mercredi 9 janvier 2013

"UNE SI JOLIE PETITE PLAGE" (de Yves Allégret, 1949)

En quelques mots : L'hiver, dans une petite station balnéaire déserte de la baie de Somme, balayée continuellement par la pluie. Un jeune homme arrive par le car, silencieux, et s'installe dans le seul hôtel ouvert. Un autre parisien arrive le même soir. Sans se croiser, les deux hommes parlent aux mêmes personnes, notamment un jeune employé issu de l'assistance publique. Dans le journal, on lit qu'une célèbre chanteuse a été assassinée et qu'on lui a volé ses bijoux.

Une si jolie petite plage peut presque être considéré comme un premier film. S'ils n'en étaient pas à leur première collaboration - le réalisateur Yves Allégret et le scénariste Jacques Sigurd avaient déjà travaillé ensemble sur Dédée d'Anvers, d'après un roman -, cette nouvelle rencontre est née d'une histoire originale, émaillée de souvenirs d'enfance du scénariste et taillée sur mesure pour Gérard Philippe, jeune premier promis une à brillante carrière. C'est d'ailleurs lui qui suggéra à Jacques Sigurd, avec qui il partageait un appartement, de transformer la nouvelle qu'il écrivait en scénario de cinéma. A partir d'éléments de son enfance malheureuse, de plages désertes et de rues détrempées par la pluie, il écrivit une première scène, celle d'un homme seul dans un autocar qui arrive un soir dans une petite station balnéaire déserte. Yves Allégret et Simone Signoret se chargèrent de concrétiser le scénario en production cinématographique.

Désireux de ne rien expliquer au spectateur, le scénariste insuffle un certain mystère pendant la première partie du film, bien vite transformé en menace d'ennui profond puisque l'on comprend ce dont il retourne mais que les choses n'évoluent pas. Il faut tout le talent des acteurs pour donner vie à cette sombre histoire de retour aux sources : Jean Servais, véritable révélation pour moi, est le premier d'entre eux, dans un rôle d'imprésario drogué et nonchalant. Jane Marken (la patronne), André Valmy (le brave garagiste) et Julien Carette (l'atout comique du film, excellent et émouvant en VRP qui ne pense qu'à sa famille) s'évertuent à faire parler Gérard Philipe, impeccable de retenue mais si sombre qu'il est difficile de trouver quelconque empathie pour son personnage (un avertissement au début du film s'en excuse presque d'une manière assez originale). Quant à Madeleine Robinson, le réalisateur et le scénariste ont beau se concurrencer d'éloges à son sujet, je n'ai pas su, dans ce film, déceler la petite étincelle qui fait d'un si joli petit visage une grande actrice.

Reste un beau moment de cinéma, très ancré dans son contexte de production - la fin des années 1940, les premières années d'après-guerre, entre volonté de renouveau et désillusions sur des utopies. D'où surement une noirceur renforcée par le cadre géographique (la Baie de Somme), météorologique (il pleut tout au long du film, sans interruption ou presque) et social ; il est bien rare de mettre en scène des enfants de l'assistance, surtout quand ils ne sont pas des héros, au contraire. Tourné comme un huit-clos, Une si jolie petite plage est avant tout l'histoire de personnages qui ne s'écoutent pas, ne se regardent pas (en témoigne une magnifique scène chorale où chacun parle de ses préoccupations). C'est intéressant mais il est heureux que ça ne soit pas trop long.


3 commentaires:

Franz Muzzano a dit…

http://www.franzmuzzano.com/article-une-si-jolie-petite-plage-ou-la-poesie-du-desespoir-116527067.html

Franz Muzzano a dit…

http://www.franzmuzzano.com/article-une-si-jolie-petite-plage-ou-la-poesie-du-desespoir-116527067.html

Pardon pour l'intitulé de ma rubrique, mais je ne connaissais pas ton blog. Intéressant de comparer les avis, en particulier concernant Madeleine Robinson ;)

Julien Morvan a dit…

Merci pour votre partage ! Diversifier les avis est toujours intéressant :)

Et aucun problème pour le nom de la catégorie, je ne suis pas propriétaire de l'expression ;)

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