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vendredi 4 avril 2014

Bon anniversaire à ... Pierre Fresnay (1897-1975)

On parle très souvent de Pierre Fresnay sur ce blog, l'acteur est presque une mascotte de L'âge d'or du Cinéma Français ; plus encore, je constate toujours avec un grand plaisir que les quelques vidéos où il apparaît sur YouTube rappellent de jolis moments aux cinéphiles que vous êtes !



Même si Pierre Fresnay fut avant tout un homme de théâtre, Jean-Pierre Mocky l'évoquait avec nous il y a quelques temps encore, les inconditionnels du cinéma français se souviennent de la Trilogie Marseillaise où le jeune alsacien qu'il était s'opposait avec crédibilité à Raimu, de ses rôles mystiques en fin de carrière (Monsieur Vincent, 1947 ; Dieu a besoin des hommes, 1950 ; Le défroqué, 1954) et d'une poignée d'interprétations restées dans la légende : l'intransigeant capitaine de Boeldieu de La Grande illusion (Renoir, 1937), le commissaire de L'assassin habite au 21 (Clouzot, 1942), le peintre maudit de La main du diable (Tourneur, 1943) ou le docteur Germain du Corbeau (Clouzot, 1943).

Pierre Fresnay aurait fêté aujourd'hui ses 117 ans !

samedi 30 novembre 2013

"SALONIQUE, NID D'ESPIONS" (de Georg Wilhelm Pabst, 1937)

En quelques mots : A la fin de la Première Guerre Mondiale, sur le front d'Orient. Mademoiselle Docteur, insaisissable espionne au service de l'Allemagne, est envoyée à Salonique, en Grèce, pour aider l'empire germanique à lancer une contre attaque sur les forces des Alliés. Mais un traître menace de la démasquer.

Salonique, nid d'espions est une très belle surprise. Réalisée en 1937 par Georg Wilhelm Pabst, réalisateur allemand exilé en France depuis l'arrivée au pouvoir des nazis dans son pays, cette aventure d'espionnage mériterait d'être redécouverte. Servie par un imposant casting franco-allemand, elle a l'originalité de proposer une histoire traitant des services d'espionnage pendant la Première Guerre Mondiale, qui plus est sur le front d'Orient entre la Grèce et la Bulgarie - une partie de l'Europe en guerre souvent méconnue du grand public, à l'image du Capitaine Conan de Vercel (adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1996). En outre, l'espion de grand talent et recherché activement par les Alliés est une femme, autour de qui tout s'organise. Cette seconde originalité ne doit, toutefois, pas faire illusion, Salonique est un film d'hommes, où LA femme est un homme comme les autres. L'argument posé, le film offre tous les éléments classiques d'un grand film d'aventures, fait de jolies femmes mystérieuses, d'agents doubles, de traîtres, d'hommes d'honneurs, d'exotisme et d'un petit brin de fantaisie.



Le seul problème du film vient, hélas, de la copie abîmée, très médiocre et aujourd'hui introuvable dans une meilleure version DVD - d'où parfois un souffle ou des plans coupés qui rendent inintelligibles quelques scènes, ce qui dérange dans un film d'espionnage où chaque élément a son importance. Qu'importe puisque le résultat est plus qu'agréable à visionner. On y retrouve pêle-mêle Pierre Blanchar en agent à double tranchant, argument comique du film avec son improbable fez vissé sur la tête ; Louis Jouvet en sombre espion allemand, très sobre même lors d'une jolie séquence comique avec Jean-Louis Barrault, manifestement fou ; Charles Dullin dans un trop court rôle d'officier ; Pierre Fresnay dans un ersatz sans épaisseur du capitaine de Boëldieu de La Grande Illusion (Renoir), tournée la même année ! ; Viviane Romance sous employée à jouer les charmantes danseuses de cabaret, même si son rôle est important ; Dita Parlo enfin, en espionne sensuelle et courageuse.


Salonique souffre de quelques longueurs, dues à une baisse de rythme que l'on retrouve dans beaucoup de films de cette époque, qui n'utilisent pas assez la musique. Pourtant, force est de reconnaître l'évident plaisir qui se dégage de ces scènes entre Pierre Blanchar, Pierre Fresnay et Dita Parlo ; Louis Jouvet et Jean-Louis Barrault. Le réalisateur sert un grand spectacle sur un fond historique oublié, avec suspens et action (une jolie course poursuite en voitures à la fin). Une sortie restaurée en DVD serait vraiment une grande idée et permettrait au plus grand nombre de redécouvrir ce charmant film d'espionnage.

samedi 9 mars 2013

"UN GRAND PATRON" (de Yves Ciampi, 1951)



En quelques mots : Le professeur Louis Delage règne en maître, et en icône, sur le service chirurgical de l'hôpital Bichat à Paris. Admiré des uns pour ses réussites dans la greffe de reins, méprisé des autres pour les mêmes raisons, il est sur le point d'entrer à l'Académie de Médecine. Quand une de ses patientes décède suite à une opération, il héberge quelques jours son jeune petit-fils Albert ; dans le même temps, il est confronté à la crise de vocation de son filleul qu'il tente de former.

