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jeudi 22 novembre 2012

"LE CAPORAL ÉPINGLÉ" (de Jean Renoir, 1962)

En quelques mots : 1940, l'armistice est signée avec l'Allemagne et la France connaît l'humiliation de la défaite. Les soldats prisonniers ne songent qu'à une seule chose : s'évader, le Caporal (J.-P. Cassel) en tête. Mais si les plans sont faciles à élaborer, l'action est plus délicate et toutes ses tentatives échouent lamentablement. Il est envoyé en camp de discipline pendant deux mois éprouvants et retrouve ses camarades heureux de leur sort.

Le caporal épinglé est le dernier véritable film réalisé pour le cinéma par Jean Renoir - Le Petit théâtre de Jean Renoir (1971) est une succession de sketchs initialement prévus pour la télévision. On aurait aimé une fin de parcours digne de l'importante carrière de celui qui est considéré comme l'un des metteurs en scènes les plus influents du cinéma français, hélas il n'en est rien puisque cette gentille comédie construite autour d'un petit groupe de prisonniers de guerre se contente d'enchainer les séquences plus ou moins comiques avec de jeunes acteurs très convaincants.
J'ai découvert ce film au cinéma (au Tambour, à l'université Rennes 2) dans une soirée à thème composée par le critique Jean-François Rauger qui nous a expliqué en introduction à quel point ce film était profond. Avec tout le respect que je dois au directeur de programmation de la Cinémathèque Française, cela me semble passablement exagéré.



Si on peut trouver d'énormes qualités au personnage de Claude Rich, toujours formidable, dans sa manière d'aborder l'emprisonnement comme une forme de liberté de son humiliant quotidien (il se fabrique un "donjon" au dessus de la masse de ceux qui rampent), le reste est assez convenu, entre personnages de jeunes premiers plus ou moins héroïques (Jean-Pierre Cassel, Claude Brasseur) et des éléments comiques qui sauvent le film de l'ennui (formidables Mario David, Lucien Raimbourg et Jacques Jouanneau, amusant Guy Bedos) qui se confrontent dans un enchainement de situations qui parfois virent au grotesque (la petite allemande qui déclare à Cassel "J'aime un homme qui n'est pas un esclave !").

On retrouve dans une très belle scène la passion de Jean Renoir pour le théâtre et la mise en scène de la vie quand Claude Rich décide d'aller découvrir la liberté ailleurs, seul. C'est d'ailleurs le thème de cette comédie sombre, la recherche de la liberté et la certitude qu'elle n'est pas forcément derrière les barbelés mais qu'elle peut se trouver à l'intérieur - la séquence de fin est, de ce point de vue, très réussie. Hélas, le metteur en scène s'égare dans des moments parfaitement inutiles et pompiers (l'évasion de Jean Carmet avec sa valise) qui alourdissent un peu un propos intéressant.

dimanche 11 novembre 2012

Le cinéma français dans les tranchées !

C'est probablement mon côté historien qui ressort, mais en ce 11 novembre, je ne peux m'empêcher de consacrer un petit article à une page importante du XXe siècle, la Première Guerre Mondiale. Peu de films français ont été réalisés sur le sujet et il faut revoir des films américains ou britanniques importants pour s'en rendre compte encore plus : Sergent York, Lawrence d'Arabie, Les sentiers de la gloire, A l'Ouest rien de nouveau, L'adieu aux armes. Le cinéma français s'en est emparé réellement qu'assez tardivement, avec deux excellents films de Bertrand Tavernier, La vie et rien d'autre et Capitaine Conan, ou plus récemment avec Un long dimanche fiançailles, La chambre des officiers ou Joyeux Noël.


Le cinéma français qui nous intéresse principalement sur ce blog s'y est peut-être moins penché, encore que. En 1919, Abel Gance réalise J'accuse, un long film muet pacifiste auquel il donnera un remake avant le début de Seconde Guerre Mondiale. Dès 1928, dix ans après la fin du conflit, Léon Poirier met en scène ce qu'on appellerait aujourd'hui un docu-fiction, sur les lieux même de la bataille la plus meurtrière de la Première Guerre Mondiale. Verdun, vision d'Histoire relate l'histoire de la bataille avec de réels survivants et quelques acteurs, dont Albert Préjean. Les années 1930 sont plus fleurissantes : Raymond Bernard réalise en 1932 Les Croix de bois, d'après le roman de Roland Dorgelès, avec Pierre Blanchar, Gabriel Gabrio, Charles Vanel et Pierre Labry, puis, en 1939, Les Otages, une histoire d'amour se déroulant en 1914 dans la Marne, avec Saturnin Fabre, Pierre Larquey et Fernard Charpin. Toujours sur le front, évoquons aussi L'équipage (1935), de Anatole Litvak avec Charles Vanel et Annabella. Jean Renoir évoque aussi la Première Guerre Mondiale, en toile de fond de son chef d'oeuvre, La Grande Illusion (1937) pour se rappeler avec nostalgie que l'on évoquait à la fin des années 1910 la "der des der".



