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mardi 7 janvier 2014

Bon anniversaire à ... Robert Le Vigan (1900-1972)

Marcel L'Herbier déclara en 1978 à propos de celui qui fut son interprète dans La Citadelle du silence (1937) qu'il n'avait "jamais vu un visage d'acteur aussi moderne qui, plus que le sien, parvienne à se faire masque pour exprimer par ses traits mêmes le caractère typologique de ce qu'il disait ou faisait dans son rôle." A propos des Bas-fonds (1936), Jean Renoir ajouta la même année que "le public était ravi : Shakespeare et Gorki dans un même rêve, je devrais dire hallucination, un festin dans un ciel étoilé."



Robert Le Vigan reste inoubliable dans la plupart de ses rôles ; son destin tragique en fait un maudit du cinéma français. Pourtant, preuve que le talent prime sur le reste pour la postérité, la plupart des cinéphiles préfère se souvenir du docteur du Chien jaune (Tarride, 1932), du saboteur du Tunnel (Bernhardt, 1933), du marchand de tissus de Madame Bovary (Renoir, 1933), du provocateur de La Bandera (Duvivier, 1935). Le Vigan considérait, à juste titre, qu'il n'avait pas les rôles à la mesure de son talent, toujours second. Toutefois, ses compositions de personnages sur le fil, toujours prêts à sombrer dans la folie, restent dans les mémoires : le comte de L'homme de nulle part (Chenal, 1937), le "passe-muraille" des Disparus de Saint-Agil (Christian-Jaque, 1938), le peintre désenchanté du Quai des brumes (Carné, 1938), le maître-chanteur du Dernier tournant (Chenal, 1939), l'instituteur de L'assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941) ou le Goupi-Tonkin de Goupi Mains-Rouges (Becker, 1943). Il devait même être un des Enfants du Paradis (Carné, 1944).

Robert Le Vigan est né dans les tous premiers jours du XXe siècle et a marqué de son immense talent la première moitié de celui-ci sur les grands écrans du cinéma français. Il aurait fêté aujourd'hui ses 113 ans !

mercredi 1 janvier 2014

Bonne année 2014 !



Si vous aussi, tel Robert Le Vigan, êtes peut-être en train de vous prélasser dans un canapé, un verre à la main devant un grand film que vous adorez ... si vous êtes tout simplement à évoquer vos bonnes résolutions éphémères ... à tous les lecteurs fidèles ou occasionnels du blog ...

L'âge d'or du Cinéma Français vous souhaite une très bonne année 2014 !

samedi 19 janvier 2013

"LE CHIEN JAUNE" (de Jean Tarride, 1932)

En quelques mots : A Concarneau. Après une soirée arrosée, un notable sort du bistrot, tente d'allumer un cigare et reçoit une balle dans le ventre quand il s'approche d'une maison abandonnée. Le commissaire Maigret, chargé de l'enquête, rencontrent les amis de la victime, lesquels découvrent le soir-même un mystérieux mot : A qui le tour ? La panique s'empare des habitants.

Le chien jaune est l'adaptation du roman éponyme de George Simenon, écrit et publié en 1931, et la seconde transposition à l'écran du célèbre personnage, la même année que La nuit du carrefour avec Pierre Renoir. Le roman, bien qu'assez simple, reste un très bon policier et garde son suspens jusqu'aux pages finales, aussi laconiques que le vieux Jules Maigret. C'est sûrement ce génie de la simplicité, du banal, qui accorde à l'auteur son immense succès, jamais démenti, et bien difficile à transposer au cinéma. D'ailleurs, les adaptations suivantes ne s'y trompèrent pas et proposèrent quelque chose d'autre : la fluidité des enquêtes teintées des caractères comiques des seconds rôles dans les Maigret avec Albert Préjean (Picpus, Cécile est morte), l'évocation sociale du Paris et de la France des années 1950 dans les Maigret avec Jean Gabin (Maigret tend un piège, L'affaire Saint-Fiacre). Tout le problème du Chien jaune est qu'il manque d'une ambition extérieure à l'intrigue policière - pas même celle du divertissement.



Claude Beylie et Philippe d'Hugues dans leurs Oubliés du cinéma français sont généreux concernant l'interprétation d'Abel Tarride (père du réalisateur) en commissaire Maigret, qu'ils jugent convaincante. Georges Simenon fut plus réservé quant à ce personnage mou ayant l'air d'un animal en baudruche. Si la stature silencieuse du comédien sied bien au policier, sa démarche tassée et ses airs gourds font de lui un inspecteur provincial tout ce qu'il y a de plus commun. Restent les seconds rôles, comme toujours, pour apporter un peu de vie à cette adaptation pâlotte, Robert Le Vigan en tête, hélas sous-exploité.