Je ne sais pas de quelle réputation jouit ce film à l'heure actuelle et quelle fut sa réception à sa sortie ; on peut lire sur internet qu'il fut un grand succès dans les salles, en 1951. Il faut avouer d'emblée que l'intrigue ne présage pas un film à caractère passionnel, les plus directs ne se dérangeraient pas pour dire que ça à l'air chiant ! Un visionnage ne leur donne pas raison mais je me demande bien qui pourrait trouver plaisir à s'en faire un film culte, sinon un jeune médecin en herbe, un rien sûr de lui, aussi antipathique et arriviste que le poulain du Patron qu'incarne Pierre Fresnay. Les autres étudiants en médecine, plus honnêtes dans leur choix disciplinaire, verraient peut-être même dans ce film une insulte à ce que doit représenter un médecin - homme de science avant tout, opérant pour servir, pour sauver, plus que pour briller en société. Un grand patron évoque assez justement cette embourgeoisement négatif d'une partie des grands médecins parisiens, qui portent aussi bien le rouge sur leurs bistouris qu'à leur boutonnière, et qui se parent autant de leurs interventions que d'articles publiés dans des revues scientifiques. Peut-être cette critique acerbe de la bourgeoisie des années 1950 - offrant une scène de bacchanale assez déconcertante sur le sens qu'elle veut lui donner - est-elle un peu erronée aujourd'hui ; et de fait offre un film poussiéreux.



Toutefois, les scènes sont percutantes - à l'image de cette chasse aux voix dans un cimetière, sur les cendres encore chaudes d'un Académicien, de ce jeune médecin fougueux qui ne pense qu'à devenir patron à la place du patron, de cette femme délaissée constamment en représentation mais qui ne peut aller au théâtre. Le jeune filleul, appelé à devenir un grand médecin, remet en cause sa vocation : il se verrait mieux peintre, un peu bohème. On sourit jaune de constater qu'aujourd'hui cette volonté de sortir des rangs fait presque figure de sacerdoce pour la bonne conscience d'une grande partie de la bourgeoisie française.

On regrette presque le personnage de Pierre Fresnay, parvenu mais désireux d'adopter des illusions plus nobiliaires que bourgeoises, dynastiques et ancrées dans des valeurs de classe - peut-être méprisables, mais honnêtes ; rôle à première vue étonnant d'un chirurgien brillant mais cynique pour l'acteur habitué à des compositions unilatérales. Pourtant, à bien y regarder, ce grand patron est honnête dans le rôle que lui impose la société et ses quelques instants désabusés sont peut-être des tentatives avortées de rébellion. Le scénario de Pierre Véry et Yves Ciampi (ce dernier se charge également de la mise en scène, très plate) est donc passionnant, quoique manquant un peu de dynamisme, mais fait figure d'arrêt sur image. Les films trop ancrés dans une époque vieillissent, à mon sens, souvent très mal : c'est le cas de La Marseillaise (Renoir, 1938) ou d'Un monde sans pitié (Rochant, 1989) plus récemment. C'est presque un documentaire, à l'instar de ces gros plans médicaux inutiles lors d'une opération du rein. Les sociologues seront convaincus, les historiens feront la fine bouche et les cinéphiles passeront sans se détourner. Hélas ...

A noter un petit rôle charmant pour la jeune Judith Magre qui débutait sa carrière au cinéma.

mardi 22 janvier 2013

"TÊTE D'HORLOGE" (Téléfilm, 1970)



En quelques mots : Toutes les horloges du monde entier s'arrêtent subitement et plus personne n'a l'heure. A Paris, les habitants s'adaptent comme ils peuvent à cette nouvelle et le gouvernement tente de trouver une solution de crise. Dans une école privée, le jeune Verjou et ses petits camarades de classe découvrent avec stupeur que leur professeur, surnommé Tête d'horloge à cause de son ponctualité, possède la seule et unique montre qui fonctionne encore.

L'heure comme nouvel or puisqu'elle est rare, telle est l'idée que trouvent bien vite les élèves du sympathique Tête d'horloge qui décident de la vendre pour s'acheter des sucreries. Evidemment, conte philosophique annoncé dès le générique, les possesseurs de ce qui manque le plus sur Terre sont naïfs, purs, et ne voient pas l'intérêt commercial majeur qu'il représente, du moins à leur propre compte. Ils laissent cette vilaine besogne à un patron sans scrupules qui achète l'heure pour la revendre à prix d'or à des millions d'abonnés. Ce très bon téléfilm de 1970, en pleine Guerre Froide, montre que n'importe quelle ressource, si banale soit-elle, peut devenir une arme financière dès lors qu'elle se raréfie subitement. Heureusement, l'homme de lettres que représente ce professeur est dénué de tout défaut et ramène les enfants dans le droit chemin non sans leur avoir donné une leçon de vie, la sienne étant rythmée depuis tant d'années par le souvenir de l'amour perdu. Le dénouement final est en cela un peu ingénu - un poil décevant même - mais que pouvait-on attendre d'autre d'un conte philosophique ?



