Affichage des articles dont le libellé est René Génin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est René Génin. Afficher tous les articles
dimanche 21 juillet 2013
"PAMELA" (de Pierre de Hérain, 1945)
En quelques mots : Sous le Directoire, le jeune dauphin, fils de Louis XVI, reste prisonnier dans une cellule de la prison du Temple. Paul Barras est l'homme fort du moment et exerce, par son autorité et son intelligence, un pouvoir mesuré face aux intrigues royalistes visant à faire échapper l'héritier au trône de France. Paméla, une commerçante pleine de charme, se rallie à la cause loyaliste et use de ses charmes pour piéger Barras.
Paméla apparaît un titre bien mal choisi pour cette intrigue historique que l'on aurait préféré nommée, à l'image du sous-titre de l'affiche, L'énigme du Temple. L'un des grands intérêts du film est, en effet, d'évoquer les mystères qui entourent l'existence du fils de Louis XVI et Marie-Antoinette, le jeune Louis-Charles, que l'on connaît également comme Louis XVII, puisque successeur de droit à son défunt père. Emprisonné au Temple, le jeune garçon fut l'objet de toutes les convoitises : des républicains qui voulaient conserver cette graine de tyran dans ses geôles ; des royalistes qui voyaient en lui le Roi de France légitime. L'argument du film est l'exploration romancée d'une rumeur selon laquelle le jeune Dauphin aurait été libéré par des partisans et considéré comme mort puisque remplacé par un autre petit garçon, décédé dans sa cellule en 1795. Nous savons aujourd'hui, par des analyses ADN que Louis XVII est bien mort dans sa prison - son cœur repose dans la basilique Saint-Denis - mais le film, réalisé au milieu des années 1940, pouvait encore se permettre de croire à cette substitution historique.
Romancée et parsemée d'incohérences, l'histoire de Paméla n'en demeure pas moins prenante, malgré de longues séquences mondaines inutiles. Le réalisateur Pierre de Hérain, aujourd'hui plus célèbre pour être le gendre du Maréchal Pétain que pour son oeuvre, met en scène quelques beaux moments de cinéma, bien éclairés, réunissant pour l'occasion un Fernand Gravey impeccable en Barras manipulateur et Renée Saint-Cyr en Paméla intrépide et rusée. René Génin, Gisèle Casadesus (Joséphine de Beauharnais), Jeanne Fusier-Gir, Georges Marchal (inexploité) et Raymond Bussières (très bon) complètent la distribution.
Le film est daté pour plusieurs raisons de circonstance - la thèse de départ, les moyens de production, les accents théâtraux de certains acteurs, la pauvreté des décors - mais ne mérite pas une opprobre qui serait bien injuste. Tout passionné d'Histoire trouvera un intérêt dans ce film de 1945 qui oppose deux France, sans que l'on retrouve pour autant la force cinématographique et métaphorique des Chouans de Henri Calef (1946).
vendredi 15 mars 2013
"FRANÇOIS 1er" (de Christian-Jaque, 1937)
En quelques mots : Honorin, simple acteur de fête foraine, est heureux de pouvoir enfin interpréter le rôle de ses rêves. Pour mieux s'y préparer, il demande à un ami hypnotiseur de l'envoyer à la Renaissance, au temps de François Ier. A Amboise, il est immédiatement mêlé à une affaire de coeur qui l'oblige à affronter en duel un seigneur. Accompagné de son fidèle petit Larousse, Honorin a le pouvoir de lire dans l'avenir.
Pour finir sur l'élection du nouveau pape François, un clin d'oeil évident, partagé sur la page Facebook du blog par les internautes fidèles, le film de Christian-Jaque intitulé sobrement et assez curieusement François 1er. Car si Fernandel s'envole bien vers la Renaissance française, il n'est que peu question au final du célèbre Roi mais plus de ses courtisans. J'avais un bon souvenir d'enfant de ce film en costumes et je me faisais une joie de terminer ma journée sur cette note nostalgique. Peut-être étais-je justement un peu trop conditionné pour ce nouveau visionnage ? Toujours est-il que ce François 1er m'a laissé un petit goût de déception. L'ouverture dans la fête foraine est poussive tout autant que l'arrivée du visiteur du temps dans le château du Roi de France - si ce n'est quelques mimiques de Fernandel ou sa façon si naturelle de demander à une nourrice du XVIè siècle Vous ne connaissez pas la foire du trône ou la fête à Neu-Neu ?