L'enquête du roman, pourtant intéressante et facile à adapter, est ramenée à une accumulation de scènes où le policier subit l'action au lieu de s'y intéresser, finissant par résoudre l'intrigue avec une incohérence dommageable - il est bien le seul à avoir compris quelque chose. La panique des habitants d'un village, l'image d'un chien comme annonciateur de la mort, le brouhaha des journalistes qui font du bistrot une salle de presse ne sont pas considérées dans le film, hélas. La mise en scène n'y fait rien, seules quelques jolies séquences extérieures et une tentative de restitution de l'ambiance brumeuse de l'univers Simenonien peuvent convaincre, à la limite.

mardi 13 novembre 2012

Robert Le Vigan et l'Épuration : l'indignité nationale !

Personne n'a oublié Robert Le Vigan, ce formidable acteur au destin tragique. A la suite du tournage de L'assassinat du Père Noël (1941), il écrit une lettre au directeur de la Continental, Alfred Greven, où l'on peut lire les mots suivants : "Je voulais être un des facteurs participant au nouvel ordre des choses entre les hommes de race blanche que nous sommes. [...] Je suis heureux d'avoir suivi mon jugement et mes sentiments puisque j'en suis à la collaboration bienfaisante où vous voulez m'accueillir".

Durant l'Occupation, il tourne une quinzaine de films, dont Untel père et fils de Julien Duvivier (1943) ou Goupi Mains-Rouges (1943) de Jacques Becker. Cette même année, il s'engage, peut-être sous l'influence de son ami, l'écrivain Louis-Ferdinand Céline, au PPF (Parti Populaire Français, le parti fasciste de Jacques Doriot) et clame tout haut son antisémitisme, jusque dans des émissions de propagande sur les ondes de Radio Paris, où il écrit et interprète des sketchs. Engagé par Marcel Carné et Jacques Prévet pour Les enfants du paradis, il quitte le tournage lorsqu'il apprend le débarquement des Alliés en Italie (Pierre Renoir reprend son rôle) - Arletty, elle aussi inquiète car son amant allemand se bat à Monte Cassino, manque de quitter le film. Il s'enfuit alors avec Céline en Allemagne. Henri Rousso écrit à propos de cette période : "Il traine sa mélancolie. Le foulard autour du cou, une canne "grand siècle" à la main, il n'est plus qu'un vague figurant". Il tente de passer en Suisse en mars 1945. Arrêté, il est emprisonné à Fresnes.

Le procès de Robert Le Vigan s'ouvre en 1946. Il risque la peine de mort pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Des professionnels et amis viennent le soutenir au procès et plaider en sa faveur : Julien Duvivier, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Louis Jouvet, Fernand Ledoux, Pierre Renoir. Tous essayent de convaincre qu'il a été entrainé dans la folie de Céline, qu'il n'est pas responsable de ses actes.



Ils essayent même de le faire passer pour un déséquilibré : Madeleine Renaud explique que Le Vigan dormait avec une hache et un vélo, pour se défendre et s'enfuir. Un diagnostic médical indique pourtant qu'il n'est pas malade, seulement un "déséquilibré psychique [...], intelligent, habile dans sa dialectique [...]". De fait, l'acteur est déclaré responsable de ses actes et condamné à dix ans de travaux forcés, à l'indignité nationale à vie et à la confiscation de tous ses biens.

Après trois ans d'internement, il est libéré sous condition. Il tente de se réinsérer, devient libraire place des Vosges, puis quitte finalement le pays pour l'Espagne et l'Argentine, où il meurt dans la misère en 1972, en ayant toujours refusé de revenir en France. Pierre Chenal, qui l'avait dirigé dans L'homme de nulle part (1937) déclara après sa mort : "Céline : une ordure géniale qui n'a trouvé en Le Vigan qu'un personnage de roman. Et pourtant c'était son copain."

Cet article a été rédigé en partie grâce à l'excellent livre de René Chateau sur le Cinéma Français sous l'Occupation. Les photos proviennent de cet ouvrage.

mardi 6 novembre 2012

"L'ASSASSINAT DU PÈRE NOËL" (de Christian-Jaque, 1941)

En quelques mots : Dans un paisible petit village de Savoie, à Noël. Le curé installe comme tous les ans à la vénération des fidèles un précieux anneau en or, le jour même ou le baron Roland s'en revient dans son château, après 10 ans d'absence. Un vieux fabriquant de mappemondes, Cornusse, s'apprête à endosser une fois de plus le costume du Père Noël. Mais après la messe traditionnelle, l'anneau disparait et le Père Noël est retrouvé mort dans la montagne.

