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mercredi 12 décembre 2012

"DU GUESCLIN" (de Bernard de Latour, 1949)



En quelques mots : Enfant turbulent, fils d'une petite noblesse bretonne, Bertrand Du Guesclin brille par son aptitude au combat. Vainqueur d'un tournoi où il défait de nombreux chevaliers, il devient un combattant de renom. Au service du Roi de France Charles V, il est fait connétable et décide aux destinées de l'armée royale.

A trop regarder des films, on prend un jour l'assurance de pouvoir en réaliser un - du moins on en rêve secrètement. Et comme les idées coûtent moins chères que les tournages, j'ai développé avec les années plusieurs rêveries : réaliser une vie de Hector Berlioz (d'où peut-être ma déception en regardant La symphonie fantastique), une adaptation de Michel Strogoff (elle aussi assez décevante dans sa version de 1956) et une vie de Bertrand Du Guesclin que j'avais intitulée « Le Dogue Noir ». Acclamé ou méprisé, le connétable de Charles V ne laisse pas indifférent et fait figure aujourd'hui encore de référence quand on évoque les grands noms de la chevalerie française. Longtemps j'ai voulu voir ce film de Bernard de Latour, dont certaines scènes ont été tournées à Dinan (Côtes d'Armor), non loin de chez moi. L'ouverture m'a presque rendu jaloux car dans mon scénario aussi l'action débutait à la basilique Saint-Denis, nécropole des Rois de France où fut inhumé Du Guesclin à sa mort - à la différence que j'ouvrais mon « Dogue Noir » lors des profanations de la Révolution Française, qui n'épargnèrent pas le tombeau du Connétable !

Hélas, cette bonne idée passée, le film s'enfonce avec assurance dans le grotesque du carton-pâte y compris ... pour les extérieurs réels ! La vie de Du Guesclin est caricaturée, vidée de toute ambiguïté - celle-là même qui suscite toujours la colère des nationalistes bretons qui n'hésitent pas à faire sauter les statues du Chevalier - et teintée d'un mysticisme de carnaval. Il faut voir Du Guesclin dire, en plein jour, "Regardez ! L'étoile a disparu !". Les poncifs sur la période médiévale s'accumulent aussi rapidement que défile la vie du héros, sans qu'on ne puisse voir une seule bataille - manque de moyens probablement, de volonté sûrement. Il ne faut pas non plus s'attendre à comprendre quoique ce soit au contexte difficile de l'époque puisque les séquences s'enchainent mécaniquement, presque sans logique et se concentrent autour de Du Guesclin et de son fidèle compagnon. On ne peut s'empêcher de sourire en les voyant se battre à deux, dos au mur, et lancer des coups d'épée sur des adversaires qui tombent comme si on soufflait dessus. Ainsi des grandes étapes de la vie du Connétable, n'espérons pas comprendre ce qu'il part faire en Espagne et comment il a pu devenir le chef des armées royales.



Hélas vraiment, car l'interprétation est de qualité et sauve le film du naufrage. Fernand Gravey apporte beaucoup de crédibilité à son personnage et peut ressembler à l'idée que l'on se fait de Du Guesclin, froid, spadassin et presque analphabète. Gérard Oury campe un sobre Charles V de France, tout comme Junie Astor en Tiphaine et Gisèle Casadesus en Jeanne de Penthièvre. Noël Roquevert n'est pas à sa place dans le rôle du fidèle compagnon et fait beaucoup pour rendre le film involontairement comique (tout comme Howard Vernon en Duc de Lancastre), à la différence d'un jeune Louis de Funès que l'on s'amuse à retrouver dans plusieurs petits rôles ! De quoi, égoïstement, me rendre heureux de penser qu'on est loin du grand film que l'on pourrait consacrer au plus célèbre des Connétables de France.

vendredi 23 novembre 2012

"LA SYMPHONIE FANTASTIQUE" (de Christian-Jaque, 1942)



En quelques mots : Paris, à la fin des années 1820. Hector Berlioz ne vit que pour la musique mais se heurte à l'incompréhension générale de la modernité et survit grâce à ses amis et son métier de critique. Amoureux d'une actrice à succès et rejeté par sa mère, il compose "La symphonie fantastique" et devra attendre bien des années pour connaître la gloire, toujours entachée des malheurs de sa vie.

