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mardi 5 mars 2013
"BANCO À BANGKOK POUR OSS 117" (de André Hunebelle, 1964)
En quelques mots : En Asie du Sud, un savant fou menace le monde de propager un nouveau virus de la peste ; plusieurs pays sont déjà touchés. Les services secrets américains envoient sur place Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, pour régler cette affaire. Il fait la connaissance d'un mystérieux docteur, de sa charmante soeur dont il tombe amoureux et d'une jolie secrétaire un peu farouche.
Né de la plume de Jean Bruce à la fin des années 1940, Hubert Bonisseur de La Bath, dit OSS 117, est un des grands espions de la littérature de la Guerre Froide, et connut le succès avant son confrère britannique James Bond, dit 007. Passionné par les récits d'espionnage réalistes, type John Le Carré, j'avais commencé à lire les aventures de OSS 117 il y a quelques années ; mais, comme je peux aller au bout d'un film qui ne m'intéresse pas, je ne peux me résoudre à finir un livre dans pareil cas - mon expérience littéraire avec l'espion n'est donc pas concluante et j'aurais du mal à évoquer l'adaptation cinématographique présente. Il faut toutefois remarquer que celle-ci s'inscrit dans un genre assez peu prolifique, la comédie d'espionnage, entre le pastiche caricatural (très réussi dernièrement par Michel Hazanavicius) et le gros film d'action avec explosions et cascades spectaculaires. Constamment sur le fil, Banco à Bangkok pour OSS 117 - quel titre ! - enchaîne ces deux aspects avec plus ou moins de réussite. Si les dialogues sont assez amusants pour nous décrocher quelques sourires, la mise en scène paresseuse de André Hunebelle alliée à des effets spéciaux désolants gâchent un peu cette aventure asiatique pourtant parée de Pier Angeli dans ses dernières années de gloire et de beauté, Robert Hossein en méchant savant fou (grotesque avec son turban pour sa première apparition) et Dominique Wilms en secrétaire revêche.
Tous ces quelques bons points n'empêchent pas le film d'avancer sur un autre fil parallèle, moins glorieux, où chaque réplique, voix française et cascade menacent notre impétueux OSS 117 de se galvauder dans le pur nanar à la française. Selon les goûts, l'allure nonchalante du méconnu Kerwin Mathews et ses dialogues feront sourire ou désoler. La longueur excessive du film ne joue pas en sa faveur (presque deux heures, avec des séquences inutiles), ni même son ridicule dénouement de carnaval - même si un peu de kitsch fait parfois du bien à beaucoup d'entre nous.
dimanche 11 novembre 2012
"LES AVENTURIERS DU MÉKONG" (de Jean Bastia, 1958)
En quelques mots : Deux Français coincés à Saïgon où ils pensaient faire fortune trainent leur nostalgie du pays avec un troisième larron et regardent jour après jour les bateaux qui partent vers Marseille, sans eux. Une belle aventurière mystérieuse leur propose pourtant de leur donner tout l'argent nécessaire au voyage en échange de leurs services dans une dangereuse mission. Ils acceptent même s'ils ne savent pas encore qu'ils vont devoir voler de l'essence, remonter le Mékong et affronter des pirates !
Probablement tournée dans la foulée de la difficile Rivière des 3 jonques (1957), cette nouvelle aventure réunissant la belle Dominique Wilms et Jean Gaven est bien plus réussie que la précédente. Les premières minutes nous entrainent dans le sillon de quelques français qui vivent par défaut à Saïgon, trop pauvres pour espérer se payer le voyage de retour vers la France, vision que l'on voit assez peu au cinéma, le colonisateur ayant souvent un ascendant financier et moral sur le colonisé. Puisque leur peau ne vaut plus rien, ils acceptent l'étrange mission de Dominique Wilms qui leur offre tout à coup l'opportunité de gagner beaucoup d'argent. Cette première partie du film est plutôt bien menée, tout comme les préparatifs au départ et le vol des bidons d'essence, avec l'aide d'un ancien officier allemand. Leurs aventures les conduisent dans la jungle vietnamienne, infestée de pirates qui ne font pas vraiment peur. Le propos est plus psychologique et on pense vite au Jardin du Diable de Henry Hathaway (1954), construit sur une trame presque identique. Hélas pour tout le monde, c'est Jean Bastia qui se charge ici, très mollement, de la mise en scène. Contraint d'exploiter au maximum le cinémascope et l'eastmancolor, il multiplie les très grands angles et peine à susciter l'intensité dramatique pourtant bien réelle entre les acteurs. Autour de Dominique Wilms, on retrouve l'efficace Jean Gaven, Jean-Pierre Kérien en docteur manipulateur et Gib Grossac en personnage à l'accent exotique.