Les moments incontournables restent savoureux : la prédiction de l'avenir aux grands du royaume, des lapalissades de La Palice (dont l'injuste traitement de l'histoire populaire ne s'arrange pas avec ce film) et l'inévitable scène de torture avec la chèvre. Comme toujours, Fernandel vole toutes les scènes, y compris aux excellents René Génin, Alexandre Rignault et Alice Tissot, impuissants. Le reste ne manque pas de scènes trop longues ou datées (la scène de danse est interminable, le fantôme trop artificiel). Quitte à blasphémer, j'oserais dire que Le bon Roi Dagobert (Chevalier, 1963), dans un genre semblable, assume mieux l'anachronisme et laisse une meilleure part aux seconds rôles.
Pour finir sur l'élection du nouveau pape François, un clin d'oeil évident, partagé sur la page Facebook du blog par les internautes fidèles, le film de Christian-Jaque intitulé sobrement et assez curieusement François 1er. Car si Fernandel s'envole bien vers la Renaissance française, il n'est que peu question au final du célèbre Roi mais plus de ses courtisans. J'avais un bon souvenir d'enfant de ce film en costumes et je me faisais une joie de terminer ma journée sur cette note nostalgique. Peut-être étais-je justement un peu trop conditionné pour ce nouveau visionnage ? Toujours est-il que ce François 1er m'a laissé un petit goût de déception. L'ouverture dans la fête foraine est poussive tout autant que l'arrivée du visiteur du temps dans le château du Roi de France - si ce n'est quelques mimiques de Fernandel ou sa façon si naturelle de demander à une nourrice du XVIè siècle Vous ne connaissez pas la foire du trône ou la fête à Neu-Neu ?
Les moments incontournables restent savoureux : la prédiction de l'avenir aux grands du royaume, des lapalissades de La Palice (dont l'injuste traitement de l'histoire populaire ne s'arrange pas avec ce film) et l'inévitable scène de torture avec la chèvre. Comme toujours, Fernandel vole toutes les scènes, y compris aux excellents René Génin, Alexandre Rignault et Alice Tissot, impuissants. Le reste ne manque pas de scènes trop longues ou datées (la scène de danse est interminable, le fantôme trop artificiel). Quitte à blasphémer, j'oserais dire que Le bon Roi Dagobert (Chevalier, 1963), dans un genre semblable, assume mieux l'anachronisme et laisse une meilleure part aux seconds rôles.
jeudi 7 mars 2013
"LES CAVES DU MAJESTIC" (de Richard Pottier, 1945)
En quelques mots : Monsieur et Madame Petersen passent quelques jours de vacances au palace Majestic, à Paris. Quand le mari s'envole pour Rome, son épouse et sa secrétaire, qui ne peuvent s'entendre, restent seules avec l'enfant du couple. Le lendemain matin, quand un employé des cuisines ouvre son casier, il découvre le corps mort de Madame Petersen, étranglée. Le commissaire Maigret est chargé de l'enquête.
Albert Préjean en commissaire Maigret, voilà qui continue de faire jaser aujourd'hui ; certains ne peuvent regarder les trois films sans maugréer dans leur coin ; d'autres s'en font un véritable plaisir coupable - et j'en suis ! Dans son Simenon à l'écran (1992), Claude Gauteur, plutôt dur contre les trois adaptations de la Continental, rappelle la phrase de Jacques Siclier : [avec Albert Préjean] de Maigret il ne restait que la pipe ! René Clair, plus gentil, se contente de résumer à sa façon la situation : Il change, à coup sûr, la nature de l'oeuvre qu'il est chargé d'interpréter, mais nous avons pas à nous plaindre, car il a toujours la même séduction. Certes, les lecteurs assidus des romans du célèbre directeur de la Police Judiciaire ne retrouvent pas l'épaisse charpente du commissaire sous les traits du sportif et souriant Albert Préjean, mais il faut lui reconnaître le mérite de ne pas sombrer dans ce que Claude Gauteur qualifie d'ersatz de privé américain. On est loin de Nestor "Dynamite" Burma. Quoique parfois ...
Dernier film produit par la Continental, Les Caves du Majestic fut tourné en février 1944, dans un contexte particulier, rappelé en partie dans le film de Bertrand Tavernier, Laissez-Passer (2002). Le scénariste Charles Spaak était emprisonné à Fresnes et surveillé par la Gestapo qui refusa de le libérer pour ses obligations professionnelles : ainsi, il écrivit les dialogues du film en prison, jour après jour, dans des conditions très difficiles. Lui qui ne mangeait pas à sa faim prit un plaisir quasi masochiste à multiplier les séquences culinaires - ainsi des dialogues inutiles sur les sauces avec le chef du Majestic ou de la recette alléchante du lapin dans la maison de Arthur Donge, sans parler du fastueux dîner final, où les deux convives ne mangent rien ! Les Caves du Majestic ne fut distribué au cinéma que l'année suivante, en août 1945, par la nouvelle Union Générale Cinématographique (UGC).
