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samedi 4 janvier 2014

"Y'A-T-IL UN FRANÇAIS DANS LA SALLE ?" (de Jean-Pierre Mocky, 1982)



En quelques mots : Le puissant président d'un parti politique apprend la mort d'un vieil oncle, qui l'avait élevé. Face à ce suicide imprévu, il cherche à récupérer une lettre du défunt qui pourrait révéler son lourd passé pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais il n'est pas seul à s'y intéresser : un policier pervers et un journaliste en quête de scoop épient le politicien.

Quand la France salace et corrompue de Frédéric Dard rencontre l'univers explosif de Jean-Pierre Mocky, on peut prévoir des embolies. L'évidence de cette rencontre est presque tardive en 1982, qu'importe puisque le résultat n'en fini de pas déconcerter. J'ai revu ce film hier soir avec la petite appréhension de ne pas être aussi enthousiasmé que la première fois ... idée vite dissipée dès lors que l'infernale machine de destruction se met en marche. Certes, les grivoiseries ne sont pas toutes du plus bon effet dans les premières séquences et gâchent presque un film qui pourrait faire référence en matière de drame politique. Mais Mocky sera toujours Mocky et on s'habitue à ces voix-off perverses, reflets très terre-à-terre des pensées de tous lors d'un enterrement, d'une entrevue ministérielle etc. Si cet ornement est une des pattes du metteur en scène, le principal est ailleurs : adapté d'un roman de Frédéric Dard (dont je connais très mal l'oeuvre, hélas), Y'a-t-il un français dans la salle ? s'inscrit dans la série des plus grandes réussites de Jean-Pierre Mocky en matière de jeu de massacre (avec L'ibis rouge ou A mort l'arbitre notamment). Là encore, personne n'est épargné, du cheminot idolâtre de Georges Marchais au président de parti politique corrompu en passant par la voisine épieuse, le journaliste fouille-merde, le flic pervers ou l'oncle geôlier. Avec les plus grands acteurs (Victor Lanoux, Jacqueline Maillan, Jean-François Stévenin, Jacques Dutronc, Andréa Ferréol, Dominique Lavanant, Emmanuelle Riva, Dominique Zardi, Michel Galabru ou Alexandre Rignault dans un de ses derniers rôles), Mocky filme une société à la dérive, pourrie, irrécupérable.



Le personnage interprété par Jacques Dufilho est tout à fait étonnant : maître chanteur séquestré depuis près de deux décennies dans la petite maison de l'oncle décédé, il est celui qui détient le secret (le brillant politique dénonça des juifs pendant la guerre) et fait office de bonne conscience qu'il faut nourrir. Presque fantasmé ou rêvé, ce personnage improbable permet à Victor Lanoux de se réveiller par une tirade miraculeuse dont l'écho résonne toujours depuis trente ans : "Bien que maître-chanteur professionnel, je reste citoyen français. Ce qui m'a frappé c'est que ... personne ne croit plus en rien. Je les écoute tous sur mon transistor. Au milieu des invectives de l'assemblée, je me suis brusquement demandé : y'a-t-il ... un français dans la salle ? Un seul ? Un vrai ? ... Votre bannière c'est la SOFRES, votre patrie c'est la télévision."

Pessimiste dans l'âme - à moins qu'il ne s'agisse d'une cruelle lucidité -, Jean-Pierre Mocky n'épargne pas ses personnages. Si le politique change de registre, avec un petit succès, ce n'est pas sans être puni de ses lâchetés : son monde s'écroule, sa conscience disparaît dans les flammes. "Pas d'autres victimes ?"

vendredi 3 janvier 2014

"LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR" (de Jean-Pierre Mocky, 1964)



En quelques mots : Les inspecteurs Triquet et Virgus arrêtent à Paris un redoutable faux-monnayeur, lequel échappe de justesse à la guillotine en s'échappant. Les deux policiers se lancent à sa poursuite, chacun de leur côté. C'est ainsi que Triquet débarque dans la petite cité de Barges où règne un épouvantable malaise dans la population locale, harcelée par une bête mystérieuse.