Les années d'après guerre sont marquées par le traumatisme de l'Occupation et de nombreux films sont consacrés à ces heures sombres. La Première Guerre Mondiale, déjà lointaine, n'est plus vraiment exploitée qu'en toile de fond de plusieurs films : Le diable au corps de Claude Autant-Lara (1947), Jules et Jim de François Truffaut (1962). En 1965, Georges Franju adapte le roman de Jean Cocteau, Thomas l'imposteur, mettant en scène un personnage qui se fait passer pour un aristocrate.

Les années 1970 font suite aux décolonisations et se veulent pacifistes, antimilitaristes. On retrouve un très bon film de Jean-Jacques Annaud sur une vision de la Première Guerre Mondiale ... en Afrique. La victoire en chantant met, en effet, en scène des français et des allemands aux colonies qui s'affrontent dès lors qu'ils apprennent que leurs pays se font la guerre. Une curiosité à redécouvrir, qui fut d'ailleurs récompensée par l'Oscar du meilleur film étranger !


samedi 13 octobre 2012

"JERICHO" (de Henri Calef, 1946)


En quelques mots : Dans une ville de province, sous l'Occupation, quelques jours avant le Débarquement. Des résistants font sauter une ligne de chemin de fer, immobilisant dans la gare un train allemand d'essence, exposé aux dangers. Pour prévenir de toute attaque, l'occupant fait arrêter 50 prisonniers qui seront exécutés à la moindre tentative d'attentat contre le train.

Découvrir Jericho aujourd'hui est une révélation quand on connaît les représentations que l'on se fait du cinéma français d'après-guerre traitant de la Résistance. Dès lors qu'avec La bataille du rail (de René Clément, 1946) - le plus représentatif du genre - le cinéma français se faisait l'écho de la pensée nationale : toute la France avait été résistante, dans un esprit, bien défendable, de réconciliation des français. A noter que même si les cinéastes ont su s'abroger de cette idée avec le temps, certains poursuivent à persister dans une logique plus ou moins uniforme (il n'y a qu'à voir les récentes Femmes de l'ombre pour s'en convaincre, ou Zone Libre de Christophe Malavoy).

Jericho, film méconnu et difficilement trouvable aujourd'hui , apporte un contre poids sensible au film de René Clément, tourné la même année. Le générique commence par Heidi, Heido, ce qui n'est pas commun (surtout quelques mois après la Libération), et s'ouvre classiquement sur un homme perdu cherchant et trouvant refuge chez un habitant du village, qui lui offre la protection et un repas. Une visite impromptue de l'occupant insuffle un peu de suspens, mais rien de bien original. On ne retrouve plus d'ailleurs, par la suite, ce genre de séquence, comme si Henri Calef voulait montrer qu'il entend se détacher des clichés.


Signé par Charles Spaak, que j'ai déjà évoqué ici à plusieurs reprises, le scénario entre dans l'intimité d'un bureau d'officier allemand, occupé à traiter avec un français, interprété avec grand talent par Pierre Brasseur. Celui-ci, peu scrupuleux, vend son âme au diable et lui vend tout ce qu'il désire - mais il n'en est pas récompensé pour autant. Je vous propose d'écouter un extrait audio de cette très belle scène, que l'on n'aurait pas soupçonné voir au cinéma en 1946 :

Extrait audio : "Maintenant que vous êtes là, on respire !"


Il y a d'autres personnages traitres ou peureux dans la France que montre Calef ; une très belle séquence montre la réunion d'un Conseil Municipal, chargé de trouver le nom des 50 otages. L'un des membres ne désire pas se désigner à la place des autres et s'en va ; un deuxième le suit. Les autres se constituent prisonniers dans une séquence que l'on voudrait héroïque, et pourtant ridiculisée par l'officier allemand ("C'est un geste à la française ça, pour faire honte au barbare que je suis. Ça me rappelle "Tirez les premiers messieurs les anglais" ... et vos bons amis se sont empressés de tirer !").

Certes, il y a quand même des braves, de toutes classes sociales : la cellule se compose d'un mendiant (formidable Pierre Larquey), d'un ouvrier, d'un aristocrate passionné par les marches militaires (lui aussi, malgré une attitude bien noble, est ridiculisé par la suite quand on lui souffle que ses marches militaires, on les chantera plus tard ... devant sa tombe !). L'arrangement des personnages pourrait être artificiel. Il n'en est rien, et ce malgré l'extraordinaire casting de gueules (on retrouve Jean Brochard, René Génin, Alfred Pasquali, Raymond Pellegrin ...), où tout le monde a sa place. Louis Seigner y campe d'ailleurs un médecin terne et résolu, qui confesse toutefois qu'il ne pourra pas pardonner aux Allemands.