Cette histoire de panique mondiale vue à travers les yeux des enfants est très belle à suivre et le vieux personnage incarné par Pierre Fresnay (dont les téléfilms de fin de carrière nous donnent la rare occasion de le voir en couleurs !) absolument charmant. La malice de ses yeux rassurants et sa belle voix font merveille face à de jeunes garnements bondissants, entourés par Paul Le Person, Sophie Grimaldi, Claude Cerval, Philippe Castelli et Bruno Balp. Le caractère intemporel du propos ne démode pas trop ce téléfilm, marqué par une mise en scène inégale, qu'il est plaisant de (re)découvrir aujourd'hui.

vendredi 7 décembre 2012

"L'HOMME AUX CLÉS D'OR" (de Léo Joannon, 1956)

En quelques mots : Antoine Fournier est professeur d'anglais dans un collège de Lille. Quand il surprend des élèves en train de voler de l'argent dans son bureau, il décide de leur donner une chance. Ingrats, les trois garçons montent un piège contre l'enseignant et, avec la complicité de Gisèle, le font accuser de viol et renvoyer sans ménagement. Quelques années plus tard, devenu portier d'un palace à Monte-Carlo, il n'a rien oublié et prépare sa vengeance.

Sur une trame extrêmement classique, Léo Joannon propose un film honnête qui raconte la triste histoire d'un brave enseignant, dévoué pour les plus misérables, qui se retrouve compromis dans une machination, sans pouvoir jamais s'en défaire, les faits étant trop graves (accusation de viol sur une mineure avec témoins). On a de la peine pour ce pauvre Pierre Fresnay de voir s'accumuler sur lui autant d'injustices mais son personnage est tellement lisse, tellement bon et sans défauts qu'on peut prendre le parti d'y voir une leçon pour qu'il se révolte. En cela la fin est terriblement conformiste et bien pensante, et vient presque gâcher ce joli film d'acteurs. Car je pense qu'il faut le revoir pour eux, sans quoi cette histoire de plat qui se mange froid n'aurait pas franchement d'intérêt. Annie Girardot est celle qui tire le mieux son épingle du jeu en incarnant une jeune femme manipulatrice (il faut voir avec quel perversité elle simule son agression) à l'extrême, rattrapée par un amour imparfait qui va finalement la pousser encore plus loin. Son amant Gil Vidal est plus fade mais suscite bien l'antipathie de son personnage. Pierre Fresnay semble dépassé et son incarnation rigide des bonnes valeurs pèse un peu sur l'ensemble, hélas, même si l'on croit parfois à des sursauts d’ambiguïté.



L'homme aux clés d'or reste cependant un agréable divertissement et maintient jusqu'à la seconde finale le suspens de savoir comment le pauvre professeur va se venger, avec fausses pistes et rebondissements. Il faut quand même oublier la mise en scène plate de Léo Joannon qui n'arrange rien.

mardi 20 novembre 2012

"MONSIEUR VINCENT" (de Maurice Cloche, 1947)



En quelques mots : Au XVIIe siècle, le nouveau curé de Châtillon, Vincent de Paul, découvre avec effroi que les habitants laissent mourir une femme pestiférée et s'enferment dans leurs maisons. Avec un ancien soldat, il l'enterre et sauve sa petite fille. Dès lors, une aura entoure le nouveau prêtre qui doit bien vite retourner à Paris où sa réputation le précède.

Vincent de Paul est devenu Saint en 1737, près de 80 ans après sa mort et représente pour beaucoup, encore aujourd'hui, un modèle de charité et de dévouement envers son prochain. Réaliser un film sur un Saint est très compliqué car il ne s'agit pas de tomber dans l'hagiographie sans nuances ou de montrer volontairement des choses qui pourraient entacher une telle figure. Monsieur Vincent, du surnom qu'on lui donna de son vivant, échappe à ces deux extrêmes et tente de représenter une partie de la vie de celui qui fonda La Congrégation de la Mission et Les Sœurs de Saint Vincent de Paul, particulièrement sa prise de conscience de la misère et des inégalités du monde qui l'entoure. Réalisé en 1947, le film est aussi une ode à l'apaisement des tensions entre toutes les couches de la société, riches et pauvres, et montre que dans des temps difficiles il y a toujours un homme de bien qui fait honneur à l'Humanité. Pierre Fresnay, qui avait connut des difficultés au sortir de la guerre pour son engagement à la Continental et pour sa participation au Corbeau (1942), incarne ici l'un des hommes les plus admirés de l'Histoire de France, des plus rassembleurs, bien au dessus de tout clivage.

Évidemment, ce thème reste d'actualité - il y a même fort à parier qu'il sera de plus en plus universel - et le film conserve une grande force pour des séquences qui font écho à ce que nous entendons au quotidien dans les médias. Face à Monsieur Vincent qui vient demander du pain et de l'argent, il n'est pas étonnant d'entendre le chancelier dire que "la France aussi a faim : de sécurité, d'ordre" et d'ajouter qu'il n'y aura plus de pauvres car ils vont être arrêtés et internés. La figure du mal nourri est toujours très justement replacée dans sa dualité, écart immense entre le misérable que l'on veut aider mais qui nous répugne par sa misère. Les scènes majeures du film sont d'ailleurs toutes là, des discussions de riches dames qui se concurrencent pour savoir qui va aider le plus de pauvres ou de religieuses qui finissent pas baisser les bras devant des affamés qui ne les respectent pas.


Au milieu de tout ça, Vincent de Paul fait figure de Saint, c'est le cas de le dire. La transformation physique de Pierre Fresnay est tout à fait étonnante de mimétisme, l'acteur disparaissant progressivement au profit de l'âme du religieux, particulièrement dans une des dernières scènes du film où Monsieur Vincent, vieillard admiré de tous, discute avec la Reine de France au coin du feu. On ne peut s'étonner qu'il fut récompensé à la Biennale de Venise par le prix d'interprétation masculine, qui n'est pas dû qu'au maquillage.