Si je voulais être pompeux, et audacieux, je dirais que La Cité de l'indicible peur (titré La grande frousse à sa sortie en 1964, pour des raisons commerciales) est un mélange réussi des Contrebandiers de Moonfleet (Lang, 1955) et de L'assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941). Adapté du roman de Jean Rey, le sixième long métrage de Jean-Pierre Mocky s'inscrit dans la jolie tradition du cinéma fantastique français, où les personnages, plus que des monstres ou créatures de cauchemars, créent l'ambiance mystérieuse qui entoure l'intrigue. Mais fidèle à l'univers unique qu'il va mettre en place tout au long de cinq décennies de cinéma, Jean-Pierre Mocky ajoute à cette histoire, servie par un casting impressionnant, des touches d'absurdité comique, parfois même de burlesque, qui font du film un objet à part. On se perd volontairement à chercher où se situe l'intérêt : est-ce que la traque ? le destin des citoyens ? l'aventure de Triquet ? les découvertes à venir ? Une même séquence peut exploser de toutes ses fantaisies pour le plus grand plaisir du spectateur : des étonnements béats de Bourvil à la froideur rigide de Jean-Louis Barrault entouré d'une cohorte d'huissiers silencieux dans une mairie musée où le maire, souriant à outrance, ponctue ses phrases avec des "Quoi ?". Du pur Mocky !



Du reste, La cité de l'indicible peur est une autre dénonciation du conformisme petit-bourgeois provincial français. Le septième juré (Lautner, 1962) l'évoquait dramatiquement peu avant mais Jean-Pierre Mocky s'attache à n'épargner personne. Si les coupables principaux sont bien les petites élites locales (le maire, le secrétaire de mairie, le pharmacien etc.), les petites gens, d'ordinaire bien traitées, sont ici les mesquins et lâches colporteurs de ragots et autres légendes populaires, quitte à se grimer eux-mêmes en terrifiantes bêtes. Le seul épargné semble être le policier incarné par Bourvil, candide et bon enfant, qui ne veut arrêter personne et s'excuse de découvrir des morts. Pourtant, Mocky s'amuse à faire mentir cette image dans les derniers plans du film, quand un petit garçon se vante qu'il ne sera ni policier, ni voleur mais un honnête homme. Quand on a vu le comportement des honnêtes hommes tout au long du film, on se dit que le pessimisme du réalisateur insoumis n'a pas attendu les années 1970 pour éclore.



Le film, comme souvent chez Jean-Pierre Mocky, fut un échec cinglant à sa sortie - mais trouva une nouvelle carrière quelques années plus tard lors des ressorties. Il y a de quoi aujourd'hui s'extasier devant un tel casting, digne des ambitions du réalisateur à s'entourer des grandes vedettes de l'époque, accompagnées des meilleurs seconds rôles du cinéma français : autour d'un excellent Bourvil transfiguré, on retrouve Jean Poiret en policier en proie à des tics buccaux ; Jean-Louis Barrault, froid et énigmatique admirateur des légendes locales ; l'excellent Raymond Rouleau et ses "Quoi ?" à chaque phrase ; Marcel Pérès en flic parisien (dans un grand rôle, pour une fois !) ; Jacques Dufilho en hôte peureux et causant ; Francis Blanche en épieur cardiaque ; Victor Francen en médecin alcoolique obsédé par la calvitie ; Roger Legris en pharmacien peureux ; Dominique Zardi en agent ou Pasquali en chef de la police. On retrouve aussi la jolie Véronique Nordey, habituée des premiers films de Jean-Pierre Mocky.

mardi 29 janvier 2013

"LA GROSSE CAISSE" (de Alex Joffé, 1965)



En quelques mots : Louis Bourdin est poinçonneur dans le métro parisien et écrivain à ses heures perdues. Il vient d'achever son premier roman policier, une histoire de braquage dans le métro, et fait part à qui veut l'entendre de son futur succès en librairie. Hélas, son manuscrit est refusé par toutes les maisons d'édition. Il décide alors de le vendre à des gangsters.

Dans une interview télévisée de 1965, le réalisateur Alex Joffé déclarait, non sans humour, à propos de son nouveau film La grosse caisse s'être demandé Est-ce que je vends le scénario à un producteur ou est-ce que je fais le coup moi-même ? avant d'ajouter que c'était plus facile quand même de faire le film ! Et probablement plus rentable, si l'on devait ajouter un argument intéressant. Sur cet axiome, Joffé brode sur-mesure une gentille comédie pour son acteur fétiche, Bourvil, idéal en faux benêt, jouet d'un bandit gentleman dont on ne pourrait imaginer qu'il ne soit pas interprété par Paul Meurisse, gants blancs et diction aristocratique en toutes circonstances. A leurs côtés, des seconds rôles de talent : Roger Carel en chef de station, Daniel Ceccaldi en employé faux-jeton, Tsilla Chelton en marchande de journaux, le jeune Pierre Vernier en policier, Jacques Legras en facteur aux bonnes idées, Dominique Zardi en truand (tiens donc !) et la jolie Françoise Deldick dans un de ses plus grands rôles à l'écran.