La dernière demi-heure est remarquablement écrite et filmée. Parqués dans une église, les 50 otages passent leur dernière nuit. La plupart sont résolus et dignes, d'autres ont peur, et Pierre Brasseur incarnant toujours, à lui seul, la mauvaise conscience française se livre à un numéro (à la limite du cabotinage) très fort de lâcheté, et va même jusqu'à dire "Léchons leur les bottes, mais je ne veux pas mourir !". Cette séquence, filmée dans un contexte où tout le monde se prétendait résistant, est inoubliable, et je vous propose d'en écouter un extrait audio :

Extrait audio : "Léchons leur les bottes ! Mettons nous à genoux !"


Henri Calef n'est pas pour rien à cette belle réussite car il sait filmer ses personnages et utiliser les cadres pour accentuer leurs émotions ; ainsi d'une jolie scène où un aumônier allemand se propose de confesser les otages avant leur exécution, il donne l'absolution à un Louis Jouvet qui refuse de pardonner aux occupants. Ainsi également d'une scène amoureuse entre Raymond Pellegrin et Nadine Alari, très bien cadré, qui commence sur un baiser et s'achève sur une grenade lancée contre le train.

A noter que les séquences aériennes ont été tournées avec les véritables avions et pilotes qui servirent cette histoire authentique !

Jéricho est classé sur ce blog dans la catégorie "Chef-d’œuvre" et ce n'est pas pour rien ; j'entends ainsi montrer à quel point ce film est remarquable et inciter mes chers lecteurs à se le procurer. Hélas, ce n'est pas tout à fait évident. Il existe bien un DVD du film, sorti dans la Collection Ciné-Club mais ne le cherchez pas dans le commerce. On le trouve neuf ou d'occasion sur divers sites d'enchères, ou même sur Amazon. Je l'ai personnellement trouvé sur PriceMinister pour quelques euros. Le DVD ne possède aucun bonus, la copie est plutôt bonne malgré quelques problèmes de son de temps à autre. N'hésitez pas à vous le procurer, Jéricho est un véritable bijou !

mardi 2 octobre 2012

"AVOIR 20 ANS DANS LES AURÈS" (de René Vautier, 1972)

En quelques mots : Algérie, au début des années 60 ; un groupe de soldats s'engage dans un commando de chasse, commandé par un lieutenant qui a fait l'Indochine. Jeunes et antimilitaristes, ils trainent les pieds, et décident de faire prisonnier le gradé quand ils apprennent le putsch des généraux. Un d'entre eux, Noël, reste le plus solitaire du groupe et n'hésitera pas à jouer les déserteurs le moment venu.

J'ai hésité à chroniquer ce film, tant il semble en marge de ce que j'appelle sur ce blog l'âge d'or du cinéma français : tourné au début des années 70, sans star, par un réalisateur militant et engagé, pour un budget réduit et en 16mm. Pourtant, la découverte de ce film (qui ressort entièrement restauré dans les salles le 3 octobre) m'invite à croire qu'il est ancré dans une certaine tradition du cinéma français, plutôt à gauche, aux idées humanistes et pacifistes. On n'est pas loin de La Grande Illusion de Jean Renoir - l'insolence et la clandestinité en plus, la maîtrise technique et la puissance en moins.


J'ai découvert René Vautier il y a quelques temps déjà, puisqu'il fut au début des années 50 le réalisateur du premier film anticolonialiste français (Afrique 50), sujet qui dans sa globalité me passionne. Avoir 20 ans dans les Aurès était difficilement visible jusqu'à aujourd'hui : bien qu'il fut récompensé à Cannes, son format 16 mm, l'amateurisme de l'équipe technique et des questions de droit en faisaient un film quasi clandestin. Sa ressortie permet de mesurer l'importance du sujet traité : la guerre d'Algérie (tourné 10 ans après les accords d'Evian), des soldats qui rejettent l'armée, jouent avec les conventions, ligotent un officier, violent les femmes et un soldat qui refuse de tirer, avant de s'enfuir avec un prisonnier ennemi.

On peut comprendre que les autorités françaises ne furent pas emballées par ce film, qui fut censuré longtemps et projeté dans des ciné-clubs, la plupart du temps militants. J'ai eu l'occasion de voir ce film en présence de René Vautier (au TNB de Rennes), vieil homme dont la mémoire ne flanche pas, toujours aussi passionnant à écouter. Il raconte notamment les frasques de Philippe Léotard, restant militaire même en dehors du tournage quand il partait se saouler dans les bars alentours.

L'amateurisme se ressent toutefois dans la mise en scène (ce film fut tourné dans des conditions difficiles, en 10 jours !) mais jamais dans le jeu des acteurs, pourtant souvent amateurs : on retrouve aussi Jean-Jacques Moreau, Jean-Michel Ribes et le jeune Alexandre Arcady, pas mauvais acteur. Loin du film colonial français par excellence, tels Pépé le Moko, La Bandera, Trois de Saint-Cyr ou encore L’appel du silence, ce film apporte un petit pendant réaliste et engagé au cinéma que j'ai l'habitude de défendre sur ce blog. D'aucun diront que j'ai une bonne conscience, les autres y verront le goût du beau cinéma, tout simplement.

Extrait audio : Chanson "Le pied dans la m...." (de Yves Branellec)
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