Évoquer ce film policier nous oblige à parler de la grande Histoire, mais il ne faudrait pas oublier la petite. Qu'en est-il finalement de ces caves de palace ? Il faut reconnaître que cette intrigue policière est très agréable à suivre, dans la veine identique de Picpus (Pottier, 1943) et Cécile est morte (Tourneur, 1944), et qu'elle maintient son suspens jusqu'à la dernière seconde, avec une pléiade de bons seconds rôles : de Suzy Prim en épouse assassinée à Charpin en juge d'instruction (peut-être pas son meilleur rôle) en passant par Jacques Baumer, René Génin et Denise Grey. Sans oublier l'excellent André Gabriello en fidèle Lucas dont les élans bégayants pourraient bien devenir cultes. C'est immmmpressssionnnant ! A noter un très beau plan-séquence dans les cuisines du palace.
Albert Préjean en commissaire Maigret, voilà qui continue de faire jaser aujourd'hui ; certains ne peuvent regarder les trois films sans maugréer dans leur coin ; d'autres s'en font un véritable plaisir coupable - et j'en suis ! Dans son Simenon à l'écran (1992), Claude Gauteur, plutôt dur contre les trois adaptations de la Continental, rappelle la phrase de Jacques Siclier : [avec Albert Préjean] de Maigret il ne restait que la pipe ! René Clair, plus gentil, se contente de résumer à sa façon la situation : Il change, à coup sûr, la nature de l'oeuvre qu'il est chargé d'interpréter, mais nous avons pas à nous plaindre, car il a toujours la même séduction. Certes, les lecteurs assidus des romans du célèbre directeur de la Police Judiciaire ne retrouvent pas l'épaisse charpente du commissaire sous les traits du sportif et souriant Albert Préjean, mais il faut lui reconnaître le mérite de ne pas sombrer dans ce que Claude Gauteur qualifie d'ersatz de privé américain. On est loin de Nestor "Dynamite" Burma. Quoique parfois ...
Dernier film produit par la Continental, Les Caves du Majestic fut tourné en février 1944, dans un contexte particulier, rappelé en partie dans le film de Bertrand Tavernier, Laissez-Passer (2002). Le scénariste Charles Spaak était emprisonné à Fresnes et surveillé par la Gestapo qui refusa de le libérer pour ses obligations professionnelles : ainsi, il écrivit les dialogues du film en prison, jour après jour, dans des conditions très difficiles. Lui qui ne mangeait pas à sa faim prit un plaisir quasi masochiste à multiplier les séquences culinaires - ainsi des dialogues inutiles sur les sauces avec le chef du Majestic ou de la recette alléchante du lapin dans la maison de Arthur Donge, sans parler du fastueux dîner final, où les deux convives ne mangent rien ! Les Caves du Majestic ne fut distribué au cinéma que l'année suivante, en août 1945, par la nouvelle Union Générale Cinématographique (UGC).
Évoquer ce film policier nous oblige à parler de la grande Histoire, mais il ne faudrait pas oublier la petite. Qu'en est-il finalement de ces caves de palace ? Il faut reconnaître que cette intrigue policière est très agréable à suivre, dans la veine identique de Picpus (Pottier, 1943) et Cécile est morte (Tourneur, 1944), et qu'elle maintient son suspens jusqu'à la dernière seconde, avec une pléiade de bons seconds rôles : de Suzy Prim en épouse assassinée à Charpin en juge d'instruction (peut-être pas son meilleur rôle) en passant par Jacques Baumer, René Génin et Denise Grey. Sans oublier l'excellent André Gabriello en fidèle Lucas dont les élans bégayants pourraient bien devenir cultes. C'est immmmpressssionnnant ! A noter un très beau plan-séquence dans les cuisines du palace.
vendredi 28 décembre 2012
samedi 10 novembre 2012
"LA TABLE-AUX-CREVÉS" (de Henri Verneuil, 1951)
En quelques mots : Urbain Coindet (Fernandel), modeste paysan du petit village provençal de Cantagrel, retrouve sa femme pendue lorsqu'il revient d'une foire. Sa belle-famille fait vite courir le bruit qu'il serait l'assassin de leur fille et celui qui a donné Frédéric Gari aux gendarmes, pour contrebande de tabac. Trois mois plus tard, lorsque celui-ci sort de prison, décidé à se venger, il apprend avec stupeur que Coindet convoite sa sœur !