Si elle n'est pas dénuée de quelques petites longueurs, cette comédie permet de sourire à des références savoureuses à la littérature (Fleming, Simenon), au théâtre (Bourvil cite La bonne planque pour désigner le train qui récolte l'argent du métro) et même à la chanson française, l'acteur comique sifflotant nonchalamment le célèbre air pathétique d'un poinçonneur lassé de faire des p'tits trous à longueur de journée. Trois ans avant le film de Gérard Oury, Bourvil était donc déjà Le Cerveau d'un tout autre casse, aussi rentable.


samedi 20 octobre 2012

"FANTOMAS" (Série TV, 1980)


Des nouvelles du Génie du crime ! Voilà des années que l'on n'a plus entendu parler de Fantômas - quand bien même un projet cinéma en 3D serait toujours dans les cartons, avec Jean Reno -, il faut remonter à 1980 et cette mini-série pour retrouver sur l'écran les aventures du célèbre malfaiteur masqué. Dans sa série Les inédits fantastiques (dans laquelle on trouve aussi Le voyageur des siècles, que j'ai évoqué sur ce blog), l'INA a la bonne idée de ressortir en DVD quelques anciennes séries un peu oubliées.

Ce Fantômas a de quoi faire rêver : une restitution des histoires à partir des romans originaux (qui avaient été oubliés dans les adaptations avec Louis de Funès), Jacques Dufilho en Inspecteur Juve, Claude Chabrol à la mise en scène et quatre longs épisodes.

Le générique de la série met mal à l'aise d'emblée, et la peur s'installe. Pas de Fantômas non ... plutôt des moyens mis en œuvre pour servir cette adaptation, car il faut reconnaître qu'en aimant le désuet, ce générique ne passe même pas. Fi donc ! Ce n'est pas un générique qui boudera notre plaisir. Hélas, le reste des épisodes reste à peu près au même niveau, tant la pauvreté des décors se fait sentir (à moins qu'il ne s'agisse d'un choix) et le manque de budget pèse sur la mise en scène. Je ne suis pas un idolâtre de Claude Chabrol, ainsi je n'ai pas été déçu de voir qu'ici sa réalisation est poussiéreuse et terriblement datée - tout comme celle de Juan Luis Bunuel, le réalisateur des deux autres épisodes.

  • Épisode 1 : L'échafaud magique
Premier épisode terriblement long à se mettre en place, à l'image des romans de Souvestre et Allain. Les moments avec Lady Beltham (Gayle Hunnicutt, efficace) s'éternisent, et il faut tout le talent et le charisme discret de Jacques Dufilho pour ne pas vouloir arrêter le film. Le jeune Pierre Malet (Fandor) a du mal à s'imposer, mais il a la modestie de ne pas en faire des tonnes pour exister. L'élément le plus curieux de l'épisode - comme de toute la série - est la présence singulière et mystérieuse de celui qui interprète Fantômas, et tous ses personnages inventés, le quelque peu oublié Helmut Berger, très charismatique. La dernière partie de l'épisode (à partir de l'entrée en scène du comédien de théâtre) est toutefois très bien menée, et intéressante. Les lecteurs de Souvestre et Allain connaissent, en outre, l'issue fatale. Un très beau moment, d'autant plus historique qu'il permet de voir en détails comment était montée la guillotine, celle-là même à qui il ne restait qu'une seule année à vivre lors de la diffusion de la série.

  • Épisode 2 : L'étreinte du diable
Probablement le meilleur épisode des quatre. Une intrigue bien menée, deux personnages mystérieux et des rebondissements intéressants. Toute la séquence dans la clinique est prenante et on prend plaisir à revoir des personnages (telle Lady Beltham). Fantômas est terriblement cruel ici : il dresse son serpent pour tuer, mutile les cadavres, se déguise en mort et tend à l'inspecteur Juve un traquenard final, qui laisse le spectateur sur l'envie de voir l'épisode suivant. Une réussite, malgré la faiblesse de la mise en scène. Vous pouvez découvrir un extrait sur le site de l'INA.