D'un classicisme de circonstance, le réalisateur Maurice Cloche n'offre pas une mise en scène de génie mais adaptée à son scénario - il aurait d'ailleurs été vain de vouloir en faire trop avec une telle histoire - et habilement mise en lumière par l'excellent Claude Renoir qui joue sans cesse avec les contrastes comme dans cette magnifique séquence où les bienfaitrices demandent à en faire moins, Vincent passant de l'obscurité à la lumière. On peut également louer le travail de Jean Anouilh et Jean-Bernard Luc sur le scénario et les dialogues, offrant à leur interprète principal des moments pour la mémoire (la séquence finale). On peut aussi avoir plaisir à retrouver Jean Debucourt, Jean Carmet, Pierre Dux ou Gabrielle Dorziat. Michel Bouquet, dans son premier rôle au cinéma, fait comprendre à Vincent, par un très beau monologue, que les pauvres ne peuvent pas s'attendrir sur la misère des pauvres ; Marcel Pérès obtient un tout aussi beau rôle de soldat au cœur tendre sous une allure insolente.

Pour autant, le film ne plaira pas au plus grand nombre ; certains y verront la pénible histoire d'un homme sans défauts, les autres un film où l'académisme s’étouffe dans les bons sentiments et la caricature. J'ose y voir quant à moi l'histoire d'un Saint homme restituée le plus humblement possible par un grand acteur. C'est déjà beaucoup et ça fait du bien.

dimanche 21 octobre 2012

ON VEUT VOIR : le seul film réalisé par Pierre Fresnay !

Pierre Fresnay, qui préférait le théâtre au cinéma, est tout de même passé une fois derrière la caméra, en 1939. C'était pour Le Duel, où il se mettait en scène aux côtés de ... Raimu, Yvonne Printemps, Raymond Rouleau et François Périer, sur un scénario de Henri-Georges Clouzot. Excusez du peu ! Dans "Noir et Blanc : 250 acteurs du cinéma français", Olivier Barrot et Raymond Chirat sont assez durs envers ce film qu'ils jugent comme une "erreur" et qu'ils expédient assez rapidement, avant de conclure que la guerre arrivant, on oublia vite cette incursion ratée.

IMDB nous apporte quelques informations supplémentaires : le film serait sortit en janvier 1941 et ... n'a pas été noté par les utilisateurs du site, autant dire que personne ne l'a vu, ce qui est très rare ! Pathé semble propriétaire des droits, il n'y a plus qu'à espérer qu'ils se décident un jour ou l'autre à l'éditer sur un DVD, à moins qu'il ne soit trop tard et que les copies aient toutes disparu. Un quelconque gentil visiteur de ce blog aurait-il vu ce film un jour à la télé ?

samedi 20 octobre 2012

De quelle "grande illusion" parlait Jean Renoir ? (en images)

Jean Renoir déclara qu'il avait appelé ce film ainsi "parce qu'il ne signifiait rien". On retrouve pourtant ce titre dans l’œuvre de l'écrivain britannique Norman Angell ("The Great Illusion : A Study to the Relation of Military Power to National Advantage", 1911), qui ne voulait pas croire qu'une guerre puisse éclater entre les puissances européennes au début du siècle. La suite lui a donné tort. Peut-être le metteur en scène français a-t-il voulu croire lui aussi, en 1937, qu'une nouvelle guerre n'était pas possible et ne pouvait pas embraser l'Europe et le reste du monde.

Toujours est-il que La grande illusion dans le texte reste un mystère. A l'image de Citizen Kane, où le spectateur est entrainé dans la quête de sens d'un seul mot (devenu légendaire), Rosebud, celui du film de Jean Renoir ne trouvera jamais avec assurance la signification du titre de ce chef d'oeuvre du cinéma français.

Par l'image, histoire de se remémorer avant tout les bons moments du film, voici quelques tentatives d'explications.


1. Une "grande évasion" ?
Alors qu'il vient d'arriver dans le camp de prisonniers, un détenu informe Jean Gabin qu'un petit groupe tente de s'échapper, en creusant un trou tous les soirs, pour sortir derrière, dans un jardin. Un projet long et compliqué car le camp est bien gardé.

2. La fin de la guerre ?
Presque dans la même phrase, Gabin montre sa perplexité face à cet audacieux projet et pense sincèrement que la guerre sera terminée avant que le trou ne soit terminé. Ce à quoi son camarade lui répond "Tu te fais des illusions ..."


3. Une victoire française ?
Dans le camp de prisonniers où se trouvent Jean Gabin et Pierre Fresnay, dans la première partie du film, les français et anglais sont sensibles aux nouvelles du front. Une pancarte les informe régulièrement de l'état des batailles. Une victoire importante pourrait mettre un terme à cette guerre et à leur enfermement. L'épisode de la prise de Douaumont ne gâche pas une petite fête entre détenus, vite relevée par des informations heureuses sur l'avancée des troupes françaises.



