa signification. A quelle échelle se situer ? Dalio résume la situation une dernière fois, et répond aux rêves de Gabin et Renoir en même temps : "Tu te fais des illusions".




On pourrait encore trouver d'autres hypothèses dans le scénario pour expliquer la "grande illusion" de Jean Renoir, mais elles seraient plus précises, et moins crédibles. Du reste, les hypothèses développées ci-dessus sont diablement pessimistes : les évasions ne réussissent qu'à moitié (seule la dernière, et on ne sait pas vers quel destin) et la fin de la guerre et les victoires françaises furent célébrées en 1918 mais au prix de combien de millions de victimes ? Quant à la survivance des élites traditionnelles, elles furent quasi enterrées après la seconde guerre mondiale et les amitiés franco-allemandes rêvées en 1937 par Renoir tournèrent bien court, voire dramatiquement pour beaucoup. D'où un titre encore plus fort quand on y repense aujourd'hui, puisqu'il reste sans réponse, comme un songe laconique résumant une partie de l'Histoire du XXe siècle.

lundi 15 octobre 2012

Quelques sorties : Carné, Renoir, Tourneur, Bernard, Bourvil ...

Le cinéma français dit "patrimonial" n'en finit plus de renaître de ses cendres grâce aux bonnes initiatives des grands distributeurs français, et à quelques passionnés !

A paraître très rapidement, le livre de Philippe Morisson et N.T. Binh "Les magiciens du cinéma", spécialiste du réalisateur Marcel Carné, et webmaster du site de référence et du blog sur l'auteur du Quai des brumes ! Préfacé par Jean-Pierre Jeunet, l'ouvrage se propose de rendre hommage à Marcel Carné, son dialoguiste Jacques Prévert et le décorateur Alexandre Trauner. Plus d'informations sur cette vidéo.

Déjà disponible à la vente, retrouvez pour environ 27€ une imposante biographie de Jean Renoir par Pascal Mérigeau, dans la très sérieuse et élégante collection "Grandes Biographies" de Flammarion. Je ne l'ai pas encore commandé (beaucoup de choses en ce moment !) alors j'attends vos impressions si vous l'avez lu. Pour vous donnez un peu envie, voici quelques mots de Bertrand Tavernier sur cet ouvrage :
Disons-le simplement, le Renoir de Pascal Mérigeau est sinon la meilleure biographie critique écrite sur un cinéaste, du moins l’une des deux ou trois meilleures. Qui évite tous les pièges de certains ouvrages américains qui sacrifient l’esthétique des films, leur force artistique, bref l’analyse critique à des détails biographiques, des ragots intimes le plus souvent haineux et rances. Welles ou Losey ont été les victimes de ces approches. Rien de tel ici. Les analyses de Mérigeau sont concises, denses, passionnées. Il débusque des touches, des inventions typiquement renoiriennes dans un film de commande (comme cet Amazing Mrs Holliday signé Bruce Manning, avec Deanna Durbin où, révélation stupéfiante, l’on découvre pour la première fois que Renoir a tourné quarante-sept jours sur les quarante-neuf du plan de travail initial), évoque merveilleusement les beautés de La Règle du jeu, de La Partie de campagne. Bref, il parle de la mise en scène, du style souvent génial, innovant du cinéaste.

Côté DVD, le coffret Maurice Tourneur de Pathé est déjà disponible sur Amazon, pour le prix annoncé de 50€. Là encore, j'espère que nous serons nombreux à échanger sur les qualités des films, des restaurations, des bonus de ce coffret attendu, que je ne manquerai pas de critiquer sur ce blog prochainement. A paraître également en novembre, signalons la sortie d'un coffret Raymond Bernard, cinéaste méconnu, qui proposera (pour 60€) Le miracle des loups (1924), Le joueur d'échecs (1926) et Tarakanova (1929), un documentaire et un livret.
En novembre également, pour le plaisir, évoquons la sortie d'un coffret Suzy Delair, qui se contente en fait de reprendre 3 DVD déjà distribués dans la collection Gaumont à la demande, L'assassin habite au 21 (1942), Lady Paname (1950) et Atoll K (1951).