Henri Verneuil avait déjà rencontré Fernandel en 1947 pour un court-métrage provençal intitulé Escale au soleil, mais La Table-aux-crevés est son premier long-métrage et le début d'une longue collaboration avec l'acteur marseillais. Adaptée de Marcel Aymé, cette histoire très sombre sur les mœurs archaïques d'un petit village du Midi nous offre une sublime première partie, où chaque scène mériterait d'être redécouverte pour son humour noir et ses dialogues emprunts d'un réalisme que l'on a bien du mal à concevoir aujourd'hui. Ainsi de Fernandel qui rentre dans sa maison avec son cheval, découvre sa femme pendue et s'exclame : "Mais il boite ce cheval !" puis, alors que son ami le maire (incarné par l'excellent Fernand Sardou) tente de le réconforter, laisse échapper "Je n'aurais jamais cru que la suspension de faïence serait aussi solide." Les états d'âme sont bien rares dans cette œuvre où les personnages du village, bien que se connaissant tous, se déchirent pour des réputations (superbe séquence avec les femmes du village et le curé) et sont encore marqués par les années sombres de la guerre, qui ont entérinées les divisions politiques et les rancœurs de ceux qui s'y sont plus ou moins bien adapté (un homme, surnommé "le cocu" est devenu père alors qu'il était au front, et doit vivre avec cette honte en permanence).
Le film montre aussi le mépris des habitants de "la ville" pour les paysans qui passaient leurs vies dans le même village et est l'occasion d'une très belle scène où Fernandel s'énerve seul contre la pluie qui l'empêche de sortir et l'oblige à contempler des immeubles avec des dizaines de fenêtres et de barreaux. Si le film peut être une ode à la nature, il rappelle qu'elle n'en est pas moins dangereuse à vivre au quotidien. La Table-aux-crevés évoque aussi à plusieurs reprises la religion, attaquée d'abord puis présentée avec lucidité dans un très joli discours de René Génin. Plus qu'une comédie grinçante, la première partie montre avant tout un reflet de la société rurale des années 1950.
Hélas, la seconde partie souffre de se perdre un peu dans une aventure sentimentale plus classique, entre deux êtres qui s'aiment (Fernandel et la touchante Maria Mauban) mais qui ne peuvent se marier puisque les familles ne s'entendent pas. Pourtant, on y voit les prémices de l'évolution d'une société qui se libéralise, la perte de certaines valeurs que l'on se confesse pourtant de vouloir observer. Ainsi Fernandel et sa fiancée couchent ensemble avant d'être mariés, Maria Mauban se révolte un peu contre l'autorité paternelle.
Si la fin se veut rassurante et plus légère, avec l'intervention toujours efficace de Édouard Delmont, elle ne va pas de soi. Cette société normée et sclérosée est étouffante pour ceux qui y vivent et on regrette presque qu'un coup de fusil ne vienne pas chambouler tout ce village d'individus peu appréciables, pétris de valeurs traditionnelles qui n'évoluent pas. Reste un très bon film réalisé avec soin par le jeune Henri Verneuil, souvent très drôle, parfois touchant, qui offre à Fernandel une excellente composition, authentique et éloignée des cabotinages qui firent sa gloire.
samedi 13 octobre 2012
"JERICHO" (de Henri Calef, 1946)
En quelques mots : Dans une ville de province, sous l'Occupation, quelques jours avant le Débarquement. Des résistants font sauter une ligne de chemin de fer, immobilisant dans la gare un train allemand d'essence, exposé aux dangers. Pour prévenir de toute attaque, l'occupant fait arrêter 50 prisonniers qui seront exécutés à la moindre tentative d'attentat contre le train.
Découvrir Jericho aujourd'hui est une révélation quand on connaît les représentations que l'on se fait du cinéma français d'après-guerre traitant de la Résistance. Dès lors qu'avec La bataille du rail (de René Clément, 1946) - le plus représentatif du genre - le cinéma français se faisait l'écho de la pensée nationale : toute la France avait été résistante, dans un esprit, bien défendable, de réconciliation des français. A noter que même si les cinéastes ont su s'abroger de cette idée avec le temps, certains poursuivent à persister dans une logique plus ou moins uniforme (il n'y a qu'à voir les récentes Femmes de l'ombre pour s'en convaincre, ou Zone Libre de Christophe Malavoy).