4. Une nouvelle évasion ?
"36 mètres de hauteur" lâche laconiquement Erich von Stroheim à ses nouveaux prisonniers, pour les dissuader de tenter une nouvelle évasion, au terme d'une "visite du propriétaire". On apprend un peu avant que Gabin et Fresnay ont tenté plusieurs fois de s'échapper, sans succès. Cette nouvelle prison n'est plus un camp mais une véritable forteresse médiévale, très surveillée.





5. Une survivance des élites traditionnelles ?
Erich von Stroheim se prend d'affection pour Pierre Fresnay, aristocrate et militaire de carrière, comme lui, dont il respecte la personne. Dans une scène mémorable, il se demande si les peuples de la nouvelle Europe auront encore besoin d'eux, et s'ils ne sont pas condamnés à disparaître devant l'évolution des sociétés, et l'arrivée comme officiers de "Maréchal et Rosenthal", "jolis cadeaux de la Révolution Française".



6. La soumission de Pierre Fresnay ?
Pour que Gabin et Dalio puissent s'évader, Pierre Fresnay organise une diversion légendaire en jouant de la flûte. Trop impliqué, et pour être sûr que ses camarades puissent s'évader, il prolonge sa fuite en avant. Supplié par Stroheim de se rendre, de revenir à la prison, Fresnay déclare que "c'est impossible". Il complète ainsi le propos sur la disparition des élites traditionnelles, et se range de lui-même dans le futur, en l’occurrence sa mort. Stroheim est contraint de tirer, malgré lui, sur un homme qui représente ce qu'il admire encore le plus au monde.



7. Une allemande qui protège un juif ?
La dernière partie du film fait référence plus directement au contexte où il fut réalisé, l'entre deux guerres et la montée des tensions en Europe. Gabin et Dalio sont hébergés par une gentille fermière allemande mais ils savent que ça ne peut durer qu'un temps. Par la suite, cette partie fut censurée par l'Allemagne nazie au pouvoir, qui ne pouvait concevoir qu'une "bonne allemande" vienne en aide à un français échappé d'un camp de prisonnier et son camarade juif.




8. Un amour franco-allemand ?
Pendant son séjour chez la fermière qui les protège, Jean Gabin développe des sentiments à son égard. Une scène magnifiquement réalisée, autour d'un sapin de Noël, montre qu'ils sont réciproques. Hélas, Gabin sait qu'il ne pourra pas rester, qu'il doit retrouver la France. Quelques temps après, il annonce à Elsa son départ et lui promet de revenir après la guerre.




 
9. La der des der ?
"Il faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre, en espérant que c'est la dernière". Illusion du personnage de Gabin ou du metteur en scène Renoir ? Cette scène sublime résume toute l'ambiguïté du titre et de sa signification. A quelle échelle se situer ? Dalio résume la situation une dernière fois, et répond aux rêves de Gabin et Renoir en même temps : "Tu te fais des illusions".




On pourrait encore trouver d'autres hypothèses dans le scénario pour expliquer la "grande illusion" de Jean Renoir, mais elles seraient plus précises, et moins crédibles. Du reste, les hypothèses développées ci-dessus sont diablement pessimistes : les évasions ne réussissent qu'à moitié (seule la dernière, et on ne sait pas vers quel destin) et la fin de la guerre et les victoires françaises furent célébrées en 1918 mais au prix de combien de millions de victimes ? Quant à la survivance des élites traditionnelles, elles furent quasi enterrées après la seconde guerre mondiale et les amitiés franco-allemandes rêvées en 1937 par Renoir tournèrent bien court, voire dramatiquement pour beaucoup. D'où un titre encore plus fort quand on y repense aujourd'hui, puisqu'il reste sans réponse, comme un songe laconique résumant une partie de l'Histoire du XXe siècle.

samedi 6 octobre 2012

Pierre Fresnay : "Je suis comédien" - Témoignage.

On peut souvent lire sur Internet que Je suis comédien est l'autobiographie de Pierre Fresnay. Rien n'est plus faux, et il s'en explique d'ailleurs très rapidement, dès les premières pages : "Ce n'est pas mon métier d'écrire et je ne le fais que très péniblement. A chacun ce qu'il sait faire. Et puis le sentiment d'inutilité de ce bouquin. On écrit trop. Nous vivons à l'époque du commentaire. Si d'un côté vous entassez les œuvres de création et de l'autre les examens, les critiques, les analyses, écrites ou orales, qu'elles provoquent, là, vous aurez la Butte Montmartre et, ici, l'Himalaya." Pauvre Pierre Fresnay, soyons heureux pour lui qu'il n'ait pas connu les footballeurs et étoiles filantes de la téléréalité qui publient leurs mémoires à 30 ans.

Ce livre est donc le résultat d'entretiens avec Albert Dubeux sur différents thèmes de la vie d'un comédien, à travers l'exemple de Pierre Fresnay : "l'acteur et ses rôles", "l'acteur et le public", "le metteur en scène", "l'acteur et la caméra". Autrement dit, il répond aux questions et remarques de Dubeux, sans vraiment raconter sa vie ou son parcours professionnel - si ce n'est quelques informations sur des acteurs qu'il apprécia, comme Raimu. On reste étonné (et conforté dans notre admiration pour lui) de voir avec quelle lucidité, quelle simplicité, quelle modestie Pierre Fresnay évoque son métier. Ainsi le livre se veut une réflexion du comédien sur son parcours, ses quelques rencontres et sa manière d'aborder la comédie.