Gaumont à la demande toujours, qui enchaîne les sorties inédites, pour notre plus grand plaisir. En novembre (et déjà en pré-commande pour les plus impatients), sortie du Chemin des écoliers (1959) avec Bourvil, Alain Delon et Pierre Mondy, Toi le venin (1959) de Robert Hossein avec Marina Vlady, La tendre ennemie (1936) de Max Ophüls avec Simone Berriau. Et pour les plus acharnés, un énorme coffret (pour 150€, style cadeau de Noël) regroupant 30 films de la collection rouge de Gaumont, accompagnés du livre "Musée Gaumont, morceaux choisis".
Signalons aussi au passage une initiative intéressante, un coffret regroupant les trois films autour de Caroline Chérie. Le premier (1951) est signé Richard Pottier, et m'a laissé un très mauvais souvenir (malgré une découverte au cinéma, sur copie d'origine), et je n'ai pas eu le courage de voir les deux suivants, réalisés par Jean Devaivre, Un caprice de Caroline Chérie (1953) et Le fils de Caroline Chérie (1955). Affaire à suivre...

samedi 15 septembre 2012

Bon anniversaire à ... Jean et Jacques !

Coïncidence amusante, deux des plus importants réalisateurs de l'âge d'or du cinéma français, Jean Renoir (1894-1979) et Jacques Becker (1906-1960), sont nés le même jour, à quelques années d'intervalle !

Le premier, fils du célèbre peintre impressionniste, entama une carrière dans le cinéma dès les années 1920 et se lia d'amitié avec le second, auquel il proposa d'être l'assistant réalisateur de ses films. Jacques Becker apprit donc son métier sur le tournage de Boudu sauvé des eaux, La vie est à nous, Les bas-fonds et La grande illusion entre autres. Il atteint l'apogée de sa carrière dans les années 1950 (avec Casque d'or, Touchez pas au grisbi), qui marquent aussi la fin de carrière de Jean Renoir. Ils tournent leurs derniers films à la même époque, au début des années 1960 (Le trou, pour Jacques Becker, et Le caporal épinglé pour Jean Renoir).


Jacques Becker et Jean Renoir, malgré des carrières distinctes, ont été considérés chacun à leur manière comme des pères fondateurs de la Nouvelle Vague.

Aujourd'hui, Jean Renoir aurait fêté ses 118 ans, Jacques Becker ses 106 ans !

vendredi 31 août 2012

"LES BAS-FONDS" (de Jean Renoir, 1936)

En quelques mots : Pépel (J. Gabin), voleur à la petite semaine, rencontre une nuit un Baron ruiné (L. Jouvet), dont il cambriole l'appartement. Les deux hommes sympathisent et l’aristocrate fauché suit son nouvel ami dans la petite pension où il loge, entre deux femmes amoureuses de lui et un propriétaire sans scrupules.

Ce qu'il y a d'appréciable avec les films de Jean Renoir, et son prestige actuel qui fait se classer La Règle du jeu parmi les plus grands films de tous les temps dans divers classements, vient peut-être de là, c'est leur modernité dans le récit et la mise en scène. Les bas-fonds de 1936 n'ont pas vieillis ; sur la forme au moins. Quand certains films des années 60 ou 70 font poussiéreux et datés, les films de Renoir rayonnent encore chez les amoureux du cinéma français. Du reste, le metteur en scène jouit d'une aura immense, basée sur les critiques de la Nouvelle Vague, qui le rend presque intouchable ; au risque de passer pour un ignare ou un inculte en cinéma.

Pourtant, Les Bas-fonds, comme d'autres, est marqué par l'engagement du réalisateur dans les idées à venir du Front Populaire et on peut pouvoir se fatiguer ici de cette ritournelle sans remettre en question la qualité de l'écriture, et surtout de l'interprétation magistrale de Jean Gabin, et d'un Louis Jouvet étonnamment sobre en aristocrate fauché (leur scène dans l'herbe au bord du canal est superbe). Reste que cette histoire d'amour difficile n'est pas toujours passionnante et qu'il manque parfois un petit quelque chose pour réellement capter l'attention du spectateur.

Peut-être la fidélité de l'adaptation est-elle un problème, en ce qu'elle replace les personnages dans un contexte français mais avec des particularités ... russes (la monnaie, les noms des personnages).

Sous une apparente légèreté, l'histoire se révèle beaucoup plus sombre, dans les descriptions des personnages secondaires notamment (formidable Vladimir Sokoloff), et dans quelques séquences inoubliables (la mort de "pensionnaires" dans la banalité complète, le passage à tabac de Natacha).








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