L'assassinat du Père Noël est la première production de la Continental-Films, créée en 1940 par Joseph Goebbels et dirigée par Alfred Greven. Avec des moyens importants et un très beau casting, le réalisateur Christian-Jaque s’attèle à filmer un scénario écrit et dialogué par Charles Spaak, avec beaucoup d'efficacité et une superbe photographie de Armand Thirard.

Le film met pourtant du temps à commencer et installe doucement ses personnages : Robert Le Vigan en instituteur romantique, Harry Baur en fabriquant de mappemondes rêveur et conteur - qui se déguise en Père Noël tous les ans et fait le tour des maisons de son village -, Renée Faure en adolescente rêveuse, extrêmement belle et fragile, Jean Brochard en pharmacien inquiétant et Raymond Rouleau en châtelain lépreux. Il y a une drôle d'ambiance dans ce petit village coupé du monde, entre une pauvre folle qui cherche son chat (la mère Michelle), des enfants qui cherchent le Père Noël et les autres qui cherchent l'amour.

Le petit village de montagne est ainsi présenté comme une représentation miniature de la société, comme souvent dans les "films chorals", microcosme de caractères et de sentiments variés où l'on retrouve le jeune fougueux, le vieux sage, la représentation de l'autorité (le maire, très bon Fernand Ledoux) ou la bonhomie à la française, finalement rassurante (ici campée par deux joueurs de belote que rien ne détourne de leur jeu). Filmé comme un conte, L'assassinat du père Noël prend des dimensions autres puisque tourné au début de l'Occupation. Ainsi le méchant, fourbe et hautain, est démasqué mais à l'extérieur du village, hors même du champs d'action de la caméra, et le gentil petit blessé, peut-être une métaphore de la France à genoux mais pas morte, retrouve le sourire devant la mobilisation de la communauté en sa faveur.


Certes, on se plaît toujours à vouloir analyser quand il n'y a pas besoin de le faire, et nul doute que les motivations du scénariste et du metteur en scène étaient de divertir avant tout le spectateur, en lui offrant un charmant conte de Noël avec quelques grands acteurs populaires. Force est de reconnaître que l'objectif est largement atteint, l'humanité de Harry Baur (qui doit attendre un certain temps pour avoir de bonnes scènes) et le jeu spontané des enfants y étant pour beaucoup.

A noter un petit rôle très amusant de Bernard Blier (non crédité au générique !) qui incarne un gendarme pas si idiot que le maire a bien voulu nous le faire croire.

mercredi 24 octobre 2012

"L'HOMME DE NULLE PART" (de Pierre Chenal, 1937)


En quelques mots : Mathias Pascal, doux rêveur épouse sans argent la jolie Romilda. A la mort de sa mère, exaspéré par sa belle-mère et sa femme qui se moque de lui, il s'enfuit. Quand il revient, riche, il apprend qu'on le considère comme mort et assiste à son enterrement ! Il s'exile alors définitivement, tirant un trait sur tout ce qui le rattachait à son passé.

L'homme de nulle part est une très belle adaptation du roman de Luigi Pirandello, "Feu Mathias Pascal", réalisée par le méconnu Pierre Chenal (La maison du maltais, L'alibi). Le film s'ouvre sur une illusion, celle d'un amour heureux entre un beau jeune homme, doux rêveur, et une jolie jeune femme (incarnée par Ginette Leclerc), presque de manière volontairement caricaturale, dans un jardin ensoleillée, à la manière de certains plans de Peter Ibbetson de Henry Hathaway (1935). La séquence suivante amorce le déclin, encore avec humour, où la noce vire à la pantalonnade quand personne n'est capable de payer la facture de champagne. Dès lors, l'ambiance devient lourde et on se prend immédiatement d'empathie pour le personnage incarné par Pierre Blanchar, au départ terriblement pataud, ridiculisé par sa belle-mère, moqué par sa femme et tristement consolé par sa mère, qui meurt très vite. C'est le toujours génial Pierre Palau qui sauve notre homme en lui prouvant par les faits - plusieurs milliers de francs gagnés au casino - qu'il est chanceux ! Son retour au village n'est que déconvenue : on le considère comme mort, et il assiste dans l'ombre à son enterrement et aux ultimes railleries de sa famille ("Tu pleures vraiment ?" "Je pleure toujours aux enterrements !").