Du reste, il ne parle que très peu du cinéma mais plutôt du théâtre, qu'il semblait préférer, et je dois avouer que ce genre d'ouvrage de réflexion sur l'art du divertissement n'est pas ma tasse de thé (les livres de Jouvet sur le même thème sont aussi rébarbatifs à mes yeux, malgré les qualités littéraires et intellectuelles exposées). Mais Je suis comédien se lit vite, sans trop de déplaisir. A conseiller aux inconditionnels ou apprentis acteurs.

Il commence ainsi : "Dans la maison d'Yvonne Printemps, à Neuilly. Une pièce exiguë et mansardée; charpente apparente. [...] Partout, des manuscrits de pièces de théâtre empilés. Une forte odeur mêlée de pipe et de cigare. C'est le bureau-bibliothèque où travaille Pierre Fresnay" ...

Le livre n'est plus édité mais reste trouvable pour quelques euros sur plusieurs sites Internet.

samedi 22 septembre 2012

"LE DERNIER DES SIX" (de Georges Lacombe, 1941)


En quelques mots : Six amis qui vivent sous le même toit gagnent une grosse somme d'argent aux jeux. Plutôt que de continuer à vivoter, ils décident de faire fortune séparément et de se retrouver pour partager le magot. Cinq ans plus tard, deux d'entre eux sont assassinés, les autres ouvertement menacés. Le commissaire Wens (P. Fresnay) est chargé de l'enquête.

Le dernier des six est un des premiers films produits par la Continental Films (dirigée par les Allemands sous l'Occupation). L'adaptation de Stanislas-André Steeman est confiée à Henri-Georges Clouzot, qui signe là un brillant scénario ponctué de dialogues très amusants. Le film annonce bien évidemment son Assassin habite au 21 (adapté du même auteur) par bien des aspects : le commissaire Wens déjà interprété par Pierre Fresnay, affublé d'une maîtresse à la grande gueule - délicieuse Suzy Delair - qui se démène avec nonchalance pour résoudre une série de meurtres dans un groupe fermé.

Georges Lacombe signe une mise en scène impeccable, servie par une très belle photographie (de Robert Lefebvre), et insuffle une ambiance propre à un suspens qui tient jusqu'à la dernière minute. Seuls ombres au tableau, les scènes de music-hall apparaissent curieusement datées : le réalisateur refusa d'ailleurs d'en tourner autant que prévu, et son contrat avec la Continental fut rompu.

Sous une forme policière, le film propose pourtant un mélange de suspens et de comédie : Pierre Fresnay campe un commissaire cynique et flegmatique, qui ne semble jamais dépassé par les événements. Suzy Delair (Mila Malou) cherche déjà à se faire engager comme chanteuse, et passe son temps à gouailler contre son Jules ou la Terre entière, pour notre plus grand plaisir. Le reste du casting fait forcément plus pâle figure, malgré la présence toujours sympathique de Jean Tissier et la prestation plus sérieuse de André Luguet, véritable vedette du scénario. La jolie Michèle Alfa, qui remplaça Marie Déa à la dernière minute, ne parvient pas véritablement à tenir tête à tous ces gentlemen.


Gaumont a eu la très bonne idée d'éditer Le dernier des six, difficilement trouvable, en DVD (collection Gaumont à la demande). Non restaurée, la copie est tout de même de très bonne facture et il ne faut pas hésiter une seconde à se procurer ce très bon policier tourné dans les années noires.

Je vous propose un court extrait audio du film où Suzy Delair envoie son amant Pierre Fresnay corriger comme il se doit le patron du music-hall qui a refusé de l'engager !

Extrait audio : "Un conseil en vaut un autre !"

dimanche 9 septembre 2012

"IL EST MINUIT DOCTEUR SCHWEITZER" (de André Haguet, 1952)

En quelques mots : Dans les années 1910, Albert Schweitzer (P. Fresnay), pasteur alsacien, étudie la médecine pendant plusieurs années dans le but de partir en Afrique aider ceux qui souffrent. Installé au Gabon avec une jeune infirmière (J. Moreau), il construit un hôpital de fortune et tente de soigner autant de malades qu'il peut. Mais la guerre en Europe menace d'éclater et le docteur Schweitzer est rattrapé par ses origines.

Largement inspiré de la vie du véritable docteur Schweitzer, prix Nobel de la paix et important théologien, le film raconte les semaines qui précédèrent son arrestation à Lambaréné, au Gabon. Alsacien, donc né dans un territoire sous contrôle allemand, le docteur fut placé en résidence surveillé par les français pendant toute la première guerre mondiale, avant de repartir en Afrique, pour y mourir en 1965.

Retracer le parcours d'un vrai héros au cinéma est toujours difficile, le personnage manquant la plupart du temps singulièrement de défauts. Le docteur Schweitzer n'y coupe pas, tout comme le personnage de curé, incarné par Jean Debucourt. Il faut dans ce cas toute la force d'une mise en scène brillante et de dialogues précis pour ne pas tomber dans l'ennui (comme c'est le cas pour la kitch Odyssée du Dr. Wassell, avec Gary Cooper). Hélas, ce film n'a rien de tout ça.