  • Épisode 3 : Le mort qui tue
Ce troisième épisode renoue avec la mollesse du premier. La jeune actrice Véronique Delbourg n'est pas franchement convaincante (même si son texte, lui aussi, est très mauvais) et, pour une fois, on voit trop vite le déguisement de Fantômas, ce qui gâche un peu le plaisir. La fin, heureusement, est réussie, avec une évasion spectaculaire et inattendue. Les séquences d'action (le meurtre, le vol dans le train) sont assez grotesques, mais on peut y trouver une désuétude assez charmante.

  • Épisode 4 : Le tramway fantôme
L'ouverture est alléchante, et l'intrigue est originale. Claude Chabrol revient à la mise en scène de ce dernier épisode avec beaucoup plus d'efficacité (il y a quelques très jolies séquences). Fantômas est plus malin que jamais et on retrouve avec délice la jolie Lady Beltham. On n'évite toutefois pas les répliques grotesques, et mal postsynchronisées, mais ce tramway fantôme (diabolique ruse du génie du crime) s'achève avec panache, et on redemande presque !

Outre Jacques Dufilho, on peut trouver dans cette mini-série un certain plaisir à repérer certaines têtes connues. Mario David, évidemment, qui a un rôle assez important (le maton corrompu de la prison, qui entre au service de Fantômas), mais aussi le jeune Fabrice Luchini (admiratif d'un comédien, ça ne s'invente pas), Pierre Douglas en juge d'instruction, Henri Attal en aumônier, Dominique Zardi furtif et même ... Jean-Pierre Coffe en chef de la sûreté !

samedi 29 septembre 2012

"ELLE BOIT PAS, ELLE FUME PAS, ELLE DRAGUE PAS ... MAIS ELLE CAUSE !" (de Michel Audiard, 1970)


En quelques mots : Germaine (A. Girardot) est femme de ménage à Paris. Elle exerce son métier chez une ambitieuse vedette de la télévision (M. Darc), un employé de banque pervers (B. Blier) et un éducateur pour jeunes enfants qui se travestit la nuit venue (Sim). Tout se petit monde va être amené à se rencontrer et à se faire chanter, et le hasard n'y est pour rien !

Curieusement, je viens de découvrir ce film alors que j'ai vu depuis longtemps la grande majorité des films dialogués par Michel Audiard (y compris ceux qu'il réalisa, avec plus ou moins de bonheur). Certainement, je n'ai pas dû être attentif aux programmations de TCM ou W9 en fin de soirée, ou alors je n'ai jamais voulu voir ce film inconsciemment. Toujours est-il que c'est fait, et que je pourrais prendre plaisir à la revoir, tant il reste tout à fait amusant - si l'on met de côté la mise en scène épouvantable du scénariste qui n'était pas bon réalisateur.

Comme toujours, l'histoire met en images la vie de paumés, de pervers, de dégénérés, en tout cas de marginaux, avec beaucoup d'humour : il faut voir la première scène de Bernard Blier, au réveil, mettant une main au cul à sa femme de ménage (Annie Girardot) en lui disant "Un jour, je vous violerai sur la table à ouvrage ! J'y pense souvent, surtout dans l'autobus !"

Cette brave femme de ménage qui a trois clients réguliers va leur donner des informations intéressantes, si bien qu'ils vont tous trois se faire chanter pour de l'argent, faisant tourner le fric sans le savoir.



L'argument est assez faible évidemment, mais le savoir faire de Audiard pour les dialogues, et l'interprétation succulente des comédiens fait le reste, d'autant qu'ils jouent dans du sur-mesure : Mireille Darc joue une ancienne putain ambitieuse, Bernard Blier un petit escroc pervers, Sim un éducateur catholique qui se déguise en libellule dans les cabarets, Annie Girardot une femme de ménage qui écoute aux portes, Jean Le Poulain un banquier sinistre, Jean-Pierre Darras un ministre qui trompe sa femme, Jean Carmet un patron de bistrot et Robert Dalban est banquier.

Les inconditionnels d'Audiard se régaleront, les autres ne passeront pas un mauvais moment. Voici un petit extrait vidéo d'une scène sympathique où Annie Girardot regarde Mireille Darc (sorte de Jean-Luc Delarue des années 70) dans son émission télévisée, dans un décor qui nous semble aujourd'hui bien kitsch, où une adolescente confie ses problèmes ... pas banals. Qualité médiocre puisque, comme toujours, Gaumont bloque la diffusion sur Youtube.