Jericho, film méconnu et difficilement trouvable aujourd'hui , apporte un contre poids sensible au film de René Clément, tourné la même année. Le générique commence par Heidi, Heido, ce qui n'est pas commun (surtout quelques mois après la Libération), et s'ouvre classiquement sur un homme perdu cherchant et trouvant refuge chez un habitant du village, qui lui offre la protection et un repas. Une visite impromptue de l'occupant insuffle un peu de suspens, mais rien de bien original. On ne retrouve plus d'ailleurs, par la suite, ce genre de séquence, comme si Henri Calef voulait montrer qu'il entend se détacher des clichés.
Signé par Charles Spaak, que j'ai déjà évoqué ici à plusieurs reprises, le scénario entre dans l'intimité d'un bureau d'officier allemand, occupé à traiter avec un français, interprété avec grand talent par Pierre Brasseur. Celui-ci, peu scrupuleux, vend son âme au diable et lui vend tout ce qu'il désire - mais il n'en est pas récompensé pour autant. Je vous propose d'écouter un extrait audio de cette très belle scène, que l'on n'aurait pas soupçonné voir au cinéma en 1946 :
Extrait audio : "Maintenant que vous êtes là, on respire !"
Il y a d'autres personnages traitres ou peureux dans la France que montre Calef ; une très belle séquence montre la réunion d'un Conseil Municipal, chargé de trouver le nom des 50 otages. L'un des membres ne désire pas se désigner à la place des autres et s'en va ; un deuxième le suit. Les autres se constituent prisonniers dans une séquence que l'on voudrait héroïque, et pourtant ridiculisée par l'officier allemand ("C'est un geste à la française ça, pour faire honte au barbare que je suis. Ça me rappelle "Tirez les premiers messieurs les anglais" ... et vos bons amis se sont empressés de tirer !").
Certes, il y a quand même des braves, de toutes classes sociales : la cellule se compose d'un mendiant (formidable Pierre Larquey), d'un ouvrier, d'un aristocrate passionné par les marches militaires (lui aussi, malgré une attitude bien noble, est ridiculisé par la suite quand on lui souffle que ses marches militaires, on les chantera plus tard ... devant sa tombe !). L'arrangement des personnages pourrait être artificiel. Il n'en est rien, et ce malgré l'extraordinaire casting de gueules (on retrouve Jean Brochard, René Génin, Alfred Pasquali, Raymond Pellegrin ...), où tout le monde a sa place. Louis Seigner y campe d'ailleurs un médecin terne et résolu, qui confesse toutefois qu'il ne pourra pas pardonner aux Allemands.
La dernière demi-heure est remarquablement écrite et filmée. Parqués dans une église, les 50 otages passent leur dernière nuit. La plupart sont résolus et dignes, d'autres ont peur, et Pierre Brasseur incarnant toujours, à lui seul, la mauvaise conscience française se livre à un numéro (à la limite du cabotinage) très fort de lâcheté, et va même jusqu'à dire "Léchons leur les bottes, mais je ne veux pas mourir !". Cette séquence, filmée dans un contexte où tout le monde se prétendait résistant, est inoubliable, et je vous propose d'en écouter un extrait audio :
Extrait audio : "Léchons leur les bottes ! Mettons nous à genoux !"
Henri Calef n'est pas pour rien à cette belle réussite car il sait filmer ses personnages et utiliser les cadres pour accentuer leurs émotions ; ainsi d'une jolie scène où un aumônier allemand se propose de confesser les otages avant leur exécution, il donne l'absolution à un Louis Jouvet qui refuse de pardonner aux occupants. Ainsi également d'une scène amoureuse entre Raymond Pellegrin et Nadine Alari, très bien cadré, qui commence sur un baiser et s'achève sur une grenade lancée contre le train.
A noter que les séquences aériennes ont été tournées avec les véritables avions et pilotes qui servirent cette histoire authentique !
Jéricho est classé sur ce blog dans la catégorie "Chef-d’œuvre" et ce n'est pas pour rien ; j'entends ainsi montrer à quel point ce film est remarquable et inciter mes chers lecteurs à se le procurer. Hélas, ce n'est pas tout à fait évident. Il existe bien un DVD du film, sorti dans la Collection Ciné-Club mais ne le cherchez pas dans le commerce. On le trouve neuf ou d'occasion sur divers sites d'enchères, ou même sur Amazon. Je l'ai personnellement trouvé sur PriceMinister pour quelques euros. Le DVD ne possède aucun bonus, la copie est plutôt bonne malgré quelques problèmes de son de temps à autre. N'hésitez pas à vous le procurer, Jéricho est un véritable bijou !