L'histoire est plaisante mais tellement mollassonne qu'elle perd rapidement tout son intérêt. Même Pierre Fresnay, avec son terrible accent, ne semble pas y croire et le déluge de bons sentiments n'y fait rien. Seul Jean Debucourt a un (court) rôle intéressant, celui d'un missionnaire isolé. Jeanne Moreau impose son antipathie habituelle et des larmes de pacotille ; quant à Raymond Rouleau et André Valmy, ils ne sont que des comparses sans relief. Même la scène la plus célèbre du film (l'arrestation du docteur) manque de dynamisme et on est plutôt heureux que tout cela se termine !

samedi 1 septembre 2012

"LE CORBEAU" (de Henri-Georges Clouzot, 1943)


En quelques mots : Rémy Germain, médecin d'une petite ville de province, est la victime calomnieuse d'un corbeau qui, dans une série de lettres aux habitants, l'accuse d'adultère et de pratiquer l'avortement clandestin. Quand un malade, atteint d'un cancer, reçoit une lettre et se suicide, le climat de tension dégénère et la foule se cherche un coupable.

Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot inaugure ma série de films étiquetée "Chef d’œuvre". Bien sûr, tout a été dit sur ce film majeur du cinéma français, sur son climat lourd, sur son contexte de production et sur les répercussions qui suivirent. Réalisé en pleine Occupation et produit par la Continental Films (dirigée par les Allemands), le film fut malmené par les mouvances catholiques qui jugeaient le héros trop ambigüe (d'autant plus qu'il se déclare athée et qu'il ne va pas à la messe), et par les communistes qui voyaient dans cette représentation de la société française une volonté de salir le pays et ses chers citoyens. Clouzot fut trainé dans la boue et frappé d'une interdiction d'exercer son métier de metteur en scène (qui fut levée dès 1947, avec le génial Quai des orfèvres), tout comme Pierre Fresnay qui écopa de quelques semaines de prison.

Mais il est toujours bon de rappeler les autres atouts de ce film, à commencer par son casting. Outre le grand Pierre Fresnay (on aura compris qu'il s'agit d'un des acteurs "cultes" du blog) et Ginette Leclerc, on retrouve la sublime Micheline Francey (autre actrice "culte") et une belle galerie de seconds rôles, tels que Noël Roquevert en instituteur manchot, Pierre Larquey en doyen de médecine, Pierre Bertin en sous-préfet (idéal dès qu'il s'agit de faire un discours pompeux !), Louis Seigner et Jean Brochard en médecins et Sylvie en mère vengeresse.


L'ouverture du film sur Pierre Fresnay, les mains ensanglantées, expliquant laconiquement à une vieille femme que sa fille a perdu son bébé mais qu'il ne faut pas pleurer puisqu'elle est vivante, est impressionnante de froideur. Ce héros sombre et solitaire, au passé tragique, ne provoque aucune empathie, même quand il est au fond du trou. Aucun personnage d'ailleurs, si ce n'est les deux femmes interprétées par Ginette Leclerc (boiteuse) et Micheline Francey (malheureuse dans son couple). On peut comprendre qu'en temps de guerre, ce film montrant les habitants d'un village français de manière aussi noire, a pu choquer.

Le corbeau dénonce toutes les vérités cachées, mêmes les pires, et créer un climat de tension dans le village, où les habitants cherchent à protéger leur petit confort sans se faire éclabousser. En cela, le film de Clouzot reste un cruel reflet de la trouble époque du milieu des années 40 où la délation fit les ravages que l'on sait, et montre en pleine guerre le vrai visage des français, celui que l'on tenta d'oublier après l’Épuration pour ne pas diviser le pays. Le Corbeau était donc condamné dans tous les cas, et le prétexte d'une production Continental servit à lui faire porter des chapeaux qu'il n'avait pas.

Une scène est particulièrement admirable, et je vous propose de la revoir en vidéo ci-dessous ; un échange entre Pierre Fresnay et Pierre Larquey (peut-être le meilleur rôle du film !) sur la limite entre le bien et le mal, les dérives de la délation. Certaines phrases, telle que "Vous croyez que les gens sont tout bon ou tout mauvais, vous croyez que le bien c'est la lumière et que l'ombre c'est le mal mais ... où est l'ombre, où est la lumière ? Où la frontière du mal ?" peut s'entendre comme une justification de la Collaboration avec l'ennemi (ce qui fut reproché à Clouzot) ou comme une dénonciation virulente de la société française sous l'Occupation.


Le Corbeau, film mal aimé après sa sortie, n'a pas démérité son statut de chef d’œuvre du cinéma français et n'a rien perdu de son pouvoir ; sa violence à l'égard des Hommes, de leur comportement en temps troublé, est intemporelle en même temps qu'un formidable témoignage de son époque.


Voir aussi : Pierre Blanchar et l'article "Le corbeau déplumé" sur http://letaphophile.free.fr !

lundi 13 août 2012

"DIEU A BESOIN DES HOMMES" (de Jean Delannoy, 1950)

En quelques mots : Au large des côtes bretonnes vers 1850, sur la petite île de Sein, des habitants pauvres n'ont d'autre choix que de piller les épaves des navires qui s'échouent. Le curé de la paroisse, impuissant et désolé, préfère quitter l'île. Chrétiens mais sans prêtre, les habitants désignent Thomas (P. Fresnay), le sacristain, pour le remplacer provisoirement. Celui-ci découvre avec douleur les confessions de ses semblables et constate amèrement qu'ils sont abandonnés à leur triste sort.