"BLAGUE DANS LE COIN" (de Maurice Labro, 1963)


En quelques mots : Jeff Burlington, ancienne vedette du comique, débarque à Las Perlass et se fait engager comme chauffeur de salle dans un casino. Pour se faire apprécier du public, il s'amuse à ridiculiser les chefs des deux bandes qui dirigent la ville. Ces derniers, convaincus qu'il travaille pour quelqu'un de plus important, décident de l'enlever pour le faire parler.

Voilà un bien curieux film dans la filmographie de Fernandel, qui jouit d'une bien mauvaise réputation : les utilisateurs de IMDB l'affublent d'un méchant 3,9/10 ; quant à Jacques Lorcey dans sa biographie de l'acteur, il n'en dit pas plus d'une ligne, laconique. Curieuse malédiction qui frappe cette Blague dans le coin, qui semble bien porter son titre. Et pourtant, les premiers plans du film évoquent l'ambiance des films-noirs américains, le générique est assez réussi, si bien que l'atmosphère outre-atlantique parvient correctement à être restituée dans cette ville cousine de Las Vegas, donnant un départ intéressant à cette comédie policière dont Fernandel suggéra l'adaptation au cinéma. L'acteur fait évidemment sourire en se présentant sous le nom de Jeff Burlington avec son accent marseillais, mais qu'importe ; le ton est assez sérieux et la mise en scène conventionnelle.

L'évolution du scénario n'est pas inintéressante - il est signé par Charles Spaak tout de même (auteur de La grande illusion notamment) - mais manque toutefois de vrai suspens. Maurice Labro n'a pas le savoir faire de Jacques Tourneur et le manque de rythme peut parfois peser sur cette histoire simpliste. Fernandel déploie tout son talent avec plus ou moins d'efficacité (il frise souvent le cabotinage pénible), face à des acteurs dans l'ensemble convaincants : Billy Kearns a vraiment la gueule de l'emploi, tout comme les oubliées Perrette Pradier et Eliane D'Almeida, et les truands Jacques Monod et Roger Dutoit. A noter la présence de Marc Michel (le jeune prisonnier du Trou de Jacques Becker).


Evidemment, Blague dans le coin n'est pas un grand film, et il ne plaira guère qu'aux fans de Fernandel. On pourra d'ailleurs noter quelques évolutions dans sa carrière - le film entend s'inscrire dans la modernité, l'air du temps : ainsi l'ambiance musicale est très jazz, les personnages féminins libérés (mais pas trop) et Fernandel esquisse quelques pas de danse de ce qui ressemble à un mélange de twist et de charleston. Il incarne, en outre, un vieux comique qui enchaîne les tournées sans succès, confrontant alors son personnage à la vieillesse. Un moment émouvant, il apparaît presque face caméra, laissant s'éloigner le jeune couple (et par là même le symbole de la jeunesse révolue), se répétant à lui-même "Je suis un comique, je suis un comique...".






Fernandel insuffle donc un peu de pathétique à son personnage - en témoigne la scène où il arrive déguisé en cowboy, une tenue parfaitement ringarde et démodée - et amène un peu d'intérêt à ce film oublié.

vendredi 7 septembre 2012

"LE BON ROI DAGOBERT" (de Pierre Chevalier, 1963)

En quelques mots : Le jeune Bébert, pour avoir préféré échanger des billes avec un camarade pendant un cours d'histoire, reçoit pour punition d'écrire une centaine de lignes sur le Roi mérovingien Dagobert Ier. Privé de sa série télévisée favorite, il s'imagine les aventures du Roi Dagobert sous les traits de son propre père (Fernandel).

Certains pesteront probablement du fait que je n'ai pas classé ce film dans la catégorie Nanar ! Mais je dois avouer que la découverte de ce film que je croyais avoir vu il y a longtemps m'a laissé une agréable sensation de plaisir. Certes, la comédie est légère et ne fait jamais dans la finesse, mais elle ne prétend pas autre chose, et remplit parfaitement son contrat en jouant à fond dans la parodie et les détails anachroniques. Mêlés à la vision enfantine de l'Histoire (elle est racontée par Bébert pour sa punition), passent les pires fantaisies et soucis de réalisme, prétextes à rire de notre passé et de ses grandes déclamations. Ainsi Michel Galabru (le fidèle Pépin) et Fernandel s'amusent-ils à trouver un mot historique pour le Roi, passant de "L’État c'est moi !" à "Nous sommes ici par la volonté du peuple ...".