Étonnamment, le film tient bien la route, malgré quelques longueurs et une réalisation mollassonne. Les personnages sont intéressants et les acteurs parviennent à leur insuffler un passé. Construite sur un modèle classique, type Le trésor de la Sierra Madre (John Huston, 1948), cette aventure intégralement filmée au Sud Vietnam en 1957 offre quelques bons moments, notamment auprès d'une cascade ou lorsqu'il s'agit de se partager l'or découvert dans un trou perdu au milieu de la forêt. La fin est plus laborieuse et n'en fini pas de nous montrer nos deux héros en quête d'un retour vers la Civilisation. Les dernières scènes, sans fioritures, sont assez jolies.
Le film est disponible chez René Chateau et mérite, à mon sens, d'être redécouvert pour ses acteurs, son ambiance dramatique et ses très beaux décors naturels. Pour autant, les plus exigeants d'entre vous en terme de film d'aventure n'y trouveront sûrement pas leur compte.
samedi 20 octobre 2012
"LES PÉPÉES FONT LA LOI" (de Raoul André, 1955)
C'est Raoul André, spécialiste du nanar (La polka des menottes, Le bourgeois gentil mec, Mission spéciale à Caracas) qui signe cette farce policière, où l'on retrouve pourtant un joli casting, composé des jolies Dominique Wilms, Claudine Dupuis et Louis Carletti en sœurs, filles de Suzy Prim, que l'on retrouve dans un rôle de vieille affranchie, étrangement ressemblante à la Françoise Rosay de Faut pas prendre les enfants du bon Dieu... (1969) de Michel Audiard. Autour d'eux, quelques acteurs sympathiques tels que Jean Gaven en écrivain spécialiste du Milieu, René Havard qui se fait torturer au tisonnier et Louis de Funès en barman gangster, très drôle par moments.
Le film n'a pas beaucoup d'autre intérêt que de divertir gentiment un spectateur qui sait très bien à quoi s'attendre : des dialogues au rabais, des cascades hilarantes (le gangster qui tombe dans une baignoire au début, remarquable) et des gags faciles. Pourtant, contre toute attente, on se laisse prendre par cette petite histoire, grâce au charme des trois comédiennes qui s'évertuent à parler avec l'argot des voyous - quelques scènes sont d'ailleurs amusantes à ce petit jeu -, et grâce à Suzy Prim, étonnante, voire déconcertante, dans son rôle de "Maman Gangster". Rien de bien passionnant mais une petite comédie pas désagréable à voir.
Je vous propose d'écouter sur ce blog la chanson du film, Les pépées font la loi, assez amusante car elle annonce, vous allez l'entendre, avec beaucoup d'avance le fameux Être une femme de Michel Sardou, dans un style plus années 1950. Film féministe alors ? Je n'irais pas jusqu'à là.
Extrait audio : Chanson "Les pépées font la loi"
samedi 18 août 2012
"LA RIVIERE DES 3 JONQUES" (de André Pergament, 1957)
En quelques mots : A Saïgon, les chefs du réseau français de contre espionnage chargent une de leurs collaboratrices, Monique, de devenir secrétaire d'un couple de dangereux trafiquants. Surveillée et protégée par le capitaine Brisset, dont elle tombe amoureuse, elle découvre rapidement une piste. Démasquée, elle manque d'être torturée ...
C'est avec cette Rivière des 3 jonques que j'entends ouvrir les catégories "Aventures", "Espionnage" et ... "Nanar". Tout un programme, très exotique et pas franchement heureux, comme on peut s'en douter ! J'avais acheté ce film chez René Chateau parce que le titre me plaisait, qu'il sentait bon l'expérience unique d'un film d'aventures français, tourné dans les années 50 par un metteur en scène inconnu, sans véritable tête d'affiche et dans une ancienne colonie. Pour les besoins de cette critique, j'ai revu des extraits (difficile de revoir le film en entier) et mon avis n'a changé en rien : il s'agit d'un pur nanar, aux dialogues ridicules, à l'intrigue brouillonne et à la mise en scène épouvantable.
Le parti pris de départ est déjà un summum : l'agent secrète s'appelle Monique, elle est chargée de mettre à jour un trafic de bombes bactériologiques à Saïgon, et le chef du contre-espionnage est incarné par Robert Dalban (toujours aussi sympathique). Face à la jolie Dominique Wilms, on retrouve Howard Vernon (inoubliable Allemand du Silence de la mer, de Melville) et les moins réputés Lise Bourdin et Jean Gaven, ce dernier étant le héros viril du film, jeune premier baroudeur et désinvolte prêt à tout pour protéger sa belle.