Libellés :
1940's,
Audio,
Charles Spaak,
Chef d’œuvre,
DVD,
Guerre,
Henri Calef,
Howard Vernon,
Jean Brochard,
Louis Seigner,
Pierre Brasseur,
Pierre Larquey,
René Génin
jeudi 4 octobre 2012
"LA MAISON SOUS LA MER" (de Henri Calef, 1947)
En quelques mots : A Flamanville, en Normandie, la vie du village est rythmée par le travail à la mine sous-marine. Lucien et Flore (V. Romance), heureux, sont prêts à se marier et à vivre ensemble. Mais l'arrivée d'un étranger, Constant, vient tout perturber : Flore en tombe amoureuse et se réfugie le plus souvent possible avec lui dans une immense grotte, sorte de maison sous la mer. Au même moment, Lucien et Constant se portent volontaires pour effectuer de dangereuses opérations de surveillance.
La maison sous la mer, adapté du roman de Paul Vialar, est le quatrième long-métrage réalisé par Henri Calef. On pense très vite à Germinal en regardant cette histoire qui mêle, sur une trame identique, la misère des ouvriers-mineurs et leurs conditions de vie, et une histoire d'amour et de rivalité entre deux hommes de la même classe sociale. Constant (Clément Duhour) n'est rien d'autre qu'un Étienne Lantier venu conquérir le cœur d'une Catherine Maheu (Vivane Romance) promise à un Chaval (Guy Decomble). Le déroulement de l'intrigue et le dénouement final y ressemblent également.
L'introduction est très réussie et impose d'emblée un climat particulier - il n'y a pas le moindre mot pendant presque dix minutes - où l'on voit les mineurs finirent leur travail, et remonter vers le village en passant au bord de la mer. Le roman et le films placent en effet leur intrigue en Basse-Normandie, dans les mines de fer de Flamanville. Les paysages marins, de fait, rendent une impression d'immensité sauvage, de terre oubliée des hommes, où les habitants naviguent entre la mine, le bistrot et leur maison. L'arrivée d'un étranger (figure classique du cinéma) ne suscite pas l'enthousiasme mais réchauffe le cœur de la belle Viviane Romance qui, amoureuse, aime à se retrouver dans "la maison sous la mer", une immense grotte dont personne ne connaît l'existence - les plans sont toujours très beaux et très bien filmés.
La mise en scène de Henri Calef est sobre et épurée, et convient parfaitement à cette histoire, superbement photographiée par Claude Renoir. Les dialogues sont soignés, tout comme les silences, et possèdent plusieurs intérêts : ils ne s'intéressent qu'à la classe ouvrière (le patron n'est jamais vu de face, le maire est un cocu notoire qui en rigole) et la montre comme elle est, simple, et sans clichés - il n'y a aucune scène démonstrative sur le quotidien des mineurs ; ils sont interprétés par des comédiens crédibles et toujours justes (aucune star véritable) - Viviane Romance et Guy Decomble en tête - et quelques seconds rôles toujours efficaces (Dalban, Génin, Brochard). Ces qualités effacent les effets spéciaux pénibles (transparences sur les plans en mer) et les quelques scènes faciles.
A noter la première apparition à l'écran de la jeune Anouk Aimée, que Henri Calef rencontra dans la rue et qu'il engagea pour jouer la jeune serveuse, fille du capitaine René Génin.
Dans l'extrait audio que je vous propose d'écouter ici, Guy Decomble et Clément Duhour évoquent leur femme, mais ne savent ni l'un ni l'autre qu'il s'agit de la même.
Extrait audio : "On a chacun la femme qui lui convient !"
La maison sous la mer, adapté du roman de Paul Vialar, est le quatrième long-métrage réalisé par Henri Calef. On pense très vite à Germinal en regardant cette histoire qui mêle, sur une trame identique, la misère des ouvriers-mineurs et leurs conditions de vie, et une histoire d'amour et de rivalité entre deux hommes de la même classe sociale. Constant (Clément Duhour) n'est rien d'autre qu'un Étienne Lantier venu conquérir le cœur d'une Catherine Maheu (Vivane Romance) promise à un Chaval (Guy Decomble). Le déroulement de l'intrigue et le dénouement final y ressemblent également.