" - Un petit souper aux chandelles ? - Forcément aux chandelles, à quoi pourrait-on s'éclairer en 631 ?" (Pascale Roberts/Fernandel)

Ne cherchez pas la mise en scène, inexistante, ni la vraisemblance des décors.

Le film est truffé de répliques assez amusantes lâchées par des interprètes qui n'attendent que ça : outre Fernandel (génial même quand les films sont mauvais), Darry Cowl compose avec décalage un bourreau "à la carte", Michel Galabru un Pépin qui cherche le mot historique ("Ça pourrait faire une parole historique J'y suis, j'y reste !"), Pierre Doris une crapule amie de Dominique Zardi, Jean Tissier un Connétable en fin de carrière, qui peine à grimper à cheval, ou encore Jacques Dufilho en espion prêt à se déguiser en femme ou en turc ! Gino Cervi, doublé en français pour son rôle de Saint Eloi, fait figure de clown blanc, sage et en retrait, sans véritable séquences comiques.

Revoir ce film pour ce qu'il est, une gentille petite comédie parodique et anachronique (qui annonce Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, de Jean Yanne), est un plaisir que je ne boude pas. Et je vous propose un petit extrait vidéo du film :


Pour la petite anecdote, la chanson populaire "Le bon Roi Dagobert", largement évoquée dans le film, a été composée en réalité à la Révolution Française pour se moquer de Louis XVI. Évoquant un Roi lointain, elle permettait d'éviter la censure, tout en riant des prétendus défauts du souverain (maladresse ...).

mardi 31 juillet 2012

"LE TROU" (de Jacques Becker, 1960)

En quelques mots : Un jeune homme, emprisonné à la prison de la Santé pour un différent conjugal, se retrouve à cohabiter avec quatre détenus sur le point de s'évader. D'abord réticents, ils décident de mettre le petit jeune au parfum, et de très vite commencer à creuser un trou vers la liberté.

Classique du cinéma français, Le trou de Jacques Becker s'ouvre pourtant d'une manière originale, sur quelques mots de Jean Keraudy, authentique taulard et compagnon d'infortune du scénariste et futur réalisateur José Giovanni, qui annonce face à la caméra : "Mon ami Jacques Becker a retracé dans tous ses détails une histoire vraie, la mienne. Ça s'est passé en 1947, à la prison de la Santé." Le ton est donné. Mieux encore, cet inconnu qui nous apostrophe incarne son rôle à l'écran, aux côtés de comédiens inconnus, si ce n'est Michel Consantin (qui l'était à l'époque, c'est son deuxième rôle au cinéma).

Les reproches que l'on peut adresser au film sont encore ceux qui font sa grande force, notamment dans l'authenticité presque documentaire de la mise en scène, et de l'interprétation. Avec l'aide de Giovanni, Jacques Becker reconstitue minutieusement les détails de l'évasion, qui deviennent alors les principales vedettes du film, servies par les comédiens.
On est étonné aujourd'hui de voir cette très belle séquence où les prisonniers commencent à creuser le trou dans la cellule, et cette caméra fixe qui ne peut trahir une vraie force chez les acteurs, qui tapent réellement le sol avec un morceau de ferraille.

Pour autant, le réalisateur insuffle un climat de tension palpable dès lors que les taulards s'engouffrent dans les sous-sols de la prison, à l'image de toute la séquence de découverte, où ils suivent discrètement les deux gardiens (dont l'un, sadique, qui aime regarder les insectes se faire dévorer par une araignée géante, est incarné par Paul Préboist). Sans musique pompeuse ou pérégrinations artificielles, Becker créer un suspens dramatique magistral, tout en continuant son exposition des techniques de fraude des prisonniers (les faux dormeurs lors des rondes des gardiens, le sablier ...).

La fin reste extrêmement prenante et puissante, et l'on ne sait pas vraiment pour qui se prendre d'affection. Sans fards, de manière très épurée, Becker termine sa carrière par un film salué régulièrement comme étant un chef d’œuvre du cinéma français. Emmanuel Girard, qui a consacré à un ouvrage à l'étude de ce film*, y voit la fin d'un certain cinéma de pure qualité française et l'apparition d'une vague naissante à laquelle Becker et Jean-Pierre Melville notamment ont montré une voie possible.


Pour aller plus loin :
* Emmanuel Girard, Le trou, de Jacques Becker, Paris, Éditions de l'Harmattan, 2011.
* DVD Le trou, collection StudioCanal Classics, disponible sur Amazon.

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