Je m'étais toujours refusé à regarder ce film, tellement admirateur de l’œuvre de Hector Berlioz que la peur d'être déçu était plus forte que tout. Suite à quelques avis positifs, je me suis lancé avec une appréhension marquée d'emblée par le fait qu'au générique de début, Jean-Louis Barrault (Berlioz, personnage principal) n'apparaît qu'en troisième position ! Curieuse façon de concevoir un film biographique ... mais les premiers instants sont agréables et la personnification du génie de la musique classique est très crédible - cette ressemblance, confinant presque au mimétisme, s'accentue avec l'âge du compositeur. On retrouve avec grand plaisir une interprétation libre d'une anecdote savoureuse des Mémoires de Berlioz où, plein de fougue et d'admiration pour ses maîtres, le jeune musicien interrompt une représentation de Gluck à l'opéra parce que les cymbales ne sont pas parties à temps ! Hélas, le film pèche bien vite par son utilisation trop approximative de la géniale musique et par un excès de sentimentalisme qui occulte toute la création artistique de celui qui fut l'un des meilleurs représentants de la musique classique française.

Jean-Louis Barrault est pourtant un impeccable Hector Berlioz, tourmenté et débordant de créativité, confronté à l'archaïsme des représentants d'une musique dont il s'inspirait pourtant, en la renouvelant. Jules Berry est le premier de ceux-là, éditeur qui reconnait le talent mais ne veut pas risquer de l'aider, suivi de près par Louis Seigner en chef d'orchestre à l'ancienne. Bernard Blier, excellent, est quant à lui l'ami intime qui sacrifie son amour pour le bonheur et la réussite de son camarade compositeur. Les personnages féminins sont tout aussi attachants, entre Lise Delamare (Harriet Smithson) et la jolie Renée Saint-Cyr (Marie), mais beaucoup trop romancés, à l'image de cette œuvre réalisée en pleine Occupation par la Continental.



Ce qui frappe toujours dans les films produits par cette firme, c'est l'importance des moyens développés - ici de superbes scènes d'opéra ou le Requiem aux Invalides - et le message que l'on peut toujours lire entre les lignes d'une fresque à grand spectacle (l'exaltation de la France par ses artistes ou ses grands hommes contre l'obscurantisme, la domination des vieilles idées), qui pousse peut-être à trop romancer une vie qui était déjà assez agitée et se garder de l'ancrer dans la réalité politique changeante du XIXe siècle, ce qui est bien regrettable.

Une Symphonie Fantastique en demi-teinte qui n'est pas aidée par la mise en scène balourde de Christian-Jaque (incapable de filmer une séquence musicale) et des choix un peu simplistes dans les œuvres de Berlioz (on entend les plus célèbres extraits de la Symphonie fantastique, de La Damnation de Faust et du Requiem et c'est à peu près tout). Restent des jolies séquences et une évocation lyrique, très cinématographique finalement, d'un compositeur majeur.

A noter une apparition effacée de Gilbert Gil et un rôle comique pour Noël Roquevert en gendarme !

mardi 20 novembre 2012

"MONSIEUR VINCENT" (de Maurice Cloche, 1947)



En quelques mots : Au XVIIe siècle, le nouveau curé de Châtillon, Vincent de Paul, découvre avec effroi que les habitants laissent mourir une femme pestiférée et s'enferment dans leurs maisons. Avec un ancien soldat, il l'enterre et sauve sa petite fille. Dès lors, une aura entoure le nouveau prêtre qui doit bien vite retourner à Paris où sa réputation le précède.