L'introduction est très réussie et impose d'emblée un climat particulier - il n'y a pas le moindre mot pendant presque dix minutes - où l'on voit les mineurs finirent leur travail, et remonter vers le village en passant au bord de la mer. Le roman et le films placent en effet leur intrigue en Basse-Normandie, dans les mines de fer de Flamanville. Les paysages marins, de fait, rendent une impression d'immensité sauvage, de terre oubliée des hommes, où les habitants naviguent entre la mine, le bistrot et leur maison. L'arrivée d'un étranger (figure classique du cinéma) ne suscite pas l'enthousiasme mais réchauffe le cœur de la belle Viviane Romance qui, amoureuse, aime à se retrouver dans "la maison sous la mer", une immense grotte dont personne ne connaît l'existence - les plans sont toujours très beaux et très bien filmés.
La mise en scène de Henri Calef est sobre et épurée, et convient parfaitement à cette histoire, superbement photographiée par Claude Renoir. Les dialogues sont soignés, tout comme les silences, et possèdent plusieurs intérêts : ils ne s'intéressent qu'à la classe ouvrière (le patron n'est jamais vu de face, le maire est un cocu notoire qui en rigole) et la montre comme elle est, simple, et sans clichés - il n'y a aucune scène démonstrative sur le quotidien des mineurs ; ils sont interprétés par des comédiens crédibles et toujours justes (aucune star véritable) - Viviane Romance et Guy Decomble en tête - et quelques seconds rôles toujours efficaces (Dalban, Génin, Brochard). Ces qualités effacent les effets spéciaux pénibles (transparences sur les plans en mer) et les quelques scènes faciles.
A noter la première apparition à l'écran de la jeune Anouk Aimée, que Henri Calef rencontra dans la rue et qu'il engagea pour jouer la jeune serveuse, fille du capitaine René Génin.
Dans l'extrait audio que je vous propose d'écouter ici, Guy Decomble et Clément Duhour évoquent leur femme, mais ne savent ni l'un ni l'autre qu'il s'agit de la même.
Extrait audio : "On a chacun la femme qui lui convient !"
dimanche 16 septembre 2012
"LE QUAI DES BRUMES" (de Marcel Carné, 1938)
En quelques mots : Jean, militaire colonial, arrive au Havre par une nuit de brouillard, cherchant à s'embarquer rapidement sur un navire. Il y rencontre un patron de taverne qui lui vient en aide, un vieux marchand malhonnête, un petit caïd qui veut faire la loi et une belle jeune femme qui rêve aussi de s'évader.
Un de ces films qui fait partie de la mythologie du cinéma français pour son couple phare - Jean Gabin et Michèle Morgan - et leur fameuse scène de baiser ponctuée d'un "T'as d'beaux yeux tu sais !". Qui n'a jamais entendu cette phrase dans sa vie ? Toutefois, il faut se rappeler qu'elle est extraite d'un des grands films de Marcel Carné, Le quai des brumes, réalisé juste avant la guerre. Le contexte, s'il ne pèse pas forcément sur l'histoire, apporte a posteriori un poids incontestable aux destins tragiques de tous les personnages du film. Ce port noyé dans le brouillard est un symbole de liberté mais aussi un terminus, où vont se rencontrer des êtres paumés, chacun à leur manière. Gabin d'abord, en déserteur de la Coloniale (ce qui choqua la Censure de l'époque), qui erre en quête d'une nouvelle vie ; Michèle Morgan dans sa jeunesse qui ne songe qu'à échapper à son tuteur, incarné par un Michel Simon ambigu, amateur de grande musique mais à la conscience bien lourde. Pierre Brasseur en petit caïd minable n'impressionne pas grand monde, pas même le vieux Édouard Delmont, dit Panama pour y avoir passé plusieurs années.
Le scénario se joue avec habileté des faux semblants ; ainsi tous les personnages changent aux yeux du spectateur à mesure que le film avance : Brasseur le caïd n'est qu'un gringalet qui veut se faire un nom, le gentil Michel Simon ne l'est pas spécialement, Michèle Morgan qui attend comme une tapineuse fait en réalité une nouvelle fugue et qui sait si Delmont n'a jamais été au Panama ? La caméra ne Marcel Carné progresse dans le brouillard permanent, celui des idées et la brume bien réelle qui s'abat sur Le Havre, malgré quelques éclaircies, même au cœur de la nuit (la fête foraine). Revivez en vidéo une séquence d'anthologie :
Le film doit beaucoup à son équipe : Marcel Carné à la mise en scène bien sûr, tout autant que Jacques Prévet qui compose de sublimes dialogues - la scène dans la taverne de Panama, entre Gabin, Delmont et Le Vigan est un véritable chef d’œuvre. Jean Gabin et Michèle Morgan forment un couple que l'on a envie d'aimer, même si l'on sait que leur amour est impossible car perdu d'avance. C'est là une grande force du film, croire encore que quelqu'un va s'en sortir. La scène mythique où ils s'embrassent y gagne encore en sincérité, tant elle ne semble pas feinte. Découvrez cette scène à nouveau ici en vidéo :
Note : Pour des raisons de droit pénibles avec Studio Canal, il est impossible de mettre en ligne des extraits du film sur Youtube. De fait, je dois vous les présenter en moindre qualité, sur ce blog.