Extrait audio : "Est-ce que vous savez faire un branchement ?"
Mille fois hélas pour eux, le réalisateur André Pergament ne semble pas maîtriser le zoom (ou alors, ils furent oubliés à Paris) et se contente tout au long du film de faire des plans très larges, sans champs/contre-champs, et de ne bouger sa caméra le moins possible, ce qui imprime une terrible lourdeur à un scénario pas très digeste. Les situations et les dialogues improbables ("Toutes les épidémies commencent en Asie !" / - "Est-ce que vous savez faire un branchement ? - A la maison, c'est toujours moi qui réparait les plombs") achèvent de cataloguer ce navet, que l'on peut prendre plaisir à regarder en rigolant.
Extrait audio : "Toutes les épidémies commencent en Asie"
Il faut avoir vu Howard Vernon dans un improbable slip de bain mauve moulant, au bord de la piscine, à se servir du champagne ("Quand vous la regardez, on dirait que vous lui faites l'amour") ; l'enlèvement de la vraie secrétaire au début du film, uniquement en plan large, sans musique et sans la moindre dose d'action ; Jean Gaven face à l'incendie de la jonque sourire comme Clark Gable quand Howard Vernon le menace de son arme ...
Pour le reste, achetez le DVD chez René Chateau, qui propose une assez bonne copie. C'est déjà ça ! --- A noter qu'il existe un film similaire, tourné en même temps et qui annonce de savoureuses réjouissances, Les aventuriers du Mékong. Prochainement sur ce blog, je l'espère !
C'est avec cette Rivière des 3 jonques que j'entends ouvrir les catégories "Aventures", "Espionnage" et ... "Nanar". Tout un programme, très exotique et pas franchement heureux, comme on peut s'en douter ! J'avais acheté ce film chez René Chateau parce que le titre me plaisait, qu'il sentait bon l'expérience unique d'un film d'aventures français, tourné dans les années 50 par un metteur en scène inconnu, sans véritable tête d'affiche et dans une ancienne colonie. Pour les besoins de cette critique, j'ai revu des extraits (difficile de revoir le film en entier) et mon avis n'a changé en rien : il s'agit d'un pur nanar, aux dialogues ridicules, à l'intrigue brouillonne et à la mise en scène épouvantable.
Le parti pris de départ est déjà un summum : l'agent secrète s'appelle Monique, elle est chargée de mettre à jour un trafic de bombes bactériologiques à Saïgon, et le chef du contre-espionnage est incarné par Robert Dalban (toujours aussi sympathique). Face à la jolie Dominique Wilms, on retrouve Howard Vernon (inoubliable Allemand du Silence de la mer, de Melville) et les moins réputés Lise Bourdin et Jean Gaven, ce dernier étant le héros viril du film, jeune premier baroudeur et désinvolte prêt à tout pour protéger sa belle.
Extrait audio : "Est-ce que vous savez faire un branchement ?"
Mille fois hélas pour eux, le réalisateur André Pergament ne semble pas maîtriser le zoom (ou alors, ils furent oubliés à Paris) et se contente tout au long du film de faire des plans très larges, sans champs/contre-champs, et de ne bouger sa caméra le moins possible, ce qui imprime une terrible lourdeur à un scénario pas très digeste. Les situations et les dialogues improbables ("Toutes les épidémies commencent en Asie !" / - "Est-ce que vous savez faire un branchement ? - A la maison, c'est toujours moi qui réparait les plombs") achèvent de cataloguer ce navet, que l'on peut prendre plaisir à regarder en rigolant.
Extrait audio : "Toutes les épidémies commencent en Asie"
Il faut avoir vu Howard Vernon dans un improbable slip de bain mauve moulant, au bord de la piscine, à se servir du champagne ("Quand vous la regardez, on dirait que vous lui faites l'amour") ; l'enlèvement de la vraie secrétaire au début du film, uniquement en plan large, sans musique et sans la moindre dose d'action ; Jean Gaven face à l'incendie de la jonque sourire comme Clark Gable quand Howard Vernon le menace de son arme ...
Pour le reste, achetez le DVD chez René Chateau, qui propose une assez bonne copie. C'est déjà ça ! --- A noter qu'il existe un film similaire, tourné en même temps et qui annonce de savoureuses réjouissances, Les aventuriers du Mékong. Prochainement sur ce blog, je l'espère !
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