Adapté de Henri Queffélec par les brillants Jean Aurenche et Pierre Bost, Un recteur de l'île de Sein devient sous la caméra de Jean Delannoy Dieu a besoin des hommes, avec en tête d'affiche le formidable Pierre Fresnay, dans un rôle de brave homme, simple, chrétien et prêt à servir les autres avec désintéressement ; et quelques bons seconds rôles comme Daniel Gélin, Sylvie ou Jean Carmet.

Si l'ensemble, au premier abord, fait un peu poussiéreux avec sa mise en scène très sage (Jean Delannoy fut souvent critiqué à ce sujet, et je ne suis pas de cet avis) et ses musiques traditionnelles, il reste une très bonne histoire sur la religion et les croyances. Sur la petite île de Sein, où l'on vit encore "comme il y a un siècle", de la pêche principalement, les habitants sont très attachés à leur église et ne manquent la messe dominicale sous aucun prétexte, pas même l'absence de curé. Délaissés par les hommes d’Église, ils les remplacent par un serviteur de Dieu ; mais ils ne sont pas tous égaux, et le brave Pierre Fresnay, malgré son dévouement, ne trouve pas grâce aux yeux du curé de la paroisse voisine - l'occasion d'une scène marquante où les mots de Jean Brochard résonnent comme un couperet.
"Rien de ce que tu as pu faire ici n'a de valeur. Rien ! Tout est à recommencer ! Ils t'ont mis au presbytère, où tu t'y es fourré, mais ... on y aurait installé un cormoran, ça aurait été pareil." (Jean Brochard)


Dès lors, le film pose la question de la manière dont on pratique une religion, et des archaïsmes dont pouvait faire preuve le catholicisme au XIXe siècle. Ainsi de ces bons chrétiens, considérés comme des sauvages par les hommes du continent, car ils volent pour ne pas mourir de faim, l’Église ne veut plus en entendre parler. Condamnés sur leur petite île à ne plus recevoir les sacrements d'un prêtre, ils trouvent un homme de substitution, dévoué mais sans éducation, ce qui l'empêche de faire "autre chose que du simple pain" des hosties pour la messe.

Pierre Fresnay est remarquable dans le rôle d'un simple paroissien devenu pour quelques jours le recteur de l'île, à qui on confie des secrets (adultère, meurtres ...), de qui on attend des sacrements et des réponses. Plus qu'une attaque de la religion - bien que le film, inspiré du roman, souligne quelques points sombres (l'image du prêtre protégé par les gendarmes) - Dieu a besoin des hommes est un film sur la foi, récompensé d'ailleurs par un prix de l'Office Catholique du Cinéma, et sur la force de la croyance en Dieu, qui pousse les fidèles à s'organiser eux-mêmes pour communier, en même temps qu'un bel hommage aux petites gens du XIXe siècle.


Le casting secondaire offre de belles compositions, de Sylvie (bonne du curé), toujours juste, Daniel Gélin dans un très beau rôle de fils tourmenté, à Jean Carmet alcoolisé, en proie au mal de mer, en passant par le classicisme démodé de Madeleine Robinson.

samedi 11 août 2012

"LES VIEUX DE LA VIEILLE" (de Gilles Grangier, 1960)

En quelques mots : Deux vieux amis (J. Gabin, Noël-Noël) coulent des jours paisibles dans un village de Vendée, où ils passent leurs journées à boire et râler contre la Terre entière. Lorsqu'un troisième luron les rejoint (P. Fresnay), ils décident de partir finir leurs jours dans une maison de retraite où l'on prendra soin d'eux.

Je n'avais qu'un très vieux souvenir de ce film, que j'avais dû voir lorsque j'avais une dizaine d'années, et je ne me souvenais que de Jean Gabin (le seul acteur que je connaissais) et de ... Paul Mercey (grâce aux films de Louis de Funès !). Que reste-t-il aujourd'hui des Vieux de la vieille, dont les trois représentants ornent la bannière de ce blog depuis quelques jours ?

Des dialogues avant tout, et j'oserai même dire que c'est à peu près tout, tant le jeu des acteurs - pourtant brillants - est démodé et exagéré, et la mise en scène conventionnelle. J'avais oublié les terribles accents campagnards des personnages principaux, qui exaspèrent plus qu'ils n'amusent (guère plus de quelques scènes). Passent encore l'abattage de Jean Gabin et Noël-Noël, c'est surtout Pierre Fresnay qui ne trouve jamais sa place, peu convaincant en plouc râleur, bien qu'il lance à un chauffeur de bus la meilleure réplique du film :

"Si vous y allez aussi vite que j'vous emmerde, pour une fois vous serez en avance sur l'horaire !" (Pierre Fresnay)

Quelques bonnes séquences comiques sauvent le film, notamment un arrêt pinard et souvenirs dans un cimetière, où les trois compères ont fort à faire avec Robert Dalban, le fossoyeur, ou l'enfer qu'ils vivent dans la maison de retraite, agissant comme des collégiens qui veulent faire le mur. Les scènes répétitives de bagarres et d'engueulades fatiguent vite, tout comme le périple à pieds, assez mollasson. Reste une gentille comédie réunissant trois grandes figures du cinéma populaire de l'entre-deux guerres, derniers tours de piste de Pierre Fresnay et Noël-Noël.


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