Vincent de Paul est devenu Saint en 1737, près de 80 ans après sa mort et représente pour beaucoup, encore aujourd'hui, un modèle de charité et de dévouement envers son prochain. Réaliser un film sur un Saint est très compliqué car il ne s'agit pas de tomber dans l'hagiographie sans nuances ou de montrer volontairement des choses qui pourraient entacher une telle figure. Monsieur Vincent, du surnom qu'on lui donna de son vivant, échappe à ces deux extrêmes et tente de représenter une partie de la vie de celui qui fonda La Congrégation de la Mission et Les Sœurs de Saint Vincent de Paul, particulièrement sa prise de conscience de la misère et des inégalités du monde qui l'entoure. Réalisé en 1947, le film est aussi une ode à l'apaisement des tensions entre toutes les couches de la société, riches et pauvres, et montre que dans des temps difficiles il y a toujours un homme de bien qui fait honneur à l'Humanité. Pierre Fresnay, qui avait connut des difficultés au sortir de la guerre pour son engagement à la Continental et pour sa participation au Corbeau (1942), incarne ici l'un des hommes les plus admirés de l'Histoire de France, des plus rassembleurs, bien au dessus de tout clivage.

Évidemment, ce thème reste d'actualité - il y a même fort à parier qu'il sera de plus en plus universel - et le film conserve une grande force pour des séquences qui font écho à ce que nous entendons au quotidien dans les médias. Face à Monsieur Vincent qui vient demander du pain et de l'argent, il n'est pas étonnant d'entendre le chancelier dire que "la France aussi a faim : de sécurité, d'ordre" et d'ajouter qu'il n'y aura plus de pauvres car ils vont être arrêtés et internés. La figure du mal nourri est toujours très justement replacée dans sa dualité, écart immense entre le misérable que l'on veut aider mais qui nous répugne par sa misère. Les scènes majeures du film sont d'ailleurs toutes là, des discussions de riches dames qui se concurrencent pour savoir qui va aider le plus de pauvres ou de religieuses qui finissent pas baisser les bras devant des affamés qui ne les respectent pas.


Au milieu de tout ça, Vincent de Paul fait figure de Saint, c'est le cas de le dire. La transformation physique de Pierre Fresnay est tout à fait étonnante de mimétisme, l'acteur disparaissant progressivement au profit de l'âme du religieux, particulièrement dans une des dernières scènes du film où Monsieur Vincent, vieillard admiré de tous, discute avec la Reine de France au coin du feu. On ne peut s'étonner qu'il fut récompensé à la Biennale de Venise par le prix d'interprétation masculine, qui n'est pas dû qu'au maquillage.

D'un classicisme de circonstance, le réalisateur Maurice Cloche n'offre pas une mise en scène de génie mais adaptée à son scénario - il aurait d'ailleurs été vain de vouloir en faire trop avec une telle histoire - et habilement mise en lumière par l'excellent Claude Renoir qui joue sans cesse avec les contrastes comme dans cette magnifique séquence où les bienfaitrices demandent à en faire moins, Vincent passant de l'obscurité à la lumière. On peut également louer le travail de Jean Anouilh et Jean-Bernard Luc sur le scénario et les dialogues, offrant à leur interprète principal des moments pour la mémoire (la séquence finale). On peut aussi avoir plaisir à retrouver Jean Debucourt, Jean Carmet, Pierre Dux ou Gabrielle Dorziat. Michel Bouquet, dans son premier rôle au cinéma, fait comprendre à Vincent, par un très beau monologue, que les pauvres ne peuvent pas s'attendrir sur la misère des pauvres ; Marcel Pérès obtient un tout aussi beau rôle de soldat au cœur tendre sous une allure insolente.

Pour autant, le film ne plaira pas au plus grand nombre ; certains y verront la pénible histoire d'un homme sans défauts, les autres un film où l'académisme s’étouffe dans les bons sentiments et la caricature. J'ose y voir quant à moi l'histoire d'un Saint homme restituée le plus humblement possible par un grand acteur. C'est déjà beaucoup et ça fait du bien.
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