Libellés :
1930's,
Chef d’œuvre,
drame,
Édouard Delmont,
Jacques Prévert,
Jean Gabin,
Marcel Carné,
Marcel Pérès,
Michel Simon,
Michèle Morgan,
Pierre Brasseur,
René Génin,
Robert Le Vigan,
Vidéo
dimanche 12 août 2012
"LA CAGE AUX ROSSIGNOLS" (de Jean Dréville, 1945)
En quelques mots : Clément Mathieu (Noël-Noël), au chômage, rêve de faire publier son livre "La cage aux rossignols" dans un grand journal. Aidé par un ami, il survit grâce à des petits boulots qui lui font perdre toute crédibilité auprès de la mère de Micheline, sa fiancée (Micheline Francey), celle-là même qu'il avait rencontré lorsqu'il était surveillant dans un internat de jeunes garçons.
Tourné alors que la guerre en Europe n'était pas encore terminée, La cage aux rossignols semblait être un projet qui tenait à cœur à Noël-Noël, qui se chargea - outre le rôle principal - de l'adaptation, du scénario et des dialogues. On sent dès son apparition toute la sympathie de son personnage, un rien lunaire, lointain cousin (un peu plus débraillé) des personnages comiques interprétés par Alec Guinness à la même époque (je pense particulièrement à L'homme au complet blanc de Alexander Mackendrick). L'introduction de l'histoire est d'ailleurs assez longue et il faut presque 30 minutes avant d'arriver à l'internat. L'occasion toutefois de présentations avec la belle Micheline Francey, dont on sait que je l'adore, et de quelques scènes où l'on suit les pérégrinations malchanceuses de Noël-Noël, qui ne parvient pas à faire publier son livre. Celui-ci s'ouvre alors dans un long flashback où l'on découvre que Clément Mathieu fut pion dans un internat de jeunes garçons, souvent orphelins.
Difficile, même si on aimerait le faire, d'éluder les nombreuses ressemblances avec le remake de Christophe Barratier (Les choristes, 2004) tant elles sont nombreuses et horrifiantes. En effet, il semblerait que le jeune réalisateur se soit contenté de littéralement recopier (parfois mot pour mot !) le script de son aîné. Ainsi des décors (la salle de classe, les escaliers, l'infirmerie), des gags récurrents (le squelette) et des scènes importantes (l'arrivée, l'accident, la visite de la chorale, l'incendie ...). Seules les séquences de début et de fin sont différentes, la version originale étant légèrement plus optimiste. Ainsi, ce long flashback qui sert de colonne vertébrale au film n'est pas toujours le plus important, et il est intéressant de voir à quel point le scénario est épuré de tout superflu. La fin, un poil trop heureuse, laisse un agréable souvenir et il n'est pas dur de comprendre pourquoi le film fut un immense succès populaire à sa sortie.
Noël-Noël est idéal dans son rôle (qu'il s'est écrit sur mesure) de gentil amoureux aux idées neuves, et s'oppose dans de jolies scènes à René Blancard, le sévère directeur. Difficile d'ailleurs d'exister face à lui - si ce n'est René Génin, le père Maxence, à qui Clément Mathieu déclare dans le film "Vous ressemblez à l'acteur René Génin" ! - et Micheline Francey est vite reléguée au rang de second couteau (et de voix off, ce qui est une très bonne idée). On redécouvre ce sympathique film avec beaucoup de plaisir, d'autant plus accentué que la mise en scène de Jean Dréville tient largement la route.
Tourné et distribué à la fin de la guerre, les thèmes reliés à la délation, l'autorité punitive et l'enfermement résonnent d'autant plus fortement dans cette Cage aux rossignols.
Note : Il m'est impossible, pour le moment, de vous proposer un extrait vidéo, puisque Gaumont, propriétaire des droits d'auteurs, l'interdit. Le DVD est disponible sur Amazon pour moins de 10€.
Inscription à :
Articles (Atom)

