Éloigné de sa vie morne, il devient l'homme de nulle part, vivant dans une petite pension où il ne reçoit jamais de courrier, évite toute confrontation avec les autorités. Entre en piste Robert Le Vigan, dont on ne dira jamais assez à quel point il excelle dans ce rôle de dandy fort en gueule et en assurance, élégant jusque dans l'escroquerie. Quand il a flairé le petit manège de son homme, ce bellâtre qui s'apprête à épouser la fille du tenancier, s'amuse à vouloir lui faire perdre pied ; le point culminant est une superbe séquence de spiritisme où la lumière devient tout à coup très sombre et les plans rapprochés, comme si la caméra invitait le spectateur à fouiller l'âme de ses protagonistes. Personne n'est vraiment propre dans cette maison où l'apparence est de mise, si ce n'est la jolie Isa Miranda dont tombe amoureux Pierre Blanchar.

La mise en scène de Pierre Chenal est dès lors beaucoup plus renfermée sur ses personnages, à l'image d'une scène sublime où Blanchar revient dans sa famille d'origine, impérial et autoritaire - à peine peut-on croire qu'il s'agit du même personnage -, magnifiquement éclairée dans un clair-obscur d'outre tombe (il est censé être mort), en contre plongée.

On l'imagine, seule la fin est assez conventionnelle, car inéluctable. Elle ne gâche toutefois pas le plaisir que l'on prend à regarder ce très beau film d'avant-guerre, édité en DVD chez René Chateau.

dimanche 16 septembre 2012

"LE QUAI DES BRUMES" (de Marcel Carné, 1938)


En quelques mots : Jean, militaire colonial, arrive au Havre par une nuit de brouillard, cherchant à s'embarquer rapidement sur un navire. Il y rencontre un patron de taverne qui lui vient en aide, un vieux marchand malhonnête, un petit caïd qui veut faire la loi et une belle jeune femme qui rêve aussi de s'évader.

Un de ces films qui fait partie de la mythologie du cinéma français pour son couple phare - Jean Gabin et Michèle Morgan - et leur fameuse scène de baiser ponctuée d'un "T'as d'beaux yeux tu sais !". Qui n'a jamais entendu cette phrase dans sa vie ? Toutefois, il faut se rappeler qu'elle est extraite d'un des grands films de Marcel Carné, Le quai des brumes, réalisé juste avant la guerre. Le contexte, s'il ne pèse pas forcément sur l'histoire, apporte a posteriori un poids incontestable aux destins tragiques de tous les personnages du film. Ce port noyé dans le brouillard est un symbole de liberté mais aussi un terminus, où vont se rencontrer des êtres paumés, chacun à leur manière. Gabin d'abord, en déserteur de la Coloniale (ce qui choqua la Censure de l'époque), qui erre en quête d'une nouvelle vie ; Michèle Morgan dans sa jeunesse qui ne songe qu'à échapper à son tuteur, incarné par un Michel Simon ambigu, amateur de grande musique mais à la conscience bien lourde. Pierre Brasseur en petit caïd minable n'impressionne pas grand monde, pas même le vieux Édouard Delmont, dit Panama pour y avoir passé plusieurs années.

Le scénario se joue avec habileté des faux semblants ; ainsi tous les personnages changent aux yeux du spectateur à mesure que le film avance : Brasseur le caïd n'est qu'un gringalet qui veut se faire un nom, le gentil Michel Simon ne l'est pas spécialement, Michèle Morgan qui attend comme une tapineuse fait en réalité une nouvelle fugue et qui sait si Delmont n'a jamais été au Panama ? La caméra ne Marcel Carné progresse dans le brouillard permanent, celui des idées et la brume bien réelle qui s'abat sur Le Havre, malgré quelques éclaircies, même au cœur de la nuit (la fête foraine). Revivez en vidéo une séquence d'anthologie :



Le film doit beaucoup à son équipe : Marcel Carné à la mise en scène bien sûr, tout autant que Jacques Prévet qui compose de sublimes dialogues - la scène dans la taverne de Panama, entre Gabin, Delmont et Le Vigan est un véritable chef d’œuvre. Jean Gabin et Michèle Morgan forment un couple que l'on a envie d'aimer, même si l'on sait que leur amour est impossible car perdu d'avance. C'est là une grande force du film, croire encore que quelqu'un va s'en sortir. La scène mythique où ils s'embrassent y gagne encore en sincérité, tant elle ne semble pas feinte. Découvrez cette scène à nouveau ici en vidéo :


Intemporel et magistral, Le quai des brumes reste un de nos plus grands films français.


Note : Pour des raisons de droit pénibles avec Studio Canal, il est impossible de mettre en ligne des extraits du film sur Youtube. De fait, je dois vous les présenter en moindre qualité, sur ce blog.
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